Suspension du diméthoate sur les cerises
La clause de sauvegarde doit-elle s’appliquer aux importations de vins ?
Suspension du diméthoate sur les cerises
Publié le 15/04/2016
L’autorisation de vente du diméthoate en France, utilisé notamment contre la drosophile en cerise, a été suspendue le 1er février. Sauf harmonisation de l'interdiction du diméthoate en Europe, cette suspension devrait enclencher une clause de sauvegarde nationale. Et bloquer aux frontières les importations de cerises à résidus de ce puissant insecticide organophosphoré. Cette clause pourrait-elle s’appliquer aux autres productions comme les importations de vins espagnols ou allemands ?
Puissant insecticide organophosphoré, le diméthoate est utilisé depuis l’après-guerre. Son efficacité permet notamment de lutter contre la drosophile, insecte ravageur des petits fruits rouges et du raisin, en recrudescence avec le réchauffement climatique. Efficace mais présentant un profil écotoxicologique extrêmement défavorable, le diméthoate est classé comme perturbateur endocrinien, dangereux pour les abeilles. La matière active figurait depuis 2012 sur une liste européenne de retrait programmé du marché en 2016. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), estime que « le diméthoate fait courir des risques inacceptables aux utilisateurs, aux consommateurs et à la faune ». Un plan de contrôle en 2012 avait révélé par exemple que sur 546 échantillons prélevés à la récolte, tout végétaux confondus, 55 présentaient des résultats non conformes. Huit échantillons affichaient une concentration en résidus supérieure aux limites maximales autorisées. Le diméthoate était en cause dans six échantillons de cerises*, mais également dans des raisins. En conséquence, il a été retiré du marché à partir du 1er février 2016 dans l’hexagone. Un avantage technico-économique Mais cette année la pression en drosophile est importante au vu des piégeages d’hiver. Reçues au ministère de l'Agriculture le 24 mars avec la FNSEA, les organisations professionnelles ont demandé une dérogation de 120 jours afin de sauvegarder les productions de cerises, présentes notamment autour du sillon rhodanien, des attaques de drosophiles. Elles ont invoqué le fait que les autres pays européens peuvent toujours utiliser le diméthoate, ce qui leur procure un avantage économique. Les alternatives techniques sont limitées. Les autres insecticides, comme les spinosines ou le cyantraniliprole, ne sont pas aussi efficaces sur les cerises. Les filets anti-drosophile sont efficaces, mais leur coût, entre 20 000 et 30 000 €/ha, est limitant. Déjà très concurrencée sur des dossiers comme les charges sociales et le coût de main-d’œuvre, la profession des fruits et légumes, et notamment les producteurs de cerise, ont fait savoir qu’ils ne survivront pas à cette distorsion technico-économique provoquée par l'avantage donné aux exportateurs de fruits espagnols ou turcs, qui utilisent le diméthoate sans restriction d’usage. Plutôt que de proroger l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) du diméthoate, Stéphane Le Foll a opté pour une autre stratégie : le 29 mars, il a saisi la Commission européenne pour demander l'interdiction immédiate du diméthoate dans toute l'Union européenne sur les fruits et légumes. Ceci afin de préserver les intérêts économiques des producteurs tout en protégeant ceux des consommateurs. À la date butoir du 5 avril, la Commission européenne n’avait toujours pas rendu de décision. Désormais se posent deux choix : soit l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) reconnaît le danger et applique l’interdiction à toute l’Europe, soit la France sera amenée à déclencher une clause de sauvegarde nationale ayant pour effet d’interdire la commercialisation dans l'hexagone de toutes cerises traitées au diméthoate. « S'il est dangereux en France, il l'est dans toute l'Europe » Lors d'une réunion entre les professionnels et le préfet du Vaucluse le 29 mars, ce dernier a reconnu logiquement que « si le produit est considéré comme dangereux en France, il l’est également ailleurs en Europe ». Et il l’est également pour d’autres productions végétales… Cette clause de sauvegarde s’appliquera-t-elle donc in extenso aux autres productions ? « Haricots non écossés, raisins de table, pêches, aubergines, endives, céleri et laitues », liste l'Anses. Par exemple, l’Espagne autorise le diméthoate sans restriction sur les vignes. De même la Suisse, ou même encore l’Allemagne dont le vignoble avait connu en 2014 une attaque sévère de drosophile. En toute logique, si la clause de sauvegarde nationale s'appliquait aux cerises d'importation, elle devrait être étendue à d'autres productions végétales d'importation comme aux vins ibériques ou allemands dont les vignes ont été traitées au diméthoate. En 2013, l’Efsa a renvoyé aux États membres le soin de statuer produit par produit et usage par usage sur le niveau de risque pour le consommateur. Pas d'extension automatique donc sans l'avis circonstancié de l’Anses, qui pourrait cependant être amenée à rendre des avis similaires pour d'autres productions végétales, dont les analyses font état de dépassements chroniques de Limite maximale de résidus (LMR).












