Vigne

Directive nitrates en viticulture

Bon sens ou non sens agronomique ?

Publié le 13/02/2015

La directive nitrates autorise les engrais chimiques sur tout le vignoble quelle que soit la pente, pourvu que la parcelle soit enherbée pour les zones de pente. Les amendements organiques fertilisants subissent en revanche des contraintes fortes à partir de 10 % de pente et sont interdits au-delà de 15 %.

Le 7 février dernier, est paru au Journal officiel le décret relatif à « la désignation et à la délimitation des zones vulnérables en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole ». Il décrit les conditions qui encadrent le zonage des parcelles agricoles et viticoles, qui seront soumises aux contraintes de la directive nitrates. Tout le vignoble est concerné par la zone vulnérable, sauf les vallées adjacentes de Cléebourg, du Val de Villé, de Munster, de Thann et de Leimbach. Les contraintes de cette directive Elles consistent à interdire tout apport de fertilisants entre le 15 décembre et le 15 janvier, période généralement relativement arrosée et propice au ruissellement. La dose maximale d’apport est plafonnée à 50 unités d’azote par an à partir de la quatrième feuille. L’année de l’implantation, jusqu’à 30 t/ha de fumier frais ou de produit composté sont possibles. Mais les deux années suivantes, aucun apport n’est permis. Autre contrainte : la directive impose une traçabilité des apports. Il faut établir un plan de fumure et tenir un cahier d’enregistrement des pratiques par îlot cultural. Ce plan prévisionnel s’établit avant le premier apport de sortie d’hiver. Les pratiques sont traçables sur 5 ans. Par ailleurs, les zones vulnérables supposent certaines contraintes d’épandage. Les engrais minéraux ne s’épandent pas à moins de 2 mètres des cours d’eau. Mais les composts et autres amendements organiques doivent respecter une distance de 35 mètres sur sol nu ou 10 mètres sur sol enherbé. Enfin, selon la raideur de la pente, tous les produits ne sont pas autorisés. Les fumiers de bovins, équins et amendements organiques normés de type 1 sont autorisés, quelle que soit la pente. Entre 10 et 15 % de pente, tout est autorisé mais les fumiers de volailles, lisiers et composés organiques riches en N (Type 2) ne le sont que si la parcelle dispose d’un dispositif de rétention en aval de la parcelle. Au-delà de 15 %, les fumiers de bovins-équins et les composés organiques de type 1 sont autorisés. Mais les fumiers de volailles, lisiers et composés organiques riches en N (Type 2) sont interdits. Les engrais minéraux sont autorisés si la parcelle est enherbée (cas le plus fréquent en Alsace). Conséquences pratiques Ces contraintes font la part belle aux engrais minéraux, qui sont finalement autorisés partout. En revanche, les matières organiques très fertilisantes subissent une contrainte forte. C’est un aspect de la directive nitrates qui ne va pas dans le sens agronomique des vignerons, qui veulent restructurer leurs terres et améliorer la capacité de fixation des sols autrement que par la voie chimique du chaulage. Les amendements de type 2 sont particulièrement visés : lisiers, fumiers de volaille, et surtout ce qui est beaucoup utilisé dans le vignoble : des matières organiques riches en azote, qui ont un double effet de nourrir le sol et la plante. Dans les rangs des techniciens agronomiques, cette directive est jugée contre productive par rapport à l’effet de protection des eaux souterraines, s’il n’est pas permis par ailleurs d’apporter suffisamment de matières organiques qui ont pour fonction d’améliorer la structure des sols. Et qui contribuent par conséquent à limiter les fuites d'azote vers la nappe.

Journée technique Vitisphère-Alsace

Débats ouverts sur la lutte contre la drosophile

Publié le 26/01/2015

Un programme chargé attendait les vignerons pour la journée technique Vitisphère-Alsace, avec pas moins de six interventions. La drosophile était au cœur du sujet avec une partie fondamentale, et les témoignages d’un vigneron et conseiller viticole d’Outre-Rhin. Débat très ouvert en perspective.

Pour sa journée technique d’information, l’union Vitisphère-Alsace proposait une série de conférences à Saint-Hippolyte, avec une matinée « fertile » en informations sur la drosophile et une après-midi tout aussi dense en œnologie. Les cinq intervenants ont exposé des points de vue relativement divergents sur les solutions à mettre en œuvre, avec un point de crispation sur l’approche chimique, prétendue et revendiquée efficace par certains et inefficace pour d’autres. Les données biologiques connues à ce jour ont été exposées par Patrik Kehrli, de l’Agroscope de Changins en Suisse. Il intervenait la veille à Ostheim et nous avons publié la semaine dernière l’essentiel de son intervention qui démontre toute l’implication de la recherche suisse sur la mouche. La parole était ensuite donnée à Florian Zerulla, de l’université de Hohenheim en Allemagne, qui fournit un travail de recherche fondamentale sur les relations entre la fertilité de la drosophile et sa nourriture, et son comportement en hibernation. Cette drosophile possède d’étonnantes facultés de fertilité, longtemps encore après les vendanges. 75 % des femelles capturées en novembre portent des œufs fécondés murs. Ce qui interroge sur ce comportement biologique : ces œufs ont-ils un rôle de stockage d’énergie pendant l’hivernage ? Ou bien l’hivernage est-il assuré grâce aux sucres accumulés qui ont une fonction antigel ? Quoi qu’il en soit, la suzukii peut trouver des biotopes lui permettant d’hiverner sans dommages, par exemple des mulchs dont la température ne descend pas en dessous de 2,5 à 5 °C. L’équipe de recherche de Hohenheim a évalué le taux d’œufs mûrs dans l’abdomen de l’insecte en fonction de différentes sources de nourriture : pollen, levures, eau sucrée au saccharose, pour montrer que la nourriture à base de levures améliore clairement sa prolificité. Pas de levures, pas d’ovogenèse accomplie chez les femelles. Ce qui démontrerait le lien supposé entre la nourriture azotée (aminée) et la prolifération de l’insecte, estiment certains vignerons. Florian Zerulla conclut, comme Patrik Kehrli, en soulignant que l’hivernation est un facteur limitant, clé de la survie des D. suzukii. « Nous avons maîtrisé ce nouveau ravageur » Si du côté suisse, on ne croit pas à une solution de lutte par voie chimique qui puisse être mise en œuvre sans altérer les biotopes (voir article la semaine dernière), Outre-Rhin, le conseiller viticole Egon Zuberer, district Forêt Noire Breisgau, affirme sur ses retours d’expérience avoir mis en place des solutions efficaces. Le principe réside en une association d’appât alimentaire et spinosad, sous marque Spintor, à la dose de 5 ml/ha au lieu de 160 ml/ha, selon un traitement orienté sur les grappes, mais par le dessous (angle de 45 °), à basse pression et avec des buses formant de grosses gouttelettes. En utilisant un appareil type de désherbage sur le rang mais en changeant les deux buses et leur orientation vers le haut plutôt que vers le bas. Le protocole réside dans six applications à partir du 18 août. Selon Egon Zuberer, la dynamique de population de drosophiles a été enrayée, « ce qui a permis de vendanger dans d’excellentes conditions ». Toutefois, il précise que la réussite repose sur une lutte collective sur de grandes surfaces (plusieurs blocs de 400-500 ha), avec des applications synchronisées et renouvelées tous les 6-7 jours. Les analyses de résidus dans les trois coopératives où ont été appliqués les traitements - cave du Kayserstuhl, cave de Tuniberg, cave Markgraflerland - font apparaître de 0,020 à 0,025 mg/kg de résidus juste après traitement au 3e traitement, et de 0,01 à moins de 0,01 mg/kg, 4 jours après les traitements. Conclusions du conseiller viticole : la drosophile a été maîtrisée en pays de Bade par cette méthode « appât », « qui sera certainement nécessaire à nouveau en 2015 ». Quant aux applications de poudres (talc, kaolin, chaux…), leur efficacité reste à démontrer, estime t-il. Le point de vue de Reiner End, vigneron à Zell-Weierbach, est relativement proche des Alsaciens et Suisses, considérant que les données biologiques de la drosophile ne permettent pas d’envisager une lutte insecticide efficace à grande échelle, a fortiori dans les vignobles en pente, où « la technique de l’application par appât revient trop cher, voire est impossible à réaliser en raison du nombre d’applications élevées qu’elle exige (mécanisation difficile) ». Par ailleurs, il juge que les applications de poudre blanches (kaolin, chaux…) ne sont pas sociétalement acceptables étant donné la couverture très visible des grappes par les poudres. Pour Philippe Kuntzmann, la lutte repose sur la mise en œuvre de tous les moyens disponibles prophylactiques et curatifs, sans omettre le cuivre, qui a un effet bactéricide et permet de lutter contre la pourriture acide. Il note une satisfaction de la lutte insecticide en Allemagne. « Même à 80 %, ce sera autant de gain sur le tri ». Les produits homologués : Deltaméthrine, Spinosad et Karaté Zéon, dont l'efficacité n'a cependant pas encore été évaluée contre les suzukii. Combi Protec est pour l’instant exclu car les traitements sont limités à deux applications. Concernant la faune auxiliaire et abeilles, « le spinosad est classé toxique pour les abeilles, mais cette toxicité vaut aussi lors des traitements contre le ver de grappe. Il faut veiller à faucher les enherbements avant les applications ». Concernant le délai avant récolte, « Karaté zéon laisse une marge de manœuvre ayant un DAR de 7 jours ». Et s’agissant de la proximité de vignes en bio, « Success est un produit homologué, ce qui ne fait pas courir de risques de perte de certification par présence de résidus ». Enfin, selon Philippe Kuntzmann, il faudra se fonder sur le monitoring (suivi de l’insecte) en arboriculture. Quant au monitoring en vigne, « il ne permettra peut-être pas d’évaluer le risque suffisamment tôt, étant donné qu'il faut aussi intervenir assez tôt. Le mode de lutte préventive est donc aussi à envisager sur les cépages sensibles tels que le muscat Alsace, pinot noir, pinot gris ou gewurztraminer ».

Coop de France Alsace

Des évolutions à venir

Publié le 25/11/2014

La loi Économie sociale et solidaire du 21 juillet et la loi d'avenir pour l'agriculture du 13 octobre ont instauré un certain nombre de nouveautés pour les coopératives. Un point sur le sujet a été fait le 21 novembre lors de l'assemblée générale annuelle de Coop de France Alsace.

«Il y a un certain nombre de choses qui vont évoluer dans les prochains temps». Lors de l'assemblée générale de Coop de France Alsace, le 21 novembre à Beblenheim, son président Hervé Schwendenmann a donné la tonalité des mois à venir pour l'organisme coopérateur alsacien. Après une année 2014 marquée par un plan de communication d'envergure nationale - des spots sont d'ailleurs diffusés en ce moment à la télévision et à la radio - c'est le fonctionnement même des coopératives qui va subir quelques changements au cours des prochains mois avec l'application de deux lois votées cette année : la loi Économie sociale et solidaire, adoptée le 21 juillet, et la loi d'avenir pour l'agriculture, promulguée le 13 octobre. «Deux lois qui se résument en cinq axes», résume le directeur de Coop de France Alsace, Patrick Stehlin. Renforcer les spécificités des coopératives Elles ont tout d'abord comme mission de «renforcer les spécificités des coopératives». L'idée est de réaffirmer la spécificité coopérative en clarifiant juridiquement la relation entre le coopérateur et sa coopérative. «Il s'agit d'affirmer le caractère spécifique de cette relation qui se distingue de la vente et du fonctionnement des sociétés commerciales», précise Patrick Stehlin. Afin de mieux enseigner et faire connaître le modèle coopératif, ces nouveaux dispositifs législatifs intègrent un module de formation obligatoire sur la coopération agricole, et l'économie sociale et solidaire dans l'enseignement agricole. Le dernier point consiste à «mieux faire comprendre la particularité coopérative» en définissant la rémunération de l'associé coopérateur composée d'acomptes, de compléments de prix et de ristournes. Renforcer les contrôles Le deuxième axe de ces deux nouvelles lois est articulé autour du «renforcement» du contrôle des coopératives. Pour ce faire, un poste de médiateur de la coopération agricole a été créé. Ses missions sont multiples : litige portant sur la relation entre un associé coopérateur et sa coop, entre coop agricoles et entre une coop/union et union de coop agricoles ; saisine du médiateur par un associé coopérateur, une coop ou une union et le Haut Conseil lui-même ; prises d'initiative de nature à favoriser la résolution amiable des litiges entres les parties. Des conditions de recours sont possibles, mais il faut d'abord que toutes les voies de recours amiable et statutaires soient épuisées. La procédure de médiation suspend, elle, le recours judicaire. Toujours dans cette optique de «renforcement du contrôle», les coopératives devront se soumettre à un contrôle coopératif (ou révision) tous les cinq ans si elles dépassent deux des trois critères suivants : deux millions d'euros (M€) de chiffre d'affaires, 1 M€ total bilan ou cinquante associés coopérateurs. «Il existe aussi de nouvelles possibilités de saisir la révision coopérative lorsqu'elle est demandée : par un dixième des associés coopérateurs ; par un tiers des administrateurs ; par le Haut Conseil de la coopération agricole ; par le ministre en charge de l'Économie sociale et solidaire ou tout ministre compétent à l'égard de la coopérative», détaille le directeur de Coop de France Alsace. Être «plus transparent» Le troisième axe impose aux coopératives d'être «plus transparentes» et de donner «plus d'informations». Il est par exemple obligatoire pour la coopérative de proposer une formation aux administrateurs lors de la première année de chaque mandat. Le président ou le directeur de la société sont aussi tenus de communiquer à chaque membre de l'organe chargé de l'administration de la société tous les documents et information nécessaires à l'exercice de sa mission. Une évolution assez notable quand on sait qu'auparavant, «les statuts prévoyaient une liste définie de documents à la disposition des administrateurs» indique Patrick Stehlin. Vis-à-vis des associés coopérateurs, la coopérative est désormais obligée de leur mettre à disposition un document relatif de l'engagement pris par ces derniers, conformément aux statuts : durée d'engagement, fraction du capital social souscrit, caractéristiques des produits à livrer, modalités de paiement et de détermination du prix. «Il s'agit d'un document non signé des parties, qui a vocation à être actualisé et transmis à l'associé coopérateur régulièrement. L'objectif est la bonne information». Simplifier le fonctionnement Le quatrième but de ces lois et d'apporter de la simplification au fonctionnement même de la coopérative (avec notamment la suppression de l'obligation de délibérer sur les résolutions sans objet), et d'adapter les statuts pour ceux qui «hésitent à tenter l'aventure coopérative». À ce titre, une période probatoire, qui ne peut excéder un an, est instaurée. Pendant cette période, les nouveaux associés coopérateurs ont les mêmes droits et obligations que les autres. «Le conseil d'administration ou l'associé coopérateur peut décider de ne pas continuer à la fin de période», complète Patrick Stehlin. Les coopératives ont également la possibilité de radier des associés coopérateurs, en les supprimant de la base de données, si ceux-ci n'ont plus d'activité avec la coopérative depuis un certain temps. Enfin, un fonds d'investissement dans les coopératives est en cours de montage afin de financer les entreprises de l'économie sociale et solidaire. «Ce fonds sera spécialisé dans le financement en fonds propres pour favoriser la croissance et la transmission des coopératives», ajoute le directeur de Coop de France Alsace.

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