Vigne

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

Des défis à relever, des débats à mener

Publié le 29/04/2016

Le syndicat viticole de Colmar-Houssen a profité de son assemblée générale pour aborder les nombreux dossiers d'actualité qui animent le vignoble alsacien : les VSIG, la hiérarchisation, la réserve qualitative individuelle et l'irrigation dont le président, André Ducros, estime qu'il est temps d'en « débattre ».

Si le millésime 2015 est bien parti pour devenir un millésime « exceptionnel » pour de nombreux observateurs, il est aussi la source de multiples interrogations. « Même si le réchauffement climatique profite pour l'instant à la vigne, je pense qu'il est temps d'ouvrir le débat sur l'irrigation », estime le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros. « Le manque d'eau s'est fait sentir dans certaines parcelles », rappelle-t-il. À l'heure actuelle, un nouveau projet a été validé par l'Inao, mais reste bloqué par les pouvoirs publics. Une situation qui pourrait néanmoins se débloquer, explique André Ducros : « Selon les représentants de l'Inao, il n'y a pas lieu de procéder à une expérimentation sur l'irrigation, mais de faire valider l'autorisation d'irrigation dans le cahier des charges tout en démontrant le phénomène de sécheresse et la nécessité d'irrigation. En contrepartie, l'encadrement du rendement serait bien évidemment obligatoire, tout comme les contrôles systématiques de la charge. » Reste maintenant à chaque sous-région et chaque syndicat de débattre sur le sujet, le conseil d'administration de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) souhaitant que les avis des uns et des autres lui parviennent au cours de l'hiver prochain. « Ne laissons pas passer cette opportunité et faisons entendre notre voix », appelle de ses vœux André Ducros. La communale « Colmar » toujours espérée Autre point abordé lors de cette assemblée générale : la hiérarchisation du vignoble alsacien. Le responsable du dossier au sein du syndicat, Bernard Schoffit, a émis quelques réserves sur le faible écart de rendement qui sépare les grands crus (55 hl/ha) des hypothétiques premiers crus (57 hl/ha). « On est en train de faire deux appellations en haut de l'échelle. La démarche est louable, mais la différence est informe entre les deux. Faire des grands crus bis avec une centaine de premiers crus ou plus me pose problème. Ne pourrait-on pas passer à 50 hl/ha pour les grands crus ? Comment va-t-on faire pour communiquer dessus et expliquer la quintessence de l'Alsace ? » Pour le responsable technique de l'Ava, Raymond Lassablière, la réponse est sans équivoque : c'est aux producteurs de grands crus de se prendre en main. « C'est à chacun de se positionner sur ce qu'il veut. Aux grands crus de ne pas laisser s'endormir », résume-t-il. Concernant l'obtention d'une appellation communale « Colmar », le processus suit son cours. « Nous avons encore des soucis dans le choix des cépages. Le gewurztraminer nous semble un peu plus compliqué d'un millésime à l'autre, tandis qu'on retrouve des airs de famille sur une dizaine de millésimes avec les pinots gris. Mais globalement, la qualité n'est pas plus mauvaise que dans d'autres terroirs », détaille Bernard Schoffit. Les dégustations d'experts qui auront lieu à l'aveugle, en théorie, à la fin de l'année permettront d'y voir un peu plus clair sur le sujet. « Après, ce qu'on cherche, ce n'est pas du volume, mais une valorisation au juste prix », tient-il encore à rappeler. « Non » aux VSIG L'autre défi - et certainement le plus important - qui se profile à l'horizon pour André Ducros est la possibilité de produire des Vins sans indication géographique (VSIG) en dehors des zones de l'appellation. Un sujet « très grave » qu'a développé le secrétaire général de l'Ava, Jacques Stentz. « Pour nous, c'est la crainte de voir un vignoble parallèle se mettre en place sur lequel on ne peut être concurrentiel. Bien sûr, la tentation est grande pour des entreprises en manque de matière première, pour des viticulteurs néophytes ou pour des agriculteurs en difficulté qui souhaiteraient se créer un complément de revenu. Mais à terme, ça serait la destruction de tout ce qu'on a construit jusqu'à maintenant car moins cher on vend, plus vite on crève. » Du coup, l'Ava compte sur le soutien des différents syndicats, mais aussi des élus et des collectivités, en leur demandant de signer une motion s'opposant à cette libéralisation « forcée ». « Certes, cette motion n'est pas un outil juridique. Mais plus de monde la signera, plus notre président aura du poids pour nous défendre au niveau de la Cnaoc et de FranceAgriMer », poursuit Jacques Stentz qui peut désormais compter sur le soutien du syndicat viticole de Colmar-Houssen qui a voté cette motion à la quasi-unanimité (moins deux abstentions). « Oui » à la réserve qualitative individuelle Le syndicat viticole de Colmar-Houssen entend également « peser » sur l'Ava pour faire évoluer la date de fixation des vendanges, aujourd'hui décidée en assemblée générale, pour qu'elle soit basée sur les demandes des secteurs les plus précoces - comme l'est la Hardt colmarienne - et non plus sur une moyenne des avis des diverses sous-régions. « L'ouverture du ban doit être décidée par le conseil d'administration de l'Ava, hors assemblée générale. Et pourquoi pas, comme le font de nombreuses régions viticoles, fixer une ouverture officielle du ban un 1er août par exemple. Cela simplifierait bien des choses ! », estime André Ducros. Ce dernier met aussi à l'index les « relations de décisions » entre l'Ava et le Crinao concernant ces dates. Il juge ainsi « inacceptable qu'un seul individu puisse imposer son avis face aux décisions prises en assemblée générale ou au conseil d'administration de l'Ava ». Enfin, Raymond Lassablière a présenté le projet de réserve qualitative individuelle actuellement à l'étude qui aurait pour objectif, s'il voyait le jour, d'amortir les effets des récoltes déficitaires comme en 2006 ou 2010. « Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en réserve quand le millésime est bon et lisser les volumes d'une année à l'autre dans la limite des 80 hl/ha ? Cela permettrait d'apporter plus de sérénité par rapport aux aléas climatiques et d'éviter toute spéculation sur les prix. » Cette réserve ne pourrait s'appliquer que pour les AOC alsace blanc et rosé, ainsi que pour le crémant, avec un maximum de 5 hl/ha/an dans la limite de 15 ha par exploitation. Un système qu'André Ducros juge « indispensable » désormais. « Le problème de l'Alsace aujourd'hui, c'est de réussir à atteindre les 80 hl/ha, non plus de les dépasser. Et si c'est le cas, il faut qu'on puisse en profiter. »

Concentration de femmes de vin à Colmar

Toujours aussi divines !

Publié le 25/04/2016

Chacune a une histoire singulière, mais toutes partagent une même passion pour le vin. Lundi 11 avril à Colmar, elles étaient 42 vigneronnes, membres du cercle national Femmes de vin, à présenter les joyaux de leurs terroirs.

Après une présentation prestigieuse dans le cadre enchanteur des Folies Bergère, l'an dernier à Paris, les Femmes de vin ont choisi de se retrouver en Alsace, à la veille de leur assemblée générale, pour faire goûter leurs produits à un public de connaisseurs. 139 échantillons étaient offerts à la dégustation dans les salons du grand hôtel Bristol de Colmar. « La grande nouveauté, cette année, c'est que les Ligériennes nous ont rejointes », annonce Valérie Rousselle, la pétulante présidente de Femmes de vin. Après les Fa'Bulleuses de Champagne l'an dernier, les Dames du cœur de Loire viennent en effet de se constituer en association. « À Colmar, nous sommes donc dix régions à tenir salon, poursuit Valérie Rousselle. Un salon extrêmement bien organisé par les Divines d'Alsace qui ont eu la bonne idée de conjuguer cet événement commercial avec notre assemblée générale. C'est une idée que nous allons garder pour les années futures. Nous avons de beaux projets, en particulier à l'export. Pour la première fois, les Femmes de vin ont tenu un stand au salon Prowein, début mars en Allemagne, et on nous propose d'aller en Chine. Prowein était une première expérience, nous devons partir sur des projets différents, mais maîtrisables. » D'ores et déjà, le cercle envisage d'organiser une nouvelle édition des Folies vigneronnes, au printemps prochain à Paris, annonce Valérie Rousselle. Tout cela dans une très bonne ambiance : « Au fil des événements, une vraie solidarité se tisse entre les femmes, on se connaît de mieux en mieux, on se rend des services. » Proximité oblige, les Divines d'Alsace étaient venues en force (photo 1). À tel point qu'elles ont dû se répartir sur deux stands, ouvrant et concluant cette dégustation. Une dégustation agrémentée par les spécialités de la fromagerie Saint-Nicolas. Les côtes de Provence rosés (photo 2) étaient à l'honneur chez les Éléonores de Provence, même si un blanc (Château Carpe Diem) s'était glissé dans le lot… Au côté de Valérie Rousselle, du Château Roubine, Françoise Rigord, présidente de l'Ordre des dames du vin et de la table, une association créée en 1982 qui regroupe des vigneronnes, des sommelières, des écrivains, des journalistes, pour défendre les accords mets-vins dans la plus pure tradition française. Hélène Beaugrand, Sophie Milesi et Claire Brun, trois ambassadrices de charme pour les Fa'Bulleuses de Champagne (photo 3). Cette association, ont-elles indiqué, se compose de sept vigneronnes de différents secteurs, de la montagne de Reims à la côte des Blancs, du val de Montgueux à la vallée de l'Ardre, en passant par la vallée de la Marne. « Nous produisons toutes les cuvées, 100 % chardonnay, 100 % meunier, 100 % pinot, mais aussi des assemblages, des millésimes, des rosés. » Ensemble, elles ont créé un coffret où chacune a placé une bouteille représentative de son domaine. Les Dames de cœur de Loire font la paire C'est une belle paire de Dames de cœur de Loire (photo 4) qui ont fait le déplacement à Colmar, Catherine Corbeau-Mellot et Sophie Guyollot, respectivement présidente et vice-présidente de la toute jeune association. Celle-ci regroupe une trentaine de femmes des sept vignobles de la région (Sancerre, Pouilly-Fumé, Menetou-Salon, Quincy, Reuilly, Coteaux du Giennois et Châteaumeillant) qui exercent différents métiers dans la filière : vigneronnes, essentiellement, mais aussi œnologues, enseignantes, techniciennes de laboratoire, assistantes commerciales… « Notre objectif premier est de faire connaître les métiers de la filière vin pour susciter des vocations, car il n'est pas facile de trouver du personnel, notamment des tractoristes. Face à cette pénurie de main-d’œuvre récurrente, il faut se bouger. Ce sont des métiers peu valorisés, mais très variés et non délocalisables. Nous intervenons dans les collèges et les lycées, lors de forums, pour encourager les jeunes à s'orienter vers ces filières. C'est fédérateur, cette envie de transmettre ! » À la table des Femmes et vins de Bourgogne, quatre viticultrices étaient présentes. Parmi elles, Anne Parent, ancienne présidente de Femmes de vin (photo 5). À ses côtés, Clotilde Davenne, Anne-Sophie Debavelaere et Françoise de Lostende. « Nous sommes quatre viticultrices, mais nous représentons neuf domaines. » L'association bourguignonne, précise-t-elle, compte 38 adhérentes issues des cinq sous-régions : Chablis, Côte de Beaune, Côtes de Nuits, Côte Chalonnaise et Mâcon. Étaient également présentes les Étoiles en Beaujolais, Femmes Vignes Rhône, So Femmes & Vin Sud-Ouest, les Alienor du vin de Bordeaux et Vinifilles Languedoc Roussillon.

Interview de Thomas Montagne, président des Vignerons de France (VIF)

« Faisons attention de ne pas avoir trop peur ! »

Publié le 25/04/2016

Protection des appellations, simplification administrative des taxations douanières, œnotourisme, label HVE, charges et contraintes sociales : Thomas Montagne, récemment invité à l’assemblée générale du Synvira, a abordé ces différents dossiers. Thomas Montagne a d’abord présidé la Cevi (Confédération européenne des vignerons indépendants) avant de succéder à Xavier de Volontat à la présidence des VIF.

Sur l’action générale des VIF Thomas Montagne : « Nous sommes un syndicat de TPE, nous n’attendons pas que l’environnement s’adapte, on va de l’avant, on fonce et c’est nous qui créons notre environnement. Mais il est clair, qu’avec un appui politique, ça va plus vite. Sur notre stand du Salon international de l’agriculture, nous avons dit aux politiques : Foutez-nous la paix ! Laissez-nous travailler ! Cessez de nous mettre des poids que d’autres n’ont pas. C’est un vrai problème de société. Nous avons besoin d’air pour respirer. Nous cherchons à améliorer l’écosystème de nos vignerons, notre environnement économique et juridique. On a trois conditions pour être efficace : l’unité, l’intelligence et le nombre. Les vignerons indépendants comme les coopératives se sentent assez mal représentés dans les interprofessions au niveau national. En Alsace vous l’êtes, mais il y a des dissensions, pourtant j’ai la ferme conviction que vous allez trouver à vous entendre, car cela est nécessaire. » Sur l'œnotourisme TM : « C’est Philippe Blanck qui est en charge du dossier au plan national. Il est clair que l’œnotourisme ne se fera pas de manière intelligente en France sans les vignerons indépendants. L’âme de la viticulture, c’est nous qui la représentons. Nous seuls sommes capables d’apporter ce supplément d’âme, c’est ce que nous allons expliquer aux ministres pour obtenir les retombées qui naturellement doivent nous échoir. Nous souhaiterions être référencés comme il se doit sur le site Atout France. Notre site a été refondu, il comporte un volet œnologique avec des offres packagées - comprenant l’hôtel, le transport, la visite de cave, la dégustation, le restaurant -, proposées avec des prestataires. À chacun son métier : nous n'avons pas l’intention de prendre des licences de tour-opérateur. L’œnotourisme est une des réponses à cette question des vins d’importation comme ce pinot blanc à 1,33 €. » Sur la protection des appellations TM : « Faisons attention à ne pas avoir trop peur de l’avenir. Les lignes Maginot sont toujours contournées et finissent par céder. Ayons le courage de dire les choses. De gérer nos appellations de manière différente. Vous vous êtes battus pour que certains cépages ne puissent figurer sur des étiquettes de vins de France et finalement le boomerang revient par l’extérieur. Finalement on a mis une barrière réglementaire. Au lieu de s’élever par l’excellence, le système des appellations a tendance à vouloir contraindre les autres strates IGP et VSIG avec des fardeaux administratifs. C’est bien l’excellence qui nous sauvera, et pas d’exercer des contraintes chez les voisins. Soyons visionnaires. Contre ce pinot blanc sud-africain à 1,33 €, nous avons un moyen de nous défendre, c’est notre logo, il est gage de traçabilité. On a une histoire à raconter derrière ce logo. Nous dépensons beaucoup d’argent pour en faire la promotion : 300 000 €. Si nous ne l’utilisons pas, on a tout faux. Il véhicule des images de terroir, d’authenticité, des valeurs qui nous touchent. Nous en sommes les premiers gestionnaires. » Sur la simplification des taxations douanières TM : « Si on doit expédier 36 bouteilles en Europe, ça se complique sérieusement, y compris là où on n’a pas de droits d’accises à payer. Pour les ventes à distance en Europe, on doit faire appel à un transitaire fiscal, d’où la complexité administrative. Avec la Confédération européenne des vignerons indépendants (Cevi), nous sommes intervenus à Bruxelles : l’idée, c’est d’obtenir un guichet unique, il ne s’agit pas d’éluder les accises, ce serait utopique, mais il s’agit d’obtenir un système unique, faute de quoi, j’ai expliqué, lors d’un colloque à Bercy, que le business n’attend pas, on se débrouille et on ne se situe pas exactement dans la légalité européenne. » Sur le label HVE TM : « Je pense que le risque phytosanitaire pourrait s’avérer nettement plus préjudiciable que les messages sur l’alcool. Il faut en avoir conscience, prendre les options maintenant, être le plus propre possible et le faire savoir. C’est bon pour nous, pour le terroir et pour nos clients. Il n’y a pas trop de questions à se poser. Le label HVE a un spectre plus large que le bio, puisqu’il intègre aussi la biodiversité. Mais ces deux labels (NDLR : ou Terra Vitis) ne sont pas à opposer. 38 % des adhérents sont engagés en démarche environnementale, dont 20 % en bio. Nous sommes donc en avance. »

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