Affaire Albrecht
Entretien avec l’avocate Marie-Odile Goefft et Jérôme Bauer
Affaire Albrecht
Publié le 06/08/2015
Marie-Odile Goefft est missionnée par l’Ava pour défendre les vignerons victimes de l’affaire Albrecht. Pour l’heure, elle collecte les éléments de preuve et les transmet au Parquet à Colmar.
EAV/PHR : Où en est la procédure ? Jérôme Bauer : « L’enquête est ouverte depuis l’automne 2012. L'Ava a dressé un portrait plus global de l’affaire, et porté plainte au pénal en novembre 2012 pour banqueroute, non dépôt des comptes, infraction en matière de chèque, escroquerie et toute infraction qui pourra être relevée dans le cadre de l'enquête ». Marie Odile Goefft : « L'Ava dispose d’un accusé de réception de plainte. Un dossier est ouvert auprès du tribunal de Colmar avec un numéro de procédure. C’est le fonctionnement habituel de la justice. Ce qui signifie que des gendarmes ou des policiers font des investigations. Pour l’heure, nous n’avons pas accès au dossier tant que l’enquête n’est pas menée à son terme. L’enquête déterminera si l’affaire relève ou non d’une qualification pénale. La plainte de l’Ava a interrompu la prescription ». EAV/PHR : Des vignerons ont cependant le sentiment que rien ne se passe… Marie Odile Goefft : « En fait, l’enquête est à un stade où la gendarmerie fait son travail de recherche, un travail de fourmi, de collecte de l’information. Pour le moment, tout cela est dans les services de gendarmerie ou de police concernés. Une enquête peut déboucher sur un placement en garde à vue, sur une instruction ou un classement sans suite. Lorsque les faits sont complexes et nécessitent des investigations complémentaires, la phase d’enquête prend du temps. D’autant que le dossier Albrecht est inhabituel, c’est un dossier tentaculaire. Ensuite, dans l'hypothèse où l'enquête mettrait en évidence de possibles infractions, cette information sera traitée soit par une juridiction de jugement, soit par un juge d’instruction si des investigations complémentaires sont nécessaires. Je ne verrai les éléments de l’enquête que lorsque celle-ci sera terminée. Elle reviendra alors au Parquet, et l’on pourra consulter les actes ». EAV/PHR : Que faire dans l’immédiat pour accélérer le cours de la justice ? Jérôme Bauer : « L’Ava joue un rôle pivot entre la profession viticole et le monde judiciaire. Les gens peuvent s’adresser directement à la justice, mais l'Ava propose de centraliser pour qu’il n’y ait pas de problème de procédure et de faire les choses comme il faut et dans les formes. Chaque personne qui le souhaite peut remonter des informations à l’Ava, sur tout ce qui leur a semblé anormal. Ce qui suppose que chacun doit prendre sa plume. On ne demande que ça. En réalité, dès qu’on demande des éléments tangibles, peu de personnes acceptent de remonter l’information. Les informations qui sont transmises à l'Ava sont remontées à la justice, par le biais de notre avocat, pour que les enquêteurs puissent s'en servir et que ce soit joint au dossier. L'Ava travaille à remonter les informations. J’ajoute que nous avons une obligation de confidentialité, par le secret de la procédure pénale et collective ». EAV/PHR : Étant donné l’importance du préjudice à l’échelle de la filière, impliquant peut-être des opérateurs finaux, on peut comprendre que des vignerons hésitent à passer par l’Association des viticulteurs… Jérôme Bauer : « Que des vignerons agissent directement auprès du tribunal, je le comprends, mais je condamne l’instrumentalisation politique qui peut être faite de ce dossier. La question n’est pas de s’opposer les uns les autres. Je suis le président de tous les vignerons. Je ne veux pas de politisation. Si un jour l’enquête devait démontrer une responsabilité quelconque d’un membre de la production, je serai le premier à soutenir les victimes contre ce responsable. Et ce, quelle que soit l’entreprise concernée ».












