Semaine des alternatives aux pesticides
Beau succès pour les démonstrations de semis direct
Semaine des alternatives aux pesticides
Publié le 06/05/2016
120 vignerons, et beaucoup de nouveaux visages dans ce type de réunion très agro-écologique, étaient réunis vendredi 29 avril à Ingersheim, chez le vigneron Vincent Fleith. L’organisation des producteurs bios d’Alsace proposait une après-midi technique dans le cadre de la semaine des alternatives aux pesticides. Thème de la journée : les couverts, avec une rare concentration de semoirs de semis direct.
Vincent Fleith est un vigneron passionné qui insiste « sur la dimension solidaire et le partage des informations et des savoirs pour progresser ». Il souhaite faire partager au plus grand nombre par la voie professionnelle ses acquis et ses expériences en agro-écologie. Il a présenté ses démarches de réflexion et ses pratiques viticoles. « Je vise entre 45 et 55 hl/ha. Ma fertilisation est adaptée à la capacité de rétention des sols ; et afin de ne pas gommer le lien au terroir, c’est-à-dire de ne pas gommer la minéralité du sol, car je pense que cette minéralité a une incidence dans le goût des vins », explique-t-il. « Par exemple, dans les argilo-calcaires, je mets 5 tonnes de compost tous les 3 à 5 ans, car le sol a une bonne capacité de rétention. Et dans les galets roulés, c’est 1,5 t tous les ans, car ces sols n’ont pas de capacité de rétention. C’est le pédo-géologue, Yves Hérody, au sein de Vignes Vivantes, qui nous a aidés à adapter nos pratiques en fonction de chaque lieu. Sur nos types de sols, il nous a par exemple conseillé de retirer les bois, car ils monopolisent la vie microbienne. » Selon Vincent Fleith, Yves Hérody a également « permis de comprendre le paysage dans lequel on se situe. Nous sommes ici sur un cône de déjection. Je cultive sur des granites éboulés de la Fecht, sur des galets érodés et sur des lœss pour mes vins plus génériques. » «Ne pas parier que sur un seul outil» En ce qui concerne le travail des sols, Vincent Fleith estime qu’il lui faut cinq ans pour que ses vins deviennent intéressants : « Chaque année, je récupère une vigne, j’adapte progressivement mon travail pour éliminer les racines superficielles. Et au bout de cinq ans, je sème des plantes concurrentes et qui décompactent. Alors, ce n’est plus nécessaire de travailler en profondeur et je diminue les à-coups de minéralisation. Et à ce moment-là, les vins commencent à devenir intéressants, grâce aux échanges microbiens. » Mais il faut globalement une dizaine d’années pour arriver à maîtriser les à-coups de vigueur et les maladies cryptogamiques, ajoute le vigneron. Et au final, gommer l’effet millésime dans les vins. Concernant le travail des sols, « c’est aussi une règle que de ne pas parier sur un seul outil, explique-t-il. Il en faut une panoplie. J’étais contre la fraise parce que ça lisse les sols, mais aujourd’hui les dents, qui sont inclinées, ne lissent plus, ce qui me permet par exemple de calmer la concurrence en printemps sec. » Concernant l’aspect phytosanitaire, le vigneron applique quatre traitements liquides. Il encadre la fleur, avec soit un liquide ou un poudrage avant la fleur. Je commence au premier traitement à 80 l/ha et je termine à 140 l/ha. L’application a lieu au Turbocoll (Tecnoma), dont les ouvertures sont adaptées au plan de palissage. « Je ne traite jamais entre 11 h et 17 h en plein soleil, et de préférence quand le temps est couvert. Je suis à moins de cuivre sur toute ma saison qu’avant en un seul traitement. Et deux sacs de soufre pour 10 ha par traitement. » À ces faibles doses de cuivre et de soufre, Vincent Fleith s’aide des plantes qui sont cueillies fraîches quand elles sont disponibles, appliquées en tisane ou en décoction, le matin juste avant application. « Entre la cueillette, la décoction, la filtration, il faut compter le temps de préparation. Nous allons, avec l’Atelier paysan, concevoir une tisanière pour faciliter notre travail. Chaque traitement a au minimum deux plantes. En printemps humide, c’est plutôt de la prêle, et en printemps sec, plutôt de l’ortie. Et à chaque fois de l’osier, pour l’acide salicylique. Cette année, j’ai fait une prêle à la période de Pâques. Je peux aussi utiliser de l’arnica et de la valériane pour les lendemains de grêle. » Plusieurs rencontres m'ont fait progresser, indique Vincent Fleith : « Yves Hérody au sein de Vignes Vivantes, on a une dynamique de groupe, on avance plus rapidement, et le conseiller en biodynamie Pierre Masson. »












