Vigne

Rencontre de traction animale en viticulture à Nothalten

Inciser, cicatriser, germer...

Publié le 02/05/2016

À l’initiative de Boris Kachelhoffer, du collectif des Verres de Terres, un réseau Facebook qui rassemble une centaine de salariés de la viticulture et de vignerons en Alsace, une rencontre des vignerons adeptes et prestataires en traction animale se tenait samedi 23 avril sur le Muenchberg de Nothalten. Le vigneron André Ostertag avait prêté ses parcelles de vigne pour ce rassemblement important.

Étaient présents les vignerons Hubert Haussherr à Eguisheim, Jérôme François à Ostheim, Dominique Meyer à Gunsbach (domaine Zind Humbrecht), Pierre Simler à Westhouse, Pierre Eiché à Ammerschwihr, Éric Altermath à Pfaffenheim, Aurélien Lurquin à Romery en Champagne, et Axel Lefebvre d'Orléans avec ses outils à taillant. Cinq chevaux de traction et 80 observateurs éparpillés dans les vignes pour apprécier les différents chevaux et leurs meneurs, les outils à l’œuvre, un rolofaca, des charrues de buttage et débuttage, covercrop, diverses griffes… Dans d’autres situations, la pluie abondante de la matinée aurait entravé la qualité du travail des sols. Mais les sables filtrants du Muenchberg, couplés à la traction animale, ont largement permis aux meneurs d’exprimer leur savoir-faire sans altérer la structure de la terre. Certes, l’on pourrait penser que le cheval de trait pèse lourd et compacte le sol sous ses sabots selon la loi de physique P = F/S où la pression exercée au sol est inversement proportionnelle à la surface. Et comme la surface sous les sabots est réduite, la pression exercée au cm2 est forte. Mais c’est oublier que le lien au sol en traction animale est également biologique, et que le cheval n’exerce pas d’impulsion qui damerait le sol, à la différence d’engins motorisés dont les vibrations ont un effet de compaction de la terre d’autant plus important, qu’il n’y a pas d’amortissement. Outils à taillants Mais le propos de la matinée concernait aussi les outils de travail des sols, le réglage et les types de dents. Le taillandier Axel Lefebvre, qui fabrique des outils à taillant pour la viticulture, avait apporté notamment différentes pioches tirées de ses recherches historiques. Crouet, mare, bêche, pelle de vigne, binette, raclette : il existe un type d’outil par type de sol et par type de travail. Les outils à taillant sont auto-affûtants en raison de leur fine lame d’acier-trempé sertie entre deux couches de fer doux. Ce qui leur procure longévité et une qualité de tranchage inégalée. Axel Lefebvre fabrique désormais des dents ce de type à monter sur étançon pouvant équiper les charrues. Comparant la facilité de travail de traction avec une charrue équipées de ces dents taillandées, le meneur Pierre Simler a constaté un grand soulagement pour son cheval. (voir les vidéos sur notre page Facebook EAV/PHR). La qualité du tranchant permet un travail de la terre plus précis, plus propre, à l’image d’une incision de la peau au scalpel plutôt qu’avec un couteau dégrossis.

Syndicat des vignerons indépendants d'Alsace (Synvira)

Communiquer sur des terroirs d'exception

Publié le 01/05/2016

La sortie de l'hiver est une grosse période pour les viticulteurs. Les vignes bourgeonnent. Et après trois faibles récoltes en rendement, les professionnels attendent beaucoup de celle de 2016. Le vin d'Alsace reste de très grande qualité. D'où ce besoin de communiquer du Synvira qui organise de nombreuses manifestations. La première est fixée le vendredi 6 mai avec la sixième édition de « L'Apéro gourmand ».

Sur les terres du domaine de Jean-Paul Schmitt à Scherwiller, le Syndicat des vignerons indépendants d'Alsace (Synvira) a présenté son plan de communication à une période importante de l'année viticole. « Nous finissons actuellement de tailler et de lier. Les réparations sont quasi terminées. Les remplacements de pieds sont en cours. D'ici quelques semaines, nous allons commencer les traitements dans les vignes. Chez ces dernières, les bourgeons commencent à sortir. C'était une crainte vue la sécheresse de l'année passée. C'est une première satisfaction et un soulagement. Car, nous avons un gros besoin de récolte. La moitié des caves sont vides. Chaque exploitation a un véritable objectif de rendement. Sur trois années, certains ont perdu l'équivalent d'une récolte entière. C'est la responsabilité du Synvira de soutenir ses adhérents pour faire face à de telles situations, mais également face aux tâches administratives », explique le président du Synvira, Pierre Bernhard. Ce soutien passe depuis de nombreuses années par des opérations de communication et des manifestations qui y sont liées. Le Synvira a ainsi su, grâce à sa charte d'accueil qualité « Bienvenue chez le vigneron indépendant d'Alsace » créée en 2004, être un acteur majeur pour l'obtention du label « Vignobles et Découvertes » en Alsace. « Nos opérations œnotouristiques sont reconnues comme des démarches atypiques. Elles apportent une dynamique et permettent d'amener les clients dans nos caveaux pour leur parler de nos vins. Ce sont des moments de partage et d'échanges qui permettent de créer des liens et de les fidéliser. Cette tradition de bien-être, du bien vivre ensemble, de partage, d'engagement et de respect entre également dans une démarche de production qui respecte l'environnement. Ce sont des valeurs fondamentales », ajoute Pierre Bernhard. Et cela marche bien. L'Alsace est une des régions de l'hexagone où la vente directe est la plus importante, avec une moyenne de 25 % des volumes contre 57 % pour la grande distribution, 16 % en cafés, hôtels et restaurants (CHR) et 2 % chez les cavistes. « Nous avons une énorme force avec la vente directe. Mais, nos adhérents demandent des outils complémentaires. D'où ce plan de communication du Synvira », précise Pierre Bernhard. Apéro gourmand le 6 mai Les différentes opérations œnotouristiques ont été présentées par Catherine Schmitt, viticultrice à Ottrott, en charge de ce dossier au Synvira, et par Clémence Wagner, chargée de communication. La première de ces opérations en sera à sa sixième édition cette année. Il s'agit de « l'Apéro gourmand » fixé au vendredi 6 mai à partir de 18 h 30. « Ce soir-là, 32 vignerons indépendants alsaciens ouvriront les portes de leur domaine à toutes celles et ceux qui veulent s'initier aux vins d'Alsace. Ce sera une soirée pour échanger, déguster des accords mets-vins inédits et surprenants. L'objectif est de faire découvrir les vins à travers des mets que chaque vigneron aura choisis en harmonie parfaite avec ses crus. Notre objectif est également de faire découvrir notre univers à la jeune génération de consommateurs. Cet Apéro gourmand est donc l'occasion de partager des saveurs exceptionnelles, de faire rêver, de créer du lien », souligne Catherine Schmitt, dont le domaine fera notamment découvrir ses célèbres vins rouges d'Ottrott. Au même moment, Synvira Pierre Bernhard compte proposer aux visiteurs qui viendront sur son domaine à Châtenois des petits plats indiens accompagnés de vieux riesling et de pinot gris. Pique-nique les 14, 15 et 16 mai Les 14, 15 et 16 mai, soit le week-end de Pentecôte, ce sera une nouvelle édition du « Pique-nique chez le vigneron indépendant ». Née en Alsace en 1995 à l'initiative du Synvira, cette manifestation est devenue un événement incontournable dans la région et attire chaque année plusieurs milliers de personnes. « Son succès a conduit le mouvement des Vignerons indépendants de France à l'étendre au niveau national. Le Synvira l'organise dans les entreprises des vignerons indépendants le long de la route des vins d'Alsace pour changer l'habitude des consommateurs et leur faire reprendre le chemin de nos entreprises en leur faisant partager une journée avec le vigneron et sa famille. L'idée est simple : venir avec ses amis, famille, clients sur un domaine et partager un panier-repas en profitant des vins des domaines participants. Cette année, près de 400 vignerons y participent à travers 31 départements », ajoute Catherine Schmitt. Rappelons que cet événement avait été primé au Prix national de l'œnotourisme en 2009. En Alsace, chaque domaine proposera son programme et ses activités ludiques et culturelles. La manifestation sera suivie en septembre par l'opération « Vendangeur d'un jour » en place pour la quatrième année. Cette prestation participative est construite sur la découverte et permet de repenser la relation entre le touriste et le vigneron, de tisser de nouveaux liens et de réinventer le sens de l'hospitalité. Un nouveau guide œnotouristique Enfin, le syndicat des vignerons indépendants d'Alsace présente actuellement un superbe nouveau guide œnotouristisque. Il s'agit d'un outil de promotion concerté et soutenu par le Conseil régional et l'Agence de développement du tourisme d'Alsace. « Nous l'avons conçu pour faire découvrir des prestations complémentaires pleines de saveurs et de sensations. Au fil des pages, on retrouve des idées parmi les nombreuses activités proposées telles que des ateliers d'initiation à la dégustation, des accords mets-vins, des dégustations comparatives pour comprendre la notion de terroir dans les vins ou encore la découverte de la faune et de la flore. On y trouve également les bonnes adresses pour se restaurer conseillées par les vignerons, et des sites touristiques ou festivités à ne pas manquer », conclut Clémence Wagner. Ce guide a été expédié à près de 400 autocaristes du grand est de la France, des agences de réservation touristique, des tour-opérateurs et des clubs œnophiles. Le guide est aussi consultable par le grand public sur www.alsace-du-vin.com.

88e foire aux vins d'Ammerschwihr

Passion, discussions et dégustations

Publié le 30/04/2016

Le week-end dernier, la 88e foire aux vins d'Ammerschwihr a ouvert le bal des fêtes viniques qui animeront les villages alsaciens dans les mois à venir. Un rendez-vous « incontournable » entre dégustations de « l'excellent » millésime 2015 et discours plus politiques.

« Incontournable », « vigoureuse », « dynamique ». Pour sa 88e année, la foire aux vins d'Ammerschwihr se porte comme une reine. Le week-end dernier, elle a une nouvelle fois ouvert le bal des nombreuses fêtes viniques qui font vibrer tous les ans les places et les rues des villages alsaciens. L'occasion, bien sûr, de déguster les perles du millésime 2015 - et elles étaient nombreuses. « Il faut dire que malgré des rendements moyens - de l'ordre de 50 hl/ha sur le village - nous avons obtenu des vins de qualité excellente, avec de beaux arômes et une belle fraîcheur », se félicite le président du syndicat viticole d'Ammerschwihr, Romuald Bohn. Si ce dernier espère une « reconstitution » des stocks en 2016, il reste lucide sur la manière d'y parvenir. « Les produits phytosanitaires sont nécessaires à la santé de nos cultures. Leur utilisation doit se faire en adéquation avec les attentes des riverains, c'est certain. Mais il faut tout de même rappeler que les personnes les plus exposées sont les producteurs eux-mêmes. C'est juste du bon sens paysan », rappelle-t-il. Moderniser l'image du vignoble À Ammerschwihr, on ne « rigole pas » avec le vin, tant il fait partie de l'ADN du village. Pour le maire, Patrick Reinstettel, c'est une « affaire sérieuse », encore plus dans le contexte économique actuel. « Cette manifestation montre la capacité de notre tissu local à résister malgré les sacrifices que l'on nous demande jour après jour. Une foire comme celle-ci n'est pas ringarde ou figée dans le temps, au contraire. Elle met en avant des viticulteurs qui font cause commune pour exister dans une économie moribonde. » Des propos qui prennent tout leur sens quand on se penche un peu plus sur la situation du vignoble alsacien : trois petites récoltes d'affilée - dont une marquée par les ravages de la drosophila susukii - et la concurrence nouvelle et redoutée des Vins sans indication géographique (VSIG). Un dossier qui mobilise les responsables de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) depuis plusieurs mois et qui suscite l'inquiétude. Le secrétaire général du syndicat, Jacques Stentz, estime « qu'il ne faut pas céder à cette vague de libéralisme » où chacun pourrait faire « ce qu'il veut ». « Nous devons garder l'étanchéité de nos appellations. À nous de travailler l'image et la modernité de notre vignoble », souligne-t-il. « Le terroir, c'est notre atout » Car le potentiel des vins d'Alsace est bien réel, notamment à l'export, à en croire les propos du directeur du Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa), Jean-Louis Vézien. S'il reconnaît les épisodes « parfois difficiles » que traverse le vignoble régional et les problèmes de disponibilité, il reste confiant dans sa capacité à se démarquer sur les marchés. « Aujourd'hui, il n'y a plus de petits millésimes. Le temps des volumes importants sur le début de gamme est terminé. Nous disposons de vins plus typés qui plaisent de plus en plus, notamment à l'export. Nos parts de marchés ont ainsi augmenté dans les pays tiers en 2015. Petit à petit, on réussit à positionner nos vins blancs à travers le monde. » De son côté, le président du Syndicat des vignerons indépendants d'Alsace (Synvira), Pierre Bernhard, considère que le vignoble alsacien a une « belle carte à jouer » avec le pinot noir. En retrait par rapport aux cépages blancs, le rouge alsacien pourrait « ouvrir de nouvelles portes » selon lui. « Quand je vois des pinots noirs de Bourgogne à 35-40 € la bouteille, je me dis : pourquoi pas nous ? N'ayons pas honte de nos produits. Le terroir, c'est là notre atout, notre plus-value. » À Ammerschwihr, on l'appelle « Kaefferkopf », un grand cru à l'image de la foire aux vins du village : incontournable.

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