Entreprises viti-vinicoles
Une formation pour les cédants et les repreneurs
Entreprises viti-vinicoles
Publié le 12/12/2022
L’École de management (EM) de Strasbourg est à l’initiative d’une formation sur la transmission et la reprise des entreprises familiales viti-vinicoles. Sa particularité : intégrer la dimension socio-émotionnelle de la transmission.
C’est une formation courte, de sept jours non consécutifs, qui débutera en janvier 2023 à l’École de management (EM) de Strasbourg. Elle est organisée par les chaires « Gouvernance et transmission d’entreprises familiales » et « Vin et tourisme » de l’établissement. Patrice Charlier et Coralie Haller, les porteurs de ces deux chaires, l’ont conçue en partant du constat que la transmission est une étape particulièrement délicate dans la vie des entreprises viti-vinicoles, qui sont majoritairement des entreprises familiales. Elle soulève des questions patrimoniales, juridiques, fiscales et comptables mais pas seulement : elle interroge également la légitimité du repreneur et intègre une dimension socio-émotionnelle souvent négligée dans les formations et dispositifs existants, relève Coralie Haller. Cette dimension socio-émotionnelle fait déjà partie des formations dispensées aux futurs jeunes repreneurs d’entreprises par l’école, tous secteurs d’activité confondus. De quoi s’agit-il au juste ? Lors de la conférence de lancement, en mai dernier à Strasbourg, plusieurs intervenants ont évoqué le cas de ces dirigeants qui, tout en prétendant vouloir se retirer, n’arrivent pas à décrocher. Quelle qu’en soit la motivation, l’envie de se maintenir complique la transmission et contribue à la retarder. Or, pour pouvoir se dérouler dans de bonnes conditions, celle-ci doit se préparer suffisamment tôt, souligne Patrice Charlier. Dans le Grand Est, seules 15 % des entreprises familiales agricoles ont un plan de transmission. Dans le cas où le chef d’exploitation a plus de 60 ans, le devenir de l’exploitation dans les trois années suivantes reste encore incertain pour 7 % d’entre elles. La formation montée par l’EM Strasbourg s’inscrit dans le contrat de filière viticulture de la Région Grand Est sur l’axe stratégique « compétitivité et durabilité des exploitations viticoles ». « Une épreuve ou un cadeau » Nicole Bott, du domaine Bott frères à Ribeauvillé, témoigne d’une transmission préparée et réussie. Avec son époux Laurent, elle a développé l’entreprise viticole qui compte désormais 18 ha, se consacrant notamment à développer l’export. Son fils Paul a repris le domaine en avril dernier avec sa compagne Gladys. Pour transmettre leur entreprise, elle et son époux ont fait le choix de « bien s’entourer ». Ils ont démarré les démarches en 2019, et ont mis trois ans à les faire aboutir, se demandant si cette étape était plutôt « une épreuve ou un cadeau ». « Pour réussir la transmission, il faut être décidé à transmettre, pas trop tôt, mais pas trop tard non plus, sinon le successeur n’a plus envie. » Nicole Bott estime nécessaire que les parents expriment leur confiance au jeune qui se destine à reprendre l’entreprise. « Il ne faut pas s’imaginer que les jeunes ne sont pas compétents, il faut leur laisser leur chance et les encourager, même s’ils se prennent les pieds dans le tapis. » Une fois la décision prise, un accompagnement s’impose. Nicole Bott recommande de faire appel à des professionnels : juriste, notaire, expert-comptable, banquier… Dans son cas, l’expert-comptable, qui connaissait aussi bien l’histoire familiale que les capacités financières de l’entreprise, a joué un rôle essentiel en aidant aux choix stratégiques. Le couple d’exploitants, qui a aussi une fille, tient à préserver l’équilibre familial. « Si à Noël, on ne se retrouve pas tous ensemble autour de la table, c’est que la transmission est loupée », résume la vigneronne. Les discussions avec les différents experts font émerger d’incontournables questionnements : faut-il tout donner ou seulement une partie ? Avec ou sans usufruit ? Favoriser le repreneur ou pas ? Comment partager le foncier ? Avec en arrière-plan la question centrale de savoir si le projet de reprise est « réalisable, finançable, viable ». Si tout le monde est d’accord - cela peut demander de revoir le projet à plusieurs reprises - vient le moment de la signature. « Avant de signer, on doute. Une fois que c’est fait, on ne doute plus, on est content que l’entreprise continue, on sait qu’on a fait du bon boulot », conclut Nicole Bott, reconnaissant que la finalisation de la transmission représente un intense moment d’émotion.












