Publié le 20/01/2023
Dans leur boutique, située dans le quartier Saint-Joseph à Colmar, Nicolas Senn et son épouse Nathalie font cohabiter leurs passions respectives : le vin et la littérature.
Ouvert en février 2022, le Chat perché n’est pas une cave à vin comme les autres. Sa singularité apparaît dès la vitrine, où les livres l’emportent en nombre - et de loin - sur les bouteilles de vin. Pourtant, sur la porte d’entrée, le chat qui sert d’emblème à la boutique, postérieur posé sur une pile de bouquins, lève son verre comme pour trinquer à la santé du prochain client venu. Nicolas Senn et son épouse Nathalie ont réuni leurs deux passions dans un commerce de quartier situé rue du Logelbach, à Colmar, à l’ombre de l’église Saint-Joseph. Enseignante en lycée à Colmar et grande lectrice, Nathalie Lesperat-Senn rêvait d’ouvrir une librairie : pour faire aboutir son projet, elle se forme dans une école spécialisée à Paris et effectue des stages chez des libraires. Nicolas, son mari, à la retraite depuis deux ans, a une carrière professionnelle bien remplie : il a enseigné les techniques des métiers de salle pendant 15 ans au CFA Storck à Guebwiller, avant de lancer la section sommellerie dans l’établissement. De là datent ses premiers contacts et expériences professionnelles avec des vignerons, dont plusieurs stages dans le Bordelais. « Plus j’enseignais, plus j’apprenais », raconte Nicolas Senn, qui se passionne pour le monde du vin au point de quitter l’enseignement en 1999. Recruté au domaine Schlumberger, à Guebwiller, il réactive un réseau d’agents commerciaux qui vendent les vins du domaine alsacien dans toute la France. Un poste qui satisfait autant son goût pour le contact humain que pour le terrain. Au terme de cinq années de vadrouille, le voilà engagé par le caviste mulhousien Georges Henner avec pour mission d’approvisionner les restaurateurs de la région en vin. Il œuvre ensuite au Clos 3/4, autre établissement mulhousien connu des amateurs de vins et des professionnels, et supervise la sélection mensuelle de la Fédération culturelle des vins de France, une organisation à laquelle adhèrent de nombreux clubs de dégustation amateurs. « Pendant toutes ces années, j’ai été amené à beaucoup déguster. Des vins divers et variés. C’est ainsi que mon goût personnel s’est formé, retrace Nicolas Senn. J’ai commencé à avoir des affinités avec les vins en biodynamie et avec les vins sans intrants. Ce sont des vins qui me parlent aussi bien par la philosophie de travail que dans leur appréciation gustative. Je suis passé par des étapes avant d’en arriver là, contrairement à la nouvelle génération de cavistes qui y va d’emblée car elle est très sollicitée par les jeunes vignerons présents sur les réseaux sociaux et dans les salons. » Cette connaissance approfondie des vins et ce penchant particulier pour les vins nature l’amènent à ouvrir une petite cave à vin à Katzenthal. Nature en cave s’installe pour un an dans des locaux loués par un vigneron du village. Chaque samedi, Nicolas pousse jusqu’au marché Saint-Joseph, de Colmar. Les clients du marché s’habituent à le voir déballer les cartons du coffre de sa voiture. Ils s’intéressent aux vins qu’il sélectionne. Aussi, lorsque vient le moment de trouver un local à Colmar, c’est vers le quartier Saint-Joseph que le couple porte son choix. « C’est comme un village, il y a des commerces et une vraie vie de quartier », assure le caviste qui apprécie la mixité et l’esprit bon enfant qui y règnent. Une région qui bouge « Nous n’avons pas cherché à créer un concept. Nous ne vendons pas de coffret avec un vin et son livre », s’amuse Nicolas Senn. Le client qui pousse la porte du Chat perché peut être un amateur de littérature comme un œnophile plus ou moins averti. Il arrive même qu’il ou elle apprécie les deux spécialités. Dans la petite boutique, l’étagère consacrée aux boissons occupe le mur du fond, immédiatement visible depuis l’entrée. Juste à côté, une guirlande photo permet de visualiser chaque fournisseur. 70 à 80 références de « vins vivants » sont disponibles, dont une bonne part de vins d’Alsace. Fier de sa région qui « bouge beaucoup sous l’influence de vignerons trentenaires et de quelques néovignerons », Nicolas Senn vend les flacons d’une vingtaine de professionnels alsaciens : des pionniers de la biodynamie comme Jean-Pierre Frick, rencontré par le biais de l’association Slow food locale qu’il a présidée pendant dix ans, des vignerons bio tels que le couple Beck-Hartweg à Dambach-la-Ville aux domaines plus récents comme les Funambules à Ammerschwihr, Moritz-Prado à Albé ou le domaine In black à Saint-Pierre. « Comme je suis limité en place, je fais tourner. » En dehors de l’Alsace, sa sélection inclut des vins du Languedoc, du Sud-Ouest, de la vallée du Rhône, ainsi que quelques références de la Loire et de Bordeaux. Aucun vin du Jura, qu’il apprécie pourtant, ni de Bourgogne, parce qu’ils sont « introuvables à prix raisonnable ». À la vente, Nicolas Senn tient en effet à rester dans une fourchette comprise entre 8 € et 30 €. En complément des vins, le caviste propose une sélection d’ouvrages sur ce thème, ainsi que la revue spécialisée Le rouge et le blanc, vendue au numéro, sans publicité.












