Vigne

Publié le 07/03/2023

En collaboration avec Serge Schlée, Mathieu Ginglinger, vigneron bio à Eguisheim, élabore un pétillant de rhubarbe qui connaît déjà un certain succès.

Cela fait longtemps qu’il y pensait : Serge Schlée avait eu l’occasion, voici quelques années, d’élaborer un vin tranquille à base de rhubarbe en collaboration avec l’ancien directeur de l’abbaye de Marbach. Faute de moyens de fabrication personnels, l’expérience était restée sans suite. Mais ce juriste de profession, adepte du « bien manger et du bien boire », inventeur à ses heures, n’attendait qu’une occasion pour remettre l’ouvrage sur le métier. Sa rencontre, en 2018, avec Mathieu Ginglinger, du domaine Pierre-Henri Ginglinger à Eguisheim, va aboutir à l’élaboration d’un pétillant de rhubarbe commercialisé sous le nom de Rheum (le nom latin de la rhubarbe, prononcez Réoum). C’est par goût du challenge que Mathieu Ginglinger, un peu hésitant au départ, se lance dans l’aventure. La première difficulté consiste à trouver de la rhubarbe bio. Les recherches menées en Alsace n’ayant rien donné, Serge Schlée et Mathieu Ginglinger s’adressent à un producteur du Nord de la France. Celui-ci leur fournit un nectar de rhubarbe à partir duquel le vigneron élabore un premier jet. « Nous n’étions pas très satisfaits de ce premier essai : il était acerbe, acide, vert, se souvient Mathieu. La rhubarbe avait macéré, ce qui avait extrait des tanins et donné de l’amertume. » Ils trouvent un deuxième fournisseur dans les Vosges. Producteur bio lui aussi, celui-ci presse les tiges à façon pour en extraire le jus. C’est à partir d’un mélange de variétés de rhubarbe à jus que le vigneron réalise de nouveaux essais. La difficulté consiste « à jouer avec l’acidité tout en gardant le fruit » pour arriver à un breuvage pétillant « ni trop moelleux ni trop sec ». L’élaboration est comparable à celle d’un crémant : Mathieu réalise une première fermentation en cuve, puis il met la boisson en bouteille - elle titre alors 6 ° - en y ajoutant une liqueur de tirage. La seconde fermentation est à l’origine des bulles. La prise de mousse demande quatre à six semaines en cave climatisée. S’ensuivent le dégorgement et le dosage. « Faire vivre ce produit atypique » À l’ouverture de la bouteille, on est surpris par la mousse, très présente et plus dense que celle d’un vin effervescent classique. Des arômes fins de rhubarbe se dégagent du verre. En bouche, Rheum présente une attaque assez ronde, tandis que la finale est relevée par l’acidité restante. En dehors de l’apéritif, Mathieu Ginglinger et Serge Schlée le recommandent avec des viandes blanches, du poisson, des asperges et du jambon cru. Il passe très bien avec des desserts, ajoute Stéphanie, l’épouse de Mathieu, qui l’associe volontiers avec une tarte de Linz, une galette des rois et même avec des crêpes, en remplacement du cidre. Consommé en milieu ou en fin de repas, « il allège » l’estomac, à la manière d’un poiré. Avec son goût particulier, ses 25 g de sucres restants et ses 8° d’alcool, il peut aussi satisfaire une clientèle à la recherche de boissons nouvelles et moins alcoolisées. Il s’agit maintenant « de faire vivre ce produit atypique en le faisant découvrir en Alsace, en France, voire à l’international », déclare Serge Schlée. Classée « boisson alcoolisée autre que le vin et la bière » par les douanes, il a été tiré à 2 500 bouteilles. Une bonne partie d’entre elles se sont déjà vendues avant les fêtes de Noël. Stéphanie et Mathieu Ginglinger ont réussi à le placer dans une fromagerie à Paris et chez des cavistes. Ils sont en pourparlers avec des restaurants et cherchent des revendeurs. Serge Schlée, qui a déposé deux brevets auprès de l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle), envisage de le présenter à différents salons (Sirha de Lyon, Made in France, salon de Francfort). Mathieu et Serge souhaitent désormais passer à la vitesse supérieure : en 2023, ils prévoient de fabriquer 8 000 bouteilles de Rheum. Un protocole a été conclu avec le producteur vosgien pour sécuriser l’approvisionnement en rhubarbe. Pas question d’en faire pousser à Eguisheim. « Nos terres sont trop drainantes et caillouteuses. La rhubarbe apprécie les terrains riches, lourds, avec une humidité suffisante, indique Mathieu. Mais elle craint les mulots qui mangent le rhizome. »

Millésimes Alsace Digitasting

Des vins d’Alsace « tellement tendance »

Publié le 05/03/2023

Du 27 février au 1er mars, la deuxième édition de Millésimes Alsace Digitasting a mis en relation 74 vignerons avec plus de 2 800 professionnels du monde du vin provenant de 41 pays. Où l’on voit que la distance ne nuit pas forcément à la fluidité des échanges.

D’un côté, 74 vignerons alsaciens présentant chacun quatre vins. De l’autre, plus de 2 800 professionnels du vin français ou étrangers. Faire se rencontrer tout ce « petit » monde et lui permettre d’échanger à distance, tel était l’objectif de cette deuxième édition de Millésimes Alsace Digitasting organisée par l’interprofession des vins d’Alsace. Pour que la discussion soit aussi concrète que possible, que les professionnels puissent découvrir les vins avant ou pendant leur rendez-vous avec le vigneron, ceux-ci avaient la possibilité de commander des échantillons de vins. Plus de 1 000 commandes ont ainsi été enregistrées en amont du salon, générant l’envoi de 8 300 coffrets, soit 33 000 échantillons de 3 cl. Un colossal travail de logistique pour le Civa et ses partenaires. Les professionnels avaient également accès à une plateforme interactive leur permettant d’obtenir des informations sur les domaines, sur leurs marchés cibles et sur leurs vins. Tout était fait pour que la fluidité des échanges compense l’éloignement physique des participants. Outre les 700 rendez-vous programmés par visioconférence, le Civa proposait, dès le premier jour, une masterclass en direct en français et en anglais. Celle-ci était visionnable en replay dans ces deux langues, ainsi qu’en allemand et en japonais. Animée par Thierry Fritsch, conférencier du Civa, elle a réuni trois intervenants : Jenni Wagoner (USA), directrice vin de la chaîne de restaurants Zuma, Yves Beck (Suisse), critique de vins, et Manuel Peyrondet (France), meilleur sommelier de France 2008. Choisi pour illustrer la tendance « so fresh », un riesling 2020 venant des vieilles vignes situées dans la Harth au nez assez discret d’agrumes et de fleurs blanches, avec une « expression variétale dans sa splendeur, sa simplicité et sa précision ». Il correspond à une demande que l’on retrouve dans les restaurants de la chaîne que représente Jenni Wagoner, « des vins frais, excitants, qui donnent envie de boire une deuxième gorgée ». Des vins « buvables, qu’on peut laisser dans le réfrigérateur et sortir n’importe quand », complète Thierry Fritsch. La fraîcheur, le côté désaltérant, c’est ce qui attire vers un vin, approuve Yves Beck qui trouve du plaisir dans la dégustation de ce riesling. Un mille-feuille de complexité Les vins d’Alsace sont aussi des vins de lieux, exprimant les caractéristiques de leur terroir de provenance. Un riesling grand cru Kitterlé 2017, terroir gréso-volcanique à pente assez forte, en apporte la preuve : on en perçoit les notes de naphte typiques. « Plus austère que le précédent, plus longiligne, il fait saliver, ce qui est la marque d’un grand vin de terroir », constate Thierry Fritsch. Qu’attendre d’un tel vin ? « Une précision, une droiture, une complexité » supérieures à celle d’un vin axé sur le cépage, répond Yves Beck. Une persistance en bouche plus importante également, suggère Manuel Peyrondet, qui parle d’un « mille-feuille de complexité ». Cette notion de terroir se révèle avec le temps et avec l’expérience de la dégustation, font valoir le critique et le sommelier. La tendance « so sweet », celle des vins de plaisir, est incarnée par un gewurztraminer 2020, issu de vignes cinquantenaires cultivées sur du granite. Un vin moelleux ? Manuel Peyrondet ne cache pas son plaisir devant ce gewurz dont il apprécie l’équilibre, comme Yves Beck. « Il faut avoir ce type de vin dans sa cave », dit-il en insistant sur toutes les possibilités d’accords gastronomiques : curry d’agneau, salade de mangue aux crevettes… « Le sucre est un allié de l’Alsace, pas un ennemi », approuve Yves Beck, qui appelle à ne pas cantonner les vins moelleux en fin de repas. Jenni Wagoner, elle, préconise de les associer à des fromages, avec lesquels ils forment « des accords fantastiques ». Minoritaires en Alsace, les rouges ont pourtant le vent en poupe : c’est la dernière tendance du vignoble alsacien, illustrée par un rouge de Rodern 2019, issu d’un terroir combinant granite et argile, élevés neuf mois en fût de chêne. Ses arômes de cerises noires, de mûre, ses tanins soyeux, sa finesse séduisent les trois dégustateurs. C’est un rouge « qui a laissé tomber les muscles pour l’esprit », dit Manuel Peyrondet. Il est la preuve de l’« excellent travail accompli en Alsace » depuis plus d’une décennie.

Comptoir des vignerons indépendants (en images)

Les vignerons indépendants installent leur ambassade

Publié le 28/02/2023

Les dernières autorisations de sécurité accordées, il est certain désormais que le Comptoir des vignerons indépendants à Strasbourg ouvrira le 3 mars au grand public. Visite des lieux dans le feu des préparatifs.

Les murs repeints à la peinture minérale sur demande des architectes des Bâtiments de France, les agencements aux couleurs du grès rose terminés, les derniers agréments de sécurité pour un établissement recevant du public obtenus… : il est désormais acquis que le Comptoir des vignerons à Strasbourg ouvrira le 3 mars. « Surtout, on a créé une ouverture sur la place Gutenberg », complète Magalie Weiss, responsable du site à propos des travaux. Électricité, réseaux, tout a été refait. Située place Gutenberg au rez-de-chaussée et au sous-sol du Neue Bau, immeuble renaissance de 1538, qui fût une extension de l’hôtel de ville avant de devenir les locaux de la Chambre de commerce et d'industrie, cette ambassade des vins d’Alsace de vignerons indépendants, aura nécessité trois bonnes années de fortes tractations pour faire aboutir le projet. 75 vignerons partenaires se sont associés à la société par actions simplifiées Ambassade des vignerons, et pourront donc exposer chacun cinq vins. « Notre premier objectif, c’est de nous donner une plus grande visibilité commune », souligne Pascal Ruhlmann, vigneron du domaine Gilbert Ruhlmann à Scherwiller. AOC COnseils accompagne le projet « Il s’agissait de voir ce qu’on veut faire de ce magasin, les conditions de fonctionnement. Quel magasin ? Quelle logistique ? Considérer que ce n’est pas un magasin en soi mais un élément d’un tout. Ce ne seront pas que des clients qui passent, la vente en ligne est importante », décrit Jean-Marc Demange, d’AOC Conseils, l’agence qui accompagne le projet. Elle a à son actif l’accompagnement du lancement de deux chaînes de cavistes et une centaine de caves. Les 200 m2 d’accueil sont partagés en quatre zones, trois grandes sous-régions du vignoble, et une zone plus cosy dédiée aux vins d’exception et crémants. Les enfants et amateurs de boissons sans alcool disposeront d’un comptoir à jus de fruit de vigneron. Vu sa situation en plein centre-ville, le Comptoir misera aussi sur la commande digitale à la caisse et la livraison à domicile. « La particularité de ce site, c’est son accessibilité, un magasin dans un monument historique avec des contraintes. On est dans une zone hypertouristique. Le défi, c’est de faire en sorte que lorsque le client rentre, il soit livré », explique Jean Marc Demange. « Nous ne serons pas la boutique qui fera couler les cavistes » Et pour le centre-ville, un vélo-cargo à l’effigie du comptoir livrera. Les Vignerons indépendants ont négocié un contrat avec la messagerie urbaine Urby. « Clairement, ce sera une vitrine et une ambassade. S’agissant des cavistes à proximité, nous ne serons pas la boutique qui les fera couler, assure Jean-Marc Demange, et les prix pratiqués seront des prix cavistes. On n’a pas le droit de faire concurrence aux clients de nos vignerons. On applique toutes les règles de fonctionnement d’une cave classique. D’ailleurs, on paie un loyer à la CCI qui est loin d’être négligeable. » Côté règlement intérieur entre les vignerons, « c’est un projet collectif avec des droits et surtout des devoirs, mais les vignerons ont l’habitude de travailler ensemble. I ls vont devoir donner de leur temps, le planning s’est rempli tout de suite », observe le consultant. Restera encore le sous-sol à aménager. Les réflexions sont en cours, mais le potentiel du lieu laisse à penser qu’il pourrait être aménagé pour de l’événementiel comme des masters class, des afterwork…

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