Vigne

Publié le 06/06/2023

À Wolxheim, Estelle Balzer Leveaux a repris les rênes du domaine Siebert, en vue de s’installer. Œnologue de formation, elle œuvre désormais sur tous les fronts, en particulier sur le front commercial, le plus stratégique à ses yeux.

En juillet, Estelle Balzer Leveaux fêtera ses deux ans d’activité au domaine Siebert. Elle y a été recrutée par le volailler Bruno Siebert, pour en assurer la gestion après le décès de son frère aîné, Jean-Bernard, en 2019. Gravement malade, celui-ci avait fortement réduit la vente en bouteilles au profit du vrac et de la vente de raisins. La mission confiée à Estelle a été de remettre le domaine en ordre de marche pour lui permettre de s’installer dans de bonnes conditions. La jeune femme sait le contexte commercial compliqué : « Il faut se démarquer par rapport à la concurrence, dans un marché où les prix ne sont pas toujours en concordance avec l’augmentation des charges », analyse-t-elle avec lucidité. Mais elle a quelques atouts : le domaine, certifié HVE (Haute valeur environnementale), a conservé des clients fidèles, aussi bien chez les particuliers que dans la restauration. Et elle ne manque pas d’idées ni d’énergie pour faire décoller les ventes en bouteilles et rendre le domaine « mature et autonome ». Estelle s’attache d’abord à augmenter la surface des vignes : de 6,5 ha à 10 ha, dont 30 % situés sur le grand cru Altenberg de Wolxheim, terroir de prédilection du riesling. « Augmenter la surface, c’était essentiel pour gagner en chiffre d’affaires. Et nous avions la main-d’œuvre pour le faire », retrace-t-elle. Avec l’aide de Bruno Siebert, elle convainc les propriétaires de transférer les baux à son nom. Louer des vignes à une jeune femme qui n’est ni alsacienne d’origine, ni fille de vigneron, ça ne coule pas de source. Mais son profil et sa façon d’aborder l’avenir rassurent : elle vient d’une famille de polyculteur-éleveur de l’Aisne, possède un master vigne et vin et un diplôme d’œnologue passés à Reims, ainsi qu’une expérience de quelques années dans une grande maison champenoise. Mais surtout, elle est bien décidée à faire son vin en vinifiant ses propres raisins et à le vendre. Un travail basé sur l’observation Dans les vignes, Estelle base son travail sur l’observation. Elle a creusé plusieurs fosses pédologiques dans ses parcelles, pour identifier les horizons avec ou sans oxygène, afin d’orienter la conduite de la vigne. Elle commence à développer les couverts végétaux sur les jeunes parcelles de moins de six ans, « là où le système racinaire est le plus actif ». En optant pour un mélange à dominante de seigle, de trèfle et d’avoine, elle cherche à aérer le sol pour aider les racines à descendre plus profondément. Pour le désherbage, Estelle recourt encore aux herbicides, notamment dans les coteaux, mais son objectif est d’en réduire l’usage au profit d’un travail à la charrue, encore à l’essai. Pour les traitements, elle se limite au cuivre et au soufre aux abords des habitations, en veillant à prévenir les riverains avant les interventions. Quand la récolte approche, la jeune femme procède à un suivi de maturité toutes les semaines. « Il faut qu’aromatiquement, les raisins soient prêts », dit-elle. Elle s’appuie sur les analyses pour déterminer la date de vendange, mais c’est en goûtant les baies qu’elle prend sa décision. En 2022, millésime très chaud à l’opposé du précédent, elle a déposé deux demandes de dérogation pour vendanger avant l’ouverture du ban. L’objectif était de garder de la fraîcheur dans les vins, particulièrement dans les crémants, une production qu’elle a introduite à son arrivée au domaine. La vigneronne est équipée de deux pressoirs pneumatiques. « Je goûte les jus au pressurage, je les sépare souvent et les réassemble après fermentation si besoin. » Elle a suffisamment de place en cave pour faire ainsi. Estelle ensemence tous ses jus, par sécurité, laissant les fermentations se dérouler entre quinze jours et deux mois, avant un élevage sur lies fines, d’une durée variable en fonction du profil de vin recherché. La carte des vins du domaine s’organise autour de quatre gammes, dont une gamme de trois crémants qu’Estelle met volontiers en avant pour la polyvalence qu’offre l’effervescent, apte « à accompagner tout un repas et à toucher toutes les générations ». Un rosé et un blanc issu de pinot auxerrois à 7 g de sucres/l voisinent avec un blanc de blanc millésimé 2021 zéro dosage, la cuvée prestige élaborée pour les 200 ans du domaine. La vigneronne aimerait descendre à 5 g/l sur ses deux autres crémants, « mais il faut habituer la clientèle ». Le développement des sélections parcellaires, déjà entamé avec les rieslings grands crus, le pinot noir et le gewurztraminer, va se poursuivre. Le renouvellement de l’habillage est en cours, avec d’élégantes étiquettes et des contre-étiquettes offrant davantage d’informations sur les conditions de production et renvoyant au site internet du domaine, entièrement modernisé lui aussi. Tout ce travail de marketing, « très chronophage », commence à porter ses fruits, soutenu par une présence accrue dans les salons, où Estelle, jeune maman depuis peu, se rend en compagnie de Simon, son mari et « coach commercial ».  

Publié le 24/05/2023

Dimanche 21 mai, à Orschwihr, la Tournée des terroirs faisait escale sur les hauteurs du village, au cœur du lieu-dit Bollenberg. La cinquième étape d’un événement conçu pour les 70 ans de la Route des vins d’Alsace.

1. Les membres du syndicat viticole d’Orschwihr, présidé par Frédéric Schmitt, se sont pleinement investis dans l’organisation de cette journée, dont la logistique est assurée par le Civa. Ils ont sélectionné 27 vins, disponibles au bar, dont les caractéristiques sont résumées dans un carnet de dégustation remis à chaque visiteur. Dans la famille des vins secs, je demande… le 7, un muscat 2020 du domaine Bernard Haegelin provenant du grand cru Pfingstberg. 2. Après celui sur les grands rouges du Bollenberg, le deuxième atelier du jour est une dégustation comparée de 11 vins issus du lieu-dit Bollenberg et du grand cru Pfingstberg. Le premier est à dominante calcaire, le second est marno-calcaro-gréseux. Il s’agit de repérer les marqueurs de chaque terroir sur des rieslings, indépendamment du millésime. Un exercice particulièrement utile dans le cas du Bollenberg, où le syndicat viticole a déposé des demandes de premier cru sur l’Effenberg, le Neuberg et le Luft. Deux ateliers spécifiques à ces futurs premiers crus du Bollenberg ont conclu la journée. 3. Tout est fait pour que les visiteurs puissent se détendre et profiter de l’instant présent : des voiles d’ombrage protègent le bar du soleil, des banquettes en palettes recyclées sont posées dans l’herbe haute. Des food-trucks assurent la restauration tandis que le DJ fait chauffer les platines. 4. Au programme de la journée, la visite des landes sèches du Bollenberg, un site classé Natura 2000 abritant une faune et une flore très particulières : orchidées sauvages, lézard vert, huppe fasciée… Claudia Caridi, du Parc naturel régional des ballons des Vosges, explique les interactions subtiles entre les plantes et leurs pollinisateurs. 5. Les abords de la chapelle Sainte-Croix, où l’on accède à pied en gravissant un chemin pentu, offrent un magnifique point de vue sur le vignoble et le village en contrebas. Il suffit de se poser sur un transat pour admirer le paysage.

Publié le 18/05/2023

Tous les dimanches jusqu’au 30 juillet, la Tournée des terroirs fête les 70 ans de la Route des vins dans toute l’Alsace. Le 14 avril, le festival a fait sa quatrième étape à Nothalten. L’occasion de (re) découvrir le grand cru Muenchberg et d’en savoir un peu plus sur les travaux de la vigne.

Ils étaient nombreux à venir profiter du paysage viticole et du soleil le dimanche 14 avril à Nothalten. Lors de cette journée organisée par le Civa, le village alsacien a pu mettre en valeur son terroir de référence, le grand cru Muenchberg, d’une superficie de 17,70 hectares. L’histoire de ce vignoble à la forme d’amphithéâtre ne date pas d’hier. « Le Muenchberg, dit la colline des moines, se trouve à côté de l’abbaye Baumgarten. Les moines cisterterciens, dès le XIIe siècle, y cultivaient la vigne », lance Armand Landmann, vigneron à Nothalten. Essentiellement planté de riesling, il s’agit d’un terroir sableux, caillouteux et volcanique. « Les deux roches qui sont dans le Muenchberg, le volcanique sédimentaire et le grès sont deux types de minéraux qui donnent deux directions aromatiques. Le grès donne la finesse au vin, et le côté volcanique, lui, donne la puissance », continue Armand Landmann. Comment se porte le Muenchberg à ce stade de l’année ? Les travaux d’hiver sont finis, la vigne a bien lancé son cycle à Nothalten. Actuellement, l’objectif des vignerons est de maîtriser la charge du pied de la vigne et de bien répartir le feuillage, afin d’accueillir dans les meilleures conditions possibles le raisin. « En ce moment, on regarde les inflorescences de nos futures grappes, ça se présente bien. Mais c’est un marathon jusqu’aux vendanges. On est passé à travers des gelées cette année, mais on peut avoir la grêle et la sécheresse. Tant que les raisins ne sont pas récoltés, on n’est jamais l’abri », dit Nicolas Metz, coopérateur bio pour Wolfberger. Des couverts végétaux Dans les 17,70 hectares du Muenchberg, les vignerons travaillent chacun à leur manière. Certains utilisent le désherbage, mais d’autres ont choisi d’ajouter des couverts végétaux entre les rangs des vignes. Comme Nicolas Metz, qui utilise la féverole, le pois mais aussi la céréale. Ces plantes font guise d’engrais et nourrissent la vigne. « C’est un peu le joker des vignerons », lance-t-il. Dans les 15 prochains jours, les cultures vont être roulées par un rouleau hacheur de type Rolofaca. Une technique qui apporte de nombreux bénéfices, notamment en période de sécheresse. « Le paillage que l’on roule, cela fait un matelas qui garde l’humidité entre les vignes. L’été dernier, on a vu une différence de 25 à 30 degrés entre le sol et la culture roulée. Après, la finalité, c’est toujours la même : faire des beaux raisins ! » s’exclame Nicolas Metz.

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