Vigne

Domaine Kumpf et Meyer à Rosheim

Des lianes dans l’herbe

Publié le 21/07/2023

La question de la gestion de l’inter-rang revient régulièrement sur le tapis. Parmi les nombreuses solutions envisageables, en figure une qui requiert à la fois d’être capable de lâcher prise, de faire confiance aux équilibres naturels, et de bien connaître la physiologie de la vigne : celle de laisser pousser des lianes dans de l’herbe, jusqu’à la mort du couvert, qui précède la fructification de la vigne.

Le domaine Kumpf et Meyer s’étend sur 15 ha dans les environs de Rosheim. Depuis décembre 2010, il est cogéré par Sophie Kumpf et Julien Albertus. Petits-fils de viticulteur, titulaire d’un BTS viti-oeno, ce dernier a fait ses armes chez plusieurs vignerons, dans le Sud, en Alsace, et chez un caviste, avant d’être embauché par Sophie Kumpf. Sa mission : donner une direction au domaine. Pour Julien Albertus, qui ne voulait pas « faire du vin pour faire du vin, mais faire du vin de lien, de terroir », la ligne directrice est toute trouvée : le domaine sera converti à l’agriculture biologique. Poussé par sa fibre environnementale, il tient aussi à remettre de l’herbe dans des vignes qui étaient jusqu’alors conduites de manière traditionnelle : « Le cavaillon était désherbé, et l’inter-rang fauché avant même que l’herbe ait poussé. » Transition dans les vignes et dans les têtes « La transition a demandé des adaptations, tant en termes de moyens que de mentalités », rapporte Julien Albertus. Mais, petit à petit, il a atteint ses objectifs. Dès 2012, il entame la conversion en bio. À cette époque, le sol n’est déjà plus travaillé qu’une fois par an sur l’inter-rang, et deux à trois fois par an sous le cavaillon, pour qu’il reste « propre ». En 2016, la progression vers l’enherbement permanent connaît un bond en avant. Julien Albertus investit dans un rolofaca, et un châssis plus adapté pour travailler le cavaillon au disque, une technique qui permet « de scalper l’herbe, la soulever, et la laisser sur place ». Pour gérer l’enherbement de l’inter-rang Julien Albertus utilise son rolofaca, mais « souvent mal », affirme-t-il aujourd’hui, après avoir appris de ses diverses expérimentations qu'« un seul passage suffit, quand l’herbe est mûre ». En 2017, il investit dans un semoir, afin de réaliser des semis sous couvert dans l’inter-rang. « J’ai mené plein d’essais, dans l’espoir de trouver la formule idéale : à faible densité, à densité élevée, à différentes périodes… J’en suis arrivé à la conclusion que, pour avoir un bon résultat, ce qui compte c’est la préparation du lit de semence. Pourtant l’objectif est de moins travailler le sol, de dépenser moins d’énergie et de temps. En outre, les résultats de ces semis sont très dépendants des conditions météorologiques, sur lesquelles on n’a aucune prise. » Résultat, en 2021, année où il obtient ses plus beaux résultats de semis, Julien Albertus décide de jeter l’éponge : « J’ai vu ce qu’il fallait faire pour que ça fonctionne, et ça ne me convenait pas. » Less is more L’année suivante, il sème encore 6 ha, mais laisse faire la nature sur les autres. C’est la révélation : « Il y avait trois fois plus de biomasse avec l’enherbement naturel qu’avec l’enherbement guidé. J’ai attendu que cette herbe spontanée mûrisse et puis je l’ai couchée. » Et c’est tout. Tout naturellement, Julien Albertus conclut : « Mieux vaut laisser pousser ce qui vient spontanément. Car c’est ça, qui est adapté au contexte. Les semences du commerce sont obtenues ailleurs, dans d’autres conditions. Donc non seulement elles représentent une charge, mais en plus elles ne sont pas forcément adaptées à notre contexte, donc elles poussent mal, et ne remplissent pas la fonction attendue. Sans compter que les produire consomme des terres et des intrants, de l’énergie. » Une touche de rolofaca Julien Albertus laisse donc désormais place à l’enherbement naturel sur près de 80 % des parcelles du domaine, avec succès. Cet enherbement naturel est géré de différentes manières. « Les traitements phytosanitaires sont réalisés au quad (lire aussi pages 28-29), ce qui a tendance à coucher l’herbe à chaque passage. » Puis, quand l’herbe est mûre, elle est couchée au rolofaca : « C’est très facile et ça forme un très beau paillage », assure Julien Albertus.     Le cavaillon, lui, est géré au cas par cas, selon les années. En 2021, année poussante, il y a eu un passage de disque. Pas plus, car le sol était détrempé. Résultat : « L’herbe s’est arrêtée au premier fil et n’a pas gêné la suite des opérations. » En 2022, Julien Albertus a investi dans un intercep Facamatic de Boisselet. Un investissement qui se solde par un échec : « Il y avait un dysfonctionnement donc je ne l’ai pas utilisé. » Quoi qu’il en soit, cette même année, en raison du manque d’eau, l’herbe n’est pas montée sur le cavaillon, où il y en avait beaucoup moins que sur l’inter-rang. « C’est sans doute lié à l’historique du travail du cavaillon, mais je n’ai pas assez de recul pour l’affirmer », rapporte le vigneron. En 2023, il utilise, après réparation, le Facamatic qui procure « un joli paillage ».     Problématique hydrique Pour Julien Albertus, la problématique de la compétition hydrique entre la vigne et l’enherbement, est un faux débat, à plus d’un titre. Il égraine ses arguments. « Pour pousser, la vigne a besoin de carbone, qu’elle se procure via la photosynthèse, et d’éléments minéraux, qu’elle puise dans le sol. Au début de sa période végétative, elle puise dans ses réserves, à peu près jusqu’à la floraison, où elle commence réellement à aller prospecter dans le sol. Or ce moment coïncide avec la fin du cycle de l’herbe. » En outre, la présence d’herbe, qui est couchée au sol, contribue à avoir un sol riche en matière organique, avec une bonne capacité d’infiltration et de rétention de l’eau. Alors que d’autres parcelles ravinent sous l’effet de fortes pluies, l’eau s’infiltre dans les parcelles enherbées. « Autant d’eau qui pourra alimenter l’herbe, et la vigne. » Enfin, le fait de laisser pousser l’herbe et, surtout de la laisser en place, alimente la vie du sol : « Les racines qui restent dans le sol vont être propices à l’installation de symbioses mycorhiziennes, qui vont créer une capacité de prospection supérieure à celle qui prévalait sous un inter-rang travaillé. » Mais pour que ce système fonctionne, Julien Albertus insiste : « L’herbe doit être couchée seulement quand son cycle est fini, sinon elle va repartir et, ce faisant, elle va repomper de l’eau dans le sol. Une catastrophe au niveau de la gestion hydrique. Alors qu’une fois couchée, l’herbe bien mûre forme un paillage qui a un effet allopathique, empêchant d’autres espèces de s’installer trop rapidement. » Un confortable matelas pour aller jusqu’aux grains de raisin.

10e Nocturne du Pro d’Armbruster

Le rendez-vous de la « pédagogie ludique »

Publié le 14/07/2023

La 10e Nocturne du Pro a tenu toutes ses promesses le 6 juillet dernier à Saint-Hippolyte. Dans une ambiance ludique et conviviale, les quelque 650 viticulteurs et agriculteurs invités ont pu échanger directement avec les 22 fournisseurs du groupe Armbruster sur les solutions qui leur sont proposées au quotidien.

De la musique, des boissons et un barbecue à volonté, un défilé de mode, un photobooth, des collaborateurs souriants, des jeux-concours et des fournisseurs spécialement venus pour l’occasion. Cette année encore, la société Armbruster a su combiner avec succès ces ingrédients pour sa dixième Nocturne du Pro organisée le 6 juillet à Saint-Hippolyte. Près de 650 personnes et 22 fournisseurs ont répondu à l’invitation de l’entreprise pour ce rendez-vous qui mise avant tout sur la convivialité pour faire passer des informations relatives à plusieurs thématiques : la fertilisation, la protection des végétaux, le palissage, le travail du sol ou encore les équipements de protection individuelle (EPI).  « On fait de la pédagogie ludique. Le client peut rencontrer le responsable technique du produit qu’il utilise au quotidien. Pour les entreprises, qui ont souvent un rayonnement national, voire international, c’est un bon moyen de prendre connaissance des problématiques locales et spécifiques à l’Alsace. C’est vraiment essentiel de maintenir un contact humain et direct avec nos clients, surtout dans le milieu agricole et viticole », explique Aymé Dumas, responsable d’AB2F Conseil, la société partenaire d’Armbruster.     Rester « à la pointe » des solutions L’une d’elles est relative au stress hydrique, de plus en plus récurrent sous nos latitudes quel que soit le type de culture. Un sujet finalement assez récent en Alsace - en tout cas avec l’intensité et la fréquence constatées depuis plusieurs années - mais bien plus ancien ailleurs. C’est le cas par exemple de l’Espagne qui bénéficie depuis 2014 d’un produit bien particulier pour protéger les plantes contre le stress hydrique : l’Obstacle® créé par l’entreprise de biotechnologie mexicaine Cosmocel, et commercialisé en Europe par la société Nufarm. Armbruster Vignes le propose depuis deux ans à ses clients de façon « conséquente » tant l’efficacité est au rendez-vous, indique Aymé Dumas. « C’est un biostimulant qui combine du calcium, de la silice et du chitosan [NDLR : un champignon] qui augmente les défenses immunitaires de la plante, sa structure, et le maintien de l’eau dans les feuilles. Les résultats sont vraiment impressionnants. » Guillaume Conus, responsable commercial Grand Est chez Nufarm complète : « Cela fait 20 ans que le produit est utilisé avec succès au Mexique. C’est un produit 100 % naturel efficace contre les coups de soleil, les stress hydrique et oxydatif. Il n’y a rien nouveau en soi. Par contre, avec l’évolution du climat, c’est devenu une solution de plus en plus pertinente pour le vignoble alsacien. » Cette nouvelle solution illustre la politique générale du groupe Armbruster à l’égard des agriculteurs et viticulteurs : garder son esprit ouvert pour être toujours « à la pointe » des solutions à proposer. « On essaie de toujours avoir une longueur d’avance, et de mettre la recherche, le développement et l’innovation au service de nos clients », conclut Aymé Dumas.

Tournée des terroirs - Schlossberg

Une invitation à « s’élever »

Publié le 06/07/2023

La 10e étape de la Tournée des terroirs s’est arrêtée le 25 juin à Kaysersberg pour mettre à l’honneur le Schlossberg. Entre deux dégustations, la guide conférencière, Caroline Claude-Bronner, a retracé la genèse et l’évolution du premier des 51 grands crus alsaciens, de l’époque romaine aux vins « aériens » et « subtils » qui font sa réputation aujourd’hui.

Du haut du Schlossberg, près de vingt siècles vous contemplent. Le 25 juin, à Kaysersberg, le premier des 51 grands crus alsaciens a été comme un livre ouvert à l’occasion de la Tournée des terroirs organisée par le Civa. De l’époque romaine à aujourd’hui, la guide conférencière, Caroline Claude-Bronner, a retracé la genèse et l’histoire d’un terroir réputé pour la qualité de ses vins depuis plus de mille ans. « Les premières vignes sont apparues ici entre le deuxième et le troisième siècle de notre ère. À l’époque, les Romains avaient déjà perçu le fort potentiel viticole de ce terroir idéalement exposé et riche en granite. »     Au IXe siècle, les premiers murets en pierres sèches sont érigés par des ouvriers spécialisés venus du Val d’Aoste. Sans eux, le potentiel vinique du Schlossberg n’aurait jamais pu voir le jour, souligne Caroline Claude-Bronner : « C’est grâce à eux que les sols restent en place. Par endroits, il n’y a que trente centimètres de terre. Au moindre orage, cela serait lessivé. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il faut privilégier l’enherbement et minimiser le travail du sol ici. Cela reste un terroir fragile. » La cité de Kaysersberg n’existait pas encore (elle commence à être mentionnée à partir du XIIIe siècle seulement), mais une voie romaine y avait bien été aménagée sous ce qui est aujourd’hui l’avenue du Général de Gaulle. C’était un point central pour contrôler ce qui venait de la plaine d’Alsace d’une part, et du col du Bonhomme de l’autre. « On appelait le lieu Mont Cesaris, en référence à l’empereur. » Un terroir « aérien » et « subtil » Mille ans plus tard, la cité de Kaysersberg voit progressivement le jour au pied du château bâti avant tout comme une forteresse de surveillance. Ce sont d’abord des commerçants qui ont commencé à s’installer ici, attirés par le potentiel économique des vignes du Schlossberg. Le vin produit sur ses coteaux transitait ensuite par Colmar avant d’être acheminé à l’étranger via l’Ill et le Rhin, notamment dans le nord du Saint Empire germanique et en Suisse. « On exportait plus de vins d’Alsace à l’époque qu’aujourd’hui. Notre région était alors considérée comme la Provence du Saint Empire. On pouvait vendre du rêve et du bon vin à des clients fortunés. En intégrant le Royaume de France, la donne a changé. L’Alsace était considérée comme la Sibérie du pays, il y avait toute une réputation à refaire. Et ceci prend du temps. »     Aujourd’hui, le Schlossberg n’a rien perdu de son aura auprès des amateurs de vins d’Alsace, notamment chez les adeptes de rieslings secs et particulièrement minéraux. Les 80 hectares qui le composent tirent leur quintessence des vestiges de la chaîne hercynienne formée il y a 300 millions d’années, et constituée de granites et de roches volcaniques. À cela s’ajoutent tous ces « microdétails » qui permettent à ce terroir de faire émerger des vins exceptionnels : des haies et arbustes plantés ici et là, l’ombre portée de la montagne, l’orientation plein sud, les circulations d’eau, et ce fameux vent de fin de journée qui rafraîchit délicatement les raisins. Et puis il y a le facteur humain, entre les vignerons qui font de leur mieux pour valoriser ce terroir escarpé, et les consommateurs prêts à mettre le prix dans des vins qui sortent de l’ordinaire. « Pour le Schlossberg, c’est un mélange habile de puissance et de subtilité qui nous invite à nous élever un peu plus haut, » conclut la guide-conférencière.

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