Vigne

Publié le 21/04/2023

La 25e édition du Mondial des vins blancs s’est déroulée du 15 au 17 avril à Strasbourg. C’est un sylvaner surmûri du domaine Xavier Muller à Marlenheim, qui remporte le grand prix du jury. Un riesling et un muscat provenant d’Alsace s’adjugent chacun le trophée des vins secs dans leur catégorie.

Les vins d’Alsace figurent régulièrement au palmarès du Mondial des vins blancs. La 25e édition du concours ne déroge pas à la règle. C’est un vin du domaine Xavier Muller, à Marlenheim, qui obtient le grand prix du jury (lire article ci-dessous). Le vigneron, qui s’est lancé dans la bouteille il y a tout juste 20 ans, ne pouvait rêver meilleure récompense. Sa cuvée Émile 2020 obtient la meilleure note parmi les 660 échantillons présentés. Deux autres vins d’Alsace reçoivent le trophée « vins secs » dans leur catégorie respective : un muscat 2022 du domaine Ruhlmann fils à Scherwiller et un riesling grand cru Kirchberg de Ribeauvillé du domaine Bott frères à Ribeauvillé (lire encadré). Si l’Alsace est bien représentée sur les plus hautes marches du podium, les jurés ont aussi récompensé cinq vins de la République tchèque : c’est un chardonnay réserve 2018 élaboré par le domaine Vinarstvi AS, à Ratiskovice, qui remporte le prix Vinofed attribué au meilleur vin sec toutes catégories confondues (moins de 4 g/l de sucres résiduels) et le trophée « vins secs » dans sa catégorie. Le même domaine obtient le trophée « vins secs » pour trois autres vins : un pinot blanc 2019, un pinot gris 2018, tous deux élevés en barrique et un sauvignon réserve 2018. Un autre domaine tchèque s’adjuge la récompense dans la catégorie sylvaner, avec un vin de 2020. Si les plus hautes distinctions ont été dévoilées dès le lendemain du concours, il faudra attendre le 25 avril à 18 h pour connaître le nom des médaillés d’argent, or et grand or et des coups de cœur. Ils seront publiés sur le site internet du concours. Tous les médaillés seront ensuite référencés sur la plateforme winesearcher.com. Ce référencement, ainsi que la mise en avant sur le site du concours et les réseaux sociaux, contribuent à la notoriété des vins récompensés. Rappelons que le nombre de médailles décernées ne peut dépasser 30 % des échantillons, selon les normes de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), qui patronne le concours depuis douze ans. 25 nationalités différentes Pour cette 25e édition, les organisateurs ont fait appel à des jurés de 25 nationalités différentes. Les dégustations ont donné lieu à des échanges riches, nourris, entre participants, dont certains sont devenus des habitués. Au niveau des échantillons, les organisateurs ont constaté une recrudescence des vins d’Espagne, et une présence toujours forte des vins européens (France, Italie, Suisse, Portugal). Pour la seconde fois, Strasbourg Events avait ouvert les portes du concours gratuitement à l’Ukraine, qui proposait une vingtaine d’échantillons. Deux expertes ukrainiennes figuraient également parmi les jurés. Une façon de soutenir la viticulture de ce pays meurtri par la guerre. Au salon des vins un temps envisagé dans le prolongement du concours, les organisateurs ont finalement préféré un programme de onze masterclass. Ouvertes aux professionnels et aux amateurs éclairés, celles-ci étaient consacrées à des thèmes aussi variés que les vins du Texas, le terroir de Tokaj ou les vins blancs et sakés du Japon. La masterclass sur le grand cru Rangen de Thann, animée par Serge Dubs, meilleur sommelier du monde 1989, a fait le plein de participants. Le classement récent de ce terroir parmi les douze meilleurs au monde par la revue Decanter n’est sans doute pas étranger à ce succès.

Publié le 20/04/2023

En assemblée générale de l’Ava, Krystel Lepresle, déléguée générale de l’association Vins et société, a livré une analyse de la déconsommation qui est liée à un effet générationnel de perte de la culture du vin. Avec leurs désirs de santé, de naturalité, de simplicité, comment les jeunes générations, dites Y et Z, peuvent-elles se raccrocher à cette culture alimentaire ?

La transmission de la culture du vin au fil des générations pose un véritable défi à la filière. En 1957, le philosophe Roland Barthes écrivait dans Mythologies que « le vin est ressenti par la France comme un bien qui lui est propre au même titre que ses 360 espèces de fromages, et sa culture ». Omniprésent dans la culture française, bu quotidiennement, le vin est-il toujours une « boisson totem » ? Les générations qui ont suivi ont-elles emporté avec elles ces symboles d’identité française du vin, ses régions, sa religion, sa gastronomie et sa santé ? La tranche d’âge des 25 et 35 ans est déterminante, car on emporte avec soi la boisson que l’on consomme à cette période, explique Krystel Lepresle, déléguée générale de Vins et Société  Ces notions identitaires du vin ont été bien transmises aux babyboomers. Mais les générations X, Y, Z qui ont suivi, ont « manifesté une difficulté de compréhension à l’égard des appellations, mais aussi une prise de conscience croissante à l’égard des risques de santé ». Ainsi les moins de 25 ans ont intégré que deux verres de vin par jour, « c’est beaucoup trop et ça renvoie à un problème avec l’alcool ». Ils considèrent toujours le vin comme un produit de tradition, de partage et de convivialité, mais il leur est impossible cependant de le situer géographiquement. Du père aux pairs De nombreuses explications sociétales expliquent cette rupture : l’éclatement de la cellule familiale avec une multiplication par trois des familles monoparentales assumées à 84 % par des femmes. Tandis que 10 millions de Français vivent seuls. Or, la transmission du vin s’effectue principalement par le père ou le grand-père. Désormais, cette transmission s’effectue par « les pairs » en communauté. « On assiste à une féminisation des valeurs de la société, où l’attention est portée sur la santé, l’écologie, le développement durable », dans un monde qui s’urbanise, de plus en plus en recherche de valeurs naturelles. « Les femmes achètent moins de viande, moins d’alcool et plus de fruits et légumes. » Autre évolution notable, celle de la place des repas qui se simplifient, s’internationalisent, se prennent en snacking, où l’alimentation est mise en scène, et est de plus en plus associée aux loisirs. Elle précise que les jeunes sont aussi sensibles à l’engagement RSE des entreprises. Les plus de 65 ans représentent 46 % des achats de vin Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la consommation de vin a baissé de 60 %. Des boissons comme la bière s’en sortent mieux. La consommation du vin est très générationnelle. Les plus de 65 ans représentent 46 % des achats vin en volumes. Et les 40-64 ans représentent 40 % des volumes achetés. « Les moins de 35 ans représentent très peu pour notre secteur. » Les tendances de marchés confirment cet effet générationnel de la déconsommation du vin. « La question de l’entrée par les générations est importante parce que les moins de 35 ans vont emporter avec eux leurs habitudes de consommation. C’est un challenge important pour la filière. » Que veut cette jeune génération Y et Z ? Le digital, les communautés vont jouer à plein. Cette génération Y (on ne sait pas encore pour la Z) exprime un désir de simplicité, elle ne comprend pas la structuration de l’offre, et elle demande une consommation ludique. « La compréhension des AOC questionne. » Elle demande une information instantanée. La dématérialisation sur les étiquettes est très importante. En résumé : « simplicité, divertissement et accès immédiat à l’information produit. Donc nous préconisons de favoriser l’accès à l’information et la transmission intra et intergénérationnelle », conclut Krystel Lepresle.

Publié le 16/04/2023

Animé par la volonté de trouver du sens à son métier, Jelmer Witkamp a repris les rênes du domaine Moritz à la suite de ses beaux-parents. Son épouse Caroline l’y rejoindra bientôt.

Issu de la réunion de deux exploitations familiales, l’une située à Andlau, la seconde à Blienschwiller, le domaine Moritz compte 10 ha de vignes. Claude et Marie-Agnès Moritz, désormais retraités, sont à l’origine de cette réunification. Ils ont cultivé jusqu’à 12 ha, avant de résilier, voici quelques années, le bail de deux grandes parcelles qu’il aurait fallu restructurer de A à Z. Leur gendre Jelmer Witcamp, époux de leur fille Caroline, se prépare alors à reprendre le domaine et à passer en HVE (haute valeur environnementale). Une transition accomplie presque sans effort. Elle précède de peu la conversion du domaine à l’agriculture biologique, dont la mise en œuvre réclame autrement plus de temps et d’énergie. « Cela nous a confortés dans l’idée qu’il valait mieux se séparer de ces 2 ha qui ne nous appartenaient pas pour se consacrer aux 10 ha restants, dont 2 ha ne sont pas mécanisables en tracteur. » Le parcellaire actuel se répartit sur cinq communes, dont 7 ha situés autour de Blienschwiller et 3 ha autour d’Andlau. Il compte quatre terroirs classés grands crus, dont 1 ha situé sur le Kastelberg. Ses 30 à 40 % de pente et ses 800 m de murets en pierres sèches en font « un chef-d’œuvre », qui ne se travaille qu’à la main. Jelmer estime y consacrer 20 % de son temps de travail annuel. « C’est un magnifique terroir, mais il demande un engagement très physique et très intense », dit-il. La conversion bio a été officiellement engagée à l’automne 2021, avec l’objectif d’une labellisation en 2024. « Le bio, c’est un minimum pour un vigneron indépendant qui veut s’implanter sur le marché international », assure Jelmer, qui s’en est rendu compte en démarchant des clients à l’export. Un minimum qui demande cependant des investissements : il s’équipe d’une faucheuse autoportée pour tondre l’herbe dans l’interrang et se passer d’herbicide, d’un interceps pour maintenir le cavaillon propre. Prochaine étape : l’acquisition d’un motoculteur pour travailler légèrement le sol dans les pentes, où l’enherbement un rang sur deux a laissé la place à un enherbement total. Une stratégie sur laquelle il est en passe de revenir. « Dans les vignes en forte pente, l’enherbement est nécessaire pour retenir le sol mais il pompe l’eau, ce qui a une incidence énorme sur le rendement, surtout en année sèche », constate le vigneron, qui a commencé à restructurer ses parcelles de grand cru en agrandissant les tournières pour pouvoir travailler le sol à la machine. La tâche est énorme : « On a fait une soixantaine de rangs l’an dernier, on en fera entre 30 et 40 cette année, surtout sur le Kastelberg et le Wiebelsberg. » Jelmer aimerait investir dans un chenillard pour le travail du cavaillon, les traitements et le rognage. Il sait que le coût d’un tel outil est élevé, de l’ordre de 25 000 €. S’agissant de la protection des vignes contre les maladies et ravageurs, le vigneron a repris de son beau-père l’habitude de ne traiter qu’en cas de nécessité. Il passe beaucoup de temps à observer l’état sanitaire des vignes et suit les recommandations des conseillers de la Chambre d’agriculture Alsace. « Une grande partie des vignes sont en coteaux. Cela joue en notre faveur », justifie-t-il. Cela ne l’empêche pas de miser sur la prévention en adaptant la taille. Sur les premiers pieds, il laisse une baguette au lieu de deux pour permettre une meilleure circulation de l’air dans les rangs. De quoi réduire le risque de propagation des maladies. Résultat : en 2021, où le mildiou et l’oïdium ont frappé fort, le domaine n’a pas été plus touché que cela. Un pressurage lent Animé par la volonté de trouver du sens à ce qu’il fait - c’est ce qui l’a amené à quitter son pays natal, les Pays-Bas, où il travaillait dans le numérique -, Jelmer considère que le plus important est « de s’occuper de la vigne et des vins, de les accompagner comme des enfants ». La récolte est manuelle pour tous les raisins destinés à la vente en bouteille, le reste est vendangé à la machine par un prestataire et vendu à un négociant. Le domaine a arrêté la vente en vrac il y a quelques années. Le pressurage, réalisé sur pressoir pneumatique dans la cave d’Andlau, est lent : 7 h en général. « Tout est vinifié sur levures indigènes, 90 % en foudre, à l’exception des petites parcelles qui sont mises dans l’inox », précise Jelmer, qui se veut peu interventionniste en cave. Le vigneron pense investir cette année dans la régulation de température pour ses cuves inox : « avec le dérèglement climatique, il est important de bien débourber si l’on veut être très pointu et tendre vers la vinification sans intrants. » Il s’autorise tout de même le soufre en sortie de pressoir, voire au soutirage, qui lui semble indispensable pour permettre aux vins de voyager loin. Le domaine Moritz, dont le caveau est situé à Blienschwiller, vend 70 % de sa production en France, essentiellement auprès des particuliers, 20 % en Allemagne et 10 % aux Pays-Bas. « Les Hollandais sont convaincus que le vin allemand est meilleur que le vin d’Alsace. Il y a du travail à faire pour améliorer sa réputation sur ce marché », constate Jelmer qui ne ménage pas ses efforts pour vendre les vins du domaine dans son pays d’origine. Il travaille déjà avec plusieurs importateurs et participera bientôt à un salon aux Pays-Bas par l’entremise du Civa. Le vigneron cible aussi l’Asie, en particulier le Japon et la Corée du Sud, où il a réalisé une tournée de prospection en 2022.

Pages

Les vidéos