Vigne

30e édition du Salon des vignerons indépendants

Beau succès en attendant le lancement du Comptoir des vignerons

Publié le 10/02/2023

Au vu de la fréquentation du 30e Salon des vignerons indépendants de Strasbourg, les affaires semblent reprendre. Les vignerons indépendants d’Alsace espèrent que cette réussite préfigure celle du futur Comptoir des vignerons, au cœur de Strasbourg, qui ouvrira le 3 mars.

Les 24 000 m2 du nouveau bâtiment du Parc des expositions de Strasbourg, le PEX, accueillaient pour la première fois les ­550 vignerons exposants du salon des vignerons indépendants. Une surface amplement suffisante pour les 40 000 visiteurs attendus du 3 au 6 février. Reste l’épineuse question des parkings : « Pas de parking, pas de business », a souligné Jean-Marie Fabre, président des Vignerons indépendants de France (VIF) et vigneron à Fitou, qui insiste sur la question « du confort d’accès », notamment pour retirer les bouteilles après achat. Selon les VIF, les dépenses des 550 vignerons généreraient 2 500 nuitées et 500 000 € de retombées. Et ceci sans compter celles des visiteurs dont la moitié serait étrangère, particulièrement une clientèle allemande et américaine stationnée en Allemagne et venue en bus. Côté business, une première estimation à la louche indique que le « chariot moyen » du visiteur se situerait autour de 400 €, soit au total un peu plus de 15 millions d’euros de CA générés par ce salon de Strasbourg. « Nous ne sommes indépendants que si nous sommes solidaires » Placé sous le signe de la reprise des affaires après les années Covid, ce salon préfigure peut-être une autre réussite : celle du lancement début mars du Comptoir des vignerons indépendants en plein cœur de Strasbourg, place Gutenberg. Cette « ambassade » des vignerons indépendants d’Alsace ouvrira le 3 mars. L’inauguration pour les 75 adhérents est prévue le 7 mars, et une cérémonie plus officielle est programmée pour le 23 mars. La naissance de ce projet attendu est vécue comme un soulagement après quatre années d’une gestation qui a dû surmonter plusieurs péripéties, dont principalement celle du Covid, mais également des difficultés personnelles de santé pour le président du Synvira Francis Backert qui n’en fait pas mystère. Dans une profession des vignerons indépendants où la culture de la différence est un art, réunir autant d’acteurs est une gageure. Elle résulte selon Francis Backert de trois valeurs qui ont guidé cette action : « La solidarité, la résilience et l’anticipation. Nous ne sommes indépendants que si nous sommes solidaires. Et plus nous serons capables d’accepter nos différences, plus nous serons collectivement forts. » Le président du Synvira espère que cet outil donnera l’envie aux jeunes de s’investir dans ce métier qui « permet de créer le produit à son image ».

Huit ans après, Marc Rinaldi fait le bilan

Kirrenbourg ne s’est pas construit en un jour

Publié le 03/02/2023

Avec huit millésimes à son actif, l’heure est à un bilan d’étape pour le domaine Kirrenbourg à Kaysersberg, qui a fait des rieslings Schlossberg sa spécialité. Exigeant s’il en est, ce terroir granitique questionne particulièrement sur le réchauffement climatique.

Le Schlossberg, c’est un peu le grand cru que chaque grand vigneron essaie d’avoir dans sa cave et dans son florilège de parcelles. Avec ses 80 hectares surplombants Kientzheim et Kaysersberg, ce terroir composé à 80 % de riesling fut l’un, sinon le premier à être classé en 1975. Beaucoup de maisons de renom y cultivent leur parcelle : Mann, Weinbach, Deiss, Trapet, Binner, Bott Geyl, Blanck, Bestheim, Stirn… Parmi les derniers acquéreurs, l’investisseur Marc Rinaldi n’a pas hésité à surenchérir pour emporter la mise et se constituer un ensemble de 7 ha sur ce terroir aussi exceptionnel qu’exigeant à mesure que le réchauffement climatique sévit. Un investissement qui n’a cependant pas été du goût de tout le monde… « Mes confrères du Schlossberg le prennent mal, or je ne fais que remplir des bouteilles. » En cohérence avec son ambition d’avoir un domaine « de plus en plus pointu » pour élaborer des grands vins, Marc Rinaldi n’a investi que dans des grands crus en y mettant le prix : « C’est parce qu’il y a un lien évident entre l’investissement en vigne et le prix de vente des bouteilles », se justifie-t-il. Ajoutant que le prix de vente moyen des AOC Alsace en 2020-2021 est de 4 € HT/bouteille, dans ces conditions « le prix de la vigne ne devrait pas excéder 25 000 – 30 000 €/ha au regard d’autres vignobles français, » estime-t-il. Et le prix de l’hectare de vigne en Alsace (autour de 100 à 140 k€/ha) apparaît déconnecté de la réalité du marché des vins d’Alsace. Idem d’ailleurs dans les grands crus : « Je n’arrive toujours pas à comprendre que la Safer ne fait pas de différence (NDLR : de prix à l’hectare) entre un Schlossberg ou un Schœnenbourg et un grand cru de très faible notoriété. » Vins de grande qualité sous évalués Las ! Le prix de l’hectare de la vigne alsacienne n’est pas le seul déconnecté du marché, il y a aussi le prix du vin : « Lorsque je goûte un riesling de 15 à 20 ans d’âge bien fait, à chaque fois le riesling tue un bon chardonnay. Or, l’écart de prix entre un chardonnay et un grand cru alsacien était fois cinq, aujourd’hui on ne sait même plus… » Des hectares de vigne surévalués, des vins d’Alsace de grande qualité sous-évalués, c’est ce qui a motivé l’aventure Kirrenbourg. Ajouter à une forme de gratitude pour l’Alsace et les Alsaciens qui ont permis à cet entrepreneur de faire fortune dans les façades aluminium dans une vie antérieure. L’une des recettes de la réussite a été selon lui, un savant mélange de « rigueur germanique et d’imagination latine », qu’il voudrait appliquer à la viticulture.  

Publié le 31/01/2023

À Marlenheim, Clément Fend mise sur les grands crus et les rouges pour faire reconnaître son travail à sa juste valeur.

Dans la conduite de son domaine de 7,20 ha, Clément Fend, 33 ans, est guidé par un principe : « garder la tradition, mais toujours innover ». Ses parcelles, situées sur le ban de Marlenheim, bénéficient d’un terroir argilo-calcaire bien exposé, qui réussit à la plupart des cépages. Plus de la moitié de ses surfaces sont situées sur le Steinklotz, le grand cru le plus au nord de la route des vins d’Alsace. « Il y a 40 ans, avoir des vignes au nord, c’était considéré comme un problème pour obtenir de la concentration. Aujourd’hui, ça devient intéressant pour garder de la fraîcheur », observe le jeune vigneron. De retour sur le domaine familial en 2016, après un cursus court de viticulture-oenologie à Rouffach, Clément n’a eu de cesse d’expérimenter. Il a eu la chance de ne pas être freiné par ses parents, aujourd’hui disparus. « Dès l’âge de 17 ans, mon père m’a donné la possibilité de vinifier. Il m’a encouragé à faire des essais, quitte à prendre des risques. Ça a été très formateur. » Dans les vignes aussi, le jeune vigneron procède par tâtonnements avant d’entamer la conversion en bio, qui aboutit à la labellisation à compter du millésime 2022 : il commence par bannir les produits de contact utilisés pour lutter contre les maladies, puis supprime le désherbage chimique. Il introduit les engrais verts pour aérer les sols et leur apporter de la matière organique : depuis quatre ou cinq ans, il teste céréales et légumineuses à différentes doses, en veillant à ne pas concurrencer la vigne. Si les couverts végétaux ne suffisent pas, il apporte de l’engrais organique « en quantité très maîtrisée », l’objectif étant de ne pas dépasser « 8 à 10 grappes/pied sur le grand cru et 15 à 16 grappes/pied sur les autres parcelles. » Clément expérimente aussi les tisanes et décoctions à base de plantes, afin de réduire l’utilisation du cuivre et du soufre. La récolte des raisins est manuelle sur 80 à 90 % des surfaces. En cave, Clément est équipé d’un pressoir pneumatique à cage fermée, qui lui permet de faire des macérations et d’avoir très peu d’oxydation sur jus. Sauf exception, ceux-ci ne sont pas sulfités avant fermentation. Le pressurage dure 3 à 4 h en moyenne, mais peut aller jusqu’à une dizaine d’heures. Les jus sont ensemencés avec un levain fait maison : le jeune vigneron attribue la bonne réussite des fermentations à l’utilisation des levures indigènes. Depuis deux ans, il s’essaie à la vinification sans soufre, à raison d’une cuvée par millésime. « Ma clientèle n’est pas trop portée sur les vins naturels, mais moi, j’aime en boire », dit-il, ayant à cœur de faire découvrir sa cuvée « Casual », composée à 90 % d’auxerrois, 5 % de pinot noir et 5 % de muscat et embouteillée dans un flacon transparent après un passage de quelques mois en barrique. Faire venir les gens au domaine Dans une structure réduite comme la sienne, les choix de production engendrent un coût de production plus élevé que Clément n’hésite pas à répercuter sur le prix de vente. En témoigne son rouge 100 % barrique vendu à 54 € la bouteille : un juste prix, pense-t-il, pour une cuvée produite une année sur trois ou quatre. Il en est convaincu : « Une bouteille bien valorisée donne la possibilité de bien travailler. » C’est le message qu’il s’efforce de faire passer à ses clients : privilégier « une bonne bouteille dans un moment rare », plutôt qu’un vin quelconque consommé plus souvent. Cette conviction l’amène à mettre en avant les grands crus et les rouges, tout en gardant une gamme de vins moins complexes, davantage axée sur le cépage que sur le terroir. Il élabore également trois assemblages, « faciles à expliquer, à comprendre et à boire », dont il a soigné l’habillage avec une étiquette annonçant d’emblée le style du vin, dry (sec), fruity (fruité) ou playful (espiègle). Ces trois vins s’adressent à une clientèle plus jeune, d’où le choix de l’anglais dans la dénomination et de la sobriété dans le design. Hors vrac, Clément réalise 70 % de ses ventes au caveau, le reste auprès des restaurateurs et cavistes. Ses vins sont présents dans plusieurs restaurants gastronomiques, dont Le Cerf, voisin du domaine. « Je ne fais pas de salon. Je préfère faire venir les gens ici, leur faire déguster mes vins autour d’une planchette de charcuterie et de fromage, c’est plus convivial et ça met davantage les vins en valeur. » Clément ne propose pas de formule toute faite, mais il s’adapte à la demande et au budget de ses clients - particuliers, groupes ou entreprises. Le bouche à oreille fonctionne bien. Le vigneron a joliment rénové son magasin et peut accueillir des groupes de 30 à 35 personnes dans une cave en grès rose voûtée jouxtant sa cuverie. Il projette d’aménager un espace cuisine d’ici un à deux ans et d’y faire venir des professionnels pour proposer des prestations plus abouties.

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