Publié le 16/12/2022
Paul Bott est officiellement à la tête du domaine Bott frères à Ribeauvillé depuis avril dernier. La transition s’est faite sur deux ans. Les changements apportés dans les vignes comme à la vente ont été accueillis avec bienveillance par Nicole et Laurent Bott.
Depuis 14 ans, Paul Bott œuvre dans le domaine de ses parents. Formé au lycée agricole de Rouffach, il s’est rendu deux fois en Nouvelle-Zélande pour les vendanges. Cette expérience lui a apporté une autre vision du travail : « Là-bas, l’essentiel est fait mécaniquement hormis quelques vendanges manuelles pour le pinot noir. » De ses différents stages dans des domaines alsaciens, il a dessiné sa volonté de presser le raisin entier « pour un jus plus clair, plus propre et plus intéressant organoleptiquement ». Sa compagne Gladys Wintermantel, est titulaire d’un BTS vins et spiritueux à Rouffach et d’une licence vin et commerce à Colmar. En 2014, elle était dauphine de la reine des vins d’Alsace. Elle gère la partie commerciale du domaine depuis 2016. Elle poursuit sa formation à distance avec une œnologue située en Afrique du Sud pour améliorer son anglais et décrocher le WSET (Wine & Spirit Education Trust), mais aussi pour affiner ses connaissances en dégustation et technique. Depuis décembre 2021, elle est stagiaire au comité de direction du Civa. Paul a repris l’entreprise familiale il y a cinq mois, à la suite du départ à la retraite de ses parents. La transition a été réalisée petit à petit, durant deux ans, avec l’accompagnement bienveillant de Laurent et Nicole Bott, toujours présents pour l’épauler. Sur ce terroir principalement argilo-calcaire avec un peu de marne, Paul entame la conversion vers la viticulture biologique et des pratiques pour en « faire moins » comme le semis direct. Le millésime 2022 sera officiellement AB. « Je passe trois fois la lame interceps et disques pour garder le cavaillon propre. J’ai traité sept fois cette année pour une moyenne de 1,2 kg de cuivre par ha. L’ensemble du ban de Ribeauvillé est en confusion sexuelle à l’initiative du syndicat viticole. Les actions communes sont nombreuses comme le plan biodiversité et le financement de semence mellifère. Le passage en bio signifie plus de travail mécanique. Progressivement, nous allons renouveler nos anciennes parcelles pour faciliter le passage du tracteur et augmenter la surface de pinot noir. Je palisse de manière traditionnelle, je taille Guyot-Poussard et je fais un rognage par an ». Un bon produit au bon prix « J’ai intégré l’ébourgeonnage à nos pratiques depuis 4-5 ans, pour éviter l’entassement et la création de foyer de pourriture. » Selon lui, 95 % de la qualité du vin se fait dehors. La vendange est manuelle grâce à une équipe fidèle de 17 personnes. Il pressure pneumatiquement des raisins entiers durant 5 à 6 h. Il procède à un débourbage statique entre 12 et 18 h. Après levurage, il laisse la fermentation « prendre le temps » jusqu’à un an et dix jours pour le pinot gris par exemple. Il élève sur lies et filtre de manière tangentielle avant la mise : en mars-avril pour le gewurztraminer, le pinot noir rosé et le muscat, le reste en juillet-août ou au plus tard avant la vendange. L’étiquetage est réalisé souvent par Laurent, selon la demande. « Notre objectif est la qualité. Nous souhaitons proposer un bon produit au bon prix. Nos clients sont aujourd’hui prêts à payer un prix cohérent avec le travail fourni. Ils veulent consommer moins mais mieux », note Paul. « À partir du mois d’octobre, il n’y aura plus de bouteille en dessous de 10 €», souligne Gladys. « Lorsqu’un stagiaire m’a demandé de justifier le prix de nos grands crus, je l’ai emmené travailler avec moi dans les parcelles. Désormais, il trouve qu’ils ne sont pas assez chers », poursuit Paul. 50 % des ventes sont réalisées au caveau. C’est le lieu de rencontre des clients fidèles. Il a aussi été pensé comme un lieu d’attractivité œnotouristique avec une visite guidée tous les jours à 14 h 30, proposée 12 € avec la dégustation de trois vins. En plus de l’accueil de groupes et de bus au domaine, chaque saison est rythmée par des activités. En octobre, lors des Fascinants week-end, le caveau accueillera cette année une exposition du peintre colmarien Jean-Pierre Dinterich. En décembre, la maison participe aux caves de Noël chapeautées par l’office du tourisme. À Pâques, il y a la chasse aux œufs pour les enfants et la chasse à la bouteille pour les parents. À la belle saison, les visiteurs sont invités à enfourcher un deux-roues pour un tour dans le vignoble. « Nous sommes présents sur des sites internet comme « rue des vignerons » où il est possible de réserver des prestations en ligne et notamment des dégustations », note Gladys. Le deuxième débouché des vins de la famille (25 %) est l’export aux États-Unis, Pays-Bas, Brésil, Vietnam, Canada, Suède, Danemark, Belgique, Suisse… C’est le fruit du travail entamé depuis 20 ans par Nicole Bott. 20 % des ventes sont réalisées auprès de cavistes et restaurateurs principalement en Alsace et à Paris. Les 5 % restants représentent les salons (cinq salons professionnels et deux salons pour particuliers par an).












