Vigne

Publié le 14/11/2022

Responsable du magasin La Vignery, à Schweighouse-sur-Moder, près de Haguenau, Jonathan Leininger a décroché un Rabelais des jeunes talents dans la catégorie « caviste ». Une récompense qui l’amènera à retenter sa chance au concours du meilleur caviste de France en 2024.

Situé à l’extrémité de la zone commerciale de Schweighouse-sur-Moder, en face d’un magasin de cycles et d’un commerce de literie, La Vignery est le deuxième magasin franchisé d’une enseigne créée en 2005 et le premier ouvert dans le Grand Est. L’enseigne s’est d’abord développée en Île-de-France et dans le Nord, avant d’essaimer plus largement sur le territoire. Jonathan Leininger est arrivé en stage à La Vignery à l’été 2017, entre ses deux années de BTS technico-commercial en vins, bières et spiritueux au lycée de Rouffach. Il s’est orienté dans le monde du vin suite à une mention complémentaire en sommellerie choisie lorsqu’il préparait son bac pro Service au lycée Alexandre Dumas d’Illkirch. « Ce milieu m’a beaucoup plu, c’est ce qui m’a donné envie de poursuivre dans cette voie », dit-il. Les différents stages effectués lors de ses études l’amènent à une carrière commerciale : une année d’apprentissage à La Vignery et le voilà engagé comme caviste en 2019. Il est promu responsable du magasin de Schweighouse-sur-Moder deux ans plus tard lorsque son patron, Luc Schneider, ouvre une seconde franchise dans la zone commerciale de Vendenheim, au nord de Strasbourg. À 25 ans, le jeune caviste gère les quelque 300 m2 de surface de vente avec l’aide d’un collègue, Valentin, et d’un apprenti, Colin. Le magasin se positionne comme un intermédiaire entre la boutique de caviste et la grande surface : « c’est le concept de la Vignery. Nous avons un grand choix de vins à des prix compétitifs, comme une grande surface, mais nous tenons au conseil, car plus le choix est grand, plus le client peut s’y perdre », explique Jonathan. La sélection des vins, des bières et des spiritueux n’est pas de son ressort : « les choix sont faits par la tête de réseau, mais nous pouvons être force de proposition pour l’Alsace ». C’est à ce titre-là que les vins de la cave de Cleebourg et les bières des microbrasseries Bendorf (Strasbourg) et Sainte-Cru (Colmar) ont fait leur entrée dans la sélection de La Vignery, le référencement au niveau local étant un préalable au référencement national. Des habitudes de consommation particulières Si le magasin est rattaché à une enseigne présente dans différentes régions, « on doit tenir compte des habitudes de consommation, qui ne sont pas les mêmes en Alsace qu’ailleurs », souligne le jeune caviste. Le consommateur alsacien aime les produits de sa région, c’est bien connu. Pour ce qui est des autres vignobles, Jonathan constate que les côtes-du-Rhône viennent en tête des préférences de ses clients, alors que chez ses collègues d’Île-de-France et de Nord, ce sont plutôt les Bordeaux et les vins de Loire qui l’emportent. Côté spiritueux, le rhum se vend mieux à Schweighouse-sur-Moder que les whiskys. Les clients peuvent d’ailleurs remplir leurs bouteilles à l’une des fontaines à rhum du magasin. Quant aux bières, les blondes et les blanches brassées en Allemagne ont leurs adeptes, que n’ont pas les magasins du Nord, où les bières belges corsées sont davantage plébiscitées. L’emplacement géographique du magasin influe sur la zone de chalandise et sur la typologie des clients : « Nous sommes dans une zone commerciale en bordure d’une ville, avec une nationale très passante qui va de Haguenau à Bitche. Mais nous sommes surtout au centre d’une zone rurale », indique Jonathan, pointant là une particularité de la franchise de Schweighouse-sur-Moder. La clientèle vient essentiellement d’Alsace du Nord et de la campagne, contrairement au magasin de Vendenheim où la clientèle est plus citadine. En quelques années, l’équipe de Schweighouse-sur-Moder a réussi à la fidéliser, constate le jeune caviste : plus besoin d’effectuer des tournées de tractage dans la zone commerciale, comme ce fut le cas au début. Le choix constitue un élément de fidélisation important : les 3 000 à 3 500 références proposées se déclinent en une gamme permanente et une gamme saisonnière. Les alsaces y rentrent à hauteur de 60 à 70 références. « Nous avons une sélection plutôt généraliste, propre à satisfaire tous les goûts. Certains de nos clients recherchent le prix, d’autres sont prêts à mettre plus cher pour un vin bio ou en biodynamie. » Si à titre personnel, Jonathan apprécie les vins sans sulfites ajoutés quand ils sont bien maîtrisés, ceux-ci sont encore peu présents dans la gamme de La Vignery. 50 % des fournisseurs vignerons sont sous label environnemental, selon l’engagement de l’enseigne. Pour sa part, le jeune caviste a à cœur de montrer « tout ce que l’Alsace est capable de produire et de mettre à l’honneur une viticulture plus propre car cette philosophie donne des résultats intéressants. » Ses meilleures ventes en vin d’Alsace, sont un crémant 100 % pinot blanc de la maison Hauller à Dambach-la-Ville et un sylvaner du domaine Freudenreich à Pfaffenheim. Des vins qui côtoient des flacons rares et donc plus chers comme le pinot noir Clos des capucins du domaine Weinbach à Kaysersberg ou les vins de complantation du domaine Marcel Deiss à Bergheim.

Syndicat des distillateurs et liquoristes d’Alsace

Les eaux-de-vie : pas qu’en digestif !

Publié le 04/11/2022

Le 21 octobre, le syndicat des distillateurs et liquoristes d’Alsace organisait une opération de promotion pour mieux faire connaître au grand public les eaux-de-vie d’Alsace sous signe de qualité et d’origine.

Elles sont six. Six eaux-de-vie dont la provenance alsacienne est garantie par un signe de qualité et d’origine : l’IGP (indication géographique protégée) ou l’AOP (appellation d’origine protégée). Le marc de gewurztraminer d’Alsace a été le premier à obtenir une AOP en 2009. Le kirsch, la mirabelle, la framboise, la quetsche et le whisky d’Alsace ont obtenu leur IGP six ans plus tard. Leur élaboration répond à un cahier des charges propre à chaque eau-de-vie : tout le savoir-faire alsacien en matière de distillation est contenu dans ce document, de la provenance des fruits ou des matières premières utilisées jusqu’au temps et aux conditions de conservation avant la commercialisation. Le respect des cahiers des charges est garanti par un organisme de contrôle indépendant. C’est pour faire découvrir au public ces six eaux-de-vie et leurs spécificités que le syndicat des distillateurs et liquoristes d’Alsace a lancé, en 2016, Alsace in Spirit. La cinquième édition de cette opération de promotion a eu lieu le 21 octobre devant le magasin de producteurs La Nouvelle douane à Strasbourg, en collaboration avec l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), en charge du marc de gewurztraminer d’Alsace. « Nous ne faisons pas de vente aujourd’hui mais nous essayons de faire redécouvrir les alcools de fruits à ceux qui ne les connaissent plus, en particulier à la génération des 25-40 ans - la génération Coca-Cola », expose Régis Syda, président du syndicat. Le lieu est bien choisi : le vendredi après-midi, nombreux sont ceux qui passent devant le magasin de producteurs pour se rendre au centre-ville de Strasbourg ou pour regagner le parking après une après-midi shopping. « C’est génial : il y a des locaux, des touristes, des gens de tous âges… » Yves Lehmann, de la distillerie éponyme, a amené un petit alambic. Ceux qui ne connaissent pas le processus de distillation peuvent ainsi visualiser comment le distillateur part du fruit pour arriver à l’eau-de-vie. Dans le cas du marc de gewurztraminer, c’est la peau des raisins qu’on fait fermenter et qu’on distille, précise Élodie Spittler, de l’Ava. « La double passe est obligatoire », précise la jeune femme. L’alcool qui sort de l’alambic doit titrer 45°, c’est prévu par le cahier des charges de l’appellation marc de gewurztraminer d’Alsace. Ils sont encore nombreux à produire cet alcool en Alsace - 157 - dont de nombreux viticulteurs. Six marcs provenant de maisons différentes sont proposés à la dégustation : histoire de comparer la « patte » de celui qui le fabrique, le distillateur. Cocktail de saveurs À travers Alsace in Spirit, les distillateurs et liquoristes d’Alsace souhaitent dépoussiérer l’image de leurs produits et faire émerger de nouveaux modes de consommation. Faire savoir que les eaux-de-vie ne sont pas réservées à la fin de repas, le fameux digestif, mais qu’elles peuvent se consommer en cocktail. Associé à un jus de tomate, le kirsch d’Alsace remplace par exemple très bien la vodka dans un Bloody Mary. L’eau-de-vie de quetsche, mariée à du sirop de pêche et de pamplemousse et rallongée d’un trait de crémant, constitue un apéritif original à l’attirante couleur orangée. Quant au marc de gewurztraminer, il peut être associé à la liqueur de pain d’épices et au jus d’orange, selon une recette figurant sur les contre-étiquettes de la distillerie Hagmeyer de Balbronn. Vincent Bouman, de la distillerie Miclo à Lapoutroie, fait découvrir les whiskys d’Alsace. Les flacons présentés ont en commun d’avoir été distillés, vieillis et embouteillés dans la région. Seules deux régions françaises ont droit à une indication géographique protégée - l’Alsace et la Bretagne - à l’égal de l’Écosse. La distillerie haut-rhinoise fait vieillir ses whiskys dans des fûts de Sauternes et de Bourgogne, voire dans des barriques ayant contenu des cerises… à l’eau-de-vie. « 80 % du goût d’un whisky vient de la barrique. La durée de vieillissement est de trois ans minimum, mais certaines distilleries les font vieillir 7 ou 8 ans, ce qui influe sur la puissance et la couleur du produit », précise le jeune homme. En plus de sa gamme permanente de quatre whiskys, la distillerie Miclo sort régulièrement des éditions limitées. De quoi susciter l’attente et la curiosité autour du produit.

Fascinant week-end Vignobles et découvertes

Une ribambelle de rencontres autour du vin

Publié le 23/10/2022

Peindre au vin et à la bière, tout en dégustant un pinot noir provenant du Kirchberg de Barr, c’était l’une des propositions du Fascinant week-end Vignobles et découvertes qui a eu lieu du 13 au 16 octobre.

Installés au cœur d’Andlau, dans une demeure seigneuriale datant de la Renaissance, les Ateliers de la Seigneurie ont pour vocation d’apporter des clés de compréhension du patrimoine naturel, culturel et architectural présent dans le pays de Barr et au-delà. C’est en ce lieu, ouvert il y a 10 ans, qu’Alsace Destination Tourisme (ADT) et ses partenaires ont donné le coup d’envoi du Fascinant week-end Vignobles et découvertes, jeudi 13 octobre. La centaine de manifestations proposées dans le cadre du Fascinant week-end donne un aperçu assez complet de l’œnotourisme dans la région : les vignerons et les prestataires ne manquent pas de ressources pour valoriser leurs initiatives en la matière. Les visites de caves et les dégustations de vins, associées ou non à des spécialités locales, constituent la base du programme. D’autres initiatives sont plutôt centrées sur la découverte d’activités insolites ou de lieux emblématiques : vignoble communal, cave des hospices civils de Strasbourg, lieu-dit classé grand cru, que l’on peut parcourir en segway, en vélo électrique ou simplement à pied, sous la conduite d’un vigneron ou d’un guide de l’office de tourisme partenaire. Galop d’essai Plusieurs élus et représentants des partenaires d’ADT, dont le Civa et le Synvira, ont participé au lancement de l’opération : Claude Hauller, président de la communauté de communes du pays de Barr, Marielle Colas-Scholly, adjointe au maire de Barr en charge de la culture, Nicole Bott, référente œnotourisme au Civa, et Catherine Graef-Eckert, vice-présidente de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) chargée du tourisme. Ce Fascinant week-end constitue une sorte de « galop d’essai » pour les 70 ans de la Route des vins d’Alsace, qui seront célébrés l’an prochain, ont rappelé les intervenants. Une quinzaine de manifestations se succéderont de la mi-avril à fin juillet 2023, indique Nicole Bott. Tous les dimanches, une portion de la route des vins sera mise à l’honneur, avec différentes animations reliées par un fil conducteur commun. 2023 sera aussi l’année de la gastronomie. L’Alsace ayant été choisie pour accueillir la cérémonie de dévoilement des nouveaux étoilés Michelin, en mars, la CEA a souhaité mettre la gastronomie à l’honneur. Un grand livre de recettes alsaciennes sera publié à cette occasion : sur le site internet de la CEA, tout le monde peut proposer une recette de son choix, assortie d’un accord avec un vin ou une bière, annonce Catherine Graef-Eckert. L’objectif est « de mettre en avant les produits du terroir et les produits sous IGP ». La couleur en point commun Natif de Barr, mais habitant d’Epfig, Laurent Bessot est bien connu des vignerons alsaciens : il expose fréquemment ses œuvres dans les caveaux et participe à des animations dans des domaines viticoles. Sa spécialité : la peinture à la bière et au vin rouge. Plutôt que d’utiliser de l’aquarelle, il trempe ses pinceaux dans des réductions de ces breuvages pour mettre en couleur ses dessins, qui sont fortement inspirés de l’univers du vin. Pour cette séance spéciale d’inauguration, il a représenté, sur une feuille de dessin numérotée, le « mairehiesel » - la maisonnette du maire - située sur le lieu-dit Kirchberg de Barr. Les bouchons, sujets de prédilection de Laurent Bessot, s’agitent autour de la maisonnette, qui pour trinquer, qui pour remplir le pressoir. Les élus sont invités à coloriser la scène. Pendant que l’artiste livre avec jovialité ses anecdotes personnelles, Fabienne et Jean-Daniel Héring se relaient pour présenter leur cuvée du chat noir, un pinot noir issu du Kirchberg de Barr. Jusqu’à ce printemps, le pinot noir n’était pas admis dans la liste des grands crus alsaciens. Il l’est désormais au Kirchberg de Barr et au Hengst à Wintzenheim. C’est le résultat d’un travail de reconnaissance qui a pris 10 ans, souligne Jean-Daniel Héring, qui rend hommage aux pionniers qui ont cru à ce cépage et en ont planté sur le lieu-dit voici 30 ans. La cuvée du chat noir est un rouge « aérien et léger, à l’extraction pas trop prononcée ». Un vin qui va pouvoir tenir dans le temps, remarque Fabienne Héring, expliquant que cette faculté de vieillissement a joué dans la reconnaissance en grand cru du pinot noir provenant de ce terroir. Elle-même passionnée de peinture, la vigneronne attire l’attention sur sa belle robe rouge, mettant au jour la préoccupation qui réunit vignerons et peintres : la couleur.

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