Instants viniques
Divines idylles
Instants viniques
Publié le 03/08/2022
Lundi 25 juillet, dans le hall 1 de la Foire aux vins de Colmar, l’association des sommeliers d’Alsace a présenté sa sélection. Serge Dubs, meilleur sommelier du monde 1989, le caviste Emmanuel Nasti, Jean-Marie Dirwimmer, ancien sommelier du Rendez-vous de chasse, et Frédéric Schaetzel, qui officie à l’Auberge de l’Ill, ont commenté quatre perles, avec trois reines, pour un Instant divin.
Les cuivres du groupe de musique traditionnelle alsacienne Alsa Band résonnent. À 18 h 30, on se prépare à entendre « chanter les anges », le temps d’un Instant divin, avec l’association des sommeliers d’Alsace. Quatre Alsaciens, « vieux briscards » du vin, membres de la Confrérie Saint-Étienne, bousculés par la Reine des vins d’Alsace et ses dauphines - qui ne manquent ni de répondant, ni de culture, ni d’originalité -, ont présenté leur sélection de vins à l’occasion d’une dégustation collective, commentée et rythmée par les airs populaires. Pour maintenir le public en haleine, attentif aux propos des sommeliers, trois bouteilles de vin d’Alsace ont été mises en jeu ; offertes à qui se souviendra de la date de l’obtention de l’appellation grand cru par le Kaefferkopf, par exemple. Les ambassadrices des vins d’Alsace ont débuté la séance par une présentation des cinq sens à éveiller, lors d’une dégustation de vin. Le toucher est convoqué en premier, lorsqu’on choisit sa bouteille (sa forme, son étiquette, ses reliefs, sa fraîcheur), puis la vue lorsque le breuvage coule dans le verre (on regarde sa fluidité, sa couleur), ensuite l’odorat, le premier nez et le suivant, quand se révèlent les notes de fruits confits ou la minéralité, juste après le goût, avec l’attaque, le milieu de bouche et la finale révélant la longueur en bouche, le temps du goût, aussi appelé caudalie, et enfin l’ouïe, de l’extraction du bouchon au « chant des anges », en passant par le ruissellement et, bien sûr, le tintement des verres qui s’entrechoquent. Grossi laüe Emmanuel Nasti prend le relais. Le caviste est heureux de présenter le riesling 2020 En Pleine Nature, AOP Alsace, bio, du domaine Marcel Freyburger à Ammerschwihr (68), d’autant plus que c’est sur son ban que la dernière appellation grand cru a été obtenue… celle du Kaefferkopf, en 2007. Le terroir, vers Trois-Épis, granitique, apporte au vin sa minéralité. En bouche, des arômes d’agrumes, dont de citron, amènent de la fraîcheur. « C’est digeste et gourmand », souligne Emmanuel Nasti. Comme c’est un vin nature, il n’est presque pas soufré. Aussi, il n’est pas sucré. Dans le public, un couple de septuagénaires le trouve même un peu pétillant sur la langue. Serge Dubs enchaîne. Grand maître de la Confrérie Saint-Étienne, le meilleur sommelier du monde, qui officiait à l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern, commente avec plaisir, un riesling grossi laüe (grands terroirs en alsacien) 2012, de la famille Hugel à Riquewihr (68) : un grand vin d’Alsace, en édition limitée. Si ce vin n’est pas reconnu grand cru Schoenenbourg, il pourrait le revendiquer. « Il est d’une jeunesse exceptionnelle », s’exclame Serge Dubs. Brillant, net, grand, d’une belle minéralité, il flirte avec le gingembre, les fleurs. D’un terroir gypseux, sa bouche est ample, vive. « C’est un vin qui fait saliver. Il a du goût », conclut le grand maître. S’il le conseille avec un homard rôti au four, Sabine Schutz, la reine des vins d’Alsace l’associerait bien avec une tourte vigneronne, pour apporter de la vivacité au plat, quant à sa dauphine Mathilde Marzolf, elle reprendrait bien un verre avec un gravlax de saumon, son coup de cœur culinaire ; Margot Ehrhart, elle, l’associerait à un saumon à la plancha. Grand spectacle Frédéric Schaetzel, le successeur de Serge Dubs à l’Auberge de l’Ill, propose, lui, un pinot gris Letzenberg 2019, AOC Alsace, de Jean-Baptiste Adam à Ammerschwihr (68). « Un vin riche, généreux, au nez intense, de fruits jaunes et d’épices. Il s’accorde avec un filet de bar, dans une sauce au vin jaune, c’est-à-dire aux notes de fruits secs, et morilles. » La reine et ses dauphines acquiescent mais elles le préféreraient avec une viande et des girolles ou d’autres champignons. « Pour le côté sous-bois, je l’accommoderais avec des fleischnackes, des haricots, des spaetzles et de la crème », risque l’une d’elles, immédiatement approuvée par l’association et les spectateurs. Jean-Marie Dirwimmer, ancien sommelier du Rendez-vous de chasse, a gardé « le meilleur pour la fin », blague-t-il… à peine ! Il déguste un gewurztraminer 2020, AOC Alsace, du vigneron-récoltant Ginglinger-Fix, de Voegtlinshoffen (68), une des communes viticoles les plus élevées d’Alsace. « Ce vin, élaboré par Éliane et ses fils, est un jardin », souligne-t-il. Rose, litchi, coing, mangue : les arômes typiques « or jaune » de ce gewurz’à la note fruitée d’abricot se marieront à merveille avec un foie gras en terrine ou poêlé, accompagné de figues et de pêches, avec un homard thermidor, des gambas aux épices, un canard laqué ou de la pluma ibérique, partage le sommelier. « Vin de caractère, qui soutient », il magnifiera aussi un bleu de Bresse, une fourme d’Ambert ou une tarte aux mirabelles, bu avec « la personne la plus chère, pour vous », conclut Jean-Marie Dirwimmer. Mathilde Marzolf, de Voegtlinshoffen, en rêve avec un munster ou un camembert, Margot Ehrhart, avec une pâtisserie suédoise, et Sabine Schutz, avec une salade de fruits frais et un sorbet de mangue. Serge Dubs acquiesce à cette dernière proposition. « Le millésime de nos reines est époustouflant, salue un animateur, au micro. Elles laissent parler leurs cœurs, ont du goût et de la culture. »












