Vigne

Publié le 05/09/2022

À Dahlenheim, à l’ouest de Strasbourg, la famille Heckmann mise sur une clientèle locale et, depuis quelques années, sur des camping-caristes qui apprécient la continuité dans la qualité de leurs vins.

Formé au lycée agricole de Beaune, Maurice Heckmann reprend le domaine familial en 1988 et doit rapidement faire face au changement des habitudes des consommateurs en baissant le rendement (de 100 hl/ha à 50 à 60 hl/ha désormais). Les nouvelles plantations sont plus larges et les pieds plus rapprochés dans le rang. « J’ai également resserré le fil et la taille de l’arcure dans les nouvelles plantations », se souvient le viticulteur. D’un domaine de 5,5 ha à son arrivée, le parcellaire atteint 12 ha aujourd’hui, réparti entre Dahlenheim et Avolsheim. Le terroir est essentiellement argilo-calcaire, orienté au sud. Sa femme Sylvie est venue l’épauler dès 1994. La famille s’est ensuite agrandie avec Antoine en 1989 et Guillaume en 1992. Antoine est graphiste 3D à son compte et Guillaume est salarié du domaine depuis 2014, après une formation en viticulture au lycée de Rouffach jusqu’au BTS. Habituellement, un rang sur deux est enherbé, l’autre griffé en automne et au printemps. Cette année, avec les faibles précipitations, l’herbe a seulement été fauchée pour limiter son développement. Il apporte du compost et du fumier aux parcelles plus faibles selon une rotation, environ tous les deux ans. Le domaine est labellisé HVE3. Dans le prolongement de cette démarche, Maurice Heckmann souhaite réduire l’usage des désherbants. Contre le mildiou et l’oïdium, il a réalisé trois passages avec des produits de contact et un passage avec du systémique en encadrement de floraison. Il a réalisé un passage d’insecticide cette année. Il palisse mécaniquement 90 % des parcelles. Maurice a effeuillé seulement coté est ou nord cette année pour éviter la brûlure. En 2000, il achète la première machine à vendanger avec un voisin coopérateur. « Elle nous apporte plus de souplesse et surtout la possibilité de vendanger le dimanche lorsque la météo le permet. » Il vendange deux tiers de la surface avec l’outil. Le grand cru, les vendanges tardives, les parcelles en coteau et les crémants sont évidemment vendangés manuellement. Une équipe fidèle d’une dizaine de vendangeurs, principalement des retraités, est au rendez-vous tous les ans. Les raisins sont pressés à l’aide d’un pressoir pneumatique de 50 hl durant 2 h 30 en moyenne et jusqu’à 4 h pour le gewurztraminer, puis sulfités.     De la vente en vrac à la vente de raisins Depuis cinq ans, il débourbe par flottation grâce à l’injection de colle (protéine de pois) et d’azote. « Nous avons choisi cette solution pour plus de rapidité. Le débourbage se fait en six heures environ. Cela permet d’éviter les départs en fermentation précoce. Le risque est de plus en plus important avec des vendanges par températures élevées. » « Pour la fermentation, en général, on laisse faire durant un à trois mois dans des cuves thermorégulées, complète Guillaume. Je levure les vins tranquilles seulement si c’est nécessaire, contrairement aux crémants que je levure systématiquement. » Après une filtration kieselguhr et analyse, il apporte une nouvelle fois du SO2, seulement si nécessaire. La mise en bouteille est réalisée par un prestataire. Depuis deux ans, la famille réalise à nouveau elle-même l’étiquetage pour plus de liberté dans la gestion du stock.     Les Heckmann souhaitent proposer des vins secs et gastronomiques, à l’image de l’Argentoratum, vin d’assemblage réalisé par une dizaine de vignerons de la Couronne d’or. Le cahier des charges de cette cuvée réalisée depuis 2017 impose moins de 5 g de sucre résiduel et au moins 50 % de riesling. Chez Maurice Heckmann, le breuvage est composé à 85 % de riesling, le reste en pinot gris et gewurztraminer. L’essentiel des ventes est réalisé au caveau, auprès d’une clientèle locale et fidèle. Il expédie, toujours à des particuliers, en Belgique et en Allemagne. Il participe à quelques marchés et salons à destination d’acheteurs non professionnels. Il tient un stand au marché de Noël de Strasbourg avec les vignerons de la Couronne d’or. Le domaine fournit également une dizaine de restaurateurs. Les flacons les plus prisés sont les crémants. Maurice y prête une attention particulière en les gardant parfois jusqu’à trois ans sur lattes pour affiner la bulle. Depuis 2006, il est décliné en rosé. La même année, il commence à vinifier une partie du pinot noir en rosé. Il rencontre tous les ans un succès notable dès la belle saison. La vente de vrac représentait jusqu’à il y a peu une grande part des ventes. En 2020, le domaine a fait deux livraisons pour la distillation de crise. Face à la chute des ventes du vrac, le domaine a signé un contrat de trois ans avec Arthur Metz pour vendre son raisin. Tous les étés, le domaine s’anime à l’heure du pique-nique chez le vigneron. Jusqu’à 400 personnes ont afflué dans la cour des Heckmann. Depuis, les inscriptions sont limitées à 200 personnes.

Production de greffons et de porte-greffes

Le Civa cherche des partenaires hors AOC

Publié le 23/08/2022

Le Civa recherche de nouveaux partenaires pour agrandir son parc de vignes mères de greffons ou de porte-greffes. La production de bois constitue une possible source de diversification pour des agriculteurs ou des viticulteurs possédant des parcelles en dehors de la zone AOC.

Depuis 1978, le service Prospection et multiplication de matériel clonal (SPMC) du Civa est en charge de la multiplication de greffons certifiés en Alsace. Son parc de vignes mères de greffons s’étend sur une trentaine d’hectares, répartis en 260 parcelles du nord au sud de l’Alsace. Il s’est lancé plus récemment dans la plantation de vignes mères de porte-greffes sur une surface de 2 ha. Pour des raisons sanitaires, l’interprofession a décidé, début juin, de développer son parc de vignes mères en dehors de la zone AOC. « L’objectif est de se prémunir d’un potentiel foyer de flavescence dorée », explique Arthur Froehly, responsable du pôle technique de l’interprofession. L’Alsace étant jusqu’ici épargnée par ce fléau, il faut veiller à ne pas l’« importer » par l’intermédiaire du matériel végétal. Cette précaution vaut aussi pour les maladies virales telles que l’enroulement et le court-noué ou les maladies dues à un phytoplasme comme le bois noir. 6 ha dans les trois prochaines années « Nous nous sommes fixé comme objectif de trouver 6 ha dans les trois prochaines années, indique Arthur Froehly. C’est une première étape. Nous souhaitons mettre un coup d’accélérateur sur la recherche de nouveaux partenaires car le parc de vignes mères au sein de l’AOC se réduit. Nous testons régulièrement les vignes mères. Dès qu’on détecte de l’enroulement ou du court-noué, on radie la parcelle concernée et on n’utilise plus les bois qui en sont issus. » L’an dernier, ce sont ainsi 2 ha de vignes mères de greffons qui ont été écartés : une majorité pour des raisons sanitaires, le reste pour cause de vieillissement, sachant que la durée de vie ordinaire d’une parcelle est de l’ordre de 20 à 25 ans. « Pour pouvoir répondre à la demande des pépiniéristes viticoles, il nous faut un parc suffisamment dimensionné », résume encore le responsable du pôle technique du Civa. Les difficultés d’approvisionnement en greffons rencontrées sur la campagne 2021-2022 plaident plus que jamais dans ce sens. Pour être éligible, une parcelle doit remplir certaines conditions, en plus d’être située hors de la zone AOC : « Elle doit être éloignée au minimum de 500 m, voire 1 km du vignoble et ne pas avoir porté de vignes. Nous serons attentifs à ce qu’il n’y ait pas de vigne ensauvagée, par exemple. » Une fois la parcelle retenue, le SPMC envisage deux scénarios selon la motivation du partenaire : soit il met simplement sa parcelle à disposition en échange d’un loyer, auquel cas le Civa prend en charge la plantation et délègue l’entretien à un prestataire ; soit il s’implique dans la culture et touche le revenu de la production de greffons. Dans ce dernier cas de figure, sachant qu’un hectare de vigne mère de greffons produit entre 270 et 450 fagots de 1 000 yeux à 30 € HT/fagot, il peut espérer une rémunération comprise entre 8 100 €/ha et 13 500 €/ha. « C’est une diversification possible pour une exploitation qui n’est pas forcément viticole mais qui est prête à investir dans un matériel adapté », souligne Arthur Froehly. Le SPMC ne fixe aucun minimum de surface, ni de limite de distance par rapport au vignoble. « Si des producteurs du Sundgau ou du Kochersberg sont intéressés, ce n’est pas un problème. Entre plusieurs candidats, le choix se fera en fonction de différents paramètres, notamment par rapport à la situation actuelle du parc de vignes mères et de la capacité des candidats à prendre en charge et entretenir les vignes. » Un protocole sanitaire à respecter Pour limiter le risque de contamination, ces candidats devront respecter un protocole sanitaire incluant, pour ceux qui cultivent déjà des vignes, le nettoyage du matériel avant l’intervention dans les vignes de production de bois ainsi que le port de vêtements et de chaussures dédiés pour éviter de transporter des larves d’insectes d’une parcelle à l’autre. « L’objectif est de produire des plants de qualité, sans risque de contamination, rappelle Arthur Froehly. C’est un projet de filière de bout en bout. » Pour les partenaires prêts à s’engager dans l’exploitation des vignes mères, les investissements seront partagés : « Le Civa fournira les plants de catégorie base issus de prémultiplication, sur la base d’un coût de 3,50 € à 4 € le plant. Le palissage sera pris en charge par l’exploitant, la rémunération lui permettra de couvrir l’investissement de départ. » L’équipement en filets paragrêle et en moyens de lutte antigel, pour sécuriser la production des plants de vigne, sera étudié « au cas par cas ». Le SPMC souhaite également développer les vignes mères bios afin de répondre à la demande de bois certifiés bio des pépiniéristes. L’idéal serait d’atteindre 50 % de la production en bio d’ici une dizaine d’années, tout en maintenant la coexistence avec un parc de vignes mères conventionnelles.  

Foire aux vins de Colmar. Cook show

Carottes, épices et pinot noir

Publié le 04/08/2022

Mercredi 27 juillet, Sylvie Grucker, cheffe au pressoir de Bacchus à Blienschwiller, Margot Ducancel, créatrice du club de dégustation Rouges aux lèvres, et Cécile Wolfrom, miss Alsace 2021, ont cuisiné ensemble, assistées de Kévin, le fils de Sylvie Grucker, et de Nicolas Rieffel, agitateur gastronomique.

Pour ce cook show, réalisé devant un parterre de gourmets attentifs, Sylvie Grucker est partie sur une base simple : des carottes. Elle les a choisies locales, de Niedernai, et les a fait cuire dans un jus d’orange agrémenté de diverses épices (cannelle, fève de tonka, anis vert, poivre de Sichuan…) et d’un peu de sucre. Dans un premier temps, Margot Ducancel propose d’associer ce plat végétarien avec un pinot blanc du domaine Vincent Fleith à Ingersheim. L’occasion pour elle de livrer quelques astuces de dégustation : « Pour ouvrir la capsule, il faut se mettre sur le deuxième cran, pour éviter que le vin n’entre en contact avec le métal lors du service. » Puis, elle se lance dans l’exercice de la dégustation. Elle scrute le vin qui tourne dans son verre : « La brillance reflète l’acidité, qui est la colonne vertébrale du vin. La couleur du vin reflète son âge, il fonce avec le temps. » Plongeant son nez dans le verre, elle apprécie les notes « de pamplemousse, de fruits exotiques, de pêche, d’abricot, avec une belle fraîcheur et de la tension ». Portant le verre à ses lèvres, elle explique l’intérêt de la rétro-olfaction, cette sorte de « carafage en bouche », qui permet de vérifier qu’un vin est équilibré. « Dans ce cas, on retrouve les mêmes arômes au nez et en bouche. » C’est aussi le moment d’estimer la caudalie, soit la persistance aromatique en bouche après la dégustation. Malgré toutes ces explications techniques, elle rassure : la dégustation est à la portée de tous, « au début, on fait avec les références qu’on a ». « En Alsace, on schmeck le vin et on boit un schlouck » Pendant ce temps-là, les carottes ont cuit. Sylvie Grucker les mixe avec le jus de cuisson après avoir retiré les épices. Étape suivante : l’élaboration d’un bibeleskäs à la menthe, qui viendra garnir des fleurs de courgettes. La recette est simple : du bibeleskäs, de la menthe, du sel et du poivre. Mais elle viendra apporter de la fraîcheur au plat, que Sylvie Grucker achève de dresser avec quelques lamelles de carottes cuites, une réduction au vinaigre et quelques pluches de fanes de carottes. Margot Ducancel, elle, attaque la dégustation de l’autre vin envisagé pour accompagner ces carottes épicées : un pinot noir du domaine Fernand Seltz de Mittelbergheim. « C’est une belle expression du pinot noir, avec des notes épicées de poivre blanc, de cannelle… », apprécie la jeune femme. Avec humour, Nicolas Rieffel s’attache à lui faire découvrir quelques expressions alsaciennes : « En Alsace, on schmeck le vin et on boit un schlouck. » Une éducation parfaite par l’auditoire, qui lui fait découvrir le rouge d’Ottrott, et peaufinée par Sylvie Grucker, originaire d’Ottrott, qui sait parfaitement dire, en Alsacien : « Tu bois du rouge d’Ottrott d’en haut ou tu bois du rouge d’Ottrott d’en bas », ce qui, d’après la tradition, signe sa capacité à apprécier cette dénomination géographique de l’AOC Alsace. Casser les codes L’heure de la dégustation a sonné. Margot Ducancel hésite encore entre pinot blanc et noir : « Les deux se marient bien au plat, c’est une question de palais. » Au dernier moment, elle porte son choix sur le pinot noir, qui « relève mieux les épices du plat ». Un choix approuvé par Sylvie Grucker, qui encourage l’auditoire à « casser les codes, à oser des associations nouvelles. Nous avons sept cépages et une multitude de terroirs en Alsace. Nous pouvons faire tout un repas avec des vins d’Alsace ». En parlant de casser les codes, elle souligne que le plat élaboré lors de ce cook show « peut aussi bien se déguster en entrée, qu’en plat ou en dessert, en remplaçant le sel du bibeleskäs par du sucre ».

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