Vigne

Publié le 09/06/2022

Dimanche 5 juin, la Route des vins d’Alsace a renoué avec le slowUp. Malgré les intempéries, 32 000 personnes ont participé à cet événement qui met à l’honneur les mobilités douces et le vignoble.

Les prévisions météo ont eu raison de la foule. Pour sa 8e édition, et après deux années manquées, le slowUp a rassemblé 32 000 participants, contre les plus de 44 000 des dernières années. Mais à regarder les nuages noirs qui plombaient le ciel ce dimanche 5 juin, les 11 communes au pied du Haut-Koenigsbourg peuvent se réjouir de cette participation. Et le sourire des cyclistes téméraires ne peut que convaincre du plaisir de renouer avec cette manifestation, désormais bien ancrée dans le programme estival alsacien. Les organisateurs proposaient un parcours de 38 km, avec différentes boucles pour permettre à chacun de profiter, quels que soient son ambition sportive ou son mode de transport. On aura donc vu des cyclistes bien sûr, mais aussi des marcheurs et toutes sortes de moyens de locomotion – pourvu qu’ils soient non motorisés, c’est bien la seule règle ! Rollers, trottinettes ou inventions faites maison étaient bienvenus, dans le respect de quelques règles de bonne conduite et d’un sens de circulation. Les participants étaient invités à se vêtir du blanc en l’honneur des vins blancs alsaciens, et on a vu ce mot d’ordre repris par de nombreuses personnes. Un clin d’œil vestimentaire c’est bien. Honorer les vins d’Alsace avec un verre rempli, c’est encore mieux. Aussi, entre les stands des associations et des sponsors du slowUp, les viticulteurs étaient au rendez-vous dans les douze places festives installées entre Sélestat, Châtenois, Bergheim et Dambach-la-Ville. Si c’est leur fraîcheur qui séduit habituellement, force est d’avouer qu’ils ont aussi réchauffé les cœurs des visiteurs trempés par la pluie, et donné la motivation qu’il fallait pour continuer le parcours. Une fraîcheur qui leur va bien Il faut dire que les retrouvailles étaient heureuses et sincères. En témoigne le domaine Koehly à Kintzheim. Malgré la pluie qui inondait le stand, les viticulteurs – Joseph Koehly et sa compagne Romane Welsch – ont proposé leurs vins avec le même plaisir. À la carte, riesling, pinots et gewurtz de l’Hahnenberg. Les vignes s’étalent d’ailleurs non loin, de quoi illustrer les propos des producteurs sur ce terroir. « Nous participons au slowUp depuis la première année, explique avec fierté Joseph. Pour la première fois, on nous a demandé une participation financière de 50 euros pour notre stand, c’est bien normal puisque le slowUp est de plus en plus gros. Le vent et la pluie, c’est une première. Mais finalement, ne serait-ce pas mieux que la canicule ? Et puis ça rapproche sous la tonnelle… » Le rire est communicatif. Un client rincé, son verre à la main, confirme : la fraîcheur a ses bons côtés. Déjà bien arrosé, il reprend la route ravi de sa pause gourmande. Romane quant à elle, se souviendra de ce baptême. « J’ai rejoint le domaine Koehly en août 2021 après mon stage de BTS. » Joseph, son conjoint désormais, aura trouvé quelques arguments pour la convaincre de rester. « C’est mon premier slowUp. L’ambiance est festive, j’apprécie le sourire des gens de passage et des clients venus nous voir. » De quoi donner envie de continuer la route.

Publié le 08/06/2022

Le site de Leïla Martin, « Je vais vous cuisiner », est devenu une vitrine de la gastronomie alsacienne à travers la France et au-delà.

Leïla Martin est comme ses recettes, imprégnée des saveurs de son enfance : comté et vin jaune du Jura du côté de son père ; couscous, thé à la menthe et cornes de gazelle du côté de sa mère ; baeckeoffe et knepfle du côté du cœur. Arrivée en Alsace à 15 ans, elle n’a plus quitté ce territoire du bonheur des sens. C’est ici qu’elle fonde sa famille et découvre sa passion. « J’étais conceptrice-rédactrice en agence de communication, avant d’ouvrir ma propre agence pendant dix ans. En parallèle, je travaillais pour différents supports de presse en tant que pigiste et j’ai eu l’opportunité de réaliser de nombreux articles pour les Saisons d’Alsace (hors-séries de L’Alsace et des DNA, NDLR) dont un numéro consacré aux chefs étoilés en Alsace. » Une révélation. Le début d’un amour pour la gastronomie alsacienne. Elle passe « de la plume à la casserole » comme elle aime à le rappeler, en avril 2014 en ouvrant son blog. En octobre de la même année, elle participe au concours Chef à bord organisé par Alsace 20 « pour voir si je pouvais mener cette passion à un niveau professionnel ». Elle dirigera ensuite les cuisines d’un bar à vins strasbourgeois durant deux ans. Son blog a séduit plus d’un million de visiteurs l’an dernier. Ses lecteurs viennent principalement du Grand Est et d’Île-de-France, mais également de toute la France et même du monde entier avec les Alsaciens expatriés. Le secret de son succès : des recettes à la portée de tous, souvent des plats alsaciens revisités, mais aussi des idées de repas végétariens ou encore des pistes pour éviter le gaspillage. En parallèle, Leïla propose ses services de communication, anime des soirées à destination des entreprises pour leurs salariés et clients. L’édition de la Nuée Bleue la sollicite pour deux livres titrés L’Alsace enchantée en 2018 et 2020 : « 50 recettes inventives pour sublimer le quotidien » (5 414 exemplaires vendus) et « L’Alsace gourmande et végétarienne » (3 332 exemplaires). Après huit ans d’existence, le blog de Leïla Martin est à un tournant. « J’ai choisi de tout partager gratuitement, sans publicité. Je dois faire évoluer ce modèle. » Le site internet « Je vais vous cuisiner » va bientôt être refondé et Leïla va ouvrir les portes de sa cuisine personnelle à Illkirch à ceux qui le souhaitent lors d’ateliers culinaires limités à douze convives. Tous les ingrédients comptent, y compris le vin Sa motivation reste la même, faire connaître l’Alsace par sa gastronomie. Et qui dit gastronomie dit vin. « Je suis loin d’être une spécialiste, mais dès que je le peux, je mets en avant les vins alsaciens. Lorsque je fais entrer un vin dans une recette, c’est un vin d’Alsace. Je le fais presque plus par chauvinisme, par réflexe. J’ai pris le parti de faire la promotion de ma région, j’ai donc envie d’aller au bout de ma démarche et de mettre en avant tout ce qui se produit en Alsace. Nous n’avons pas à rougir de nos vins. C’est un plaisir de les mettre en avant. » Dans ses recettes, on retrouve d’abord le vin comme ingrédient : « Je n’hésite pas à utiliser des vins plus onéreux dans mes plats. J’ai du mal à prendre un vin de table pour une recette, parce que tous les ingrédients comptent, y compris le vin. » Alors pas d’hésitation à utiliser un riesling vendanges tardives pour « sublimer » son gigot d’agneau de sept heures. « Je veille à intégrer un vin que j’apprécie de boire. » Et bien sûr, il y a les vins qui accompagnent les plats : « Quand je fais un bon repas, c’est inenvisageable qu’il n’y ait pas un bon verre de vin. Le choix de la bouteille, le bruit de son ouverture puis sa dégustation : le cérémonial autour du vin est un moment important du repas. » Pour les accords mets et vins, elle ne donne pas de consigne stricte : « Selon moi, on doit choisir le vin que l’on va marier avec un plat d’après son envie du jour. Si j’ai envie de boire un rouge, même si mon plat est un poisson, pourquoi pas ! Je choisirais alors plutôt un bourgogne. Ou un pinot noir d’Alsace ! » Elle reconnaît que sa table s’ouvre bien sûr aux vins de toutes les régions : « J’aime les rouges plutôt charnus et ensoleillés, c’est pourquoi mon goût s’oriente souvent vers les côtes-du-rhône et les languedocs. » Pour les blancs, son verre penche vers les cépages secs « mais j’utilise tous les cépages. J’aime m’amuser avec ce que l’Alsace nous donne en termes de vin. Pour moi, le classement en sept cépages est pertinent et facile à identifier. J’entends bien que des variations existent selon les terroirs. Mais la lecture des vins à travers les cépages donne un code qui me parle et qui me semble simple. » Il y a d’autres recettes où les cuvées alsaciennes trouvent leur place : les cocktails. « Je suis une grande fanatique de crémant. J’adore les bulles. On fait des crémants formidables qui arrivent au niveau de certains champagnes. » Son palais pétille pour la cuvée prestige du domaine Muré. « Même s’il se suffit à lui-même, j’aime proposer les crémants sous forme de cocktail. D’abord c’est ludique et surtout cela plaît. En plus, un cocktail c’est une recette, donc tout à fait dans mes cordes ! »

Publié le 28/05/2022

Compte tenu des petites récoltes des deux dernières années et de la restructuration de sa filière d’approvisionnement, Arthur Metz s’attend à manquer de volumes en 2022. L’entreprise va devoir contractualiser à l’extérieur pour répondre à ses besoins.

Avec 53 000 hl, la récolte 2021 est l’une des plus faibles d’Arthur Metz qui a engrangé jusqu’à 78 000 hl dans le passé. Les deux tiers des volumes ont été réceptionnés à Scharrachbergheim, 5 % à Colmar et un petit tiers à Epfig. Entre 2021 et 2022, une baisse de 47 ha des surfaces d’apport est attendue. Elle est liée au recul du nombre de contrats : 50 contrats en moins en un an, en raison de l’arrêt d’activité de certains apporteurs, du refus de certains de passer en HVE 3, du non-renouvellement de contrats arrivés à échéance. La baisse des surfaces s’explique également par le fait que certains exploitants mettent fin à des baux à tiers, devenus trop difficiles à honorer avec la baisse des rendements. À partir de la récolte 2022, 100 % des apports proviendront d’exploitations certifiées HVE, à l’exception des exploitations bio qui ne souhaitent pas s’engager dans une certification supplémentaire. La prime au kilo a été transformée en prime à la restructuration « pour aider les très petites exploitations à passer plus facilement » le cap : 101 exploitations ont bénéficié de ce forfait de 500 €. De nouvelles possibilités d’adhésion sont ouvertes, réservées à des exploitations certifiées HVE ou bio. En 2021, l’entreprise de Marlenheim a vendu 12 millions de bouteilles, dont 7 millions de bouteilles de crémant et 250 000 bouteilles de grands crus. Elle est devenue la deuxième entreprise viticole d’Alsace avec 10 % des mises en marché. Elle est surtout le premier metteur en marché pour le crémant d’Alsace et cela depuis 1996, souligne le directeur Serge Fleischer. Ses ventes de vins tranquilles, qui baissaient depuis 2016, ont repris leur progression entre 2019 et 2021, d’où la demande faite aux apporteurs de réorienter une partie des raisins destinés au crémant vers les vins tranquilles. « En 2021, on n’a pas pris du tout de riesling pour le crémant. Le roi des cépages a plus sa place dans les vins tranquilles », argumente Serge Fleischer. Une marque forte et innovante La stratégie mise en œuvre depuis quelques années suite aux pics de récolte de 2016 et 2018 a consisté à restructurer la filière d’approvisionnement et à rééquilibrer les achats de vins et de raisins. Pour Arthur Metz, l’objectif était d’arriver à 80 % d’approvisionnement via la filière intégrée et 20 % d’achat sur le marché libre. Le rééquilibrage de l’approvisionnement - moins de gewurztraminer et de sylvaner, plus de cépages à crémant jusqu’à récemment - s’est accompagné d’une révision des conditions de production exigées. Le passage en HVE3 s’est avéré difficile pour les 180 apporteurs historiques exploitant 35 ares ou moins. Une partie a préféré jeter l’éponge face au coût et au surcroît de contraintes engendrés par cette certification. Baisse des rendements et baisse des surfaces ont réduit les volumes disponibles. Le rebond des ventes et les ambitions affichées pour 2022 et 2023 risquent de tendre encore un peu plus la situation : avec 850 ha en production, Serge Fleischer table sur une récolte 2022 de 57 000 hl, alors qu’il en faudrait 35 000 de plus pour répondre aux besoins de mise en marché, estimés entre 92 000 et 95 000 hl. « Cela va nous obliger à contractualiser à l’extérieur », annonce Serge Fleischer. En trouvant notamment de nouveaux apporteurs. D’ores et déjà, l’entreprise s’est engagée à revoir le prix des raisins à la hausse pour 2022. Faire d’Arthur Metz une marque forte, dynamique et innovante : telle est la stratégie de l’entreprise. Son directeur cite l’exemple de la nouvelle gamme de lieux-dits, lancée récemment, du Spritz, en rupture de vente au bout d’un mois de présence en magasin - il devrait à nouveau être disponible autour du 10 juin - et de la sortie imminente de deux effervescents sans alcool, un pinot noir et un chardonnay, et de deux crémants haut de gamme, dont un issu du Schieferberg (terroir de schistes). Manque de bouteilles Si les apporteurs voient leurs coûts de production grimper, il en est de même pour Arthur Metz. « On subit la même contrainte économique », souligne Serge Fleischer, qui cite l’exemple du prix de la bouteille multiplié par deux en trois mois. À quoi s’ajoutent d’importantes difficultés d’approvisionnement en matières premières. Le manque de bouteilles, par exemple, oblige à déprogrammer et reprogrammer les opérations de conditionnement. L’entreprise rencontre également des difficultés pour se procurer des étiquettes et des capsules. « Il faut commander les étiquettes à trois mois, les capsules à six mois. Et on n’a pas de perspectives pour les capsules à vis », signale le directeur d’Arthur Metz. Depuis 10 ans, la demande en verre creux a augmenté dans l’agroalimentaire alors que les sites de fabrication fermaient, ce qui engendre « une vraie situation de pénurie dans certains formats et certaines couleurs ». La guerre en Ukraine n’a rien arrangé, puisqu’un certain nombre d’entreprises d’aluminium ou de verreries sont installées en Russie ou en Ukraine. « Si cela ne s’arrange pas vite, on risque d’avoir des problèmes avant la fin de l’été », s’inquiète le directeur.

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