Publié le 16/05/2024
La protection durable des vignobles était au centre des rencontres viticoles d’Alsace organisées par l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) le 10 avril à Colmar. Où il a été question, entre autres, des recherches en matière de lutte contre le mildiou.
On croit tout connaître sur le mildiou. Il reste pourtant beaucoup à découvrir sur cette maladie cryptogamique, responsable d’importantes pertes de récolte selon les millésimes et les régions viticoles. C’est ce qui ressort des récentes rencontres viticoles d’Alsace organisées par l’IFV Alsace. Des travaux de recherche sont en cours visant à mieux lutter contre ce fléau. À ce jour, l’efficacité et le faible coût de la protection chimique rendent celle-ci incontournable dans les exploitations conventionnelles. D’où ce constat, formulé par Laurent Benoît, du pôle Nouvelle Aquitaine de l’IFV : « Pour être largement adoptée, une méthode proposant de réduire les fongicides doit avoir un prix acceptable et reposer sur un risque encadré. » L’encadrement des risques, précisément, passe par l’utilisation de modèles basés sur des indicateurs épidémiques, pour l’heure essentiellement liés à la climatologie. Ils sont donc dépendants de la qualité des données météorologiques et prennent peu en considération les variables pathogènes, relève Laurent Benoît. Le projet Visa, qui associe depuis 2019 différents partenaires aux côtés de l’IFV, dont l’Inrae de Bordeaux, consiste à mesurer l’inoculum présent dans l’air pour améliorer la prévision des risques de mildiou et ajuster la stratégie phytosanitaire en conséquence. Le dispositif repose sur une capture continue des spores de mildiou à l’aide de capteurs actifs ou passifs. Des relevés sont réalisés trois fois par semaine de mars à novembre et les prélèvements réalisés sont analysés en laboratoire. L’outil est déployé en Nouvelle-Aquitaine sur un observatoire participatif composé de 78 sites, où sont installés 105 capteurs. En fonction des résultats des analyses et du suivi sanitaire des ceps de vigne proches des capteurs, les 70 viticulteurs partenaires de l’observatoire peuvent expérimenter sur leur domaine une règle de décision pour la conduite des traitements. Entrepris dès 2022, ces essais de pilotage raisonné de la protection phytosanitaire ont débouché sur des résultats très prometteurs, selon Laurent Benoît. Aux domaines volontaires, il a été proposé d’intégrer la mesure de sporée aux différents indicateurs épidémiques existants et de décaler le premier traitement, voire de ne pas renouveler les traitements en saison, si les risques épidémiques estimés ne justifiaient pas de protection phytosanitaire. L’observation de cette règle de décision a permis d’économiser 2,2 traitements en moyenne en 2022. L’année suivante, année de très forte pression mildiou en Nouvelle Aquitaine, ce sont en moyenne trois passages qui ont été « sauvés », avec à la clé une réduction moyenne de la dose de cuivre de 225 g/ha. Tout cela sans effet négatif sur la récolte et avec un gain estimé de 190 €/ha. Ces résultats, qui restent à consolider, nécessitent de démultiplier cette expérimentation dans l’espace - et pourquoi pas en Alsace ? mentionne Laurent Benoît - et dans le temps. Ce qui nécessiterait la création d’un dispositif de recherche participative tel qu’il existe en Nouvelle Aquitaine. Un dispositif dont « l’animation et l’organisation sont chronophages et le modèle économique est à trouver », précise le chercheur de l’IFV. Réduire les doses de cuivre En viticulture biologique, où le cuivre est la seule matière active autorisée pour lutter contre le mildiou, de nombreux projets de recherche et développement ont été lancés pour trouver des produits complémentaires ou alternatifs afin de réduire les doses. C’est que, depuis 1991, date du premier règlement bio européen, les jours du cuivre sont comptés : « Il devait être interdit en bio à partir du 31 mars 2002. Or, en 2024, on l’utilise toujours », indique Nicolas Constant, du pôle Rhône-Méditerranée de l’IFV. Comme leurs collègues en viticulture conventionnelle, les vignerons bio doivent se limiter à 28 kg de cuivre métal/ha sur sept ans, selon la réglementation. Mais en France, certains produits plafonnent son utilisation à 4 kg de cuivre métal/an. L’accumulation de cuivre dans les sols, avec les risques d’impact négatif sur la biodiversité, pousse à réduire les quantités appliquées à l’hectare. « Il n’y a aucune technique permettant de l’extraire en quantité suffisante du sol », appuie Nicolas Constant. Faut-il réduire la dose de cuivre par traitement ou réduire le nombre de traitements ? Les chercheurs travaillent sur ces deux voies. Ils cherchent notamment à mieux connaître les caractéristiques du cuivre : sa résistance au lessivage, le comportement et l’efficacité des différentes formes de cuivre (il en existe cinq sur le marché) et la dose minimale pour protéger la vigne. Le projet Lesscuivre, mené à Gaillac, a montré qu’il n’existe pas de relation entre la résistance au lessivage d’un produit et son efficacité. D’autres projets de recherche ont abouti à des résultats parfois contradictoires, en tout cas pas suffisamment précis pour appuyer le conseil auprès des viticulteurs. D’où la nécessité, selon Nicolas Constant, de reprendre des travaux fondamentaux sur les caractéristiques du cuivre. Le projet Nocuvibio repose sur trois axes, dont le pilotage de la protection phytosanitaire contre le mildiou, l’oïdium et le black rot en privilégiant les produits de biocontrôle, avec une utilisation du cuivre et du soufre en dernier recours. Les expérimentations, menées à Gaillac et Rodilhan, ont consisté à positionner les traitements à différents stades phénologiques de la vigne. Elles ont permis de réduire fortement les doses de cuivre par rapport aux références régionales, jusqu’à 0 cuivre en situation de pression mildiou modérée et avec un maximum de 2,3 kg en situation de très forte pression. Le projet européen Coppereplace a quant à lui permis de tester des produits alternatifs ou réduisant l’usage du cuivre pour lutter contre le mildiou en les comparant à la bouillie bordelaise. Les essais menés à Rodilhan en 2022 dans ce cadre ont montré une certaine efficacité des produits utilisés en combinaison avec une dose réduite de cuivre, mais sur l’ensemble des essais, il existe une variabilité importante d’efficacité. Ce qui conduit Nicolas Constant à conclure à la nécessité de poursuivre les travaux pour pouvoir diffuser des itinéraires techniques fiables. Lire aussi : ce qu'on sait sur les alternatives au cuivre












