Vigne

Publié le 12/06/2019

La reine des vins d’Alsace et ses dauphines sont sur le pont toute l'année pour défendre la cause des vins de la région. Dimanche 8 juin, Colmar et Dambach-la-Ville étaient inscrits à leur programme.

Règle numéro un : être en avance. Dix minutes, c’est bien. Quinze, c’est mieux. Ce matin, le défi est relevé sans problème. Margaux Jung, reine des vins d’Alsace 2018-2019, n’habite qu’à cinq minutes de la place de l’ancienne douane à Colmar. Pauline Husson, sa dauphine, l’a rejointe peu avant. Le temps de sortir de leur sac leur écharpe piquée d’une petite coiffe alsacienne en résine et de se parer de leur couronne, et les voilà en piste, prêtes à assister à l’inauguration de l’opération sourire des JA. « Le Civa nous fournit les thèmes de base de nos discours »  Les personnalités se tiennent en demi-cercle devant le restaurant Koifhus. Quentin Blanck, président du canton viticole, distribue la parole. C’est au tour de Margaux. Si elle relève les soucis notés dans les discours précédents, elle souligne les vertus de la solidarité qui aide à les résoudre. Elle évoque encore le rôle de Colmar dans le vignoble et les vins d’Alsace, synonymes de fierté régionale. L’intervention est courte. Pauline, la numéro deux, n’y participe pas. « D’habitude, nous nous relayons, explique-t-elle. Margaux ne parle pas forcément la première. Nous improvisons en essayant d’apporter des notes positives, dynamiques. La nouvelle campagne de communication du Civa fournit les thèmes de base de nos discours : l’Alsace est un vignoble de grands vins, à taille humaine et avec une grande diversité de terroirs. » Il est temps de trinquer. Margaux et Pauline trempent leurs lèvres dans un crémant, puis un muscat. Le député du vignoble insiste pour que tout le monde prenne la pose pour une photo de groupe. Les photographes de presse immortalisent l’instant. Le maire de Colmar prend congé en gratifiant Margaux d’un joli « ma grande ». « Ici, c’est moins protocolaire qu’ailleurs. Cela ne nous dérange pas. Ça change », sourit le duo royal qui n’en a pas complètement fini sur place. Margaux passe en mode reporter. Elle photographie Thierry avec une tarte flambée toute chaude sortie du four. Elle prend une vue globale et deux selfies avec Pauline. Un sérieux, l’autre plus déluré. L’objectif est de publier une actualité sur leur page Facebook. « 1 987 abonnés nous suivent. Ce serait bien de dépasser les 2 000 », remarque Margaux. Cette proximité voulue doit être renforcée par le trio 2019-2020. Le comité des reines des vins d’Alsace a déjà prévu qu’un lauréat puisse accompagner la reine des vins lors d’une journée de déplacements officiels. Donner un « coup de pouce » À quelques semaines du terme de son règne, le trio est rodé. L’hiver a été calme. Mais depuis avril, il n’y a plus de week-end sans au moins une sortie officielle. Reine et dauphines font le tour des foires aux vins, des journées portes ouvertes aux domaines et des chapitres des confréries. Parfois même les cérémonies de vœux d'un maire d'une commune viticole alsacienne, voire allemande. On ne s'ennuie pas à la longue ? « Chaque événement est différent, commence Margaux. Comme les attentes des personnes qui nous convient. Si le calendrier le permet, nous y allons ensemble. Toute seule, ce n’est pas drôle, encore moins quand personne ne s’occupe de vous. Cela m’est arrivé la fois où on m’a laissée comme une quiche. À part ça, cela s’est toujours bien passé. »  Les reines reprennent du service à 15 h 29. Elles se rendent au domaine Louis Hauller à Dambach-la-Ville qui organise ses portes ouvertes depuis samedi soir. « Le courant est bien passé entre nous lors de précédentes occasions, témoignent à l'unissons Pauline et Margaux. Nous ne faisons pas de chichis, dans nos fonctions comme dans la vie. » Leur volonté est de donner un « coup de pouce » à l’initiative du vigneron. Ludovic les accueille avec deux verres de dégustation. Margaux et Pauline identifient un pinot gris sec élevé en barrique, puis un riesling grand cru Frankstein. Elles se dirigent ensuite vers les comptoirs des vignerons du Beaujolais et des Côtes-Du-Rhône installés dans la cave attenante au caveau de dégustation. « Nous aimons bien découvrir les vins des autres vignobles. Nous sommes allées ensemble au salon des vignerons indépendants à Strasbourg. Nous y avons acheté quelques cartons », disent-elles. Quelques Chénas et Moulin à vent plus tard, les reines s’éclipsent entre les grandes cuves inox de la cave… Elles quitteront le domaine à 21 h pour un repos bien mérité. Leur écharpe et leur couronne seront de nouveau sollicitées le week-end prochain.   Christophe Reibel  

Publié le 05/06/2019

La septième édition du slowUp a rassemblé 44 000 cyclistes sur les routes du vignoble, dimanche 2 juin. De Bergheim à Dambach-la-Ville, les vignerons tiennent buvettes et stands de dégustation. Mais la journée ne rapporte presque pas d’argent, elle offre une visibilité incomparable pour les vins d’Alsace.

Midi approche. Le slowUp bat son plein sur la place de Scherwiller. Calés contre les barrières du canal ou à même le sol, des dizaines de vélos attendent leurs propriétaires. Les sportifs du dimanche se pressent autour des stands de grillades, sandwichs et buvettes. Chapeau avec ruban « Conseil interprofessionnel des vins d’alsace » (Civa) vissé sur la tête, Damien Sohler débouche bouteille sur bouteille. Le business semble tourner à fond. « En réalité on ne gagne presque rien », corrige d’emblée le président du syndicat viticole local.     Cette année, le stand collectif propose 430 bouteilles, issues de neuf maisons du village. Avec 48 bouteilles par viticulteur, on est loin de la vente du siècle. Les bénéfices dégagés reviennent au syndicat. « Mais ça ne représente pas grand-chose, 1 000 € maximum », tâtonne Damien Sohler. Maigre. À l’autre extrémité de la boucle réservée à la circulation des vélos, Pierre Gassmann perd carrément de l’argent. Le vigneron régale des dégustations gratuites. « Ici on ne vend rien, rigole-t-il. De toute façon les gens sont à vélo, ils ne vont pas repartir avec une caisse de vins. » Bilan de la journée : 60 bouteilles écoulées. La valeur ? De 9 à… 100 € le col. Sans compter le personnel mobilisé sur le stand et le caveau fermé à la vente. « On n’attend pas de retour sur investissement immédiat » D’avis général, le slowUp génère peu de bénéfice. Mais l’objectif réside ailleurs. « On n’attend pas de retour sur investissement immédiat, le slowUp permet de changer l’image des vins d’Alsace », théorise Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa. Une image plus jeune, dynamique, à la mode… En droite ligne dans la stratégie de communication de l’interprofession. À Bergheim, le Civa a d’ailleurs installé son propre stand. Ambiance musique et espace lounge. « Les jeunes nous disaient : « On arrive chez vous et on a envie de s’asseoir » », raconte le communicant. En plein dans le mille. La journée constitue aussi une opportunité de tisser un lien avec des milliers de nouveaux clients potentiels. Pour cela, chacun sa technique. Les dégustations gratuites de Pierre Gassmann font l’effet d’un appât juteux. La preuve, lundi 3 juin il a déjà vendu des bouteilles à quatre clients rencontrés la veille sur son stand. Et le vigneron de poursuivre sur un couple rencontré lors de l’édition 2018 : « Le jeune est revenu quelques semaines plus tard pour offrir un bon vin à sa copine. Finalement je les revois tous les deux-trois mois. » Gagner son poids en riesling Plus au nord, Dambach-la-Ville fête sa première participation. Maximilien Zaepffel n’aurait manqué ça pour rien au monde. « C’est une chance incomparable en termes d’empreinte visuelle (auprès des consommateurs) », explique le jeune président du syndicat local. Sa technique pour attirer les clients ? Occuper le terrain. Son association tient deux stands, un à Dambach et un à Dieffenthal, la commune voisine. Trente vignerons sont mobilisés sur la journée. Impossible de les louper. Les viticulteurs de Scherwiller, eux, se sont calmés depuis deux ans. Auparavant, ils offraient son poids en riesling à une personne tirée au sort. « On pesait les gens mais ça créait de gros bouchons sur la place, se souvient Damien Sohler. On a dû arrêter. » La rançon du succès. Cette animation n’avait pourtant rien d’anodin. Elle offrait un gros coup de pub aux producteurs locaux. Mieux. Chaque participant remplissait une fiche de contact. « On récupérait les adresses et on les intégrait à notre fichier client qu’on utilise pour promouvoir nos activités », raconte le président du syndicat viticole. Au fil du temps le répertoire s’agrandit. Environ 1 000 noms supplémentaires par édition. Résultat : le sentier gourmand (balade avec arrêts dans plusieurs caves) affiche vite complet. Plus sages les Scherwillerois ? Pas sûr. Ils ont déjà l’esprit tourné vers un autre événement cycliste. Plus prestigieux celui-là. Sourire malicieux de Damien Sohler : « On se creuse la tête pour savoir ce qu’on va bien pouvoir préparer pour le Tour de France. » Réponse le 10 juillet.

Publié le 03/06/2019

À Wettolsheim, Aimé Ehrhart joue de sa personnalité exubérante pour transformer l’accueil en échange humain qui enclenche la vente, au caveau comme dans ses excursions chez ses amis.

En ce milieu d’après-midi, ils sont trois couples à se relayer entre le banc et le comptoir du caveau occupé par une forêt de bouteilles aux étiquettes kitsch. Aimé Ehrhart en ajoute une. « Tenez, goûtez-moi ça. C’est une nouveauté », lance-t-il en dévissant la capsule de son dernier-né : un pinot blanc à 11° additionné de gaz carbonique. « C’est du « Spritz ». C’est frais. Il est pensé pour donner l’envie d’en boire même quand il fait très chaud. Un voyage en Italie m’en a donné l’idée », explique Aimé. Sa philosophie peut se résumer en trois mots : étonner, séduire, oser. « Je suis ouvert à tout pour mes clients. Et ils peuvent tout déguster. Absolument tout ! On n’achète pas une paire de chaussures sans les essayer. Le vin, c’est pareil. » Outre les vins de cépage, de terroir, les sélections, le domaine se démarque avec des vins « décalés ». Nés de l’imagination du vinificateur comme le « Plaisir d’Aimé », un pétillant demi-sec aromatisé au dégorgement au safran, au litchi, ou à autre chose, en fonction de l’humeur de l’année. « Tout vin est bon. L’essentiel est de savoir le vendre. Ce pétillant figure au tarif à 5,70 € la bouteille. Il s’adresse davantage aux jeunes, mais c’est toujours un brut », argumente Aimé.     « Il faut faire parler de soi », insiste Aimé pour qui la vente semble avoir toujours été le cadet des soucis. Les particuliers constituent 80 % de ses débouchés. Depuis 2018, le caveau tenu par Claudine, sa sœur, ne ferme que le dimanche après-midi. Le passage y est permanent, « parce que je suis là », rigole Aimé. Il faut dire qu’il n’a pas la langue dans sa poche et qu’il tire les traits d’humour plus vite qu’une arbalète. « Je n’ai jamais fait beaucoup d’export. Mais j’ai passé des jours et des nuits sur les routes, partout en France » explique-t-il. Quand, dans les années 1980, Aimé commence à aider son père Antoine, le vignoble familial ne couvre que 3,5 ha. Il dépasse les 6 ha au décès d’un oncle. Aimé s’installe sur cette surface en 1995 et crée un négoce en 2000. « Il n’y avait rien à louer et je manquais de vin », se rappelle-t-il. Au départ, il achète du vrac, puis du raisin. « Mes livreurs ont tous des surfaces modestes. Ma force a été de leur proposer les services de ma vingtaine de vendangeurs ainsi que la récolte mécanique avec ma propre machine. Cela a créé des liens. Nous formons une grande famille. Eux s’occupent de leurs vignes, moi et mon équipe du commerce. » Une gamme joviale Le domaine propose de l’edelzwicker, du sylvaner, du pinot blanc et du riesling au litre. Hormis les vendanges tardives, aucun vin ne dépasse les 10 €. « Je n’ai pas la clientèle prête à payer plus et je ne la recherche pas », dit Aimé. Depuis 1993, il se déplace sur trois salons en France et deux en Belgique. Il multiplie les présentations de ses vins dans tout l’Hexagone, des soirée où ses relations invitent leurs amis. « Le jour où ces personnes m’ont rencontré physiquement, j’ai vendu le double ! Plus on me connaît, plus on apprécie mes vins. J’ai gagné quand quelqu’un ouvre une de mes bouteilles et que la discussion s’enclenche. On se vend mieux quand on parle de vous que quand on se vend tout seul », estime Aimé. La difficulté est qu’il devrait être sur tous les fronts. Alors comme il ne peut pas se couper en quatre, il envisage d’embaucher à la vente.    

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