Vigne

Publié le 10/05/2019

À Mittelbergheim, Valérie et Nicolas Wittmann ont bien calé leurs pratiques techniques et commerciales. Ils doivent à présent trouver une alternative sérieuse au glyphosate pour conduire un vignoble à la configuration particulière.

« Nous avons de la place ! ». Dans un village où la dynamique viticole doit faire bon ménage avec le patrimoine, le constat de Nicolas Wittmann vaut de l’or. Le domaine qu’il dirige avec Valérie, son épouse, donne sur la rue principale mais a pu s’étendre vers l’arrière. De part et d’autre de la cour, deux alignements de bâtiments logent 900 hl de fûts et de cuves inox, un caveau, un équipement de mise et d’étiquetage, une cave de stockage. Nicolas a certes besoin de brancher une pompe pour déplacer ses vins, mais l’ensemble demeure très fonctionnel. « J’ai adopté le débourbage par flottation il y a huit ans. Je gagne du temps et de la place », commente-t-il.   < iframe src = » https://www.google.com/maps/embed?pb=!1m18!1m12!1m3!1d2649.1470267132863!2d7.44027601596994!3d48.396119579244875!2m3!1f0!2f0!3f0!3m2!1i1024!2i768!4f13.1!3m3!1m2!1s0x479151f5cbca41f5%3A0x9b4b0e2f9a21901c!2sDomaine + Wittmann ! 5e0 ! 3m2 ! 1sfr ! 2sfr ! 4v1557131576373 ! 5m2 ! 1sfr ! 2sfr » width = » 600 » height = » 450 » frameborder = » 0 » style = » border : 0 » allowfullscreen >    Nicolas vise les 70 hl/ha en générique et entre 50 et 60 hl sur ses vieilles vignes. Il ne lésine pas sur les analyses de sol pour couvrir à la carte les besoins en engrais organique de ses vignes. Engagé en Terra vitis depuis 2014, certifié HVE (Haute valeur environnementale) en 2018, le domaine protège sa culture en se limitant au soufre et au cuivre. « 2,6 kg/ha en 2018 sans jamais dépasser les 3 kg », précise Nicolas. Selon lui, « tout viticulteur devra un jour passer au bio ». Le glyphosate, qui lui sert à désherber le cavaillon, constitue la limite qui l’en sépare. « Nos anciens ont planté à des largeurs variables, en alternant souvent rangs larges et étroits dans la même parcelle. C’est typique au village. J’ai des vignes écartées de 2,80 m, 2,50 m, 1,80 m et 1,30 m. Plus de la moitié de ma surface comporte des rangs étroits. Je ne me vois pas les arracher. J’ai besoin de ces raisins. Je doute qu’un enjambeur soit la solution. Un portique Acolyte à largeur variable a l’avantage de travailler les deux côtés du rang en même temps. Deux de mes collègues en sont équipés et ça marche. » Nicolas n’a pas encore passé commande. Mais il a acheté un tracteur étroit. Un premier pas. Livraison gratuite à domicile Valérie et Nicolas vendent du vin de base crémant au même acheteur depuis des années. Leur 2018 est parti à 2,30 €/l contre 2,90 € l’année précédente. Ils ne croient pas beaucoup aux « grands salons » où « tous les Alsaciens se marchent sur les pieds avec la même offre annoncée sur l’étiquette ». Ils écoulent 15 % de leurs vins auprès de revendeurs en Allemagne, en Italie et au Danemark « sans chercher à séduire de gros importateurs ». Ils redoublent d’effort pour maintenir leurs ventes aux particuliers, leur cible principale. C’est pourquoi ils proposent la livraison gratuite à domicile avec quatre tournées en Allemagne, une en Belgique, trois en Lorraine, Bretagne et Rhône-Alpes, une dernière sur Strasbourg. « Ce sont de grosses journées. Il n’y a pas de perte de temps. Si je devais servir quarante clients dans la journée chez moi, je n’y arriverai pas », calcule Nicolas. Le caveau reste le débouché de 60 % des cols. Les chambres d’hôtes permettent d’attirer de nouveaux clients. 80 % des personnes y ayant séjourné repartent avec au moins une bouteille.  

Publié le 09/05/2019

Vendredi 3 mai à Dambach-la-Ville, les Jeunes Agriculteurs viticulteurs et la Chambre d'agriculture d’Alsace organisaient une démonstration de matériels viticoles censés constituer une alternative au glyphosate. Il y a pas mal de solutions, mais leur coût reste élevé, et leur efficacité tributaire des conditions de mise en œuvre.

À 15 h, dans le vignoble, une sirène retentit. C’est le signal de départ de la première démonstration. Avec 11 concessionnaires venus chacun avec plusieurs outils, et une grosse centaine de viticulteurs en provenance de toute l’Alsace, il fallait une organisation tirée au cordeau. La vingtaine d’outil présentée constitue une alternative au glyphosate. « On sait que la fin de ce produit est proche. Nous voulons montrer les outils avec lesquels on va travailler demain. Afin que chaque viticulteur puisse se positionner en fonction de ses idées, de ses objectifs, de la configuration de ses vignes », explique Nicolas Pernet Clog, membre du syndicat viticole de Dambach-la-Ville et cheville ouvrière de la manifestation. S’adapter sans se ruiner En viticulture, le glyphosate est surtout utilisé pour maîtriser l’enherbement du cavaillon. Car s’il est trop important, «la flore risque d’entrer en compétition avec la vigne, donc de réduire sa vigueur, ce qui peut entraîner des problèmes qualitatifs sur le vin », décrit Frédéric Schwaerzler, conseiller viticole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. L’objectif pour les viticulteurs est donc de trouver des outils capables de travailler le rang, en esquivant les pieds de vigne pour ne pas les blesser. Les machines doivent aussi être polyvalentes. « Car si on répète sans cesse le même geste, on va sélectionner une flore qui va s’adapter au contexte. » Conclusion, il faut jongler, s’adapter, sans se ruiner. Les constructeurs rivalisent donc d’inventivité pour mettre sur le marché des outils polyvalents. C’est le cas de la marque Braun, représentée par Léon Durrmann, concessionnaire agricole à Andlau. Son principal atout : un châssis modulaire, capable de recevoir une large gamme d’outils en fonction du travail à effectuer. En outre, les outils peuvent être montés en frontal, entre les essieux ou à l’arrière du tracteur, ce qui permet aussi de démultiplier les combinaisons. Pour le travail du cavaillon, Braun propose notamment un disque émotteur, qui en fonction de la manière dont il est réglé va effectuer un binage plus ou moins important, voire un buttage. Autres possibilités : des socs avec des palpeurs, une lame plate avec un cure cep, pour nettoyer le cep au plus près… Du sur-mesure Du côté de Siegwald, fabricant de matériel viticole situé à Logelbach-Wintzenheim, la quête de polyvalence est la même. Mais les moyens déployés pour l’atteindre sont différents. « Nous fabriquons un porte-outils sur mesure, en fonction des besoins de chaque client, ce qui permet de proposer des modèles adaptés aux différents types de vignes. Nous l’équipons de rollhacke pour travailler l’inter-rang, de bineuses à doigts pour travailler le rang et d’un rouleau qui assure la stabilité de l’ensemble et la hauteur de travail. » De nombreux points de réglage permettent de modifier la largeur et la profondeur de travail. Les dents sont équipées de doigts en caoutchouc qui nettoient les ceps sans les blesser, et de doigts en métal qui s’enfoncent superficiellement dans le sol pour arracher les racines de l'enherbement. « La profondeur de travail de l’étoile est réglable afin de ne pas casser les différences de niveau dans les terrasses », précise Nicolas Stepan, technico-commercial chez Siegwald. Économies de produits phytosanitaires Une autre alternative au glyphosate consiste à utiliser d’autres matières actives. Reste à savoir pendant combien de temps ce sera possible. Et à quelles conditions. Une chose est sûre : il faudra en utiliser moins et mieux. Du coup, plusieurs constructeurs ont imaginé des pulvérisateurs confinés, c’est-à-dire qu’ils sont équipés de panneaux récupérateurs, qui permettent de rattraper les gouttelettes de bouillies qui auraient été perdues par dérive sinon. C’est le cas du pulvérisateur de marque Lipco, présenté par la société Niess. Un modèle qui permet d’économiser « jusqu’à 30 % de produits phytosanitaires », avance Loïc Beyer, technico-commercial chez Niess. Il est proposé en version portée ou traînée, avec différents types d’essieu. « Comme il n’y a pas de turbine, la puissance de traction est divisée par deux, de l’ordre de 70 à 75 ch. L’écartement et le dévers sont réglables hydrauliquement. Compter 40 000 € environ pour ce modèle, dont deux exemplaires tournent déjà dans le vignoble alsacien. La société Pulvérisation S21, fabriquant de pulvérisateurs situé à Marmande, présente un autre modèle, capable de récupérer « de 20 à 80 % de produits phytosanitaires en fonction du stade végétatif et du palissage de la vigne », avance Franck Rochard, technico-commercial de la société. Pour que le système fonctionne correctement, il est nécessaire d’équiper le pulvérisateur de buses anti-dérive homologuées ZNT. Là aussi la puissance de traction est réduite, de 50 à 60 ch, et les réglages se font hydrauliquement. De nombreux autres matériels étaient présentés. Trop pour en faire une présentation exhaustive. Mais ça tombe bien, Nicolas Pernet Clog annonce que la démonstration a vocation à être reproduite ailleurs !   Retrouvez quelques images de cette manifestation :  

Lutte biologique en viticulture

300 ha de confusion sexuelle en plus

Publié le 30/04/2019

Les 24 et 26 avril, les syndicats viticoles de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim, en partenariat avec les établissements Armbruster, sont entrés de plain-pied dans la lutte biologique contre les vers de la grappe. Ils ont installé des pièges de confusion sexuelle sur 300 ha. Une première qui sera étendue l’an prochain à l’ensemble du ban viticole des trois communes.

Dans les parcelles de vigne qui bordent les communes de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim, la saison des amours s’annonce compliquée pour eudémis et cochylis. Les 24 et 26 avril, les syndicats viticoles de ces trois villages voisins ont concrétisé un projet démarré il y a un an aux côtés des établissements Armbruster : la mise en place de la confusion sexuelle pour lutter biologiquement contre ces insectes lépidoptères, responsables de la pourriture des raisins. Près de cent viticulteurs ont travaillé de concert pour poser les capsules de phéromone sur une surface de 300 ha, à raison de 500 diffuseurs à l’hectare. Chaque diffuseur a une durée de vie de 180 jours. Une première étape avant la couverture intégrale de l’ensemble de bans viticoles en 2020. « Dans un premier temps, on a souhaité faire le tour des villages et maîtriser la technique », justifie Aymé Dumas, responsable technique chez Armbruster Vignes.     L’atout com' du vignoble La quasi-totalité des viticulteurs des trois communes a pris part au projet. Seuls quatre d’entre eux ont pour l’instant refusé la pose de capsules au sein de leurs parcelles. « Certains ne veulent aucune intervention dans leurs vignes, tandis que d’autres ne comprennent pas le surcoût demandé », indique Aymé Dumas. En effet, là ou un insecticide classique coûte 50 à 60 €/ha, la confusion sexuelle en demande cent de plus pour la même surface. C’est pour cette raison que les communes de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim ont accepté de verser une aide de dix euros par hectare pour chaque vigneron s’engageant dans cette démarche. Soit 174 exploitations à ce jour. « C’est essentiel qu’on soit à leurs côtés pour les encourager. On ne peut pas critiquer les pratiques des viticulteurs et se contenter de ne rien faire », explique Daniel Klack, maire de Riquewihr et viticulteur de métier. Une double casquette qui lui permet de mesurer pleinement l’intérêt de cette lutte biologique, tant pour le viticulteur que pour la commune. « À titre personnel, je préfère avoir le moins d’intrants possible quand je travaille dans les vignes. Je préfère perdre 10 % de ma récolte dans le pire des cas plutôt qu’utiliser un produit si je peux m’en passer. Avec ce type d’actions, on montre qu’on a une viticulture propre qui se soucie de l’environnement et des personnes qui vivent à proximité », développe le maire. Pour une commune qui accueille 1,7 million de touristes par an, l’enjeu en termes d’image est considérable. C’est pour cette raison que des panneaux explicatifs sur la lutte biologique seront installés. Afin d’expliquer aux visiteurs ce qui se fait aux abords de la ville, et dans toute l’intercommunalité. « On recrée un équilibre » Si le citoyen gagne en confiance vis-à-vis de la viticulture, le viticulteur gagne en confort de travail. Avec ces capsules de phéromones, plus besoin de se poser la question d’un traitement anti-insecticide en cas de besoin. « On privilégie le confort et la sécurité, avec la garantie d’une réelle efficacité contre ces ravageurs », souligne Aymé Dumas. Autre argument essentiel à ses yeux : le respect de la biodiversité environnante. Contrairement à un insecticide classique qui peut avoir des effets collatéraux, la confusion sexuelle n’a aucune incidence sur les autres insectes. « Du coup, on a un effet positif sur tous les auxiliaires de la vigne. On recrée un équilibre sur le long terme. » Le technicien d’Armbruster Vignes rappelle cependant un détail essentiel : les lépidoptères continueront à voler dans les parcelles. « Mais étant donné qu’ils seront stériles, ils ne pourront plus se reproduire et leur population baissera avec le temps. » Reste à convertir l’ensemble du vignoble alsacien à cette lutte biologique qui rencontre un succès croissant. Avec ces 300 ha supplémentaires, ce sont désormais 1 200 ha qui sont couverts dans toute l’Alsace. Il y a encore un peu de chemin à parcourir avant d’atteindre les 15 000 ha de vignes qui parsèment la région. Mais Aymé Dumas est confiant. Il est convaincu que d’ici quelques années, « les deux tiers du vignoble alsacien seront confusés ». Une bien mauvaise nouvelle pour les amourettes d’eudémis et cochylis.

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