Publié le 26/06/2019
Le vignoble alsacien manque de bras. Et l’augmentation de la taille des domaines n’est pas de nature à réduire cette demande. L’apprentissage devient un moyen de procurer la main-d’œuvre nécessaire à la filière.
Karla Ehlinger ne vient pas d'une famille de vignerons. Mais elle aime le grand air et la vigne. Elle l’a découvert durant les cinq semaines qu’a duré son stage en classe de première chez un viticulteur. « Il m’a beaucoup laissée rouler en tracteur. Pour faucher, labourer. Ça m’a beaucoup plu », raconte la jeune femme de 21 ans. Après un BTS viti-oeno entre 2016 et 2018, Karla a intégré à l’automne dernier le centre de formation d’apprentis du Haut-Rhin à Rouffach. Elle s’est mise en quête d’un maître d’apprentissage. « Les viticulteurs sont de plus en plus ouverts à embaucher une femme, même si au téléphone on perçoit encore la réticence de certains », dit-elle. Avec Mireille Jenny-Stich à Sigolsheim, ce genre de préjugé est depuis longtemps dépassé. La dirigeante de l’exploitation de 16 ha de vignes livrés en raisin en coopérative, de 2 ha de vignes mères de porte-greffe et d’un atelier d’horticulture, a accepté la candidature de Karla au poste de tractoriste. Elle dénombre trois anciens apprentis sur un effectif de quatorze temps plein et dépose régulièrement des offres de postes au CFA. « La pénibilité du travail a beaucoup diminué. Les attelages semi-automatiques rendent ce métier facilement accessible aux femmes », juge Mireille. Karla est soumise à un rythme d’une semaine au CFA pour trois semaines en entreprise. Elle est suivie par Michel Stich, le mari de Mireille, responsable viticole du domaine, ainsi que par Florian, lui aussi tractoriste. Depuis son arrivée, à raison de 8 h 30 journalières, Karla a broyé les sarments, fauché et surtout labouré les vignes enherbées. « Le plus difficile, c’est de régler la profondeur et la largeur de travail de l’outil à chaque changement de parcelle, car à chaque fois le type de sol est différent », relève-t-elle. Karla n’attelle pas le pulvérisateur et travaille pour l’instant seulement les vignes de plaine et à faible pente. « Le coteau ne me dérangerait pas. Mais il faut faire très attention au porte-à-faux. Je vais y arriver, mais progressivement », dit-elle. « Un an de formation, cela reste trop court », enchaîne Mireille. « Une vraie expérience de tractoriste n’est acquise qu’au bout de trois, voire cinq ans. Ce sont des salariés importants sur une exploitation. Ils savent tout faire. » Ouverture d’esprit et motivation « Le niveau d’exigences environnemental et de sécurité au travail de l’activité viticole fait qu’il devient de moins en moins facile d’apprendre sur le tas alors qu’il est de plus en plus essentiel de disposer d’une main-d’œuvre formée et compétente », poursuit Mireille. Elle aimerait embaucher un tractoriste de plus pour soulager Michel, occupé par d’autres tâches. Elle demande aux candidats de l’ouverture d’esprit, de la motivation et une formation supérieure qui corresponde au moins au niveau baccalauréat. Car « les machines de plus en plus perfectionnées réclament de plus en plus de compétences et l’exercice du métier, une précision accrue ». Savoir entretenir le matériel et le tracteur n’est pas superflu alors que les connaissances en mécanique ont tendance à se perdre. « Nous passons pas mal de temps à l’apprentissage de ces bases au CFA. En cas de panne, il faut savoir se débrouiller », rassure Karla. Mireille a signé un contrat d’un an à Karla. Elle a bénéficié à ce titre d’une aide de 1 000 € versée par le Conseil régional. La formule reste quant à elle souple. « Le maître d’apprentissage bénéficie d’une période de neuf semaines durant lesquelles il peut congédier son apprenti du jour au lendemain », précise Philippe Bavois, responsable du pôle viticole au CFA de Rouffach. L’employeur rémunère son apprenti à un certain pourcentage du SMIC selon une grille qui tient compte de l’ancienneté du contrat et de l’âge de l’apprenti. « Le coût pour trois semaines de présence par mois est correct. Il faut certes investir du temps en se montrant pédagogue pour expliquer le métier, mais au bout de six mois, c’est du temps que l’on regagne du fait que l’apprenti devient de plus en plus opérationnel » estime Mireille. Le contrat de Karla prendra fin le 31 août 2019. Mireille lui a déjà proposé un CDD de six mois. Karla, qui préférerait un CDI, réserve encore sa réponse. Mais il est possible qu’elle se laisse tenter. « Je me suis familiarisée avec l’équipe, le métier, les parcelles. Le courant passe bien. C’est important. On ne sait jamais ce qu’on trouve ailleurs », dit-elle. Pour Mireille, l’idéal serait de disposer de deux tractoristes titulaires et d’un autre en appoint prêt à intervenir ponctuellement. Elle a déposé une nouvelle offre au CFA pour un tel poste en janvier 2019. Pour l’instant, aucun candidat ne s’est proposé. Pour tout renseignement sur la formation, contactez : philippe.bavois@educagri.fr












