Vigne

Publié le 01/06/2019

Le cépage est une signature emblématique des vins d’Alsace. La plupart des opérateurs le perçoivent comme une chance. Pourtant, certains peuvent s’en détourner par souci marketing ou par… obligation réglementaire.

La plupart des domaines alsaciens ont sur leur carte des cuvées spéciales identifiées par un prénom, une lettre ou une dénomination originale. Alors, le cépage a-t-il fait son temps sur l’étiquette des vins d’Alsace ? Le lancement en avril par Bestheim de la gamme Hopla qui ne mentionne ni millésime, ni cépage, ni terroir, s’aventure sur un terrain rarement exploré. « Hopla est guidé par un souci de rendre le vin lisible à de nouveaux consommateurs de moins de quarante ans que des notions de cépages effraient, qui ne savent pas quoi acheter, qui n’ont jamais bu de vins d’Alsace. Le message du packaging se limite au profil du vin et à son goût. C’est un parti pris très marqué », reconnaît Vanessa Kleiber, responsable marketing de la coopérative. Présenté ainsi, Hopla prend des allures de cheval de Troie envoyé dans la masse des consommateurs lambda. « La gamme se met à la portée du consommateur » À l’analyse, le risque n’est pas si démesuré. « Les cinq profils de vins de la gamme (effervescent, vin sec, blanc moelleux, rouge) correspondent à ce que vend la cave. Leur achat doit devenir un premier pas avant que le consommateur n’évolue vers le cépage et monte en gamme », poursuit Vanessa Kleiber. Tous ces vins sont vendus à un tarif compris entre 8,49 et 8,90 € en grande surface, plus élevé que beaucoup de vins de cépage. « C’est un choix de lisibilité », plaide Vanessa Kleiber pour qui il faut « se décomplexer en matière de prix ». À Pfaffenheim, le domaine Rieflé & Landmann a lancé sa gamme Ad quadratum (comprenez « au carré ») en 2016. Elle se compose d’un rouge et de trois blancs. L’Aplomb est un assemblage pour moitié de pinot blanc et d’auxerrois et pour l’autre de pinot gris, élevé dix mois en barrique bourguignonne. L’Éclat associe une base de riesling à du muscat et à une vieille vigne de sylvaner. L’Arabesque mêle une forte proportion de gewurztraminer à du muscat. « Cette gamme veut répondre à la complexité des vins d’Alsace. Elle est facile à comprendre. Elle se met à la portée du consommateur. Elle propose d’entrer de manière très intuitive dans la diversité des vins d’Alsace », commente Jean-Claude Rieflé dans une vidéo visible sur Youtube. Selon lui, ce type d’approche « est une voie à explorer pour les Alsace ». Il n’a qu’un regret : « l’état actuel de la réglementation interdit de mentionner la composition de l’assemblage (donc de dire les cépages) sur la contre-étiquette. »     Jouer sur les deux tableaux Frédéric Raynaud, directeur général de la cave des vignerons de Pfaffenheim, argumente dans le même sens. « Sur les linéaires en France comme à l’export, vous n’êtes performant que si les cépages de vos assemblages figurent sur l’étiquette. Ne pas mentionner le cépage n’a aucun intérêt. Même le monocépage a parfois du mal à percer. Actuellement au Québec, le seul vin d’Alsace qui connaît une progression à deux chiffres, c’est le Black Tie, un mariage riesling/pinot gris. Les autres vignobles du monde qui font des vins bi ou tricépages ne se privent pas de le marquer sur l’étiquette. » Un vin sans cépage a donc moins de chance de réussir commercialement ? « C’est certain. Car un consommateur n’ayant que peu de connaissance du vin assimile un profil produit, à sa couleur, à un goût et à un cépage. Pour lui, par exemple, un sauvignon c’est floral, un riesling, c’est sec. Un client anglais lambda va choisir un vin en fonction du cépage sans même regarder le nom de l’opérateur qui l’élabore. Je reste persuadé que vouloir exporter sans dire le cépage est compliqué. » Des premiers résultats encourageants Comment ces démarches sont-elles perçues par le marché ? Plutôt bien semble-t-il. « La cave réalise 16 % de son chiffre d’affaires avec des vins bicépages », annonce Frédéric Raynaud dont l’une entreprise exporte 60 % de ses volumes. « Le rouge, l’Aplomb et l’Éclat produits en 2017 sont épuisés. L’Arabesque n’en est pas loin », constate Jean-Claude Rieflé. Bestheim n’a pas encore assez de recul pour dresser un premier bilan chiffré. Mais « les cavistes ont réservé un bon accueil à Hopla », note Vanessa Kleiber. Surtout, « on parle de nous partout. Sur les réseaux sociaux. Dans les blogs. Bestheim gagne en visibilité. » Didier Pettermann, président du Civa, clôt le débat à sa manière. « On peut jouer sur les deux tableaux. Il ne faut se couper d’aucun marché. Le cépage reste certainement une bonne stratégie à l’export mais il est accessoire. L’opérateur est libre de le faire figurer ou pas sur l’étiquette. Au départ, le consommateur cherche d’abord du rouge, du blanc ou du rosé, puis un vin qui lui parle. » À Dambach-la-Ville, la maison Pettermann fait depuis deux ans abstraction du cépage sur trois de ses quarante références. Il s’agit d’un rouge, d’un blanc sec et d’un autre plus moelleux vendus sous la gamme « 1928 ». « Les trois fonctionnent », se félicite Didier Pettermann.

Publié le 28/05/2019

Wolfberger développe son troisième métier, les liqueurs et spiritueux, après les vins tranquilles et les crémants. Petite revue des derniers projets et investissements du groupe.

Authentique réussite Wolfberger, l’amer bière se réinvente dans une déclinaison d’amers aux arômes naturels de fruits, pour accompagner le renouveau des bières artisanales. À base de fleur de bière, une base d’alcools supérieurs extraits de fleur de bière, d’infusion d’écorce de quinquina et de caramel, l’amer bière est proposé en quatre versions : gingembre, cerise, mandarine et framboise, qui s’ajoutent à l’amer authentique. Cette nouvelle gamme d’amers bière était présentée ce lundi lors d’une « amer party » sur le site de la Fecht à Colmar, à l’ensemble des clients Wolfberger, les restaurateurs et prescripteurs du Grand Est. Dans une ambiance décontractée, signature de la marque, le groupe a présenté également sa gamme de crémants et de vins. Sans donner de chiffre, Bertrand Dufour, le directeur du groupe Wolfberger, observe une croissance de l’activité liqueurs et spiritueux, portée par l’innovation, tournée sur des produits tendance et des arômes naturels à base de fruits. « Contrairement aux AOP, c’est un monde qui ne nous limite pas dans la créativité. Nous sommes en train de construire deux salles blanches, l’une pour la distillation, l’autre pour la liquoristerie. Et le conditionnement sera refait l’année prochaine », indique le directeur. D’autres travaux s’annoncent imminents dans la partie vins et crémants : une cuverie de 30 000 hl supplémentaires toujours sur le site de la Fecht, et dès septembre la construction d’un nouveau vendangeoir à Dambach-la-Ville. « Notre monde évolue très vite, comme en politique, le consommateur lui aussi est bousculé depuis 2-3 ans », analyse Bertrand Dufour. Conséquence, il y a urgence à répondre à ses exigences parfois contradictoires : « Il veut plus de respect du développement durable, et en même temps il veut tout, tout de suite, des produits hyperqualitatifs et en permanence des produits différents. » Pour s’adapter à ces évolutions consuméristes, la transformation de l’entreprise depuis la vigne jusqu’à la mise en marché représente un vrai défi. « On travaille sur de nouveaux cépages, plus économes en eau, tout en conservant la typicité alsacienne, mais en tenant compte du changement climatique. » Un conservatoire des cépages sera installé dès cette année devant la boutique colmarienne sur les conseils de Guillaume Arnold. Il devrait conserver une sélection de vieilles souches de vignes massales des vignerons du groupe pour constituer une banque génétique. À la vigne, Wolfberger encourage les pratiques agroécologiques : 300 ha actuellement sont en semis directs pour stimuler la vie des sols, « nous devons aller plus loin ». Quant à l’entretien du cavaillon, Bertrand Dufour attend beaucoup de la robotique, avec plusieurs essais de robots en cours. Enfin, l’entreprise Wolfberger digitalise sa production : « Il y a beaucoup de choses à faire », note Bertrand Dufour. L’idée est « de limiter les risques psychosociaux et faire en sorte que les salariés se sentent bien dans l’entreprise. » La digitalisation devrait également répondre au défi logistique complexe chez Wolfberger avec plus de 2 500 produits référencés : « C’est un vrai sujet et ça devient le facteur limitant du développement aux États Unis ». Parallèlement, Wolfberger annonce une augmentation de son budget marketing « plus que jamais en 2019 et 2020 sur de la communication à 360°», c’est-à-dire sur l’ensemble des médias.

48e Grand concours des vins d’Alsace de Colmar

La révolution...

Publié le 24/05/2019

Le 48e concours des vins d’Alsace, nouvelle formule, s’inscrit dans la stratégie du Civa de reconquérir le cœur des consommateurs de vins d’Alsace. Avec à la clef de ce concours, une sélection de 10 coups de cœurs dont les vignerons verront leur visage affiché à travers une campagne d'affichage dans les grandes agglomérations alsaciennes.

Il n’y a pas que le Civa qui connaît une profonde transformation portée par la nouvelle équipe. Le Grand concours des vins d’Alsace aussi, observe une profonde mutation. L’équipe du Civa au grand complet était à pied d’œuvre mercredi 22 mai pour l’organisation pratique des dégustations. Une organisation méthodique pour reconquérir le cœur des consommateurs. Le tandem Gilles Neusch-Philippe Bouvet à la manoeuvre a accueilli les 250 à 300 dégustateurs. Fait notoire et preuve que quelque chose se transforme dans le vignoble, aucune des places de jury n’était vacante. « On a procédé à deux changements de fond : un jury qui décernera des coups de cœur, et on implique dans les dégustations plus de professionnels de l’aval, restaurateurs, sommeliers, cavistes », introduit le directeur du Civa.   48e Concours des Vins d'Alsace de Colmar : progression en nombre d'échantillons présentés (1020), d'entreprises participantes (102) , de dégustateurs professionnels présents (+ de 200). Nouveauté : la sélection demain de 10 "coups de cœur" parmi les Médailles d'Or #DrinkAlsace pic.twitter.com/RjpWbC9smq — VinsAlsace (@VinsAlsace) 22 mai 2019   Autre fait notoire : Le nombre d’entreprises inscrites augmente de 7 %, «surtout des vignerons indépendants». Et le nombre d’échantillons progresse. Il repasse la barre des 1000 vins en lice. Gilles Neusch y voit un signe fort. « L’objectif, c’est de remettre les vins d’Alsace à la place qu’ils méritent », explique Philippe Bouvet. Mais le vignoble a besoin de se « transformer », car la consommation mondiale de vin stagne. Elle régresse même au plan national. Mais Philippe Bouvet veut voir dans le vin blanc et les alsaces en particulier des raisons d’espérer. Avec des arguments de fraîcheur, de buvabilité, et un haut de gamme des alsaces (avec les chenins de Loire) beaucoup plus référencé que toutes les autres appellations dans les grands restaurants. Mais il s’agit de « reconquérir les cœurs, avec un impératif de cibler un public plus large, qui connaît les vins d’Alsace de nom, mais ne les achète pas. » Et ceci, sans raison particulière pour 40 % d’entre eux. (Chiffres validés auprès d’un échantillon de 2000 consommateurs) « Reprendre du grip auprès des consommateurs » Pour y remédier, Philippe Bouvet recommande de « reprendre du grip » auprès de ces indécis. Cela passe par le story telling. « L’onde de choc » que doit constituer la nouvelle campagne de communication partira du Grand Est, dans des villes, quartiers, lieux emblématiques qui ont une très forte influence et affluence. Avec notamment comme support 4 nouveaux visuels portés sur l’authenticité. Une valeur immatérielle en forte recrudescence auprès de la jeunesse. Un attrait des affiches qui suggère l’importance de la dimension humaine dans les vins d’Alsace, en lien avec des vins de caractère et de forte personnalité. L’élégance des rieslings, la puissance et la délicatesse des gewurztraminers, la brillance des crémants, et la verticalité des grands crus. Et s’agissant du grand concours des vins, il verra 10 coups de cœur attribués « qui valoriseront ce que la filière fait de mieux. Et on le fera savoir par une campagne d’affichage en Alsace qui mettra en lumière les vignerons et vigneronnes lauréats. On finalise le plan média, ce n’est pas anodin», annonce le directeur marketing du Civa.

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