Vigne

Publié le 29/04/2019

Les États-Unis constituent un marché dynamique pour le vin en général. Les crus d’Alsace y ont une carte à jouer. L’Amérique peut (encore) faire rêver.

Les indicateurs des vins d’Alsace aux États-Unis sont au vert. En 2018, les ventes annuelles progressent de 5 % en volume et de 10,9 % en valeur. Sur deux ans, ces augmentations atteignent respectivement 10 et 19 %. Les États-Unis sont désormais le deuxième marché des Alsace en valeur derrière la Belgique. Ils occupent la troisième place en termes de volumes importés, après la Belgique et l’Allemagne. « Les États-Unis importent la moitié de leur consommation d’effervescents. Sur ce segment, l’Alsace est passée de 2 600 hl en 2010 à 6 500 hl en 2018. En tranquille, les Américains préfèrent des vins secs, virils, structurés pour que l’éventuel sucre résiduel ne soit pas un frein. Le côté frais du pinot blanc convient bien à une consommation hors repas », analyse Foulques Aulagnon, responsable marketing export au Civa. « C’est un marché au potentiel plus important que celui de l’Union européenne, mais aussi très dépendant de la croissance économique. Si elle est au rendez-vous, la consommation de vin augmente. » Faire distribuer ses vins au niveau national est une option. Mais l’immensité des États-Unis encourage à aborder chacun des 51 États comme un marché à part entière. De plus, chaque État possède sa propre législation. Mais neuf États (1) concentrent près de la moitié des importations. Des cibles privilégiées pour les exportateurs. L’interprofession n’échappe pas à la règle quand elle travaille au développement de la notoriété spontanée de l’Alsace. En 2018, elle a dépensé 90 % d’un budget annuel USA d’environ 430 000 € sur le seul État de New York. En 2019, elle récidive en Illinois, avec notamment le 10 juin (2) à Chicago la présentation de quatre-vingts vins d’Alsace issus d’une bonne vingtaine de domaines. En 2020, il est probable qu’elle fasse pareil en Californie. Les relations publiques demeurent un levier indispensable. En 2018, plus de 600 articles et 1,250 milliard de vues ont été générés. « Le Civa prépare le terrain commercial aux entreprises. À elles de prendre le relais en s’appuyant sur l’interprofession, la CCI, en cernant ce qu’elles sont capables d’offrir aux importateurs », résume Foulques Aulagnon. « Le plus dur n’est pas d’en trouver un, mais d’en trouver un motivé. Il faut également être prêt à aller sur place. Certains opérateurs s’y rendent cinq à six fois dans l’année. » « Le prix qu’il nous faut pour être rentable » À Gertwiller, le domaine Burckel-Jung exporte 45 % de sa production en Belgique, Scandinavie, Chine et en Amérique. Ce débouché a pris de l’ampleur depuis 2009, l’année où cette exploitation de 13 ha a été certifiée bio. « Nous avons augmenté progressivement nos prix de 20 % et cette phase n’est pas finie. À chaque étape, nous avons perdu un wagon de clients. En France, trop peu de particuliers acceptent ces tarifs. Et il est très difficile de toucher les cavistes. Aux États-Unis, vous vendez au prix export qu’il nous faut pour être rentable », explique Danielle Burckel-Jung. En 2014, elle s’est envolée pour la première fois pour prospecter au Canada et aux États-Unis dans le cadre d’une mission Coface/Ubifrance. « Il faut se donner les moyens de comprendre le fonctionnement sur place », dit-elle. La première palette est partie vers l’Illinois dix-huit mois après le contact initial établi avec un importateur basé à Chicago. « C’est lui qui décide. Comme il est fan de notre crémant, les ventes suivent. Il a passé une commande de klevener d’Heiligenstein, davantage de riesling, de gewurztraminer et de pinot noir. Je propose d’abord des vins traditionnels avant de pousser vers les vins de terroir. » Danielle boucle sa valise une fois par an. Elle prévoit au moins une semaine sur place, notamment à Chicago, généralement en octobre. « Une école Steiner y fonctionne. Les personnes qui prennent conscience qu’on ne peut pas continuer à vivre sur le modèle du XXe siècle, sont chaque jour plus nombreuses. Il y a une vraie demande en vins biodynamiques », constate-t-elle. Elle recherche avant tout de petits importateurs spécialisés. Sa stratégie est de consolider un État avant d’en conquérir un autre. Elle pense au New jersey. « Mais c’est compliqué parce que les Alsaciens sur place ne manquent pas. » En 2015, Danielle n’a pas hésité mouiller le maillot. Elle a aidé son importatrice à faire du porte-à-porte chez des cavistes de Chicago. Avec succès sur ce coup-là.   1. Californie, Floride, Illinois, Massachusetts, New Jersey, New York, Oregon, Texas, Washington.

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Pourquoi les alsaces sont-ils de moins en moins achetés ?

Publié le 23/04/2019

Bien que jouissant d’une bonne notoriété, les vins d’Alsace sont paradoxalement de moins en moins consommés, particulièrement sur leurs terres de prédilection du Nord Est. Gilles Neusch, directeur du Civa, et Didier Pettermann, son président, ont défini un plan stratégique pour reconquérir le marché.

La capacité de mise en marché des vins blancs d’Alsace se détériore depuis les années 90. Particulièrement en métropole où les volumes de vins tranquilles vendus ont été divisés par deux. La percée des crémants d’Alsace ne compense désormais plus cette érosion du marché. D’où des volumes globaux vendus qui oscillaient fin des années 2000, autour de 1,1 – 1,2 Mhl (million d’hl), et qui se situent désormais plus près de 900 000 hl (909 000 hl en 2018). Bien en dessous de la capacité de production du vignoble. La part de l’export (24 %) elle n’a pratiquement pas bougé, en dépit des fonds du Civa affectés ces dernières années à la promotion dans les pays tiers de l’UE. Leur doublement avec des subsides européens, a représenté plusieurs millions d’euros annuels saupoudrés dans de multiples pays. « Sous pression », souligne Gilles Neusch, le directeur du Civa, le vignoble cherche des explications et des solutions. Désaffection, manque de présence sur les marchés, visibilité… « Nous avons réuni un tour de table, le club des 5000, qui représente toutes les entreprises mettant en marché plus de 5 000 hl, auquel participent également le Synvira et Coop de France », indique Didier Pettermann, le président de l’interprofession. 19 des 25 opérateurs réalisant plus de 5 000 hl étaient présents à la première réunion. Seuls 49 % des restaurants alsaciens proposent des alsaces Les études font ressortir que seuls 31 % des CHR (cafés, hôtels, restaurants) de France, proposent au moins une référence en Alsace sur leur carte. Une présence en baisse qui place l’Alsace en mauvaise position : Les bordeaux sont leader sur les cartes, avec 60 % des CHR, viennent ensuite les languedocs avec 48 %, les vins du Rhône 54 %, les bourgognes avec 40 %. Et si l’on considère la présence dans chaque région : tandis que les bordeaux sont présents sur 95 % des cartes de leur secteur du Sud-Ouest, et que globalement les autres régions sont hégémoniques sur leurs terres de prédilection, on ne trouve des vins d’Alsaces que dans 49 % des cartes des restaurants du Nord Est et dans 29 % des cartes en île de France. Problème logistique d’appro, d’investissement commercial ou de désir d’Alsace ? Pour Didier Pettermann, il y a là un sujet à travailler : « Les hôteliers restaurateurs ne veulent pas de stocks. Et le travail avec la restauration implique d’intégrer dans le prix de vente, la messagerie livraison franco, des tarifs différenciés et une construction tarifaire cohérente, avec des frais de gestion. » Mais s’agit-il là d’une problématique interprofessionnelle ? « On se doit d’apporter des outils de gestion aux entreprises, par exemple de conseil en cohérence tarifaire. Et parallèlement nous allons travailler avec le syndicat des hôteliers-restaurateurs sur des événements promotionnels et la formation du personnel de restauration », répond le président du Civa. Du côté des cavistes, il y a là aussi « des marges de progression » selon le directeur du Civa. Si 94 % d’entre eux proposent des alsaces, la filière se singularise là aussi avec trop peu de références par caviste comparé aux autres AOP : 9,7 références en moyenne, contre 17,2 pour la Loire. Et le prix moyen des alsaces y est de 16 € contre 23 € pour les AOP blanches en moyenne. Pour les dirigeants du Civa, il y a dans tout cela matière à re-flécher les budgets de façon plus cohérente : moins de saupoudrage en somme, pour donner plus de visibilité sur le marché français. 8,4 millions d’acheteurs de vins d’Alsace Car sur les 50 millions de Français en âge de consommer de l’alcool, et sur les 38 millions qui disent consommer du vin, 29 millions disent connaître les vins d’Alsace. Sauf que de l’intention à l’acte d’achat, il y a une marge de 71 % ! C’est-à-dire que les 8,4 millions d’acheteurs de vins d’Alsace « ne représentent en réalité que 29 % de ceux qui nous connaissent », observe Gilles Neusch. Alors qu’elle est la raison du « non-acte d’achat » en vin d’Alsace des 20 millions de Français consommateurs potentiels ? « 39 % n’invoquent pas de raison particulière, et 70 % expriment une intention neutre ou positive, le pourquoi pas… », informe Gilles Neusch. Pour le Civa, il va falloir conjuguer ces données, les attentes des entreprises et la demande du marché. « On est là pour parler de vignoble. On présente l’état des lieux du marché. On fournira un socle de communication commun sur lequel chaque entreprise peut greffer sa stratégie. À chacun ensuite de prendre ses responsabilités pour y répondre », commentent les deux dirigeants du Civa. « Notre rôle est de rendre les consommateurs réceptifs, après c’est le rôle des entreprises d’assumer. » Par exemple, Didier Pettermann souligne la nécessité d’être plus proactif sur les salons, en résumé de ne pas se contenter d’attendre le client… Le Civa lancera d’ailleurs une nouvelle campagne de communication en mai. L’interprofession entend bien « occuper les esprits des consommateurs et le terrain ».

Publié le 16/04/2019

Les vignobles de la façade Atlantique ont été durement touchés les 4-5 avril par les gelées à la faveur d’une précocité phénologique conjuguée une humidité relative de l’air importante. Les vignobles orientaux du pays ont mieux résisté à la seconde vague de froid les 13-14 avril grâce à de nombreuses parades. En Alsace, à part sur les jeunes plants, aucun dégât n’est signalé à ce stade.

Les vignobles français viennent de subir coup sur coup deux vagues de gelées. Premier épisode les 4 et 5 avril où les vignobles du Pays Nantais (3 des 4 derniers millésimes ont été touchés), les vignobles du centre Ouest comme le Thouarsais dans les Deux-Sèvres, et d’Anjou ont été touchés avec un thermomètre qui s’est éternisé à -1 °C. Et jusqu’à -4 °C localement. Dans certains secteurs, les dégâts sont chiffrés à 80 %, mais plus généralement entre 20 et 70 %, comme les vignobles de Bourgueil et de Chinon.     À Saumur, les 15 jours d’avance de débourrement ont causé d’importants dégâts. Les chenins également bien avancés autour du Layon ont subi d’importantes pertes. Plus vers la Touraine, comme chez François Chidaine à Montlouis sur Loire, les chenins au stade début de feuille étalée avaient bien résisté jusqu’à vendredi 12 avril au matin. Plus au sud dans le Bordelais, la vague de froid n’aurait finalement pas eu beaucoup de répercussions. Mais l’intérieur des terres du pourtour méditerranéen est déjà touché par des gelées sévères, comme dans l’Hérault et le Gard, dans la vallée de l’Orb notamment. Par ailleurs, des dégâts de grêle sont déjà à déplorer à Pic Saint Loup avec 10 cm de grêlons. En Bourgogne, cette première alerte a causé plus de peur que de mal en Côte de Beaune, mais en Côte châlonnaise, Mâconnais et Beaujolais, certaines parcelles conjuguant exposition et précocité ont été touchées. Le deuxième épisode, dans les deux nuits de samedi 13 et dimanche 14 avril, a été plus sévère à la faveur d’une bise de Nord-Est faiblissante, entraînant la remontée d’humidité de l’air. Le réveil est froid dimanche 14 avril en Franche-Comté avec, -2,7 °C à Besançon ou encore -2,4 °C à Arbois, en Lorraine avec -4,3 °C à Luxeuil et en Champagne avec -9 °C à Mourmelon-le-Grand ou encore -5 °C à Auberive en Haute-Marne. Dès vendredi, c’était donc le branle-bas de combat en Bourgogne, dans le Jura, en Champagne, en Touraine, avec l’ensemble des moyens disponibles : hélicoptère, chaufferette et bougie, aéro-générateur, aspersion et feu de paille. À Montlouis sur Loire, les équipes de François Chidaine se préparaient vendredi à une nuit blanche, après avoir disposé le matériel en Cuma sur l’ensemble du vignoble, ainsi que des ballots de paille. Côté Champagne dimanche matin, les systèmes d’aspersion des bords de la Marne laissaient apparaître un vignoble féerique pris dans sa gangue de stalactites de glace. En Bourgogne, des images de drone montraient un vignoble illuminé de toute part. Ce lundi matin, les efforts semblaient avoir été récompensés. En Champagne, les vignerons affichaient lors des « Champagne’s week » un sourire serein, tranquillisé par la réserve qualitative, notamment constituée en 2018. En Chablisien, Dominique Detolle, vigneron, observe pour sa part que « les dégâts ont été limités » grâce aux bougies et à des aérogénérateurs d’air chaud, et ce malgré -5°Celsius.

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