Vigne

Publié le 19/03/2019

Compost, analyses pédogéologiques, autoconstruction de semoirs sous le rang, semis d’interrang et étude des couverts associés, conservatoire ampélographique : les dossiers ne manquent pas pour les vignerons de l’association Vignes Vivantes.

Stéphane Bannwarth, président de l’association Vignes Vivantes et vigneron à Obermorschwihr, souhaite ouvrir le champ des possibles face au défi climatique annoncé. Qui risque par ailleurs d’altérer la fertilité des sols viticoles, observe-t-il, même si le millésime 2018 est jugé « généreux ». Face au changement climatique, il s’interroge personnellement sur les orientations à prendre en viticulture. Et face aux problèmes de fertilité, il questionne les pratiques viticoles : aller vers du matériel moins lourd, poursuivre et intensifier les recherches sur les couverts végétaux. Se pose également la gestion agronomique de l’eau, le mode de taille, voire la non-taille que l’on voit poindre ici ou là en Allemagne, les cépages, les formes d’ombrage sur les parcelles, le palissage… Les vignerons de Vignes Vivantes, qui promeuvent des techniques agroécologiques, tenaient leur assemblée générale le 28 février à Riquewihr. L’association, animée par Isabelle Kuntzmann, compte aujourd’hui 90 adhérents pour 1 486 hectares en Alsace, et 2 adhérents hors Alsace pour 1 204 ha, avec l’arrivée notoire des vignobles Moët et Chandon en Champagne. Invité de la journée, Marc-André Sélosse, scientifique de renom international, spécialiste des mycorhizes, et plus généralement grand communicant scientifique sur la vie biologique des sols, est intervenu gracieusement : il a fait un état des acquis scientifiques sur ce sujet d’intérêt pour les vignerons, permettant ensuite de connaître quelles pratiques les répriment, ou les favorisent. De l’hydromorphie des sous-sols viticoles En 2018, un groupe de vignerons s’est déplacé chez Éric Maille à Bergerac pour une formation sur les engrais verts. D’autres ont suivi plusieurs formations de taille Guyot Poussard, de regreffage et de curetage avec François Dal. À noter également une sortie botanique avec le Parc des Ballons des Vosges. L’association bénéficie toujours des analyses de sols selon la méthode Hérody. L’accent est mis sur les problèmes hydrologiques en sous-sols qui affectent une bonne partie des vignes de ce vignoble, même pour les vignes en pente, avait souligné le pédogéologue Yves Hérody en 2018. D’où des aménagements qui seraient nécessaires pour libérer l’eau retenue dans des sous-couches géologiques et qui altèrent la bonne nutrition minérale des vignes… Vignes Vivantes dispose d’un conservatoire ampélographique à Marbach. L’association travaille par ailleurs sur l’autoconstruction de matériels avec L’Atelier paysan et l’implication remarquable de Rémy Jung pour la co-conception d’outil. En projet, un semoir sous le rang. Et les 26, 27 et 28 mars prochains, une formation à l’autoconstruction d’une barre porte-outils (il reste des places). L’association souhaite également offrir à ses adhérents le choix en semences biologiques de préférence locales. Vignes Vivantes est labellisée GIEE sur ce dossier des couverts et va persévérer dans la compréhension agronomique. Vignes Vivantes c’est aussi des groupes composts. L’importance de bâcher les andains est désormais bien comprise. Chaux, semences, nichoirs, bâches, les achats peuvent se faire en commun. De même, les dépenses concernant la logistique des prélèvements de sols pour analyses (déplacement, temps) sont « forfaitarisés » dans la cotisation d’adhésion (+ 30 €). Enfin, la dynamique association travaille sur une cartographie des sols basée sur les analyses BRDA-Hérody, dont Sylvain Perrot-Minot est la cheville ouvrière. À noter que ce dossier, comme d’autres de l’association, est soutenu par le Crédit Agricole Alsace Vosges.

Publié le 19/03/2019

L’année a commencé sur les chapeaux de roues pour la confrérie Saint-Étienne. Déjà plusieurs chapitres ont eu lieu, dont trois à l’étranger. Jean-Louis Vézien, nouveau Grand Maître, et sa Major, Céline Stentz-Koch, ont annoncé le programme chargé, et déjà bien entamé donc, des rendez-vous de la confrérie pour 2019, gravitant autour du thème de « l’universalité des vins d’Alsace ».

Entouré de ses prédécesseurs, Martine Becker et Pascal Schultz, le Grand Maître de la confrérie Saint-Étienne pour l’année 2019, Jean-Louis Vézien, a détaillé à l’occasion d’une conférence de presse le programme de l’année, marqué par les traditionnels chapitres au château de Kientzheim et à l’étranger, des ateliers ouverts au public et l’incontournable vente aux enchères (lire en encadré). À ajouter à cela, la Foire aux vins de Colmar et le grand rassemblement des dix confréries viniques d’Alsace, le 21 juillet, avec le défilé dans les rues de Strasbourg. 2019 a été placée sous le signe de l’universalité, un thème cher à Jean-Louis Vézien. Ancien directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), le Grand Maître a voué sa carrière aux vins d’Alsace. Une passion qui continue à l’animer dans ses nouvelles responsabilités. « Par la richesse et la diversité de la gamme, les vins d’Alsace sont faits pour s’accorder à toutes les traditions culinaires du monde, a-t-il expliqué. Ils bénéficient d’une singularité due au climat qui permet de conjuguer la maturité et l’intensité aromatique, deux qualités qui s’excluent l’une l’autre habituellement. C’est pour cela qu’ils sont inimitables ! » Parmi les moments forts à venir, la Major Céline Stentz-Koch a mis en avant le voyage des jeunes, qui n’a pas eu lieu depuis 19 ans. « Durant mon mandat, j’ai souhaité réitérer ce projet qui doit rapprocher les personnes, a-t-elle souligné. Nous irons quatre jours dans le Piémont italien. En dix ans, cette région, longtemps fermée au public, a réussi à développer une route des vins. C’est un bel exemple pour l’Alsace qui a un fort potentiel œnotouristique. » Enfin, elle a insisté sur la vente aux enchères. Pour la confrérie, il est encore difficile de faire reconnaître la faculté des vins d’Alsace à se complexifier et se bonifier, et donc à prendre de la valeur avec le temps. Céline Stentz-Koch a salué cet événement comme « un moyen de faire profiter les amateurs des trésors de notre œnothèque et de trouver une autre source de financement pour les rénovations du château ». Jean-Louis Vézien en a ainsi profité pour placer quelques mots sur un autre objectif de la confrérie, en plus des activités proposées : la préservation et la valorisation du château du village de Kientzheim (68) qui accueille 15 000 personnes chaque année. Seule confrérie propriétaire d’un monument historique, Saint-Étienne souhaite voir les liens se renforcer avec la ville, le musée du vignoble et des vins d’Alsace voisin et le Civa, pour le développement de l’œnotourisme. « Le château de Kientzheim n’est pas réservé aux initiés. Nous avons beaucoup de secrets mais nous voulons les partager, a affirmé le Grand Maître. Nous voulons que les Alsaciens s’approprient ce lieu. » Déjà proposées à la location pour divers événements, les salles du château sont appelées à s’agrandir, selon Jean-Louis Vézien, qui rêve de construire « une nouvelle salle moderne pour l’œnotourisme ». L’heure des bilans pour Martine Becker Pour la Grand Maître sortante, Martine Becker, l’heure est au bilan après une année de mandature. Pour conclure sur le château de Kientzheim, elle a rappelé leur participation au Loto du patrimoine 2018 : « Le Grand Maître précédent avait constitué le dossier, j’ai serré la main de Stéphane Bern et d’Emmanuel Macron, et c’est mon successeur qui recevra la subvention ». Cette loterie a aussi offert une nouvelle visibilité au monument qui a accueilli 350 personnes à l’occasion de la Journée du patrimoine. Martine Becker a tenu à saluer l’investissement des membres de la confrérie : « les anciens Grands Maîtres et les bénévoles, un noyau de 100 personnes » se sont vraiment investies, a-t-elle précisé. Parmi les moments forts de l’année, elle retient la soirée accord vins et mets autour de la gastronomie japonaise, qui a eu droit à une seconde édition tellement elle a plu. « Cela a permis de montrer l’ouverture d’esprit et à quel point nos vins pouvaient s’accorder à tous les mets ». Enfin, elle a souligné la réussite du premier chapitre à l’étranger 2019 à l’ambassade France à Berlin. « Ça a été incroyable, s’est-elle réjouie. Nous avons pu reprendre contact avec des membres de longue date lors de cette soirée mémorable. » Portée par une équipe qui se renouvelle d’année en année, 2019 a ainsi commencé sous de bons augures et promet de continuer sur cette envolée.

Publié le 18/03/2019

À Dorlisheim, Maryline et Guillaume Rapp misent autant sur le vrac que sur la bouteille. Ils s’interrogent sur la manière dont il leur faudra répondre aux demandes sociétales à l’avenir.

À 37 et 34 ans, Guillaume et Maryline Rapp sont satisfaits de l’équilibre de leur domaine qu’ils ont respectivement rejoint en 2004 pour le premier et 2017 pour la seconde. Frère et sœur travaillent en conventionnel leurs vignes enherbées un rang sur deux, voire tous les rangs. Mais « passer en bio fait partie des choses à envisager. La demande des consommateurs risque de nous y mener » estime Guillaume qui se demande comment il peut réduire ses intrants. Le plus probable est qu’il investisse dans un outil combinant disques et étoiles de binage Kress pour nettoyer les 30 à 40 cm de cavaillon de ses vignes larges qu’il a désherbé chimiquement jusque-là. Dans ses rangs plus étroits qu’il conserve car il y privilégie largement le recépage, il lui faudra « trouver une autre solution », mais sans doute pas l’acide pélargonique dont il doute de l’efficacité. En 2019, il tentera de se passer de produits systémiques en encadrement de fleur sur une petite partie de sa surface, histoire de voir « comment ça se passe avec les seuls cuivre et soufre ». Maryline et Guillaume conduisent des vignes de « vigueur correcte ». Ils leur demandent d’approcher les 80 hl/ha en crémant, les 60/hl en gewurztraminer et en pinot noir, entre 50 et 60 hl/ha en riesling. Entre 25 et 30 % de la surface sont récoltés mécaniquement. Ces vins-là sont destinés au marché du vrac. Guillaume sulfite à 1 g/hl les jus des raisins cueillis manuellement. Il les enzyme à 1 g/hl et les débourbe à 12° avec un objectif de turbidité de 50, voire 40 NTU sur ses crémants. « Je veux éviter les réductions et préserver les arômes » précise-t-il. Il réserve plutôt l’inox au crémant, au muscat, au pinot noir et au rosé. Il dédie les fûts aux cépages traditionnels. Il élève les vins sur lies fines jusqu’en avril et prévoit deux mises par son prestataire en avril et en août. « Nous recherchons l’équilibre gustatif qui nous plaît » annonce Guillaume. « Ces vins peuvent afficher une légère sucrosité entre 8 et 12 g/l. Elle ne me dérange pas car nos terroirs procurent de belles acidités ». Le guide Hachette chaque année Guillaume insiste plus particulièrement sur l’auxerrois, le « cépage fort du domaine ». En plus du crémant, il le décline en trois versions : un générique, un lieu-dit et un accord boisé, élevé dix-huit mois en barrique de chêne ayant déjà accueilli un vin. « Je me contente de trois ou quatre barriques par an. Une petite clientèle l’apprécie » signale Guillaume. Dans la même veine, il produit les Larmes de Thor, inspiré de Thorovelsheim, l’ancien nom de Dorlisheim, à partir de 10 ares de gewurztraminer et de 10 ares de muscat assemblés dès le pressoir. « C’est un vin qui aide les gens à pousser la porte. Il est d’approche facile. Entre 12 et 17 g il se boit en apéritif ou qui accompagne des asperges. Au fil des millésimes, une trame historique apparaît » affirme Guillaume. L’ensemble de la gamme fonctionne bien depuis vingt ans auprès essentiellement d’une clientèle de particuliers avec qui « la relation qui s’établit au caveau est plus importante pour la vente que le site en ligne qui présente l’exploitation ». Le domaine bénéficie d’un bon emplacement sur la rue principale. Le portail porte une bonne quinzaine de plaques du guide Hachette. « C’est une sélection sérieuse. Il y a toujours un retour positif de la clientèle. Nous présentons toujours de un à trois échantillons par an » indiquent Maryline et Guillaume. Le domaine vend habituellement la moitié de sa production en vrac. « C’est plus compliqué cet hiver. Le prix du 2018 baisse, mais demeure acceptable. Il me reste à vendre un lot pour lequel je n’ai pas d’offre » raconte Guillaume. Cette année, il va diminuer la proportion de vrac à un quart. Un autre partira en raisin à crémant plutôt qu’en moût, à la demande de son acheteur. Guillaume et Maryline ont l’export en point de mire à moyen terme. Dans l’immédiat, ils veulent renforcer leur vente directe. Ils participent à une dizaine de salons par an. Le plus ancien remonte à 2004, le plus récent date de mars 2019, dans l’Orne. Le « bon retour » fait qu’ils se sont déjà réinscrits pour 2020. Ils viennent également de confier la représentation de leur gamme à un agent qui rayonne sur le Grand est. Pour eux, une première dont il est encore trop tôt d’établir un bilan. Ils n’oublient pas leurs clients sur place. Chaque année autour du 11 novembre, ils organisent sur un week-end au domaine « A la rencontre de notre terroir ». Des producteurs locaux et quatre collègues d’autres vignobles y sont invités. « Cette journée et demie d’accueil en est à sa dixième édition en 2019. Elle nous apporte de la visibilité et nous aide à renouveler notre clientèle ».

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