Vigne

Publié le 16/02/2019

La 72e assemblée générale de la cave de Cleebourg s’est déroulée samedi 12 janvier en présence de quelque 120 vignerons sur les 176 adhérents, exploitant 207 hectares de vignobles sur les bans de Cleebourg, Oberhoffen-les Wissembourg, Rott, Steinseltz et Wissembourg.

L’année 2018, malgré quelques inquiétudes dues à la sécheresse, offre un millésime exceptionnel aussi bien en quantité qu’en qualité, affirme d’emblée le président de la cave, Gilles Theilmann. Les vendanges ont démarré le 28 août - une première dans les annales de la cave - et se sont étalées sur cinq semaines jusqu’au 28 septembre, donnant des cépages « à maturité optimale, avec une acidité néanmoins correcte, des taux de sucre élevés et une qualité sanitaire irréprochable ». Des vendanges tardives (VT) de pinot gris et de gewurztraminer ont eu lieu le 23 octobre. Dans son rapport financier Gabriel Thomas présente un bilan équilibré de 12,3 millions d’euros (M€) à l’actif comme au passif, avec un résultat net de près de 199 000 € et un paiement d’intérêts de parts sociales de 2,94 %. L’absence de dettes ou d’emprunts permet de dégager « une trésorerie correcte », précise Gabriel Thomas. La récolte de 2018 atteint 2 538 tonnes, contre 2 092 t en 2017. Soit une production totale de 18 579 hectolitres, dont 15 624 hl en AOC cépage, contre une production totale de 15 055 hl dont 13 980 hl en AOC en 2017. Quant aux stocks de fin d’année, ils s’élèvent à 17 591 hl fin 2018, contre 18 074 hl fin 2017. Ventes de bouteilles : + 3 % Si les ventes lors des différentes foires auxquelles participe la cave de Cleebourg s’avèrent assez bonnes, celles au caveau sont en légère régression, du fait d’une clientèle vieillissante. Frédéric Orth, le directeur, y fait observer une baisse des ventes en bouteilles de 11 % due « à la morosité ambiante et aux consignes anti-alcool mises en place par le gouvernement ». Mais plus globalement la bouteille progresse de 3 % en volume. Le marché du vrac, encore soutenu jusqu’en mai, a permis d’écouler 7 000 hl. Mais depuis, il s’est tassé - « voire un rien effondré » - suite aux importantes récoltes en Alsace. Le millésime a été marqué par un début d’année pluvieux, froid puis sec, un printemps chaud puis encore plus chaud en mai, une « végétation galopante », puis une floraison précoce mais sans coulure, rappelle Olivier Kreutzberger, maître de chai. Après un été chaud et sec, la pluie de mi-août, favorable à la maturation, a permis de démarrer les vendanges le 28 août : « Du jamais vu de mémoire de vigneron cleebourgeois ». Elles ont duré 27 jours sous une météo clémente. Les potentiels alcoométriques, « dans la lignée de 2003 », s’avèrent légèrement plus élevés de 0,2° à 0,6° que la moyenne Alsace : 12,1° pour le sylvaner, 12,4° pour l’auxerrois, 14,2° pour le gewurztraminer et 17,6° pour les VT, 14° pour le pinot gris à Cleebourg et 18,4° pour les VT… « Étant donné le potentiel en alcool, la récolte de 2018 offrira un millésime exceptionnel où le pinot noir et le riesling sortent du lot, ils serviront de millésime de référence. » Au total, Olivier Kreutzberger a constitué 120 cuvées différentes en cave. Investissements et objectifs Poursuivant son programme triennal, la cave a entrepris en 2018 la mise aux normes de la source, augmenté sa capacité de cuverie, réalisé des travaux d’agencement et d’aménagement et fait poser un nouveau revêtement dans la salle du vendangeoir. Elle a investi dans un camion et des tire-palettes électriques, acquis du matériel de bureau… Le tout pour un montant de 450 000 €. Une nouvelle étiqueteuse-capsuleuse sera opérationnelle en février prochain ; des sanitaires dans le vendangeoir et un nouveau logiciel de pesage des apports pour la prochaine récolte figurent au programme. Enfin, le relooking des étiquettes devrait renforcer la cohésion de l’image de « Cleebourg ». L’investissement s’élèvera à 530 000 €. Dans ses objectifs, la cave se fixe comme objectif d’atteindre commercialement parlant, la vente de 8 335 hl en bouteille et 6 000 hl en vrac et de n’avoir en stock que 13 000 hl (hors DPLC). Elle participera à diverses foires : en février le salon Wine Paris, en mars ProWein à Düsseldorf, le plus grand salon mondial de vin. Et plusieurs événements sont programmés à la cave : la foire aux vins (du 18 au 31 mars), le premier chapitre de la Vigne en fleurs (22 juin), la nuit blanche (16 août), les portes ouvertes (18 août), le chapitre des vendanges (31 août) et le week-end des saveurs (23 et 24 novembre). Comme chaque année, la moisson de médailles a été bonne : 21 médailles d’or, 13 d’argent, 6 de bronze et 11 sigillés de la confrérie Saint-Étienne. Ainsi les cuvées Kammerberg, Révérence, Karchweg, Symphonie ont été bien récompensées. En outre, le guide Hachette a octroyé une étoile pour l’auxerrois 2017.

Certification Haute valeur environnementale (HVE)

Le Synvira et la Chambre d'agriculture s’unissent pour former

Publié le 06/02/2019

C’est nouveau dans le paysage des formations viticoles régionales : le Synvira et la Chambre d’agriculture s’unissent pour former les viticulteurs en demande de certification HVE, tremplin pour répondre aux défis environnementaux.

Il n’y a quasiment plus de vignerons aujourd’hui pour contester que des défis environnementaux lourds sont à relever. Seulement, ils préféreraient les relever à leur façon, plutôt que d’une manière imposée par le consommateur. « Avec la certification HVE, au moins je n’ai pas perdu de clients », explique Éric Casimir, du domaine Metz à Itterswiller, 80 000 bouteilles écoulées bon an mal an, et certifié HVE depuis trois ans. Se disant « plutôt bio-sceptique », Éric Casimir estime néanmoins qu’il va devoir se conformer aux exigences d’un consommateur très orienté sur le bio. Et la certification HVE lui permet d’être « psychologiquement prêt ». « Il faut par exemple convaincre ses salariés de la nécessité de retarder la fauche dans les vignes pour la biodiversité », fait observer le vigneron, ce qui ne soulage pas les travaux en vert manuels pour des salariés devant arpenter les vignes. Selon Éric Casimir, la certification HVE présente une ouverture plus globale que le cahier des charges bios, extrêmement centré sur la question des produits phytosanitaires et des engrais. La certification HVE prend aussi en compte la biodiversité, la gestion de la ressource en eau. Mais on notera qu’il n’y a pas de concurrence entre les deux labels puisque 9 % des exploitations bios sont certifiées HVE et 22 % d’entre elles l’envisageraient. De surcroît, trois niveaux de qualification sont proposés selon les efforts environnementaux pour s’engager dans la certification HVE. Elle s’inscrit dans une démarche à points permettant de progresser sur le plan de ses pratiques. Toutefois, le logo HVE et « la mention valorisante » ne sont possibles que lorsque le niveau 3 est atteint. Les sessions de formation en vue d’obtenir la certification HVE ont débuté début janvier avec une quinzaine de vignerons issus des trois familles : négoce, coopérateur et indépendant. Les sessions se tiennent dans les locaux du Synvira à Colmar, car le Syndicat des vignerons indépendants est associé à la Chambre d’agriculture, dans cette formation en vue d’obtenir la certification HVE. Ce sont Marie-Noëlle Lauer, Clémence Bailly et Jérôme Attard, les techniciens conseils de la Chambre d'agriculture, qui interviennent en tant que formateurs. Ils accompagneront également sur le terrain chaque entreprise sur la voie de la certification. « Car ça oblige à plus de rigueur de traçabilité », explique Éric Casimir. Pour l’heure, 1 000 entreprises sont certifiées, dont 40 % de vignerons indépendants.

Publié le 05/02/2019

Les Rieslinger forment l’une des douze confréries viniques d’Alsace. À Scherwiller, ils veulent entretenir la flamme d’une cité viticole, d’un terroir et d’un cépage en particulier.

Ils ne sont pas simplement là pour mettre la cravate ou plutôt, dans leur cas, porter la serpette autour du cou, tous les quatre matins. « Il nous faut un but, savoir ce que nous représentons et être conscient du message que nous voulons faire passer ». Bernard Martin et Alphonse Glock, 75 et 77 ans, prennent leur rôle de grand maître et de secrétaire de la confrérie des Rieslinger très au sérieux. Le second est en place depuis 1999, le premier depuis 1994. Bernard a cumulé pendant une dizaine d’années cette fonction avec celle de président du syndicat viticole de Scherwiller. Il y a renoncé parce qu’on « finissait par confondre mes attributions de l’un et de l’autre poste » dit-il. En pratique, la confrérie et la structure syndicale sont pourtant extrêmement proches. « Le syndicat nous est d’un soutien permanent » se félicitent Bernard et Alphonse. C’est lui qui organise la collecte des vins présentés au chapitre de la vigne féconde qui se tient chaque mardi qui suit le 14 juillet. Il les règle aussi aux viticulteurs. De même il s’acquitte de la facture du fascicule édité à 300 exemplaires pour l’occasion. La confrérie peut compter sur un autre appui : la commune. En 1978, c’est le maire de l’époque, Émile Barthel, qui donne l’impulsion aux Rieslinger. Leur nom allait de soi. Le riesling occupe plus de 60 % du ban viticole de Scherwiller. Quant à l’ambition fixée à l’association, elle est de mélanger et de souder des personnes d’horizons différents, les viticulteurs comme les autres professionnels. « Xavier Weber, le premier grand maître, était issu d’une famille viticole, mais avant tout professeur de philosophie et d’allemand » rappelle Bernard. Alors aujourd’hui, dès que les Rieslinger ont besoin d’un coup de main d’ordre technique, matériel ou administratif, ils savent qu’ils seront bien accueillis au secrétariat de mairie. « Grâce à ces soutiens, les besoins financiers de la confrérie sont restreints. Elle peut se contenter d’une cotisation modique » signale Bernard. « Nous le dépensons à des fins de promotion ». Confrères, amis et ambassadeurs On l’aura compris, les Rieslinger sont une institution à Scherwiller. « Ils doivent le rester » martèlent Alphonse et Bernard. La mécanique est bien réglée. S’ils se transforment en contrôleurs pour pointer chaque été aux différentes haltes du sentier gourmand, se prennent six à sept fois dans l’année le temps d’échanger avec les autres confréries viniques d’Alsace, ne manquent aucune foire aux vins d’Alsace à Colmar, s’autorisent une sortie annuelle loin de leurs bases, les confrères font du chapitre de la vigne féconde le point d’orgue de leur calendrier annuel. À la tribune, Bernard présente les confrères et à la cloche, Alphonse dirige la manœuvre. Au préalable, ils missionnent deux œnologues pour sélectionner une dizaine de vins, pas forcément de l’année. « La règle est que tous les cépages et tous les metteurs en marché de la commune soient représentés. Il y a aussi toujours une place pour un deuxième riesling » précise Bernard, attaché comme tous ses collègues « à la promotion des vins d’Alsace en général, celle des vins de Scherwiller en particulier ». Le grand conseil invite régulièrement un jeune viticulteur à ses séances. « Il est désigné pour un an. Mais il peut rester autant qu’il le souhaite » avoue Bernard qui prône davantage le renouvellement que le rapprochement avec une association sœur. « Une confrérie est faite pour rester locale. Il serait malhonnête pour un grand maître d’en diriger deux ou plus qui ont chacune leur spécificité ». Vous n’avez donc pas fini de voir dans la plaine ou sur le coteau du Rittersberg des hommes vêtus d’une blouse bleue (un tablier pour les dames), portant chapeau et pantalon de velours noirs, une serpette maintenue par un ruban tricolore au cou, un loyala à la main. S’ils sont accompagnés par des individus avec chemise à carreaux et un tablier bleu, sachez que ce sont leurs « amis ». « Ils ont été intronisés à vie. Ce ne sont pas des viticulteurs, mais des personnes qui ont pris l’engagement de défendre les vins d’Alsace et de Scherwiller » renseigne Alphonse. Il reste une dernière catégorie de Rieslinger : les ambassadeurs. Rien dans leur apparence ne les distingue de n’importe quel quidam, ne serait-ce la fameuse serpette (à ruban vert) qu’ils peuvent arborer. « Ils ne payent pas de cotisation. Nous leur adressons une invitation à l’assemblée générale et une carte de vœux. Leur titre est uniquement honorifique. On n’en force aucun. Souvent, on ne les voit qu’une fois. Mais leur nom figure dans nos livres » explique Alphonse, penché sur un gros registre d’archives. Il n’a aucun mal à en citer quelques-uns : les navigateurs Franck Cammas et Michel Desjoyeaux, Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille et Gérard Larcher, président du sénat. « L’essentiel est qu’ils conservent le souvenir des vins de Scherwiller dans leur tête et qu’ils en parlent dès qu’ils en ont l’occasion… »

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