Vigne

Publié le 29/01/2019

À Dambach-la-Ville, Anne-Rose, Michel et Ronan Silber s’appliquent à travailler leur surface de manière rationnelle. Améliorer la part des ventes en bouteille est le prochain défi à relever.

En 1996-1997, la réunion de l’exploitation de Michel Silber avec celle de son beau-père propulse la surface de la nouvelle entité à un niveau confortable : 16 ha, étalés entre Itterswiller et Scherwiller. Il subsiste de cet épisode deux sites distants d’une grosse centaine de mètres. « Tout était en double. La simplification des installations s’est vite imposée » se souvient Michel. La réception des raisins et la vinification sont maintenues dans les bâtiments situés dans la rue adjacente. Les vins finis sont ensuite ramenés en citerne de 30 hl sur le site qui a pignon sur la rue principale pour y être embouteillés, étiquetés, stockés et vendus. « C’est de la manipulation en plus, mais nous n’avons pas trop le choix » confie Michel. À l’époque, il hérite aussi de vignes larges, les premières enherbées dans le secteur à avoir été plantées à deux mètres. Cela convient à Michel, comme à Ronan qui a rejoint le domaine comme salarié en 2008 et associé en 2013. « C’est un vrai rang enherbé où nous prenons plaisir à travailler un peu plus rapidement qu’ailleurs. Le tracteur ne roule pas sur de la terre, mais sur de l’herbe ». Père et fils adaptent en fonction du type de sol les espèces d’un mélange de graminées, de pois et de luzerne qu’ils sèment tous les rangs dans les vignes de 2 m, et un rang sur deux si l’écartement n’atteint que 1,75 m. « Le semis, c’est plus facile à maîtriser. Nous passons trois fois le girobroyeur à largeur variable. Nous sommes certains de pouvoir rouler. Nos vignes absorbent plus de soleil. Nous ne remarquons pas de différence qualitative » argumentent-ils. Ils désherbent le cavaillon au glyphosate et envisagent une solution mécanique pour préparer son interdiction effective. Ils taillent sylvaner et muscat sur une arcure, les autres cépages sur deux. Ils encadrent la fleur avec un systémique. Ils ont ainsi traité cinq fois en 2018, six fois en 2017. Avec leurs deux pulvérisateurs, traîné de 500 l et porté de 300 l, ils ont besoin d’une « grosse journée » pour passer partout. Ils visent les 70-80 hl/ha et récoltent 80 % de leurs vignes avec leur propre machine à vendanger traînée. « C’est souple d’utilisation. Nous pouvons récolter des bouts de parcelle. Si ça ne suit pas au pressoir, nous arrêtons. En 2018, nous avons travaillé de 6 h à midi pour rentrer une vendange la plus fraîche possible. Entre matin et après-midi, l’écart de température des jus peut atteindre près de 10° » explique Ronan. Des vins finis dès janvier Les viticulteurs chargent leurs deux pressoirs pneumatiques de 35 hl pour des pressées de trois heures jusqu’à 1,8 bar pour la plupart des cépages. En fin de journée, ils montent à six heures avec du muscat, du sylvaner, voire du gewurztraminer. Les jus refroidis entre 7 et 10° sont sulfités, enzymés, levurés, débourbés en une nuit avant de les laisser fermenter entre 18 et 20° pendant environ trois semaines avec leurs bourbes filtrées. « Notre objectif est de produire des vins structurés, gastronomiques, réguliers en qualité. Dans le même temps, nous voulons avoir dès janvier, des vins collés, filtrés, prêts à la mise » indiquent Michel et Ronan qui vendent deux tiers de leur production en vrac. « Nous disposons de lots importants d’une qualité irréprochable qui remplissent un semi complet en une fois. C’est apprécié de nos acheteurs. Cet atout nous a toujours permis de trouver des acquéreurs. Mais la campagne qui démarre est très incertaine ». Les associés se félicitent de travailler en totale autonomie, sans l’intervention d’un prestataire, y compris pour le crémant. « Cela se répercute favorablement sur le prix de revient du kilo de raisin, du litre de vin, de la bouteille. Nous nous contentons d’une analyse avant la mise. L’œnologue passe seulement pour déguster. Je pars du principe que si mon nom figure sur l’étiquette, je suis censé savoir comment vinifier. J’endosse sans problème cette responsabilité » déclare Michel. En s’investissant autant à la production et à la transformation, il reste peu de temps pour la vente en bouteille. C’est le domaine d’Anne-Rose, qui se partage entre son bureau et le caveau qui le jouxte. L’atout de l’endroit, c’est d’être quasiment le premier quand on pénètre dans l’enceinte fortifiée de Dambach par le bas de la ville. L’emplacement fleuri en été, éclairé en hiver, génère du passage. Anne-Rose parle couramment anglais et allemand. Le caveau écoule deux tiers des bouteilles. Les particuliers forment sa clientèle privilégiée, là, ainsi que sur deux marchés de Noël et une opération portes ouvertes dans une exploitation agricole. Dix restaurants en Alsace et en Moselle complètent cette clientèle. « Les difficultés à venir sur le vrac doivent nous inciter à vendre plus en bouteille. La moitié serait déjà bien » anticipe Ronan. Cette perspective pourrait passer par l’embauche à moyen terme d’une personne dédiée au développement commercial.

Publié le 17/01/2019

Les boutiques des cavistes sont un débouché pour un peu plus de 2 % des vins d’Alsace. Ces professionnels sont attachés à des Alsace typés sec. Cinq d’entre eux expriment ici leurs attentes.

A Strasbourg, l’Art du vin ne peut décemment se priver de vins d’Alsace. « Beaucoup de touristes nous en demandent » déclare Xavier Iung, en poste depuis dix ans chez ce caviste indépendant. Les grands crus forment la colonne vertébrale de l’offre. « Nous ne voulons pas de vin standardisé. La diversité des terroirs est une richesse que nous voulons mettre en avant, comme le millésime. Chaque année donne des vins différents et c’est tant mieux » poursuit Xavier. Il sélectionne les vins lors de portes ouvertes ou mieux, lors de salons. « Le caractère sec est un critère. Mais en fonction de l’acidité, j’accepte qu’un riesling présente de 5 à 10 g de sucre résiduel ». Le prix est un garde-fou. « Les Alsace retenus ne dépassent pas les 30 €/col sauf pour les fêtes ». D’année en année, le magasin conserve environ 60 % de sa gamme. « Les clients qui veulent de la nouveauté, le viticulteur qui monte ou le domaine qui vient d’être repris par la nouvelle génération sont les éléments qui peuvent ouvrir un chemin vers une place en rayon forcément limitée. En fin de circuit, une rotation de deux à trois semaines est idéale : elle permet d’avoir une recette avant le paiement légal à trente jours ! « Je connais bien les Alsace. J’ai obtenu mon BTA à Rouffach et j’ai passé les diplômes de dégustation du Civa » enchaîne Johan Valleton, de la cave Les Domaines à Nancy. Ce fan de riesling recherche des Alsace « minéraux », « tendus », « gustativement secs ». « L’Alsace a beaucoup progressé dans ses pratiques viticoles. La culture bio ou biodynamique magnifie les terroirs. A 30-40 €/col on peut s’offrir ce qui se fait de mieux » estime Johan. Cela dit, « dans la tête des gens, l’Alsace reste un vignoble très compliqué. Sans pictogramme, ils sont encore davantage perdus. Chaque producteur devrait indiquer la sucrosité de son vin sur l’étiquette. La dose de sulfites peut être un renseignement complémentaire. Les consommateurs deviennent demandeurs ». Les Domaines privilégient le partenariat avec des vignerons indépendants. « Notre relation de confiance nous engage sur un volume non contractuel et nous y restons fidèles » résume Johan. Depuis 2012, il ne manque aucune édition du salon Millésime Alsace qui lui permet de découvrir « un maximum d’opérateurs ». Les Domaines les invitent aussi en Lorraine chaque troisième week-end d’octobre aux Rencontres œnologiques à Pont-à-Mousson. Trois milles personne défilent en deux jours et demi devant une cinquantaine de viticulteurs venus présenter leur propre vin. La différence est qu’il est sélectionné par le caviste (et non le producteur). « Le client décide d’acheter ou non en sortant » précise Johan. Chaque édition accueille deux ou trois domaines alsaciens. Rosé d’Alsace contre côte de Provence A Lyon, Le pressoir n’a pas changé un iota à la formule qu’il a inauguré à son ouverture en 2004. « Je travaille avec un seul fournisseur alsacien, toujours le même. Son tarif est compétitif » indique le sommelier, Nicolas Gerbe. « Je mets régulièrement ces vins en avant, été comme hiver. Le rosé fait joliment contrepoids à un côte de Provence. Avec lui, j’ai créé l’étonnement. Sa rotation est bonne. Le pinot noir léger vinifié en cuve inox passe bien sur les raclettes, le saumon ou le thon. On revient en racheter ». Son partenaire ne l’a « jamais déçu », mais en y réfléchissant, « il y a un travail à faire sur la sucrosité, entrées de gamme comprises. Je vends plus de riesling et de pinot blanc que de pinot gris, qu’il faudrait passer de demi-sec en sec, et de gewurztraminer qui gagnerait à descendre de moelleux à demi-sec. Mais je ne veux pas m’immiscer dans les choix de vinification, sinon je contribue à uniformiser l’offre ». Il apprécie l’apparition depuis peu d’une échelle de sucrosité sur l’étiquette de son fournisseur. En revanche, rentrer une bouteille d’Alsace dans un carton cadeau à plat de six cols, reste un problème. « L’Alsace est la seule à dépasser. Je dois donc proposer une autre origine. De l’Alsace en BIB ne me dérangerait pas. Bien d’autres vignobles prestigieux conditionnent leur vin comme ça ».   « L’Alsace possède de beaux terroirs et produit de beaux vins. Mais nous en vendons au compte-gouttes toute l’année, un peu plus pour les fêtes. La région doit faire un effort de notoriété » souligne Thomas Allaria, de l’enseigne les Vins gourmands à Lille, avant de poursuivre. « Nous écoulons dix fois plus de vins de Loire. Il est vrai que nous en référençons plus de dix domaines contre deux réguliers en Alsace. Les accords en Loire paraissent plus faciles à notre clientèle. Ce sont aussi des vins un peu moins cher. Un sauvignon démarre à 5 € ». Pour l’Alsace, la demande spontanée est « rare ». Thomas doit donc « l’accompagner ». Les clients recherchent des vins secs. Il y a deux ans environ, l’enseigne a cessé de travailler avec un viticulteur bas-rhinois. « Son riesling était trop sucré. En fait, c’est toute sa gamme qui n’allait plus » glisse Thomas. Un domaine haut-rhinois l’a remplacé. « Seul l’un de mes deux fournisseurs principaux fait figurer une échelle de sucrosité sur l’étiquette. Ce serait bien que le second s’y mette aussi ». Un peu curieusement, le gewurztraminer constitue la première vente d’Alsace en grillant assez fréquemment, aux dires de Thomas, la politesse pour l’apéritif à un côte de Gascogne. Le crémant vendu en carton de six, est aussi sur une bonne dynamique. Installé en centre-ville, fréquenté en permanence, le magasin n’invite pas ses fournisseurs à animer ses rayons. « Mais si quelqu’un se propose, il est le bienvenu » rigole Thomas.

Le millésime 2018 vu par les œnologues

La patience, clé de réussite du millésime

Publié le 14/01/2019

Pour réussir le millésime, il fallait patienter, ne pas trop tenir compte des sucres, et attendre que la maturité phénolique s’accomplisse. La patience a été récompensée.

Il y avait un peu plus d’une centaine de vins à déguster cette année au « speed tasting » des œnologues. La dégustation se tenait à la Maison des vins d’Alsace le 13 décembre dernier. Une dizaine de maisons, coopératives, négoces ou indépendants avaient soumis l’ensemble de leur gamme à une dégustation à l’aveugle, à laquelle ont pris part une quinzaine d’œnologues d’Alsace. Les échantillons sont rassemblés par cépage. Chaque dégustateur glisse dans l’urne le numéro du vin qui lui a plu. Aux termes de la dégustation, les résultats sont dévoilés. Parmi les vins préférés, aucun n’est particulièrement ressorti, traduisant un millésime homogène, ce qui tord le cou « à certains préjugés selon lesquels la qualité du vin serait en lien avec l’appartenance à telle ou telle famille professionnelle », a introduit Carole Keller-Lefebvre, présidente des œnologues d’Alsace. Après une période végétative climatiquement très contrastée, « une bonne base printanière puis la sécheresse extrême qui a notamment exposé les secteurs de Colmar, nous avons un millésime à deux facettes », observe Francis Klee. D’un côté la qualité sanitaire parfaite, de l’autre les rendements, et quelques inquiétudes sur de potentielles dilutions qui auraient pu en résulter. « Or il n’en est rien », souligne l’œnologue de Katzenthal. Au final, « nous avons des gewurztraminers épicés qui admettent très bien le rendement ». Peut-être parfois « les fraîcheurs sont un peu légères » liées au « flétrissement en plaine », mais les vins présentent « beaucoup de fruit. Et en coteaux, tous les paramètres sont au rendez-vous ». Même sentiment chez Wolfberger, avec une cuve de 2 200 hl de gewurztraminer, bien notée à l’aveugle, maîtrisée en fraîcheur, alcool et sucres résiduels : « Les maturités et l’état sanitaire nous ont permis de rechercher de l’extraction sans risque de provoquer de la verdeur », confirme Jérôme Keller. « Un millésime où chaque cépage s’est exprimé » Au terme de quelques semaines en chais, exit donc les craintes de stress et d’excès d’alcool : « C’est un millésime où chaque cépage s’est exprimé. Mes préférences vont vers les sylvaners frais et charpentés », indique Carole Keller-Lefebvre. Un pinot noir d’une maison d’Orschwihr, macéré 10 jours avec un quart de grappe entière, dont 4 jours à froid à 8 °C, est bien ressorti. Un autre pinot noir de jeune vigne massale à Eguisheim, très mûr, avec une macération finale à 32 °C et élevé en demi-muid, a également été bien apprécié. À l’instar de l’ensemble de la profession viticole, l’irrigation fait débat : « Si les rieslings de la Harth ne sont pas irrigués, on aura des problèmes », estime Jérôme Keller. « Il faut tenir compte du fonctionnement organique des sols », fait observer de son côté Sylvain Kamm, œnologue pour Bestheim. Une des clefs de la réussite de ce millésime était la patience, d’autant mieux récompensée que l’arrière-saison a préservé l’état sanitaire impeccable : « Les vins n’ont pas gagné en alcool mais après dix journées de prolongation, c’était le jour et la nuit », indique Nicolas Secondé, œnologue d’Arthur Metz. « L’effet stress hydrique s’est estompé sous l’effet de la fraîcheur. La pellicule s’est affinée, les vins ont gagné en complexité et en gras. » De l’avis général des œnologues, au début des vendanges, « les maturités en sucres affichaient de l’avance, mais les tanins n’étaient pas mûrs ».

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