Vigne

Christophe Monnoyer, concepteur d’étiquettes

« Dans la peau du vigneron »

Publié le 03/12/2018

Entretien avec Christophe Monnoyer, concepteur, graphiste d’étiquettes de vin, à Epfig. Et auteur d’étiquettes à succès.

« Mes clients vignerons font de la bouteille et vendent du vrac. Mais le vrac se casse la figure. Ça ne rapporte plus rien, donc il faut trouver des solutions. Il faut vendre plus de bouteilles. Or le vigneron classique n’est pas un commercial. Pour l’aider à vendre, il y a des outils. Des portes d’entrée papier ; et des solutions virtuelles et réseaux pour lesquelles les vignerons sont plutôt très démunis », analyse Christophe Monnoyer. Le magasin et atelier de céramiques Coup de cœur à Epfig, à côté l’église, abrite dans l’arrière-boutique l’agence de création Magnolia. La décoration, la disposition des poteries, le magnifique kachelofe dans le coin ne laissent aucun doute sur le sens artistique et esthétique de ses occupants. Christophe Monnoyer et son épouse Muriel Grosz, artiste céramiste, ont élu domicile en ce lieu pour laisser libre cours à leur créativité. Un lieu où chaque chose revêt un sens particulier et raconte une histoire. C’est aussi dans cet esprit que travaille Christophe Monnoyer à qui, nombre de domaines viticoles alsaciens ont désormais confié le soin de co-concevoir leurs étiquettes. Une deuxième lecture En 2007, il change radicalement de branche et fonde son agence, se forme aux logiciels de graphisme, à la photographie. Pour le reste, les prédispositions artistiques de ce dessinateur au regard bleu perçant d’un Henry Fonda et ses capacités à comprendre et ressentir les aspirations des vignerons lui ouvrent très facilement les portes de la viticulture alsacienne. Pour laquelle il propose des chartes graphiques pour étiquettes, dépliants, kakémonos, enseignes, tarifs, entêtes, et plus largement des logos, etc. « Le travail de création peut durer un an. Soit on travaille sur une cuvée, soit sur toute la gamme. » Une année au cours de laquelle Christophe Monnoyer prend le temps de nouer une relation, de comprendre le vigneron, de partager les inspirations, de coucher sur papier les représentations mentales : « Ils ont des idées, des ressentis, ils voyagent. Il faut plusieurs mois de gestation pour que l’idée se construise. Ce qui est important, c’est d’échanger avec le vigneron. Car il faut que l’étiquette soit à son image. » Cette capacité d’échange, Christophe Monnoyer l’a acquise pendant les 20 années durant lesquelles il a travaillé comme commercial pour une industrie. 20 années pendant lesquelles il a « appris à écouter les clients ». « En deuxième lecture », très souvent, ses étiquettes font allusion à une anecdote qui renvoie au trait de caractère du vigneron. Exemple avec un gewurztraminer de macération, de teinte orangé soutenue, que Christophe Lindenlaub appelait « son fanta orange » : « On l’a appelé éléphanta orange ». Le comble pour un vigneron bio de faire référence à une célèbre boisson du groupe Coca-Cola. L’étiquette, un brin décalée, évoque la personnalité du vigneron qui ne se prend pas au sérieux, même pour un gewurztraminer proposé à 24,50 €, en pleine réussite commerciale. Autre exemple : la gamme de vins du jeune vigneron Louis Maurer. « Son épouse Gwénolé me disait qu’il est toujours dans la lune et à vélo. Le pictogramme qui se balade sur les étiquettes est devenu la signature. » D’autres vignerons se présentent avec « des idées très précises. Là, je n’ai pas beaucoup de travail. » Exemple avec Catherine Riss, « venue avec Julien Kuntz, dessinateur humoristique et sarcastique, et ses dessins ». Pour Fabienne et Jean-Louis Mann, c’est différent : « On a cherché les œuvres d’un artiste qui correspondait bien à la personnalité du vigneron. Ils sont entrés en contact avec l’artiste, Sébastien, lui ont envoyé les vins et il leur a fait deux tableaux. » Finalement, « on ne vend pas, mais on propose des solutions », résume Christophe Monnoyer.

Publié le 30/11/2018

Étienne Brandt invente des histoires merveilleuses. Il les raconte toute l’année, à Noël, mais aussi en été. Il s’est associé à Didier Christen pour les mettre en chants et en musique.

Avez-vous déjà entendu le blues ou la valse des bredeles ? Non ? Alors rendez-vous au marché de Noël de Barr l’un des trois premiers week-ends de décembre et vous aurez toutes les chances d’y croiser Étienne Brandt flanqué de Didier Christen. Le premier est accompagnateur conteur, le second se présente comme musicien de rue. Ils improvisent, mélangent mots, chants et musiques en donnant rendez-vous à heure fixe (1) dans la grotte aménagée dans la cour de l’hôtel de ville ou en déambulant sur le marché de Noël, leur « laboratoire pour expérimenter des ambiances ». À Barr donc, Étienne parle des bredeles. L’idée de les placer sous les feux de la rampe lui est venue il y a quatre ans en voyant une dame qui affirmait déguster les « gâteaux » qu’elle venait d’acheter. Blues et valse, tout comme le « Bredele un mannala hop » qui donne la recette de ces biscuits, ont été composés dans la foulée. Étienne démocratise cette culture en la faisant propager par les « Bredeles Sänger », des chorales éphémères qu’il constitue sur le marché avec les personnes présentes qui se prêtent au jeu. « J’adore lire. J’aime les histoires. Il me suffit de voir un dessin de Gustave Doré pour qu’il m’inspire un scénario. Je chante des histoires en m’appuyant sur des mélodies que tout le monde connaît. » confie Étienne. « Étienne bouillonne d’idées. Il possède une force de persuasion qui retient l’entière attention du public » dit de lui Nicole Gunther, adjointe au maire de Barr, qui le missionne pour ses prestations. « L’important n’est pas la source des histoires. C’est la manière avec laquelle vous les racontez » poursuit Étienne. « Quand on lance un conte en l’air, on ne sait jamais dans quel cœur il atterrit. Et pour les gens, c’est une façon de retomber en enfance. Ce n’est pas juste une prestation, c’est du partage ». Exhausteur de goût Un autre temps fort des activités d’Étienne a lieu l’été. La « balade contée à travers le vignoble » a été créée en 2017. Elle est gratuite pour les participants. Elle a lieu en semaine, à partir de 19 h, fin juillet. « Un flûtiste et un violoncelliste m’accompagnent. J’ai trouvé un circuit avec des points de vue vers le château d’Andlau, la plaine, près d’une croix. Pendant que le groupe marche, je l’entraîne à reprendre le refrain du « vigneron qui monte à sa vigne ». L’air s’y prête bien quand on gravit les pentes du Kirchberg » détaille Étienne. Sur son épaule, il porte une houe, celle du père d’un de ses amis viticulteurs de Gertwiller. « Je montre comment l’on s’en servait. J’en ai ressenti l’usure en la maniant » souffle-t-il. En 2018, la balade a réuni quelque quatre-vingts personnes, des gens du cru mêlés aux touristes. Il y a cinq arrêts. Chacun est ponctué par une narration. « Les gens ne viennent pas pour marcher. Mais pour être dans une ambiance, pour rêver » note Étienne. Alors entre autres, histoire, il leur explique l’origine de la qualité du gewurztraminer, vin emblématique du vignoble de Barr. Figurez-vous que jadis, un elfe est tombé amoureux d’une jeune fille. Lui, ne peut atterrir. Elle, ne peut voler. Les larmes de chagrin de l’elfe pénètrent le sol. C’est ce qui explique que la vigne qui y pousse aujourd’hui peut donner naissance à de tels grands crus ! Les parents d’Étienne possédaient quelques vignes, aujourd’hui cédées. Adolescent, il y a travaillé. Aux vendanges, il donne toujours des coups de main. Il s’y connaît en taille, en travaux en vert, comme en cave. « Beaucoup de participants pensaient que j’étais viticulteur ! » s’amuse-t-il. Étienne parle de technique avec retenue, car ce n’est pas son objectif de voler la vedette aux professionnels de la vigne. Mais il n’oublie pas le vin, le fil rouge de ses histoires. Dès qu’il arrive à une halte, il sort de son sac la bouteille qui est née de ce terroir. « La balade agit comme un exhausteur de goût. Elle donne envie de goûter » affirme Étienne. Pas étonnant que la soirée s’achève sur une dégustation dans une grande salle de l’hôtel de ville. Trois domaines y sont conviés à présenter trois de leurs vins. Noëlle Bachert était de la partie l’été dernier. « Tout a été goûté. Le klevener de Heiligenstein et un assemblage de pinots blanc et noir complantés ont rencontré le plus vif intérêt » déclare-t-elle. En juillet dernier, il n’a pas fallu pousser beaucoup les participants, un verre à la main, pour qu’ils entonnent l’air du « vigneron qui monte à sa vigne ». De tels succès ouvrent la perspective d’une balade supplémentaire en 2019.

Bourgogne, chiffres et millésime 2017

De record en record

Publié le 28/11/2018

En attendant 2018, qui s’annonce « exceptionnel » selon Philippe Rossignol, président du syndicat viticole de Gevrey-Chambertin, c’est le millésime 2017 qui était présenté lors de la fête du Roi Chambertin, deux jours avant la « vente aux enchères des Hospices de Beaune ».

C’est le millésime 2017 qui était sous les feux de la rampe durant les festivités d’automne en Bourgogne. Se tenant traditionnellement la deuxième ou la troisième semaine de novembre selon le calendrier, elles donnent l’occasion aux domaines, maisons de vins fins et syndicats viticoles de présenter le millésime aux prescripteurs. Et se terminent par la célèbre vente aux enchères des Hospices de Beaune. En 2017, la Bourgogne a vinifié 1,50 million d’hectolitres (Mhl) répartis en 59 % de blancs, 30 % de rouges et 11 % de crémants, contre 1,22 Mhl l’année précédente, pour 29 400 hectares. Au chapitre de la conjoncture économique, 2017 est une bonne année pour la Bourgogne. Sur son cœur de gamme, en dix ans, les ventes de bourgognes en grande distribution ont augmenté de 40 % en valeur, tout en préservant les volumes vendus sur ce marché (Source Iri Symphony). Ses marchés d’export aussi progressent en 2017 : de 0,7 % en volumes et de 10,7 % en valeur. Ils représentent 49 % des ventes en volumes. Le chiffre d’affaires des vins de Bourgogne est estimé en 2017 à 1,74 milliard d’euros (Md€). Un chiffre d’affaires singulièrement freiné par le manque de disponibilités. En 2017, ses stocks ont régressé de 2 % par rapport au stock de fin de campagne 2016. Folles spéculations C’est dans ce contexte globalement favorable donc, que s’est déroulée la 158e vente aux enchères des Hospices de Beaune, où 828 pièces ont été proposées. Le total des enchères dimanche 18 novembre a atteint 14,2 millions d’euros (M€), dont 230 000 € pour les deux « pièces des Présidents ». Battant ainsi le record des 12,30 M€ l’année précédente. De même, le prix moyen pour une pièce (fût de 228 litres) s’est élevé à 16 850 €, en hausse de 19 % comparé à 2017. Toujours au chapitre des enchères, on peut citer le record atteint en octobre par deux bouteilles de Romanée Conti 45, l’une pour 596 000 dollars et l’autre pour 496 000 $. Le célèbre domaine bourguignon alimente d’ailleurs toutes les spéculations depuis le décès prématuré d’Henry Frédéric-Roch (56 ans), son cogérant, avec Aubert de Villaine. À l’heure où se profilent des successions, la valeur de DRC (Domaine de la Romanée Conti) serait estimée à 1 Md€, loin devant les 240 M€ mis sur la table par le milliardaire François Pinault pour l’acquisition du Clos de Tart en 2017. « Du jamais vu en 40 ans de métier » Loin des spéculations les plus folles, le syndicat viticole de Gevrey Chambertin organisait son traditionnel Roi Chambertin, soit la dégustation de 150 vins du millésime 2017, des crus, premiers crus, futurs premiers crus et du grand cru. Philippe Rossignol, président du syndicat, annonce pour 2018 « un millésime exceptionnel avec de hauts degrés, une maturité phénolique jamais atteinte et un état sanitaire parfait, du jamais vu en 40 ans de métier ». La nouveauté en 2018, ce sont les fermentations qui languissent avec des malo sous marc, « que l’on ne connaissait pas auparavant, et plutôt caractéristique des vins du Sud ». Les vendanges ont débuté vers le 8-10 septembre. « En ce moment ça se vend très bien, pourvu que ça continue », rapporte Philippe Rossignol qui cultive 7 ha « en famille ». Quant à 2017, « il sera un peu en retrait par rapport à 2016 ou 2018. C’était des vendanges précoces. » Parmi les crus du vigneron, le lieu-dit des Evocelles à côté des Champeaux, sur Brochon, en projet de classement premier cru.

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