Vigne

Niess Viti à Dambach-la-Ville

Affluence record dans les vignes

Publié le 02/04/2019

Beaucoup, beaucoup de monde lors des démonstrations Niess Viti à Dambach-la-Ville, mercredi 27 mars. Au programme, les outils de désherbage et d’entretien du cavaillon Clémens et les pulvérisateurs Lipco avec leur panneaux récupérateurs.

Les opérations « saison morte » chez Niess Viti ont été plutôt dynamiques, avec près d’une quarantaine de châssis Clémens et les outils adaptables pour le désherbage mécanique et l’entretien du cavaillon. Environ 200 vignerons et viticulteurs ont répondu à l’invitation de Gérard Jacquat et ses collaborateurs pour découvrir en action la panoplie d’outils Clémens, la lame Radius, les double disques émotteurs Rollhacke, les bineuses à doigts que Kress fabrique désormais spécifiquement pour Clémens, le tout monté sur les châssis  SB Compact, SB 2 ou Hexagon. Les vignerons cherchent désormais activement des solutions de substitution au désherbage chimique, souhaitées ardemment par la société civile pour des produits ludiques ou culturels, tel que le vin. Ce qui explique le succès rencontré par les équipes Niess Viti, qui répondent présent sur ce marché, accompagnées de Clémens depuis 2013. Manfred Niess toujours bien présent sur les manifestations ne pouvait que constater l’affluence énorme ce mercredi matin dans les vignes entre Dambach-la-ville et Blienschwiller. Au programme également, les pulvérisateurs Lipco, sans doute l’un des opérateurs les plus anciens du marché des pulvés à proposer des panneaux récupérateurs. Des pulvé extrêmement bien pensés agronomiquement pour limiter le tassement avec des double-essieux, des panneaux dont l’encombrement en tournière a été limité par un système de levage et bien sûr une efficacité de récupération qui confine le traitement. Sans doute l’une des solutions les plus envisageables dans les zones sensibles à proximité des habitations. Les panneaux Lipco récupèrent ainsi jusqu’à 70% des volumes en début de végétation et 40 % ensuite. Au point que certains viticulteurs proposent un aménagement avec les panneaux devant le tracteur et la cuve derrière pour plus de maniabilité… « On sait déjà faire avec le rognage.» Bref, les équipes Niess sur le terrain, sont bien décidées à accompagner les viticulteurs confrontés à de nombreux défis sociétaux et écologiques.

Bernard Angelras, président de l’Institut français de la vigne et du vin

L’agroécologie, sans les dogmes

Publié le 31/03/2019

Sous la présidence de Bernard Angelras, l’Institut français de la vigne et du vin accompagne la filière vitivinicole pour répondre au défi agroécologique. Mais l’institut de recherche appliquée contribue également à désamorcer certains dogmes sociétaux.

Vigneron bio en Costière de Nîmes, sur une centaine d’hectares, Bernard Angelras s’est fixé comme challenge, lors de son arrivée à la présidence de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), de « mettre en adéquation la recherche, l’évolution et les attentes sociétales ». Des attentes qui « évoluent fortement » et qui imposent à la viticulture et ses pratiques des défis énormes « pour en tenir compte ». Car le vin n’est plus un produit de première nécessité et, de moins en moins, un produit de consommation courante. C’est donc acté, « la viticulture doit évoluer », mais pas à n’importe quel prix. « On doit être capable de démontrer que des choses sont faisables et d’autres pas », tempère Bernard Angelras, face à un consommateur dont les exigences relèvent parfois ou souvent du « dogme », estime-t-il. « La dernière fois, je suis intervenu devant un groupe de consommateurs qui ne comprenait pas qu’on continue d’utiliser des produits phytosanitaires. Le consommateur de bio pense souvent que c’est non traité : c’est faux. Les gens ne se rendent pas compte que les paysages sont entretenus et que, sans cela, ce serait des friches. » Aussi inéluctable soit-elle, l’évolution agroécologique demandée par la société requiert « du pragmatisme car on est vite rattrapé par les réalités », prévient Bernard Angelras, qui fait part de son expérience personnelle. « Je mettais des fleurs dans les vignes, parce que je trouve que c’est joli. D’ailleurs, certains n’ont pas compris cet enjeu de paysage pour un produit tel que le vin. Mais, qui dit fleurs, dit abeilles, dit contraintes sur les insecticides. D’abord l’Anses* nous a dit : impossible de traiter en journée, et aujourd’hui on nous dirait : interdiction définitive de traiter, à cause des fleurs. » De tels paradoxes engendrés par les enjeux agroécologiques, la filière n’en manque pas : la bouteille lourde appréciée du consommateur, tout comme la suppression du glyphosate. Deux exemples que cite Bernard Angelras, parce qu’ils dégradent ou risquent de dégrader le bilan carbone de la filière. Faire de la pédagogie « Il faut faire de la pédagogie », explique-t-il sur un ton offensif. « Quand j’ai été élu, j’ai dit que nous devions être le bras armé de la filière. » Le président de l’IFV voulait-il dire : soumettre les scientifiques de l’IFV aux besoins du syndicalisme et autres corporatismes ? « On n’est pas des défenseurs de lobby, prévient-il. On se cantonne sur le concret. Et, il n’était pas normal qu’on se passe des compétences des chercheurs de l’IFV. » Un « réseau de compétences important et d’ingénieurs déployés sur les territoires », souligne Bernard Angelras, riche de « ses échanges inter-régionaux ». La recherche appliquée à l’IFV est le lien entre la recherche fondamentale et le vigneron, précise-t-il. Exemple de travaux de recherche appliquée : le programme de testage des variétés résistantes de l’Inra. Autre pédagogie : celle des signes de qualité. La loi EGAlim impose la certification environnementale des exploitations. « Les certifications paraissent lourdes, mais une fois qu’on y est ça roule. Il faudra cependant tenir compte de la valorisation. Et il faudra l’expliquer au consommateur. » Qui paradoxalement demande toujours plus d’environnement sans être prêt à financer l’effort demandé… « On ne peut plus se contenter de l’agro, souligne Bernard Angelras. Il faut aller de l’agro à la bouteille, et de la bouteille au consommateur. C’est une chaîne ! » Mais le président de l’IFV se dit optimiste : « Se remettre en question, c’est bien ».   Lancement officiel du Guide de sensibilisation à la certification Haute Valeur Environnementale en viticulture sur le stand du ministère de l'Agriculture, en présence du ministre Didier Guillaume et des représentants de la filière vins.https://t.co/00SJuU7AVh #HVE #Vin #vigne pic.twitter.com/yGiAek92Zi — IFV (@vignevinfrance) 28 février 2019 * Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

DRM et autres tracas administratifs

Séance de psychothérapie collective à Andlau

Publié le 27/03/2019

« Ras-le-bol, ridicule, ça suffit, bug syndical, limites atteintes, manque d’interfaces entre administrations… » Les vignerons se sont exprimés sur la réforme de la Déclaration récapitulative mensuelle (DRM) et autres tâches administratives le 12 mars à Andlau. Au-delà, c’est le modèle du vigneron vendeur de vin en direct qui est selon eux « en train de mourir ».

C’est « la pire crise viticole depuis 40 ans », estiment certains. Une pétition en ligne, pour dénoncer la complexité administrative de la Déclaration récapitulative mensuelle (DRM) liée à la multiplicité des appellations-cépage, a incité des jeunes vignerons à organiser une réunion sur la charge administrative, dans le cadre du Grand Débat national. Une trentaine de vignerons se sont ainsi réunis le 12 mars à Andlau à l’initiative de Yann Durrmann et Denis Hébinger. Le premier a organisé le débat et listé plus d’une soixantaine d’obligations administratives : un tiers d’entre elles sont redondantes par manque de connexions entre les administrations et institutions du vignoble. Le second a mis en ligne une pétition sur le site change.org intitulée « Remise en cause de la réforme de la DRM », dont le texte a été rédigé par Jean-Pierre Frick. La réunion s’est tenue dans une ambiance lourde marquée par le suicide, le matin même, d’un vigneron à Bernardswiller, juste après avoir expédié 1 200 hectolitres de vrac. Trop de temps perdu et de complexité En introduction, Yann Durrmann prend l’exemple des dossiers d’aides FranceAgriMer à remplir en trois volets, le premier de 150 cases, le deuxième avec 200 cases et le troisième avec 330 cases : « C’est ridicule » ! Puis chacun s’est exprimé : « Un véritable ras-le-bol avec des formulaires et des formulaires », pour Richard Geiger de Bernardvillé. « La DRM est vraiment problématique », pour Louis Metz d’Epfig. « On est déjà surchargé, on est aidé des retraités et on n’a plus de possibilité d’embaucher étant donné la situation », reconnaît Évelyne Kientz de Blienschwiller. « Je cultive 13 hectares, j’achète des raisins, je vends 120 000 bouteilles. En quatre ans, on est passé d’une à deux personnes pour les tâches administratives et on n’y arrive toujours pas », explique Antoine Kreydenweiss d’Andlau. « Je suis double-actif, la Mutualité sociale agricole plus les Douanes, c’est devenu trop compliqué », exprime Stéphane Gassmann d’Andlau, appuyé par Céline Metz, viticultrice à Blienschwiller, en charge de la paperasse en plus de la vinification sur son domaine. Elle pointe les doublons et les aberrations entre le cadastre et les parcelles sur dossiers Pac. Luc Faller d’Itterswiller raconte qu’il a consacré une demi-journée à mettre au clair les problèmes de cartographie et qu’il passe tous les ans un certain nombre d’heures à corriger les erreurs de l’administration. Le comble est une lettre du contrôle Qualisud que Claude Moritz d’Andlau a reçue récemment : « Nous avons constaté une absence de non-conformité ». Selon Antoine Kreydenweiss, « parfois, il faudrait un traducteur de langage administratif ». Rires dans la salle… Des rires jaunes : « Ça suffit. On n’est pas des idiots ! », s’énerve Alexandre Carl de Dambach-la-Ville. Il raconte ces heures passées au téléphone à patienter pour des services en ligne… Quand ce n’est pas le service qui bug après deux heures de saisie, ajoute Évelyne Kientz. Angoisse d’être toujours à la limite de légalité La question des tâches administratives sociales irrite particulièrement : « Pour les vendanges, c’est devenu insupportable », s’écrie Marjorie Muller. « C’est difficile de tout connaître des lois sociales », ajoute Antoine Kreydenweiss. « Exemple avec un salarié qui ne vient que pour 4 heures de vendanges, soumis aux mêmes lourdeurs administratives : c’est vraiment inadapté », fait observer Florian Beck-Hartweg. Philippe Maurer d’Eichhoffen revient sur cette affaire d’un vendangeur qui de façon récurrente a joué sur les failles du système pour faire condamner des vignerons : « Ça révèle un bug syndical et un manque de soutien entre nous », estime-t-il. Car le sentiment qui domine, « c’est de se sentir toujours dans la limite de la légalité », étant donné la complexité des tâches administratives, soulève Philippe Maurer. Aux dépens de la famille… « Nous avons droit aussi à une vie de famille », clame Marjorie Muller de Traenheim. Quant à Gilbert Beck, vigneron préretraité à Dambach-la-Ville, il estime que ce sont ces difficultés qui ont découragé son fils de reprendre son domaine. … de la mobilisation syndicale… Il pointe également les défaillances du syndicalisme, notamment dans ce dossier de la DRM. Même analyse pour Frédéric Heitz de Mittelbergheim. Marie-Claire Borès de Reischfeld avait réclamé un audit « pour voir où on en est avec l’administration ». « En fait, le syndicat c’est nous ! On devrait se fédérer pour montrer que nos limites sont atteintes », estime Philippe Maurer. « Pour les déclarations parcellaires, j’ai décidé de ne plus me prendre la tête », indique Antoine Kreydenweiss. « Et pour quelles vendanges tardives ? », interroge Philippe Maurer, faisant allusion à la dévalorisation de ces vins liquoreux. La cause de ces « faiblesses, c’est le manque de temps pour faire de la présence syndicale », estime Gilbert Beck. Ces lourdeurs « posent un problème de démocratie, car ça nous est imposé », renchérit Éric Kamm de Dambach-la-Ville. … et du boulot ! « J’ai encore la chance que mon père soit là. Mais le jour où il arrêtera, je serai dans l’impasse » poursuit-il. « On ne peut même plus sortir dans les vignes avec ces lourdeurs », souligné Christophe Lindenlaub de Dorlisheim. Pour Gérard Goepp, vigneron à Heiligenstein, s’ajoute aux lourdeurs administratives, un prix du vrac qui ne rémunère plus le travail. Selon Denis Hébinger d’Eguisheim, « c’est bien le modèle du vigneron vendeur de vin en direct qui est dans la difficulté », à travers ce poids administratif que « seules les grandes structures peuvent assumer ». « On vit une crise. La conséquence est la fin de la vente directe sur la route des vins », estime-t-il. « Notre modèle s’éteint », confirme Yann Durrmann. « Ces deux dernières années sont les pires de mes 42 années de carrière de vigneron », lance Claude Moritz. En cause, « le millefeuille administratif. Et la DRM, c’est la goutte de trop », de surcroît jugée « inutile ». « Je ne sais pas si l’État se trouvera plus renseigné qu’avant, avec cette DRM. Quoi qu’il en soit, ça va nous foutre dedans », s’alarme-t-il. Il dénonce également les téléprocédures gamma nécessaires pour expédier 18 bouteilles pour Prowein. « C’est déjà 2 heures de travail avant même d’avoir cherché à vendre le vin, quand nos voisins allemands ou autrichiens l’ont déjà vendu. » « Tout ce temps consacré à l’administratif : on serait plus efficace à le passer à vendre », pointe Claude Hauller de Dambach-la-Ville. « On traverse une très mauvaise passe, reconnaît-il. Et ce n’est pas la DRM qui va nous faire avancer. » D’autant « qu’on n’est pas bureaucrates », ajoute Jérôme Brandner de Mittelbergheim. La simplification possible ? Pour Frédéric Hansmann, de la même commune, « les redondances seraient pourtant faciles à supprimer ». Il ajoute avoir eu un entretien avec les services des Douanes « qui disent se satisfaire des mentions blanc, rouge, effervescent ». « Oui ! Les Douanes s’en contenteraient », affirme Christophe Bleesz. D’où l’incompréhension. Pour Florian Beck-Hartweg de Dambach-la-Ville, ce sont en réalité « les vins d’Alsace qui doivent se réinventer ». Attention cependant, « ce n’est pas la dématérialisation qui est en cause, et qui en réalité simplifie les démarches », précise Christophe Lindenlaub. Le problème vient de la multiplicité des codes générés par les cépages, une spécificité alsacienne, qui fait que cette réforme de la DRM est plutôt bien vécue dans les autres appellations, mais très mal ici. « Certaines tâches administratives pourraient être adaptées aux petites structures, qui pourraient en être exemptées », reprend Florian Beck Hartweg. Quant à Antoine Kreydenweiss, il identifie un « manque d’interfaces » entre les administrations. Entre autres exemples : la DEB et la TVA. Ce qui le fait sortir de ses gonds, c’est le slogan : « Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout ».

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