Vie professionnelle

Place Gutenberg à Strasbourg

Le miel d’Alsace plein pot

Publié le 31/10/2019

Samedi 2 et dimanche 3 novembre, à Strasbourg, une dizaine d’apiculteurs professionnels mettra en avant le miel d’Alsace. Ou plutôt les miels d’Alsace bénéficiaires d’une IGP depuis 2005.

Dans la famille des miels d’Alsace, il y a le miel de fleurs, d’acacia, de tilleul, de forêt, de châtaignier et enfin le miel de sapin. Pourvu qu’ils proviennent de ruches installées en Alsace et qu’ils respectent un cahier des charges spécifique, ils peuvent prétendre à l’indication géographique protégée (IGP) Miel d’Alsace. Décerné en 2005, ce signe de qualité garantit à la fois l’origine du produit et sa composition. Les 13 producteurs réunis dans l’organisme de défense et de gestion (ODG) Miel d’Alsace sont soumis à des contrôles réguliers d’un organisme indépendant, à raison d’un contrôle annuel au moins. Leurs miels subissent différentes analyses : une analyse au microscope des pollens présents, une analyse physico-chimique et une analyse sensorielle afin de garantir la typicité de leurs produits. En contrepartie, ils peuvent afficher sur leurs pots le macaron jaune et bleu caractéristique de l’IGP. Et brandir bien haut le slogan : « Miel d’Alsace certifié : un miel qui n’a rien à cacher ». Une année 2019 difficile La production de miel d’Alsace certifié - comme celle du miel en général - fluctue de manière importante d’une année à l’autre. C’est ainsi qu’après une année 2018 abondante, la saison apicole 2019 s’avère décevante : les conditions climatiques du printemps et de l’été ont pesé sur les volumes récoltés. Les 60 à 200 tonnes de miel IGP produites annuellement ces dernières années par les membres de l’ODG, tous producteurs professionnels, ne représentent qu’une part du miel produit en Alsace. Et qu’une toute petite part du miel consommé dans la région. C’est pour sensibiliser les consommateurs aux qualités de leurs miels que les membres de l’ODG ont mis sur pied une fête du miel. Celle-ci se déroulera les samedi 2 et dimanche 3 novembre sur la place Gutenberg à Strasbourg. Une petite dizaine de producteurs se relaiera durant ces deux jours pour faire connaître les caractéristiques du miel d’Alsace. De 10 h à 19 h (18 h le dimanche), un marché de producteurs côtoiera des stands d’associations partenaires et une exposition sur la vie dans la ruche. À 10 h 30 et 16 h 30, des ateliers permettront au public d’apprendre à goûter le miel. Une conférence sur la situation de l’abeille en Alsace est programmée les deux jours à 15 h. Elle sera précédée, le samedi, par une démonstration du graffeur Dan 23. Un stand de dégustation de gaufres et de crêpes est annoncé, ainsi qu’un food truck, qui assurera une petite restauration sur place.

Syndicat des distillateurs et liquoristes d’Alsace

L’esprit des distillateurs alsaciens gagne le centre-ville

Publié le 29/10/2019

Un vent de renouveau souffle sur la filière des eaux-de-vie alsaciennes avec le whisky comme clé d’entrée pour redécouvrir toute l’offre des Indications géographiques. L'événement Alsace in Spirit dans le centre de Strasbourg a rencontré un beau succès.

L’alambic de cuivre rutilant d’Yves Lehmann, rempli de marc de gewurztraminer, ne passe pas inaperçu. Ses effluves odorants de vapeurs fruitées et de réminiscence de vendanges titillent les narines. Il y a foule devant La Nouvelle Douane le 25 octobre. Neuf des dix distillateurs liquoristes d’Alsace ont répondu à l’invitation de leur syndicat pour animer l’opération Alsace in Spirit. Une dégustation ouverte permettant de présenter toute l’offre alsacienne d’indications géographiques : kirsch, quetsche, mirabelle, framboise, whisky d’Alsace et marc de gewurztraminer. « L’idée, c’est de dépoussiérer l’image des eaux-de-vie alsaciennes », résume Elsa Hagmeyer, porte-parole du syndicat. « Finalement, quand les gens dégustent nos eaux-de-vie, ils se rendent compte que ce n’est pas l’alcool à papi qui brûle », explique Régis Syda, le président. Whisky : clé de redécouverte des eaux-de-vie Mais pour que les gens fassent le premier pas, il faut un « fer de lance », quelque chose de nouveau qui suscite de la curiosité, c’est le whisky. « On suit la progression des bières craft, à deux chiffres. Il y a autant de marques de whisky qui se créent que de bières. Le whisky nous aide pour faire reconnaître nos produits, à aborder une nouvelle clientèle qui, en y goûtant, se dit ensuite : pourquoi pas une quetsche ou une framboise ? » Donc « les spiritueux alsaciens se portent bien, mais nous devons inlassablement communiquer, accompagner la consommation de conseils ». Pour casser les codes et souffler sur la poussière, le syndicat a fait appel à Hugo Togni, barman indépendant, globe-trotter qui arrivait tout droit du Japon et en partance pour Calgary au Canada. « Nous proposons des recettes mixées faciles à refaire chez soi. » Exemple : un verjus d’Ugni blanc (puisqu’il n’y a pas de verjus en Alsace), de la liqueur de sapin et du whisky. En amont, les distillateurs alsaciens ne manquent pas d’idées novatrices non plus. Willy Hagmeyer à Balbronn propose Wah, sans doute un des seuls whiskys élaboré à partir d’orge issue de sa propre ferme, maltée chez un micro-malteur à Lahr, brassée par Christian Artzner de la brasserie Perl, et finalement distillée et élevée à Balbronn. Le « Ouiski » de Yannick Hepp à Uberach se veut tout aussi novateur. Il vient de doubler son chai à barriques. Objectif : se lancer dans les whiskys d’âge. Quant à Yves Lehmann à Obernai, il sera bientôt rejoint par son fils, Florent, actuellement en Asie pour se roder au marché des spiritueux. Bref, les distillateurs alsaciens ont la pêche et ça se ressent…

Distillerie Hagmeyer à Balbronn

Une visite-dégustation au pied des alambics

Publié le 25/10/2019

Les 11 et 12 octobre, la maison Hagmeyer de Balbronn proposait une visite-dégustation dans son atelier de distillation. La déclinaison locale d’un événement national organisé par la Fédération française des spiritueux.

Plus de 50 maisons ont participé aux Visites privées organisées les 11 et 12 octobre à l’initiative de la Fédération française des spiritueux. Et parmi elles, la distillerie Hagmeyer, de Balbronn, proposait une visite-dégustation dans son atelier de distillation, au pied des alambics. Une visite animée par Elsa et Willy Hagmeyer. Au fil de cinq étapes, la fille et le père se passent le relais pour évoquer l’histoire familiale et les grands principes de la distillation. Cinq accords mets-eaux-de-vie, réalisés en collaboration avec le chef Cédric Kuster (restaurant La Casserole à Strasbourg) ponctuent la déambulation. Tout commence avec un whisky d’Alsace maison - une nouveauté - accompagné alternativement d’un tataki de bœuf aux piquillos et d’un sandwich de pata negra.     Devant les participants munis d’un verre à spiritueux, Elsa remonte le temps : les Hagmeyer, famille de paysans installés en polyculture-élevage à Balbronn depuis deux siècles, distillent pour leur consommation personnelle. À la fin des années 1960, le grand-père, Auguste, décide de commercialiser les eaux-de-vie fabriquées à partir des vergers familiaux pour ne plus subir les aléas du marché du frais. Il s’attelle à la tâche avec ses fils, André et Willy, qui développent l’entreprise en créant une SARL au début des années 1980. Christophe, le fils d’André, les rejoints dans l’entreprise en 1996 et dès l’année suivante un nouveau bâtiment est construit au cœur du village, abritant les installations nécessaires à la production, au conditionnement et la boutique de vente. Une décennie plus tard, l’achat d’une « fratrie » de quatre alambics de 400 litres chacun déclenche la construction d’un second bâtiment, situé route de Flexbourg à la sortie de Balbronn : le site est aujourd’hui entièrement dédié aux fermentations et aux distillations, précise Elsa Hagmeyer, dernière arrivée dans l’entreprise en 2014. Des paysans-distillateurs Les Hagmeyer tiennent beaucoup à leur identité de « paysans-distillateurs ». Ils cultivent une soixantaine d’hectares, détaille Willy Hagmeyer, dont 20 ha de vignes, 12 ha de vergers et 8 ha de fraises en libre-cueillette. S’y s’ajoutent des céréales cultivées en agriculture biologique, et notamment de l’orge qui sert à fabriquer du whisky ou de la bière. L’orge est envoyé dans une malterie à Lahr, et l’élaboration de la bière - baptisée l’Augustine - est confiée à la brasserie Perle à Strasbourg. Quant à la paille issue des champs de céréales, elle est utilisée pour couvrir le sol des fraiseraies. La boucle est bouclée et le verre se remplit d’un kirsch d’Alsace médaillé d’or à Paris en 2018 servi avec du saumon flammé au sel de sésame et un tartare de daurade. Dans les vergers, tous les soins apportés aux arbres concourent à la qualité des fruits, explique le distillateur. De la densité de plantation des quetschiers aux caractéristiques des cerises utilisées pour la distillation, en passant par les précautions prises pour récolter les poires, rien n’est laissé au hasard. « Il faut entre 5 et 6 kg de cerise pour faire une eau-de-vie », précise Willy Hagmeyer à une participante qui l’interroge sur la différence avec le « kirsch fantaisie », un spiritueux à base d’alcool de betterave désormais interdit. Au milieu des cuves de fermentation, Elsa Hagmeyer sert une baie de houx, accompagnée d’un bonbon à l’anguille fumée et d’un club sandwich de saumon fumé. La fermentation résulte de la transformation des sucres du fruit en alcool. « On utilise des levures sélectionnées pour faire démarrer les fermentations plus rapidement car les moûts de fruits sont sensibles aux bactéries. Lorsque la fermentation démarre, un chapeau se forme à la surface et les protège », explique la jeune femme. Pour la baie de houx, qui contient peu de sucre, le distillateur procède à une macération, à raison de 1 l d’alcool pur pour 5 kg de fruits : c’est ce mélange qui est distillé dans l’alambic. « On essaie de distiller au plus près de la fin de la fermentation, complète Willy Hagmeyer car on veut rester très fidèle au fruit. Quand on distille de la poire, on veut sentir la poire. » Une chauffe ou deux chauffes successives Le groupe se déplace vers la série de quatre alambics. Des Holstein, du nom de leur fabricant allemand installé près du Bodensee et connu mondialement. Comme les cuves, ils ont été achetés d’occasion. La distillation consiste à séparer les corps par différence de température d’ébullition. « On peut distiller en une chauffe - c’est ce qu’on fait pour la majorité des fruits - ou en deux chauffes successives, c’est le cas pour la poire et les marcs ». Le distillateur écarte les têtes et les queues, qui contiennent des éléments indésirables, pour ne retenir que le meilleur, c’est-à-dire le cœur de chauffe. Sa sélection requiert du savoir-faire : elle est d’autant plus difficile que le produit contient peu d’alcool. Le cœur de chauffe titre entre 65 et 75° : pour rester dans les degrés autorisés, il faut le rallonger à l’eau, ajoute Willy Hagmeyer. Le moment est bien choisi pour servir une framboise d’Alsace. Cette eau-de-vie a obtenu une médaille d’argent à Paris en 2019, précise Michèle Hagmeyer, son épouse. Ses arômes s’harmonisent avec un foie gras framboise-géranium et un baba choco-framboise, sortis tout droit de l’imagination de Cédric Kuster. La dernière étape s’achève autour d’une liqueur quetsche-gingembre, d’une linzertorte aux quetsches et d’un financier au gingembre. Elsa Hagmeyer dresse le portrait de l’entreprise Hagmeyer aujourd’hui : elle compte huit collaborateurs salariés ou associés, jusqu’à 20 saisonniers en période de récolte et produit l’équivalent de 35 000 bouteilles de 70 cl par an. Parmi ses 25 variétés d’eaux-de-vie, plusieurs bénéficient d’une IGP (indication géographique protégée), tels le kirsch, la mirabelle ou la quetsche d’Alsace. Le whisky, commercialisé depuis quelques semaines, représente un relais de croissance pour l’entreprise qui espère toucher un autre public que celui des eaux-de-vie de fruit. « Nous sommes sur un marché de niche. C’est pour cela que nous essayons de nous diversifier. » Dans le même esprit, la famille Hagmeyer a lancé il y a quatre ans son Amer Michèle, une liqueur à base de plantes macérées avec des écorces d’agrumes. Elle a aussi entrepris d’acheter du frêne pour en faire des merrains qui, une fois séchés, serviront à confectionner des tonneaux pour faire vieillir les eaux-de-vie blanches.

Pages

Les vidéos