Vie professionnelle

Publié le 24/10/2019

La ferme Lang, située à Buhl dans le nord du Bas-Rhin, fait partie du réseau Agrikolis. Celui-ci comprend des fermes servant de points relais à une grande enseigne de commerce à distance.

Cela faisait un moment que Kathia et Christian Lang, éleveurs à Buhl dans le nord de l’Alsace, réfléchissaient à une diversification. Vu l’évolution du prix du lait, ils se demandaient quelle activité pourrait compléter leur revenu sans empiéter sur les contraintes de leur élevage laitier. En lisant la France agricole, ils sont tombés sur une publicité d’Agrikolis. Ce réseau, alors en phase de lancement, est constitué de fermes servant de points relais pour la livraison et le stockage de gros colis (meubles, abris de jardin, appareils de fitness…) jusqu’à leur récupération par les acheteurs. « J’ai rempli le formulaire sur leur page d’accueil et nous sommes rentrés en contact », relate Kathia Lang. Les concepteurs sont en train de constituer le réseau dans le Nord et l’Ouest et envisagent de s’étendre dans le Nord-Est.     Les choses se concrétisent cet été. « Ils sont venus faire un audit pour vérifier si on répondait bien à leurs exigences », indique Kathia Lang. Pour pouvoir être référencé Agrikolis, il faut que la ferme soit accessible et qu’un camion de livraison puisse s’y garer en toute sécurité. Il faut aussi posséder des moyens de manutention pour pouvoir décharger les colis ou les palettes, ainsi qu’une surface de stockage couverte et sécurisée pour les entreposer. Dernière condition : être « suffisamment accueillant » pour traiter avec les clients lorsqu’ils récupèrent leur colis. Toutes les conditions étant remplies, la ferme Lang devient donc l’un des trois relais Agrikolis du Bas-Rhin. Pas de gros investissements Pour la famille Lang, cette diversification a l’avantage de ne pas nécessiter de gros investissements : tout juste l’acquisition d’un transpalette est-elle envisagée. Elle a un autre avantage. « C’est un moyen de rencontrer des personnes extérieures au milieu agricole, de les faire venir à la ferme. » Et de leur montrer que les agriculteurs proposent d’autres services utiles à leurs concitoyens, en dehors de la production alimentaire. Pour les clients qui ont commandé leurs articles par internet, la livraison en relais Agrikolis est aussi un atout : ils n’ont pas besoin de poser une demi-journée de congé pour réceptionner leur colis. Ils peuvent le récupérer après leur journée de travail, entre 17 h et 20 h. « La plupart des gens passent sur le trajet du retour à la maison. Nous avons des horaires attractifs par rapport à un relais colis ordinaire, qui ferme aux horaires de bureau », confie Kathia Lang, qui a ajouté au planning une tranche matinale trois fois par semaine.     L’adhésion au réseau Agrikolis a conduit la famille Lang à libérer un espace dans son hangar afin de recevoir les colis. « Le premier mois, on en a réceptionné une trentaine. On est livré deux fois par semaine, à jours fixes, et on sait, au plus tard la veille, le nombre de colis qu’on va recevoir », précise l’exploitante. Celle-ci est présente au moment des livraisons : elle vérifie le nombre et l’état des colis, elle valide ou non la livraison et elle scanne chaque colis. Les clients sont alors avertis de l’arrivée de leur commande au point relais. Kathia Lang est aussi présente au moment du retrait : ce qui l’oblige à quitter momentanément la traite. Si besoin, elle et son mari aident au chargement. Une contrainte dont elle était consciente dès le départ, et qui se révèle gérable. « Grâce à mon application, je sais quel jour le client vient chercher sa commande. Je la lui délivre sur présentation d’une pièce d’identité et contre une signature. La plupart du temps, en cinq minutes, c’est réglé ». Les exploitants sont payés quelques euros par colis. Un rayon d’environ 30 km En dehors des périodes promotionnelles, où l’activité connaît un pic, le nombre de colis est à peu près stable. Compte tenu de l’implantation du réseau dans le département, la ferme Lang couvre un rayon d’environ 30 km. L’ouverture à de nouveaux adhérents se fera de manière à limiter la concurrence entre les points relais, précise Kathia Lang. Elle est conditionnée au développement de partenariats avec d’autres grandes enseignes : car pour l’instant, Agrikolis fonctionne en relation avec Cdiscount, le leader français du e-commerce discount. Des pourparlers sont en cours avec d’autres enseignes.

Publié le 23/10/2019

La FDSEA et les JA du Bas-Rhin ont bâché les grilles de l’Hôtel du préfet à Strasbourg, mercredi 23 octobre. Une délégation a été reçue par les services de l’État. Les agriculteurs ont partagé leur colère et incompréhension, dans un contexte social de plus en plus tendu.

Une grande bâche noire tombe sur les grilles de l’Hôtel du préfet, dans le centre de Strasbourg. La soixantaine de manifestants tague leurs slogans. « Stop agribashing. » « Macron répond nous. » « Sauve ton paysan. » Deux semaines après avoir bloqué les autoroutes du département, les militants de la FDSEA et des JA protestent de nouveaux. Vers 11 h 30, leurs responsables rencontrent Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture. 1. Colère paysanne VS silence politique « Je m’étonne que nos élus ne montent pas au créneau pour nous défendre. » Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, porte là un des principaux messages des manifestants. Les agriculteurs se sentent abandonnés par leurs dirigeants face au dénigrement dont ils font l’objet de la part des activistes écologistes. Et vivent mal le silence des autorités à la suite de leur mouvement de blocage, le 8 octobre. « Faut-il mettre un bordel de dingue pour obtenir un petit discours de soutien de la part de nos élus », s’exclame Dominique Daul, président du canton de Truchtersheim. Selon eux, le gouvernement ne saisit pas l’état d’exaspération du monde agricole. « Il y a une énorme rancœur sur le terrain, avertit Dominique Daul. Je ne sais pas si j’arriverai à tenir mes gars beaucoup plus longtemps. » Traduction : les campagnes grondent et les paysans sont prêts à passer au stade supérieur de la contestation. Par ailleurs, les responsables agricoles mettent en garde contre l’escalade de violence dont ils s’estiment victimes. Campagnes d’affichage dans les rues contre les abattoirs, attaques sur les réseaux sociaux, fake news… « Aujourd’hui c’est sur internet, mais on ne sait pas où ça va s’arrêter, les fous ça existe », s’inquiète Franck Sander président du syndicat. Message reçu par Yves Séguy. Le secrétaire général de la préfecture le promet : « On va faire remonter ça. » Mais jusqu’où ? Au sommet de l’État à en croire le fonctionnaire. Il faudrait au moins ça pour calmer les agriculteurs. 2. Le fiasco de la loi Egalim Franck Sander s’impatiente. « Cela fait trois ans que le président a promis des revenus qui ne sont toujours pas arrivés dans les fermes. » Dans son viseur : le fiasco de la loi Agriculture alimentation. Issu des États généraux de l’alimentation, le texte devait rééquilibrer les relations commerciales entre distributeurs et producteurs. À la clé : un revenu décent pour les fournisseurs. Mais un an après sa promulgation, la loi n’a pas eu les effets escomptés. Même le ministre de l'Agriculture le reconnaît. « Le compte n’y est pas », a-t-il admis lundi dernier. La cause ? Les GMS (distribution) ne joueraient pas le jeu. Photo d’un étal de supermarché à l’appui, Julien Koegler dénonce la mise en concurrence permanente de produit français avec des aliments importés à bas prix. Pire. Les annulations de commandes seraient quotidiennes selon le président des JA. « En été, si la météo prévoit de la pluie, on nous appelle le mercredi pour annuler les salades car il n’y aura pas de barbecue le week-end », peste le jeune élu. Un comble. La loi promettait justement d’encadrer de manière stricte les annulations de dernière minute. Les syndicats réclament plus de contrôles. « En ce moment, je crois qu’il n’y a qu’un inspecteur pour tout le Grand Est », s’agace Julien Koegler. Comme une prémonition, lundi, la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé « 6 000 contrôles d’ici la fin de l’année » de la part de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Pour l’instant, le compteur affiche 3 500 inspections depuis le début de l’année. 3. ZNT et sangliers Les producteurs enragent contre le débat autour des zones non traitées (ZNT). Ces bandes de terres libres de tout traitement phytosanitaire à proximité des maisons. Sur le principe, les agriculteurs se disent ouverts à la discussion. Mais avec des limites. « Le gouvernement a soumis le sujet à consultation publique, rembobine Franck Sander. Résultat : on connaît la distance minimum mais pas le maximum. » Cinq mètres ? Dix ? Quinze ? Cent cinquante ? Son organisation refuse de débattre sans connaître la fourchette haute de ZNT qui pourrait être imposée. « Cela pourrait avoir de graves conséquences en Alsace, confiait récemment Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture. Beaucoup de vignes sont installées au milieu des villages. » Les militants demandent aussi de passer la vitesse supérieure sur la diminution du nombre de sangliers. Ils pointent du doigt l’ONF. L’organisme appliquerait mollement les accords passés avec la préfecture, la DDT et les syndicats agricoles. « On va les aider, assure Yves Séguy. Avec des battues s’il le faut. » Le sujet est d’importance. Les sangliers sont vecteurs de la peste porcine africaine. Contrôler leur population contribue à limiter les risques de propagation de l’épidémie.

Chambre d'agriculture d’Alsace

Un budget menacé

Publié le 10/10/2019

Lundi 7 octobre, les élus de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont reçu les parlementaires alsaciens pour leur présenter les conséquences du futur projet de loi de finances 2020 sur le budget de leur organisme. Si cette loi est votée en l’état, son budget sera sévèrement amputé.

Le Projet de loi de finances (PLF) 2020 prévoit une diminution de plus de 15 % de la Taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti (TATFNB). Le montant récolté par cet impôt au niveau national passerait de 292 M€ à 247 M€. Pour la Chambre d'agriculture d’Alsace, cela représente une baisse de budget de plus d'un million d'euros. Et la diminution fiscale sera insignifiante pour les agriculteurs. 30 à 40 € en moyenne par exploitation en Alsace. En outre cette diminution n’aura aucun impact sur le budget de l’État puisqu’il s’agit d’une taxe affectée en totalité au financement du fonctionnement des Chambres d’agriculture. D’où l’incompréhension des responsables professionnels agricoles face à cette mesure. D’autant qu’en 2015 déjà, la TATFNB avait subi une baisse de 2 % (160 000 € pour l’Alsace) concomitante avec un prélèvement sur fond de roulement de 1,5 M€ pour la Chambre d'agriculture d’Alsace. Les mesures nécessaires au maintien de l’équilibre budgétaire avaient été prises. Mais cette fois la pilule serait autrement plus difficile à avaler. D’autant qu’elle entraîne le risque d’un développement agricole à deux vitesses. Car avec un budget réduit, les services proposés par la Chambre d'agriculture aux paysans ne peuvent que s’amoindrir ou se renchérir. Dès lors, la transition vers l’agriculture écologique, voulue par la société, ne sera réservée qu’aux agriculteurs qui ont les moyens de se payer un accompagnement. Laissant les autres sur le bord du chemin. L'incohérence vire à la contradiction quand on met en perspective les lois Pacte et Essoc qui demandent aux Chambres d’agriculture de renforcer l'accompagnement des professionnel, et le PLF qui prévoit d’en grever le budget. 40 % de TATFNB en moins pour la Chambre d'agriculture d’Alsace Mais ce n’est pas tout ! Actuellement, les Chambres départementales ont obligation de reverser un minimum de 10 % de TATFNB à la Chambre régionale, en l’occurrence la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage). Le PLF prévoit une affectation de la TATFNB à l’échelon régional, en plafonnant à 70 % les reversements aux Chambres départementales d’agriculture, et en renvoyant à un décret futur les clés de répartition de la distribution. Or, le taux de TATFNB prélevé à l’intérieur d’une même région varie fortement selon les départements. Ainsi, rapportés à l’hectare de SAU, les montants prélevés (hors forêt) varient de 4,9 €/ha à 18 €/ha. En Alsace l’imposition foncière est historiquement élevée et les effectifs de la Chambre d'agriculture sont plus importants que dans les autres départements du Grand Est. Le risque est donc important de voir les moyens prélevés en Alsace être alloués ailleurs. Au-delà d’une question financière, il s’agit d’une remise en cause du fonctionnement des Chambres d’agriculture, fondé sur la proximité avec le terrain, afin de prendre en compte les spécificités des territoires. Soit, pour l’Alsace, la diversité des productions agricoles et viticoles, l’importance des circuits courts, des exploitations de petite taille, et les enjeux liés à la densité de population. Deux amendements ont été déposés par l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture afin de supprimer ces mesures. Les élus présents à cette réunion ont exprimé leur soutien aux responsables professionnels agricoles. Il leur a été conseillé de proposer des amendements de repli. Selon le député Antoine Herth (LR), une marche arrière est envisageable sur la diminution de la TATFNB de 15 %. Baisse qui pourrait passer à 10 voire 5 % selon les débats. Une information que confirme le député Vincent Thiébaut (LRM). Reste le sujet de la régionalisation de l’affectation de la TATFNB. D’après lui, « la réforme de la fiscalité locale en cours pourrait impacter la taxe foncière ». De quoi réjouir Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, qui défend une révision globale de la TFNB, « sur tout le reste des parts, pour arriver à une équité de la taxe partout en France ». Sourires des députés et sénateurs : la taxe foncière repose certes sur « des bases obsolètes », mais s’attaquer à sa réforme revient à « balancer une bombe à neutrons ». Du coup, c’est « imaginable pour un second mandat, pas pour un premier ».

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