Vie professionnelle

Publié le 15/12/2019

C’est en plein cœur de Nancy que le syndicat interprofessionnel du fromage munster a choisi de fêter, les 9 et 10 novembre, les 50 ans de son AOP. Si le munster est né au VIIe siècle, il a été officiellement reconnu Appellation d’origine protégée (AOP) le 21 mai 1969.

Voilà dix ans que le Syndicat interprofessionnel du fromage munster (SIFM) travaille sur l’évolution de son cahier des charges (voir encadré). « Maintenant il est temps de communiquer. Il nous faut moderniser l’image du munster et augmenter sa notoriété, que le consommateur du Grand Est se réattribue le munster comme un produit du terroir », affirme Florent Haxaire, affineur en Alsace et président du SIFM. Et quoi de mieux pour relancer la communication que de fêter les 50 ans de l’appellation en plein cœur de Nancy ? Le munster a été à l’honneur tout le week-end, les 9 et 10 novembre, sous le chapiteau de la place Charles III. Les visiteurs ont été nombreux à venir découvrir ou redécouvrir ce fromage régional. « L’AOP munster a besoin qu’on la redécouvre. C’est un fromage qui a été un peu oublié ces derniers temps, surtout par les jeunes générations. Mais c’est un fromage qui a énormément de saveurs et d’histoire », estime Philippe Marchand, fromager affineur à Nancy et président de la fédération Grand Est des fromagers. Le plus grand plateau de munsters du monde Pour marquer le coup, le SIFM a réuni plus de 300 munsters pour créer le plus grand plateau de munsters du monde. Les fromages étaient mis en scène sur un plateau de 40 m en sapin des Vosges. « Sous l’appellation munster se cache une importante diversité de fromages, liée à des technologies différentes de fabrication et d’affinage, et des environnements de caves différents. Nous avons voulu mettre en avant cette diversité », explique Florent Haxaire. La réalisation est l’œuvre de Philippe Marchand. Les Frères Marchand ne sont pas à leur premier coup d’essai en matière de record : en 2016, sur cette même place Charles III, ils ont réalisé le plus grand plateau de fromages du monde. « Ce qui est important de souligner, c’est que, pour la première fois, l’ensemble des acteurs de la filière - fermiers, fromageries et affineurs - sont réunis pour promouvoir le munster. Qu’ils produisent du munster au lait cru ou pasteurisé, ils sont complémentaires, il ne faut pas les opposer », estime Philippe Marchand. Ils réalisent le plus grand plateau de fromage munster au monde à Nancy !https://t.co/ZgBOP2YQb8 via @actufr — Nouveaux Fromagers (@LNFromagers) December 10, 2019 Les fromages du plateau sont restés visibles tout le week-end et les visiteurs ont pu satisfaire leur gourmandise. Munster au lait cru ou pasteurisé, nature ou au cumin, étaient proposés à la dégustation, et à la vente pour les plus gourmands. Des chefs locaux ont préparé leur recette à base de munster devant le public. Vins régionaux, bière, pain, miel, mirabelles : les visiteurs ont pu tester différentes associations de saveurs avec le munster. Petits et grands ont également pu admirer toutes les étapes de la fabrication du munster à travers une exposition photographique. Le week-end a également été marqué par l’intronisation de Florent Haxaire ; Mathieu Klein, président du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle ; Laurent Hénart, maire de Nancy ; Jean-Luc Pelletier, vice-président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est et Philippe Marchand par la Confrérie Saint Grégoire du Taste Fromage de la vallée de Munster.

Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage)

Des repères à construire

Publié le 07/12/2019

La Chambre régionale d’agriculture, installée depuis moins d’un an, prend progressivement ses marques. L’organisation de son réseau était au menu de ses travaux le 20 novembre, à Châlons-en-Champagne.

Formée depuis le mois de mars, la Chambre régionale d’agriculture (Crage) a achevé de digérer la fusion des anciennes structures qui la composent, et veut désormais renforcer ses liens avec les dix départements du Grand Est. C’était le sujet central de la session du 20 novembre organisée à Châlons-en-Champagne, sous la houlette du professeur Yves Le Roux, professeur à l’Ensaia : « Organiser un réseau au service des transitions agricoles en Grand Est ». L’enseignant, qui rappelle que ces transitions ne constituent pas « un simple ajustement », souligne que le processus commence par des niches. Les innovations se généralisent ensuite en s’intégrant dans les normes qui assurent la stabilité du système. Cinq thématiques de transition concernent le monde agricole au premier plan : changement climatique (carbone, méthane…), intégrité de la biosphère (biodiversité), modification des écosystèmes terrestres (déforestation), utilisation de l’eau douce (produits phytosanitaires) et flux biogéochimiques (azote, phosphore). Le Lorrain estime que le carbone se trouvera au cœur des stratégies futures, en particulier dans un objectif de bioéconomie circulaire. Laurent Rouyer, président de la Chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle, estime que « l’agriculture a toute sa place dans la transition écologique. Le challenge à relever consiste à éviter la compétition entre les productions, qu’elles soient animales ou végétales ». Attention, toutefois, à « limiter les effets d’aubaine » pour des activités telles que la méthanisation. Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre d’agriculture de la Meuse, juge qu’il faut imaginer des « possibilités de stockage, après avoir déjà travaillé à une bonne utilisation de l’eau », et ce du fait de la recrudescence des périodes d’excès et de pénurie d’eau. Cela pourrait concerner des productions telles que le maraîchage, mais aussi de nouvelles cultures spécialisées. Conforter un « rôle historique » Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, défend la cause des filières en difficulté : « il faut les accompagner, et faire en sorte de les préserver pour les années à venir ». « Toutes essaient de se démarquer », note l’éleveur alsacien. HVE, bio, non-OGM… Pour le déploiement des démarches, il ne compte pas sur le secteur privé : « c’est le rôle historique des Chambres consulaires. Dès qu’il y a transition, il faut être en capacité d’accompagner les agriculteurs ». Sébastien Loriette, agriculteur dans les Ardennes, rappelle le rôle de la proximité, intermédiaire entre les Amap et les filières longues. « Les Chambres d’agriculture ont leur rôle à jouer dans l’organisation de cette transition : jusqu’à présent, dans la diversification, il n’y avait pas de transformation. Certains créent de nouvelles marques : est-ce que cela parle au consommateur ? Il y a déjà pas mal de labels : concentrons-nous là-dessus », juge l’ancien président de la Chambre ardennaise. Le président de la Chambre d'agriculture de l’Aube, Alain Boulard, veut développer la proximité avec le terrain : « L’objectif des Chambres est de développer de la prestation qui réponde aux attentes des agriculteurs ». Pour ce faire, « nous avons 850 personnes à notre disposition dans le réseau, il faut arriver à être beaucoup plus efficient ». Cela passera par des notions de travail de groupe, avec la création d’un référentiel et son déploiement. Ce que l’Aubois préconise, c’est de tendre vers le conseil individuel . « C’est aussi pour ça qu’il faut une évolution de la Crage, avec des directeurs référents sur certains marchés. » Bertrand Chevalier et Maximin Charpentier s’accordent sur la nécessaire mutation des Chambres d’agriculture, après neuf mois de travail « fondamental ». Le président de la Crage évoque « un chantier colossal » pour le réseau régional. Le travail de mutualisation doit permettre de « massifier des moyens » afin de parvenir à réaliser des économies d’échelle, et au bout du compte, « être plus près des gens et de leurs problématiques ».     Article écrit par Guillaume Perrin de La Marne agricole

Débat avec les parlementaires

« On a besoin de vous ! »

Publié le 05/12/2019

À l’appel de la FDSEA et des JA du Bas-Rhin, et de l’association des viticulteurs d’Alsace (Ava), plus de 350 agriculteurs se sont mobilisés, lundi 2 décembre, au lycée agricole d’Obernai. Ils ont discuté avec les trois parlementaires de la majorité ayant répondu présents à l’invitation des syndicats : Thierry Michels, Bruno Studer et Vincent Thiébaut.

« La grande distribution se moque de nous », « #Sauve ton paysan », « Stop agribashing », « L’agriculture la plus saine, c’est nous ! » : une belle centaine de tracteurs* arborant drapeaux syndicaux et slogans a formé une haie d’honneur aux trois députés La République en marche (LREM) bas-rhinois venus, lundi 2 décembre, à la rencontre des agriculteurs, au lycée agricole d’Obernai, pour près de deux heures et demie de débat. Les 350 éleveurs et cultivateurs mobilisés n’ont pas bloqué les axes routiers. Dans le respect, même si les interpellations ont parfois été vives, au même titre que l’émotion, ils sont venus dialoguer avec Thierry Michels, du canton de Strasbourg, Bruno Studer, de Bischheim-Schiltigheim, et Vincent Thiébaut, des cantons de Brumath et Haguenau. Les politiques étaient conviés par la FDSEA, les JA 67 et l’Ava, suite à la mobilisation du 27 novembre - essentiellement parisienne -, un jour avant l’entrevue de Christiane Lambert et Samuel Vandaele avec le Premier ministre Édouard Philippe dont les annonces, notamment sur les ZNT, devraient suivre très prochainement (lire ci-contre). Antoine Herth, agriculteur et député Agir des cantons d’Erstein à Sélestat en passant par Barr et Villé, engagé par ailleurs, est passé avant la réunion. Sylvain Wasserman et Martine Wonner (LREM) ont décliné, le jour même pour la femme politique. Les trois autres parlementaires bas-rhinois, de l’opposition, étaient excusés, voulant assister à l’hommage national aux soldats morts au Mali. Des agriculteurs volontaires Dans un lycée vide d’élèves puisque l’équipe pédagogique réfléchissait ce jour-là au projet d’établissement qui sera dévoilé au troisième trimestre 2020, représentants syndicaux, base et parlementaires ont occupé un amphithéâtre de 450 places bien rempli. Les premiers ont déroulé les thèmes à débattre, à savoir les prix et la loi Égalim, les surtranspositions françaises des réglementations liées à l’environnement, l’agribashing, et les distorsions de concurrence, entre autres liées aux accords de libre-échange. « Nous attendons un sursaut », de la part de l’exécutif, a débuté Franck Sander. Néonicotinoïdes, glyphosate, ZNT : le président de la FDSEA 67, estime que les agriculteurs ont été floués. « Nous avons les contraintes, pas les prix**, a-t-il résumé. […] Pire : on ouvre grand les frontières ! Un poulet sur deux est étranger ». Et sa production n’est pas soumise aux mêmes contraintes sociales ni environnementales qu’en France. La salle lui a emboîté le pas. « Vous représentez une majorité. Macron a dit : « on va sortir du tout phyto’ » et maintenant vous n’arrivez pas à éteindre le feu que vous avez allumé. Nous ne sommes pas addicts au glyphosate mais attention à ce que la France ne perde pas sa place de leader agricole par idéologie ! », a-t-on, par exemple, pu entendre lundi matin. Que ce soit Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace, Franck Sander, ou plusieurs exploitants au micro, ils l’ont affirmé : les agriculteurs sont prêts à changer de modèle, à condition que la technique suive… et les revenus. Et d’être soutenus par leur pays. Frank Sander a évoqué les sujets sur lesquels la profession aimerait avancer plus vite : les énergies renouvelables, la vente de quotas carbone à l’industrie polluante, les distorsions de concurrence liées aux importations.     Mangez français Peu de propositions concrètes, de la part des parlementaires. Ils ont demandé à tous d’être patients pour évaluer les bénéfices de la loi Égalim (sanctions pour ceux qui ne jouent pas le jeu, comme Leclerc déjà condamné) et du CETA pour lequel ils ont chacun signé, le Canada ayant une réglementation proche de la France (en porc, en 2019, des milliers de tonnes ont été exportées et très peu ont été importées, a défendu Bruno Studer). L’accord avec le Mercosur a, par contre, été décrié. Les députés ont enjoint les agriculteurs à contacter les collectivités afin qu’elles accélèrent, en RHD, le passage aux 50 % de produits locaux et labellisés, dont 20 % en bio. S’il n’y a pas une seule séance de questions au gouvernement où l’agribashing n’est pas dénoncé, a assuré Bruno Studer, Vincent Thiébaut a, lui, émis l’idée de réunions publiques, en partie pédagogiques, sur l’agriculture et les modes de production, en présence de scientifiques et de techniciens. Une suggestion retenue par la salle, car elle répond aux attentes de la plupart, comme en témoigne ce cri du cœur, en fin de débat, d’un professionnel : « On a la meilleure agriculture au monde, c’est ça qu’il faut répéter. On a besoin de vous pour ça ! ». La FDSEA 67 note sur son compte Facebook : « Des rendez-vous sont pris, nous y serons ».     *Selon la gendarmerie, qui en a escorté trente depuis Quatzenheim. **Sur 100 € d’achats en GMS, 6,50 € reviennent aux producteurs, a relevé Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA 67, et ce malgré la loi Égalim.

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