Vie professionnelle

Forum Agri Handicap

Atteindre le monde agricole

Publié le 22/11/2019

Le Forum Agri Handicap a réuni des spécialistes de l’insertion professionnelle des personnes handicapées, mardi 12 novembre à Sélestat. Agnès Gerber-Haupert, l’organisatrice, revient sur les objectifs et le bilan de cette première édition.

Organismes de placement de personnes handicapées (Cap emploi, Pôle emploi), gestionnaires d’aides financières (Agefiph, MSA) et employeurs (Ava, ONF) se sont retrouvés mardi 12 novembre pour le premier Forum Agri Handicap. À l’initiative de ce salon : Agnès Gerber-Haupert, directrice d’Action et compétence. Son association gère le service Cap emploi, qui aide les personnes handicapées à trouver un travail adapté à leur situation. Entretien. L’Est Agricole et Viticole/Paysan du Haut-Rhin (EAVPHR) : Quel est le but du Forum Agri Handicap ? Agnès Gerber-Haupert (A G-H) : Avant tout de rapprocher deux mondes : les acteurs de l’insertion professionnelle des personnes handicapées et les agriculteurs. Car c’est un secteur qu’on a du mal à toucher. EAVPHR : Pourquoi ? A G-H : Les préjugés sont encore très ancrés dans l’agriculture. C’est un travail manuel qui peut sembler inapproprié pour des personnes handicapées. Pourtant, 80 % des handicaps sont invisibles. La majorité n’affecte pas la condition physique. En plus, les personnes handicapées sont souvent en reconversion professionnelle (suite à un accident par exemple Ndlr.). Elles disposent déjà d’une bonne expérience du monde du travail et de solides compétences. Et toutes les études montrent qu’elles sont plus motivées qu’un salarié valide.   « 80% des handicaps sont invisibles. La représentation dans les médias est de 0,6% alors qu’il y a 10 millions de personnes handicapées !Les #DuoDay donnent de la visibilité, c’est une superbe initiative. Il faut parler du handicap, et changer le regard. »@scpoenmarche — Sophie Cluzel (@s_cluzel) 6 novembre 2018   EAV : Accéder à une information claire semble aussi poser problème… A G-H : Effectivement. Les entreprises de l’industrie et des services sont plus structurées, mieux informées sur leurs droits et les dispositifs d’accompagnement mis en place. Les agriculteurs peuvent se retrouver un peu seuls par moments. Et cela renforce la défiance vis-à-vis de l’embauche d’employés handicapés. Par exemple, certains employeurs agricoles pensent que les aides financières ne sont destinées qu’aux salariés et pas à l’entreprise. C’est faux. Mais ils ne le savent pas. EAV : Comment comptez-vous les informer davantage ? A G-H : D’abord avec des événements comme le Forum Agri Handicap. Cela met un coup de projecteur sur le sujet. Ces moments permettent aussi d’articuler les compétences entre professionnels. Afin de proposer les meilleures combinaisons d’aides et d’accompagnement possibles. Car on s’est rendu compte que de nombreux acteurs de l’insertion professionnelle ne se connaissent pas. Ensuite, on a créé une vidéo et un guide explicatifs à destination des employeurs. Ils doivent apporter un premier niveau de réponse aux questions que se pose un patron. EAV : Quel bilan tirez-vous de cette première édition ? A G-H : On a enregistré 50 participants dont 20 employeurs. On est très satisfaits car c’est une première et on cible un secteur très spécifique. À l’avenir il faudra peut-être s’adosser à un autre événement professionnel. Afin de toucher encore plus d’employeurs.    

États généraux de la restauration collective

Un vaste potentiel à nourrir sur le Grand Est

Publié le 06/11/2019

Franchir un cap en matière d’approvisionnement local de la restauration collective du Grand Est, c’est l’objectif que se fixent conjointement la Région et la Chambre d’agriculture. États des lieux, témoignages et perspectives lors d’un colloque tenu à Nancy, le 16 octobre, journée mondiale de l’alimentation.

La restauration collective en région Grand Est, selon les termes d’un recensement non exhaustif des principaux donneurs d’ordre publics, représente un potentiel de « plusieurs dizaines de millions de repas par an ». Or aujourd’hui les filières agricoles ont du mal à franchir un cap pour approvisionner cette cible en produits de proximité. Décortiquer la chaîne de valeur La région Grand Est et la Chambre régionale d’agriculture travaillent de concert pour faire évoluer ce chantier. Elles organisaient des États généraux sur le sujet le 16 octobre à l’Hôtel de ville de Nancy. De nombreux témoins sont venus apporter de l’eau au moulin, à l’occasion de plusieurs tables rondes. « Nous devons organiser et structurer l’offre de proximité et de qualité, introduit Sébastien Loriette, le vice-président de la Chambre régionale. Nous sommes déficitaires sur certains secteurs. » Les assises régionales pour le développement des filières en 2017 ont permis un rapprochement des acteurs qui ne se connaissaient pas. L’élu ardennais refuse d’opposer circuits courts et circuits longs. « La solution n’est pas unique. L’objectif se situe dans un juste retour du prix au producteur, en prenant en compte les éléments de crises sociales, économiques et environnementales. » Des initiatives sont prises dans les territoires autour des établissements scolaires, des intercommunalités ou par l’intermédiaire de micro-plateformes de producteurs locaux. « Malgré cette dynamique, l’intégration des produits issus des circuits de proximité peine à décoller, regrette Pascale Gaillot, la vice-présidente du Conseil régional, en charge de l’agriculture. Jusqu’à 10 % à 20 % du potentiel, vous réussissez à mettre en place des initiatives pérennisées, mais l’ambition est de prétendre à 50 % en 2022. » Pour y parvenir, il s’agit de « décortiquer la chaîne de valeur ». La demande et l’offre locales existent-elles ? Le produit est-il adapté aux exigences de la cantine qui le conditionne ? Qui le réceptionne ? Comment est-il préparé ? Approfondir dans quatre filières Un travail titanesque qui se voit opposer au moins dix freins opérationnels, constate Pascale Gaillot. Pour dépasser ces contraintes, la vice-présidente préconise une approche globale autour de quatre pôles de compétences : l’engagement de la collectivité, le projet collectif de l’établissement, l’organisation des circuits logistiques locaux et la structuration d’une offre locale. « Nous voulons approfondir en investiguant la chaîne de valeur dans quatre filières : la viande, les légumes, le pain et les produits laitiers. » Trois sites seront retenus dans chacune des anciennes régions constitutives du Grand Est, de taille suffisamment conséquente avec des centrales d’achat regroupant plusieurs établissements scolaires. « Nous souhaitons nous donner des clés de cadrage reproductibles dans d’autres territoires : à quel prix sorti de l’exploitation agricole ? À quel prix dans l’assiette de l’enfant ? « Cela reste théorique, nous aurons besoin de vos témoignages pour encadrer la démarche, requiert Pascale Gaillot, la Région n’a pas vocation à remplacer les acteurs, mais à animer le réseau. » Strasbourg dispose d’une longueur d’avance. La démarche de proximité a été lancée dès 2009. « Pas facile avec la réglementation des marchés publics, se remémore Françoise Buffet, adjointe au maire. Nous avons détourné la question en demandant au prestataire de diminuer son impact en termes de gaz à effet de serre de 3 % par an, qui s’additionnent. » Un seuil atteint à Strasbourg L'élue a la chance de cumuler la délégation à l’Agriculture et à l’Education. « L’offre est faible sur nos territoires, nous sommes dans une grande fragilité avec énormément d’agriculteurs doubles actifs. Il nous faut toucher la nouvelle génération. » La ville est propriétaire de 10 % des terres agricoles de son ban, sans bénéficier de sa liberté d’usage. Elle a déboursé 200 000 € pour acquérir 20 hectares. « Il nous faut aider les agriculteurs dans cette transformation, accompagner les jeunes vers ce qu’ils veulent sans en avoir les moyens. » En 2019, Strasbourg a atteint 47 % d’approvisionnement local en volume (+ de 50 % en valeur), dont 30 % en bio. « Mais nous arrivons à un seuil », concède Françoise Buffet. Nancy n’est pas en reste avec 44 % d’approvisionnement local affiché. « Nous serons à 20 % en bio en janvier prochain », précise Romain Pierronnet, adjoint au maire. La cité ducale investit dans « l’éducation alimentaire. Les nouvelles habitudes alimentaires se construisent, les efforts débutent dès la maternelle », insiste le délégué aux écoles. Une médiation est organisée avec les familles, en présence des producteurs. « Il faut sortir de l’image industrielle de la restauration collective, en réhumanisant les rapports », détaille Romain Pierronnet. « Il est possible d’apprivoiser les enfants par rapport aux produits, explique Laurent Miclo, enseignant chercheur à l’Université de Lorraine. On peut les faire cuisiner ; ils imitent volontiers leurs frères ou leurs copains ; une astuce consiste à rendre plus accessibles en libre-service les produits qu’on souhaite qu’ils mangent. » Les tarifs de repas pratiqués varient dans une fourchette de 1 à 6 €, en fonction du revenu des familles, pour un prix de revient inférieur à 8 €. Le responsable nancéien comme sa collègue alsacienne sont attentifs à ne pas supprimer de la valeur aux produits, en refusant par exemple la gratuité.   Jean-Luc Masson

À l’occasion des journées nationales de la MSA

La MSA se pose en défenseur de l’agriculture

Publié le 01/11/2019

La Mutualité sociale agricole est le seul organisme de protection sociale à avoir des délégués élus, ce qui lui permet d’entretenir une proximité forte avec ses ressortissants. Ses responsables nationaux, réunis fin octobre à Strasbourg, ont fait le point sur les missions de l’institution à la veille des élections des délégués MSA qui auront lieu en janvier prochain.

« Nous ne sommes pas seulement un organisme de protection sociale qui prélève des cotisations. Depuis la loi de 1948, nous avons aussi développé une offre de services qui profite à l’ensemble de la population rurale. » Ainsi Pascal Cormery, président national de la Mutualité sociale agricole, situe-t-il l’enjeu des élections de janvier 2020, qui verront le renouvellement des 15 000 délégués MSA sur l’ensemble du territoire. À moins de trois mois de cette échéance, il a profité des journées nationales organisées à Strasbourg les 24 et 25 octobre pour se livrer à un exercice de pédagogie. Des sentinelles sur le terrain Il s’agit de « faire comprendre à nos ressortissants l’intérêt d’avoir, au sein de la profession, un système de protection sociale propre. Si nous étions amenés à nous fondre dans un autre régime, ce serait un affaiblissement de l’agriculture », estime Pascal Cormery, lui-même agriculteur en Touraine. Un affaiblissement qui interviendrait au plus mauvais moment. En effet, le président de la Caisse centrale de MSA le constate tous les jours : au contexte économique toujours plus fluctuant, aux aléas climatiques s’ajoute une problématique grandissante, celle du dénigrement des pratiques agricoles. « Cela nous interroge. Ces situations de dénigrement mettent à mal les exploitations et les salariés de la production au point que certains n’osent plus dire qu’ils travaillent dans le monde agricole. » Face à cela, l’institution se pose en défenseur de l’agriculture. « Nous sommes le seul régime de protection sociale à avoir des délégués élus, ce qui fait notre force », ajoute Thierry Manten, premier vice-président national de la MSA. Des délégués qui représentent les 2,5 millions de ressortissants salariés et non-salariés rattachés à la MSA. Ces délégués sont des bénévoles qui agissent comme « des sentinelles » en faisant remonter les préoccupations du terrain - l’accès aux soins, le manque de structures pour les jeunes enfants ou les personnes âgées - et en lui permettant d’y apporter des réponses concrètes. La MSA a chiffré à 350 000 heures leur investissement dans les 9 000 actions engagées annuellement au service de 480 000 bénéficiaires. Une offre de services XXL La MSA s’appuie également sur ses 16 000 salariés répartis sur l’ensemble du territoire. « Nous avons réussi à maintenir 35 Caisses régionales et l’ensemble de nos sites, ce qui contribue à entretenir la vitalité dans certains bourgs ruraux », insiste Thierry Manten. De fait, dans certaines parties de la France, où le sentiment d’abandon est fort, la MSA reste le seul service public qui subsiste. En tant que guichet unique, elle propose « une offre de services XXL, un service global à la personne qui est d’autant plus précieux » dans le contexte actuel, souligne François-Emmanuel Blanc, directeur général de la Caisse centrale de MSA. La MSA vient d’ailleurs d’être reconnue partenaire de la cohésion des territoires, signale-t-il. Par ce biais, elle s’engage, aux côtés de l’État, à améliorer l’accès aux services publics, via les maisons France Services. Elle s’engage également sur l’accès aux soins et s’apprête à lancer un portail permettant aux assurés d’une zone test de trouver l’ensemble des professionnels de santé et des services médico-sociaux qui leur sont utiles. Enfin, fort de son expérience d’ingénierie sociale et de construction de projets collectifs, elle participera au développement de tiers-lieux et à l’inclusion numérique, toujours en partenariat avec l’État.

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