Vie professionnelle

Publié le 25/07/2019

Le déficit de pluie et les canicules de juin et juillet ont craquelé le sol alsacien. Les premiers effets de la sécheresse se font ressentir sur l’ensemble de la région. Panorama de la situation au 24 juillet.

Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA 67, lâche le morceau. « La sécheresse 2019 s’annonce pire que l’an dernier. » Le thermomètre continue de battre des records. L’Alsace cumule 22 % de déficit pluviométrique par rapport à la normale. Plus grave. Les réserves d’eau n’ont pas encore récupéré de la sécheresse de 2018. En cause : un automne trop sec. L’été s’annonce brûlant pour les agriculteurs alsaciens. « L’hiver tombe le 1er août » En première ligne : les montagnes des Vosges, l’Alsace bossue et le Sundgau. Sans accès à la nappe phréatique, les paysans subissent la sécheresse de plein fouet. Surtout les éleveurs. Les animaux ont soif. « Certains commencent à amener de l’eau aux pâturages avec des camions-citernes, témoigne Michel Busch, directeur de la FDSEA 68. Ça représente 3-4 h de route par jour. » Et encore, ceux-là peuvent s’estimer heureux d’avoir des prairies encore en état. « Chez moi, les vaches ne sortent plus », tranche Véronique Klein, de la Petite Pierre. Normal, il n’y a plus rien à manger dans les prés. « Les pâtures commencent à cramer », confirme Michel Busch. Les éleveurs disposeraient d’une dizaine de jours devant eux. « L’hiver tombe le 1er août désormais », se désole Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture. Après, il faudra puiser dans les stocks. Problème, les réserves sont maigres. Les agriculteurs ont affronté le même scénario l’an dernier. Ils ne peuvent donc pas compter sur d’éventuels surplus de nourriture. Et cette année, « la première coupe de foin a été correcte, selon Gérard Lorber. Mais là c’est fini, il n’y a plus rien. » L’herbe ne pousse plus depuis plusieurs semaines à cause des fortes chaleurs. Le pompon : les vaches souffrent de la chaleur et produisent moins de lait. La coopérative Alsace Lait enregistre ainsi 6 à 8 % de baisse de volumes. La qualité du maïs dans la balance Autres victimes du climat : les producteurs de maïs. Là encore, les secteurs non-irrigués pâtissent de l’absence de pluie. Nord et Sud Alsace en premier. Et « la canicule tombe au plus mauvais moment », d’après Gérard Lorber. En effet, la fraîcheur du mois de mai a retardé la floraison. Elle doit intervenir dans les prochains jours. Mais les fortes températures mettent en péril la fécondation de la plante. « Dans le Sundgau on n’aura pas de maïs fourrage digne de ce nom, constate, dépité, Michel Busch. Et je ne parle même pas du maïs grain. » Dans la plaine irriguée, la situation est forcément meilleure. Mais les restrictions d’eau (voir encadré) pourraient compliquer le travail des paysans. Les vergers d’Alsace, gourmands en eau, frisent aussi l’insolation. « Les quetsches et les mirabelles sont en train de tomber des arbres. Sèches », constate Denis Ramspacher. Et Michel Busch d’enchaîner sur les maraîchers : « Dans le Sundgau ils n’ont plus une goutte d’eau, c’est la cata. » Pas mieux du côté des vignes. Les ceps sont en situation de stress hydrique. Surtout dans les sols sablonneux de la région colmarienne. Une lueur d’espoir ? Oui. On peut sauver certaines cultures. « La betterave et l’herbe pourront être rattrapées », se rassure Gérard Lorber. À condition que le mois d’août soit plus humide. « Une pluie ce week-end sauverait bien des situations tendues », espère Michel Busch. Mais, pour l’instant, le mercure continue de grimper. Et toujours pas un nuage à l’horizon.

Portes ouvertes JA - Canton d’Hochfelden

Des bovins à tous les étages

Publié le 25/07/2019

Dimanche 28 juillet, les Jeunes Agriculteurs du canton d’Hochfelden donnent rendez-vous au public à l’EARL des Lilas-Staath, à Zoebersdorf. Une ferme où sont élevés des bovins pour leur lait et leur viande.

Autrefois Gaec des Lilas, la ferme de Daniel Staath est devenue EARL au mois de janvier. Il en est l’unique associé exploitant. Mais il emploie deux salariés. Noémie s’occupe des soins aux bêtes et de la traite. Julien prend en charge l’affouragement et les travaux des champs... Ces deux salariés n’ont pas de lien de parenté avec le patron. « Ils sont d’abord venus en stage, au cours de leurs études agricoles. Et puis ils ont été embauchés », raconte Daniel. Par contre, la main-d’œuvre familiale participe tous les jours aux travaux de la ferme : les parents de Daniel et son ancien associé, tous retraités. Il y a aussi Olivier, l’apprenti, qui effectue son CAP en alternance, et la « main-d’œuvre occasionnelle, mes amis, mes enfants… », sourit le gérant de la ferme.     Bovins lait et viande C’est qu’il y en a du travail à l’EARL des Lilas. Le troupeau laitier est composé de 125 vaches prim’holstein produisant 1,2 Ml de lait. L’étable actuelle a été construite en 1998, suite à l’installation de Daniel Staath l’année précédente. Située à l’extérieur du village, elle a progressivement été modernisée au cours des 20 années qui ont suivi, avec l’installation de racleurs, d’un système de ventilation, de logettes creuses paillées plus confortables… La salle de traite en 2*6 a été agrandie pour passer à une 2*8 postes. Il en a été de même pour les équipements : fumière, silos de stockages… À l’atelier laitier s’ajoute un élevage de 40 vaches allaitantes de race charolaise. « Nous gardons tous les mâles qui naissent sur l’exploitation, prim’holstein comme charolais, et nous achetons aussi quelques lots de broutards, pour arriver à 130 taurillons à l’engraissement », décrit l’éleveur. Pour nourrir tout ce beau monde, la SAU se répartit entre une centaine d’hectares d’herbe, en partie pâturée par les vaches allaitantes, et 100 ha de grandes cultures : maïs, blé, colza et betterave sucrière depuis 2011. Assurer la relève En 2002, l’agriculteur s’associe avec un confrère, Jean-Claude Teutsch, aujourd’hui retraité. Puis, en 2008, il crée une société laitière avec l’EARL Kauffmann. « Cela nous a permis d’optimiser notre outil de travail et à eux de ne pas avoir à investir dans un nouveau bâtiment », explique Daniel Staath. Depuis 3 ans, la société laitière est révolue. Tous ses membres ont pris leur retraite, à part Daniel Staath. « À ce moment, le défi a été de continuer à faire face à la charge de travail. C’est pour cela que je me suis entouré de salariés. Cela permet d’organiser le travail. Cet été par exemple, mes deux salariés vont chacun pouvoir prendre trois semaines de vacances. Bon, moi un peu moins, mais c’est normal », sourit Daniel Staath. Père de trois enfants, un garçon et deux filles, Daniel Staath a désormais pour principal objectif de préparer le terrain pour réussir la transmission de la ferme.

Publié le 23/07/2019

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur, signé le 28 juin, risque d’ouvrir la porte à l’importation de 180 000 tonnes de viande de volaille supplémentaires en Europe. Et cela, sans contrepartie équitable pour les producteurs européens, d’après les syndicats. Un coup dur. Une seule contre-offensive est possible : inciter le consommateur à privilégier la viande locale.

« Si c’est pour ouvrir les portes à de la viande de bêtes nourries aux farines animales et gavés d’antibiotiques interdits en Europe, on peut tout de suite arrêter nos efforts pour améliorer le bien-être animal dans nos élevages », s’agace Jean-Michel Schaeffer, président d’Alsace Volaille. Si encore les producteurs de volaille pouvaient profiter d’une contrepartie. Mais non. Rien, ou pas grand-chose : la protection de quelques indications géographiques. La contrepartie aux exportations agricoles en provenance des pays du Mercosur (bœuf et sucre notamment, en plus de la volaille) est ailleurs : l’accord devrait surtout permettre à l’Union européenne d’exporter davantage de voitures et pièces détachées, machines, produits chimiques et pharmaceutiques vers ces pays. Souveraineté alimentaire bafouée Jean-Michel Schaeffer, également président de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), détaille l’ampleur des conséquences de l’accord pour cette production : « L’Europe importe déjà un million de tonnes (Mt) de viande de volaille. La moitié vient du Brésil. Le reste de Thaïlande et d’Ukraïne. Avec l’accord, le volume de viande importée par l’Union européenne va passer à 1,2 Mt. C’est ce que produit la France. Et encore, la France produit des ailes, des cuisses, du filet… L’accord du Mercosur ne concerne que du filet. Un tiers des volumes de filets consommés en Europe sera alors importé. » Pour lui, non seulement l’Europe lâche sa souveraineté alimentaire, mais elle permet même aux pays du Mercosur de construire le prix du marché. Car cette viande, produite avec des normes bien moins drastiques que celles qui sont imposées aux producteurs européens, sera aussi moins chère. Le fait qu’elle doive être congelée pour traverser l’océan en containers frigorifiques ne dégrade que son bilan carbone, pas sa compétitivité. En matière de sécurité sanitaire, Jean-Michel Schaeffer est inquiet. « L’Europe assure qu’il y aura des contrôles pour vérifier la qualité de la viande. Mais ils seront confiés aux États membres ». Or, pour lui, « c’est à celui qui impose l’accord de contrôler ». Il craint aussi que les contrôles soient rendus inefficaces par des pratiques comme la falsification de documents… La confiance règne. Rendre obligatoire l’étiquetage de l’origine de la viande La traçabilité est un autre sujet de préoccupation. Rien que dans l’UE, elle est défaillante. « De la viande peut arriver en France estampillée Pays-Bas alors qu’elle a été produite en Ukraine », illustre Jean-Michel Schaeffer. Il suffit qu’elle ait été déconditionnée ou transformée quelque part pour qu’elle change de drapeau. C’est d’autant plus préoccupant que le seul secteur où la consommation de viande de volaille augmente, c’est la restauration hors domicile (collective et en cafés, hôtels, restaurants), qui représente 40 % du volume de viande de volaille consommé en France, et où l’étiquetage de l’origine de la viande est totalement inexistant. « Contrairement à la grande distribution, qui joue le jeu, en restauration hors foyer c’est un no man’s land en matière de viande de volaille », regrette Jean-Michel Schaeffer. Concrètement : c’est dans les nuggets des cantines que passera la viande importée des pays du Mercosur. Jean-Michel Schaeffer estime donc que les échanges avec ces pays doivent s’accompagner de l’instauration d’un étiquetage généralisé, précis et obligatoire de l’origine de la viande de volaille. C’est en cours : « Nous avons demandé à l’État d’éditer un décret afin de rendre l’étiquetage de la viande de volaille obligatoire en restauration hors foyer », indique Jean-Michel Schaeffer. La grande distribution joue le jeu du local À contre-courant de ces accords qui vont dans le sens de la mondialisation de l’alimentation, des initiatives fleurissent pour la relocaliser. Y compris en grande distribution. C’est le cas de l’hypermarché Leclerc de Geispolsheim, qui met en avant la gamme de volailles produites localement par Alsace Volaille. Deux linéaires y sont consacrés. Et tous les produits de la gamme y sont parfaitement bien rangés par catégorie (poulet du Grand Est, poulet fermier d’Alsace Label Rouge, Bruno Siebert, bio…). Alain Noé, responsable du rayon boucherie, estime que les origines locales (Alsace et Grand Est) représentent 60 à 70 % du rayon de la volaille crue, hors snacking. Une tendance qui ne fait qu’augmenter depuis trois ans : les volumes ont été multipliés par trois pour la volaille d’Alsace label rouge, par deux pour le poulet du Grand Est. Si ça marche, c’est que ça répond à une demande du consommateur. Pour le plus grand plaisir d’Alain Noé, qui apprécie de pouvoir faire tourner l’économie locale en s’approvisionnant auprès des entreprises Volailles Rhin, Feyel, Doriath, et Siebert. D’ailleurs, en se penchant sur les étiquettes des produits issus de l’abattoir Siebert, on s’aperçoit que la traçabilité est totale puisqu’apparaissent le nom de l’éleveur et sa localisation. Opérationnel sur la gamme Grand Est et label rouge, cet étiquetage de précision va être étendu à la gamme bio. Autre initiative de l’abattoir : « Nous organisons des animations dans les magasins. Ce sont les éleveurs qui vont à la rencontre des consommateurs, et nous les rémunérons pour cela », précise Bruno Siebert. Et lorsqu’un éleveur de Geispolsheim vient faire une animation dans son rayon, alors Alain Noé sort le grand jeu : agrandissement du rayonnage, offres promotionnelles, stickers « Élevé à Geispo »…

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