Vie professionnelle

Agriculture biologique et biodiversité

Les deux font la paire

Publié le 22/07/2019

L’agriculture biologique est favorable à la biodiversité. La Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) et Bio en Grand Est ont organisé un colloque visant à identifier les leviers actionnables par les collectivités locales pour maximiser les externalités positives de l’agriculture biologique sur la biodiversité.

Agriculture biologique et biodiversité. « Deux sujets forts », constate Julien Scharsch, président de Bio en Grand Est (ex-Opaba). « L’agriculture biologique doit encore se développer, tant quantitativement que qualitativement. Et la biodiversité doit être préservée, tant qu’il est encore temps d’agir. » Or, toute activité humaine vient perturber la biodiversité. Y compris l’agriculture. Fut-elle biologique. L’Agence française pour la biodiversité a donc confié une mission à la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) : identifier et déployer les pratiques agricoles favorables à la biodiversité. Or la plupart de ces pratiques ont un coût, direct ou indirect. Elles questionnent les priorités des agriculteurs, « qui ont besoin d’être accompagnés par les associations, les collectivités… », note Julien Scharsch. Et puis vouloir restaurer la biodiversité uniquement en milieu agricole, sans notion de continuité écologique, c’est mettre des coups d’épée dans l’eau. Car il y aura toujours plus de biodiversité dans un milieu naturel ou agricole que sous un parking. C’est justement pour restaurer et entretenir ces continuités qu’un dispositif Trame verte et bleue a été instauré en Grand Est. Dans ce cadre, Bio en Grand Est a monté un réseau de fermes pilotes (le réseau de fermes Bio-Diversité regroupe 12 fermes en Alsace et 8 en Champagne Ardennes) où sont menées des actions d’amélioration de la biodiversité, afin d’évaluer leur efficacité. De son côté, rappelle Pascale Gayot, vice-présidente de la Région Grand Est, la collectivité s’est engagée dans la lutte contre l’artificialisation du foncier. Objectif : « réduire de moitié la consommation foncière d'ici 2030 ». En outre, la Région soutien d’autres chantiers en faveur de la biodiversité : le plan biodiversité, les MAE, le contrat de filière apiculture, le contrat de filière arboriculture et trufficulture, le contrat de filière forêt-bois…     - 38 % d’oiseaux en milieu agricole L’érosion de la biodiversité semble donc être dans le collimateur des pouvoirs publics. C’est heureux. Car l’état des lieux dressé par Alexandre Goncalves, chargé de mission à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Grand Est, n’est guère réjouissant. Le rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), daté du mois de mai 2019, qui estime qu’un million d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction. Par définition, le rayon de la LPO, ce sont les oiseaux. « Comme il s’agit d’une famille présente tout au long de la chaîne alimentaire, sur tout le territoire, et qu’ils sont très sensibles aux variations de leur milieu naturel, ils constituent un bon indicateur de l’évolution de la biodiversité », affirme Alexandre Goncalves. Les conclusion des études de la LPO ? Depuis 1989, les populations d'oiseaux généralistes, capables de s’adapter aux changements de milieu ont tendance à augmenter. Les populations d’espèces forestières sont stables. Celles des milieux agricoles sont en régression de - 38 %. Au niveau régional la régression est moins marquée (-12 %). Mais Alexandre Goncalves douche la lueur d’espoir de l’assemblée. « C’est dû au fait que les mesures n’ont démarré qu’en 2003, alors que l’érosion devait déjà être bien entamée. » Il enfonce le clou avec quelques exemples précis : - 25 % d’alouette des champs en 15 ans, - 46 % de bruant jaune en 15 ans, le courlis cendré au bord de l’extinction. Les causes de cette érosion sont multiples. En vrac : monoculture, disparition des haies, vergers, mares, étalement urbain, fauches précoces des prairies, utilisation de produits phytosanitaires, pollution chimique, lumineuse, sonore, changement climatique. Les solutions sont tout aussi variées. Certaines semblent utopiques, du moins à court terme : stopper l’étalement urbain, diminuer la taille des parcelles, supprimer les produits phytosanitaires. D’autres sont plus envisageables : mieux prendre en compte la biodiversité dans les politiques agricoles, diversifier les cultures, planter et entretenir des haies et des bosquets, gérer de manière plus extensive les vergers, les zones enherbées de manière générale, semer des bandes fleuries d’espèces autochtones, préserver les milieux naturels, qui constituent des zones refuges… L’agriculture à la croisée des chemins Ce constat ne doit pas faire perdre de vue que l’agriculture n’est pas que néfaste à la biodiversité. Les liens qui unissent agriculture et biodiversité sont bien plus complexes. L’agriculture rend des services écosystémiques et elle a des impacts directs ou indirects sur les facteurs d’érosion de la biodiversité. En outre, elle est elle-même touchée par cette érosion, puisqu’il s’agit de sa matière première. Christian Bockstaller, ingénieur de recherche à l’Inra, rappelle : « En milieu agricole, on peut distinguer la biodiversité planifiée, maîtrisée par l’agriculteur, la biodiversité associée, qui est subie, que ce soit de manière bénéfique, neutre ou nuisible, et la biodiversité extra-agricole, qui n’a pas d’impact direct sur la production, mais qui est là. » Partageant le constat de l’érosion de la diversité en milieu agricole dressé par Alexandre Goncalves, Christian Bockstaller cite aussi les mêmes grands facteurs d’érosion, auxquels il rajoute la prolifération d’espèces envahissantes. Le chercheur cite plusieurs études menées afin d’ausculter les moyens de remédier à l’appauvrissement de la biodiversité. La complexification du paysage permet d’atténuer l’effet de l’intensification des pratiques agricoles pour les espèces mobiles. C’est moins évident pour les espèces peu mobiles. Une étude européenne montre que les éléments boisés sont favorables aux auxiliaires, et les éléments fleuris aux pollinisateurs. En viticulture, la nature de l’enherbement de l’interrang est importante, tant par le nombre que la nature des espèces. Conclusion de Christian Bockstaller : « Il n’y a pas de relation simple entre une technique et un effet. » Trois techniques peuvent être mises en œuvre de manière non exclusive. Tout d’abord améliorer l’efficience des intrants, pour en utiliser moins. Ensuite substituer les plus préjudiciables, sachant que cela s’accompagne d’effets collatéraux puisque les bios pesticides ne sont pas inoffensifs pour la biodiversité, tout comme les outils mécaniques qui, en plus, émettent des gaz à effet de serre. Enfin, repenser les rotations et les itinéraires techniques en termes de dates et de densités de semis, de couverture du sol… Le top pour la biodiversité ? C’est la combinaison de l’agriculture de précision, de conservation et biologique, voire de l’agroforesterie, estime Christian Bockstaller, qui met en garde contre les étiquettes. « Il y a des leviers à actionner par tous : enrichissement des paysages, couverture du sol, semis direct, alternatives aux produits phytosanitaires… »

Portes ouvertes JA : Canton de Saverne

Maraîchage et moutons

Publié le 19/07/2019

Dimanche 21 juillet, les Jeunes Agriculteurs du canton de Saverne accueillent le public à Printzheim. Deux fermes ouvrent leurs portes : l’EARL Carbiener, spécialisée dans le maraîchage, et la ferme Meyer, qui produit des agneaux de boucherie.

À la lisière de Printzheim, deux fermes se font face : l’EARL Carbiener et la ferme Meyer. À la tête de cette dernière Pierrot Meyer, un autodidacte du mouton qui a créé de toutes pièces son élevage. Après avoir loué un autre bâtiment ailleurs, il s’est installé en 2015 dans celui qui accueillera les visiteurs dimanche. Il y élève 130 brebis de race texel et rouge de l’Ouest croisées.     Au pâturage tant que c’est possible, les brebis regagnent leur bergerie l’hiver et pour les agnelages. Elles sont alors nourries de foin, d’ensilage d’herbe et d’orge issus des 32 hectares de SAU de l’exploitation. Double actif, Pierrot Meyer commercialise ses agneaux auprès de marchands de bestiaux ou directement à l’abattoir de Sarrebourg. Sa petite exploitation a de l’avenir : « Mon fils, Cédric, envisage de s’installer et de poursuivre l’activité », indique Pierrot Meyer, pas peu fier. Légumes de l’air - légumes de la terre L’EARL Carbiener associe Anita et Daniel Carbiener à leur fils, Anthony. Leur spécialité : le maraîchage. Sur les 90 ha de SAU totale, 24 ha sont consacrés à la production de légumes de plein champ, le reste est consacré au maïs et au blé. Parmi les légumes produits, Anthony Carbiener détaille : « 12,5 ha de courges, 3,5 ha de courgettes, 5,5 ha de choux, 1 ha d’asperges et des salades, choux chinois… » Pour écouler cette production, les agriculteurs utilisent différents canaux. Le frère d’Anita, Antoine Ohlmann est également producteur de légumes à Ohlungen. Il cultive notamment des pommes de terre, des carottes, du céleri… De quoi compléter la gamme des légumes produits par les Carbiener : « Nous, on cultive ce qui pousse au-dessus du sol, eux, ils s’occupent de ce qui pousse dans le sol », sourit Daniel Carbiener. Et le tout est vendu au Petit marché à la ferme, situé dans un ancien corps de ferme de la rue principale d’Ohlungen. Les autres canaux de distribution sont les coopératives de Hœrdt et de Sélestat, le groupe Sapam et les centrales d’achats des enseignes Lidl, Leclerc et Auchan pour le Grand Est. Sécuriser la production Le maraîchage est une activité gourmande en main-d’œuvre. La récolte, par exemple, est entièrement manuelle. Il faut remplir des caisses, les ramener jusqu’au bâtiment de stockage, conditionner les légumes. Pour venir à bout de cette importante charge de travail, les trois associés ont embauché un salarié à temps complet et emploient six à sept saisonniers six mois par an. Anthony s’est installé en 2017. Avec pour projet d’installation l’investissement dans un bâtiment de stockage de 1 500 m2 au sol équipé d’une chambre chaude pour le stockage des courges (1 700 m3) et d’une chambre froide pour le stockage des choux (1 700 m3), qui sont écoulés progressivement durant l’hiver : « On essaie quand même de les vendre au plus vite pour ne pas consommer trop d’énergie et pour ne pas que la qualité se dégrade », indique Daniel Carbiener. Les perspectives d’avenir de la ferme tiennent en deux mots : sécuriser la production. Cela passe notamment par l’irrigation. Pour stocker l’eau qui tombe en hiver et pouvoir l’utiliser en été, un bassin de rétention de 10 000 m3 est en train d’être construit. Et les infrastructures d’irrigation devraient être enterrées d’ici la saison prochaine, pour gagner en confort de travail.

Publié le 18/07/2019

Les députés en charge des questions agricoles au Parlement européen ont élu leur bureau mercredi 10 juillet. Entre barrage à l’extrême droite et nouveaux dirigeants, la commission Agriculture version 2019-2024 change de visage.

Trente-six voix pour, onze contre. Le conservateur allemand Norbert Lins a été largement élu à la présidence de la commission Agriculture, mercredi 10 juillet. Face à lui, la Française Maxette Pirbakas n’a eu aucune chance. Presque tous les partis s’étaient mis d’accord pour lui barrer la route. La raison ? Elle appartient au Rassemblement national (RN) et au groupe eurosceptique Identité et démocratie (ID). L’affaire était entendue depuis plusieurs jours. Les eurodéputés allaient respecter le « cordon sanitaire ». Une stratégie mise en place par l’ensemble des groupes politiques pour empêcher les partis nationalistes d’accéder aux responsabilités. À l’image du front républicain évoqué en France lorsque le RN arrive au second tour d’un scrutin. « Un déni de démocratie » pour Gilles Lebreton, autre député RN de la commission Agriculture. Car le groupe ID dispose de 73 représentants dans l’assemblée strasbourgeoise. La cinquième force politique. Il pouvait donc prétendre à des postes à responsabilité. En comparaison, les Verts, qui disposent d’un élu de plus, ont obtenu la direction de deux commissions.   Le déni de démocratie continue au Parlement européen ! https://t.co/vHpSVMxIx4 — Gilles Lebreton (@Gilles_Lebreton) 10 juillet 2019   Le symbole de la Pac La machine démocratique se serait grippée ? « Je ne vois pas comment on peut confier des responsabilités dans la construction européenne à des gens dont le seul but est justement de défaire l’Union européenne », rétorque Anne Sander, eurodéputée alsacienne du PPE (droite). Et quelles responsabilités. La commission Agriculture se charge de questions de haute importance. La Pac notamment. Premier budget de l’UE et politique communautaire la plus aboutie. C’est justement pour cela que le RN s’intéresse particulièrement à cette commission, avance Anne Sander. « C’est un symbole », confirme-t-elle. Autre problème posé par une présidence RN : la perte de crédibilité. « Il nous faut un président fort et soutenu par les membres de la commission », appuie Anne Sander. Elle pointe notamment la nécessité d’avoir une personnalité à même de négocier face à la commission Environnement, très puissante et marquée à gauche. La perspective d’une présidente issue d’un parti ostracisé compliquerait encore plus la tâche de la commission Agriculture pour faire valoir ses arguments. Une eurosceptique peut en cacher une autre Maxette Pirbakas enchaîne donc les déconvenues lors de la session constitutive du bureau. Elle se présente au poste de 1re vice-présidente. Échec. Son adversaire, l’écologiste Francisco Guerreiro, remporte 38 voix. Elle retente sa chance comme 2e vice-présidente. Las. Daniel Buda (PPE) la bat avec 30 voix d’écart. Mais la séance est ajournée juste avant les votes pour les 3e et 4e vice-présidents. En cause : un nouveau débat éthique. Car les conservateurs eurosceptiques du groupe ECR veulent présenter l’Espagnole Mazaly Aguilar. Aucun problème au premier abord. Malgré leurs positions très critiques envers l’UE, les partis issus de ECR ne sont pas blacklistés. Ils pilotent même des commissions parlementaires. Le problème : Aguilar est une élue de Vox, le seul parti d’extrême droite d’Espagne. Alors, cordon sanitaire ou pas ? « Moi je suis favorable à ce qu’il y ait un candidat ECR, j’ai beaucoup travaillé avec eux par le passé, commence Anne Sander. Mais s’ils pouvaient proposer quelqu’un de plus acceptable… » L’eurodéputée réserve pour l’instant sa décision. Car les groupes discutent des alternatives possibles. Le nom d’un socialiste italien circule. Réponse le 23 juillet, pour la suite du scrutin.    

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