Technique

Publié le 25/01/2021

Le maïs ensilage est un fourrage riche en énergie mais moins intéressant d’un point de vue protéique. Plutôt que d’apporter des compléments riches en protéines dans la ration, il peut s’avérer intéressant de cultiver le maïs avec d’autres espèces, pour ensiler un plat unique. Essais et enseignements.

Bien alimenter les animaux constitue la base d’un élevage performant. Et bien alimenter les sols permet de fournir cette alimentation de qualité. Aussi, de plus en plus de techniques émergent qui visent à laisser les sols couverts le plus souvent possible, si possible avec des espèces différentes, pour combiner leurs effets bénéfiques pour le sol, sa faune et donc son fonctionnement. D’où l’idée de préparer une ration équilibrée au champ, en cultivant conjointement plusieurs espèces, qui représentent autant d’ingrédients différents. En 2019, un premier suivi avait été effectué à Hoffen, chez Didier Braun, avec du maïs associé à du lablab, une légumineuse tropicale, ressemblant à un haricot grimpant et qui requiert un sol réchauffé pour lever, un peu comme un sorgho. Le maïs devait servir de tuteur au lablab, qui lui devait apporter la teneur en protéines qui fait défaut en maïs. C’est ce qui s’est passé, jusqu’à ce que le lablab prenne le dessus sur le maïs, et qu’un coup de vent fasse plier les cannes de maïs, d'une variété très élancée, et donc verser toute cette biomasse, rendant la récolte du tout extrêmement compliquée. Des essais plus poussés ont été conduits en 2020 dans le Sundgau, le Piémont et la plaine de l’Ill en situation irriguée. Différentes modalités de semis ont été testées : twin-row (en quinconce, avec les semences en mélange dans la trémie), double semis à lignes rapprochées (avec deux passages guidés au RTK permettant de semer d’abord le maïs puis le lablab juste à côté), et un semis classique en un passage, avec les semences mélangées, à une densité de semis correspondant à celle de l’agriculteur pour le maïs, plus 80 000 grains/ha pour le lablab. Lors de la levée, il y a eu plus de maïs semés que de lablab par rapport aux objectifs, sauf dans la modalité du double semis, ce qui suggère une distribution préférentielle des graines de maïs dans le semoir. Semer à deux, ça se travaille La récolte de l’ensemble a été effectuée le 1er septembre 2020, lorsque le premier site avait atteint le stade de maturité du maïs, précise Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture Alsace. Selon les sites et les modalités de semis, les résultats sont très variables puisque, par rapport à un maïs seul, l’association avec du lablab peut aussi bien faire perdre 4 tMS/ha qu’en faire gagner 3. Par contre, l’association engendre toujours un léger gain ou une stabilité en MAT. L’étude économique met en évidence un intérêt économique variable, allant de - 300 à + 500 €/ha : « À rendement identique, il faut parvenir à dégager au minimum 80 kg MAT/ha supplémentaire avec l’association pour compenser les frais de semence et qu’elle soit intéressante économiquement », résume Philippe Le Stanguennec. L’association n’a donc d’intérêt que si le rendement et la MAT augmentent. Autre point d’attention : les chantiers d’ensilage peuvent être ralentis en cas de fort développement du lablab. Cet essai a donc permis de mettre en évidence la nécessité d’affiner les modes et les densités de semis, d’adapter la précocité du maïs afin de permettre un développement maximum du lablab. Enfin, depuis 2020 un inoculum est agréé en Allemagne. S’il était également homologué en France, il pourrait permettre un meilleur démarrage du lablab, son autonomie azotée et une réduction de la fertilisation azotée du maïs. Donc, peut-être, de passer de la concurrence à la symbiose entre les deux espèces. Autre piste : identifier une espèce de légumineuse dont l’inoculant serait naturellement présent dans les sols locaux. Vers un mélange équilibré du champ à l’auge Ajouter des protéines au menu, c’est bien. Mais pourquoi ne pas aller plus loin, et envisager des fibres, des glucides plus variés, voire d’autres types de nutriments encore grâce à un mélange d’espèces plus complexe. C’est ainsi que, dans le Sundgau, un mélange composé de maïs, de sorgho, de lablab, de cowpea, de vesce et de tournesol a été semé au combiné, le 19 mai, après deux coupes de dérobé. Par rapport à un maïs seul, les résultats font apparaître une perte de rendement de 1,6 tMS/ha, un gain de MAT de 382 kg, pas d’effet sur les sucres solubles, ni la cellulose, ni l’encombrement, ni les UFL, mais une digestibilité supérieure. Économiquement, le surcoût en semences et la perte de rendement sont contrebalancés par le gain en protéines, pour un bénéfice final de 285 €/ha et une diminution du coût de la ration. De cet essai ressort l’intérêt de mieux adapter la précocité du maïs pour permettre le développement des espèces tardives, et identifier des espèces plus adaptées à ce genre de pratique. En effet, le cowpea s’est avéré peu intéressant, la vesce a constitué un frein à l’ensilage, le tournesol n’a pas eu l’effet escompté sur la teneur en cellulose… « Par contre, associer un sorgho sucrier type BMR pourrait s’avérer intéressant », estime Philippe Le Stanguennec. Un autre suivi portant sur un mélange de maïs, de tournesol et de lablab a lui été semé le 26 mai. Impacté par le manque de précipitations, il a néanmoins permis de dégager 10 tMS/ha, avec de bonnes valeurs alimentaires, notamment 9,8 % MAT. Mais comme il a été réalisé sans témoin, il est impossible de juger de sa pertinence par rapport à un maïs seul. Un essai à réitérer donc, avec un témoin, et si possible, de meilleures conditions climatiques !   ??? [ELEVAGE] Webinaire Fourrage ➡ Pour tous ceux qui n'ont pas pu participer aux réunions fourrages, un condensé des... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mercredi 13 janvier 2021  

Robotique en agriculture

Entre perspectives et interrogations

Publié le 15/12/2020

Utilisée depuis plus de trente ans dans l’élevage, la robotique est expérimentée depuis quelques années en maraîchage, viticulture et, plus récemment, en grandes cultures pour divers types de travaux. Les résultats sont encourageants, les perspectives pour l’agriculture sont intéressantes, mais une question demeure : quelle place pour le paysan dans cette agriculture automatisée ?

La « révolution » robotique qui a touché les usines se rapproche doucement, mais sûrement, des champs. Des tracteurs qui roulent tout seuls, des robots plus ou moins grands qui s’occupent du désherbage : des prototypes émergent ici et là et démontrent que l’IA (intelligence artificielle) a une place à se faire dans l’agriculture et la viticulture. Jusqu’à remplacer les paysans purement et simplement ? Pour certains passionnés qui cultivent la terre ou élèvent leurs bêtes au quotidien, une telle hypothèse fait davantage figure de cauchemar en devenir que de futur enviable ; pour d’autres, c’est une opportunité. Mais pour que cette hypothèse devienne une réalité tangible, il faut d’abord la tester pour avoir idée bien plus précise de sa faisabilité. C’est en partant de ce postulat qu’a été créée l’association RobAgri, en novembre 2017. Son credo : « servir la robotique agricole » autour d’une dynamique « collective » pour innover plus « rapidement » et « répondre aux besoins des utilisateurs ». Des start-up, des grands noms du machinisme agricole, des organismes privés et publics se sont donc associés pour donner une forme concrète à ce futur qui semble inéluctable aux yeux de Jean-Michel Le Bars, président de RobAgri et responsable adjoint du département électronique du groupe Kuhn : « Nous constatons une diminution régulière du nombre d’agriculteurs alors que le besoin en main-d’œuvre est de plus en plus important. Dans le même temps, la population augmente. Il va donc falloir produire plus et avec davantage de qualité. La robotique est une solution parmi d’autres. La demande est là, les concepts foisonnent. Reste à voir maintenant ce qu’ils valent dans les champs. » À la place de l’humain ou au service de l’humain ? Plusieurs types de robots sont actuellement expérimentés : des petits dédiés à des tâches uniques (comme les désherbeurs Oz, Dino et Ted de la start-up Naïo Technologies), des moyens de types porteurs d’outils, ou même des tracteurs qui roulent tout seuls (comme le Joker de John Deere). En 2018, Kuhn s’est associé avec l’entreprise toulousaine AgreenCulture pour relever le challenge Centéol : cultiver 50 hectares de maïs avec trois robots coordonnés par un logiciel spécifique et le guidage GPS. L’idée était d’automatiser plusieurs tâches habituellement gérées par l’agriculteur : la fertilisation, le semis, la pulvérisation localisée et le désherbage mécanique. Seule la moisson s’est faite « à l’ancienne ». Si quelques bugs ont été constatés, l’expérience a été concluante révèle Jean-Michel Le Bars : « On a diminué la quantité de produits phytosanitaires de 70 % et celle des engrais de 50 %. » Mais, si la machine est capable de tout faire toute seule, en étant en plus capable de préserver le sol et l’écosystème, quel sera le métier de l’agriculture de demain ? « C’est un changement complet de concept. En tant qu’agriculteur, je suis sur mon tracteur tous les jours. Si je n’y suis plus, que me reste-t-il ? C’est une question qu’il est légitime de se poser », souligne Jean-Michel Le Bars. Le robot à la place de l’humain ou le robot au service de l’humain ? La deuxième hypothèse reste la plus enviable et la plus plausible à l’heure actuelle.       Deux ans depuis le Challenge Centéol, une première pour le monde agricole et une preuve de la pertinence de la solution... Publiée par AgreenCulture sur Vendredi 4 septembre 2020     Il faut rappeler que les robots sont déjà bien présents en agriculture ; en une trentaine d’années (le premier robot de traite français est apparu en 1985), ils ont facilité grandement le quotidien des éleveurs laitiers. En maraîchage, les petits robots désherbeurs offrent des perspectives séduisantes à celles et ceux engagés dans le bio, tout comme dans la viticulture. La pertinence de la robotique est donc bien réelle, ou en passe de le devenir. En grandes cultures, la question est un peu plus complexe. On parle là de grandes surfaces - voire très grandes - avec des défis de même envergure à résoudre. Certes, la robotique pourrait grandement aider à mettre en œuvre l’agroécologie tellement désirée par la société et les responsables politiques. Mais comment se forme l’agriculteur à l’usage de ces nouvelles technologies ? Si un tracteur est autonome, qui est responsable en cas d’accident ? Jean-Michel Le Bars le reconnaît sans mal : « Les freins et limites pour le développement de la robotique en grandes cultures sont assez nombreux. Les modèles économiques et les solutions restent à valider, les normes ne sont pas bien établies. Il reste encore beaucoup à étudier et à développer. Mais je suis convaincu que la robotique finira par trouver sa place en grande culture. Comment ? On ne sait pas trop, elle sera peut-être complémentaire comme elle l’est aujourd’hui dans d’autres filières. Je pense que d’ici cinq à dix ans, les expériences de terrain valideront certaines propositions. » Régulier, efficace mais plus lent En attendant de voir déambuler les robots dans les champs de céréales, on peut déjà avoir un aperçu concret des forces, mais aussi des faiblesses, de ces technologies « autonomes » au service de l’agriculture. À la ferme du Château Vert à Habay-la-Vieille, en Belgique, Gil Grevisse et son frère Romain testent depuis trois ans le robot Oz, de Naïo, dans leur ferme bio spécialisée en légumes, bœufs et volailles. Si tout n’est pas encore parfait, le bénéfice est indéniable, en tout cas sur de petites surfaces maraîchères. « Le robot fait le job, mais il faut être patient car il travaille plus lentement qu’un homme. Mais il travaille aussi plus régulièrement, et n’a pas besoin de s’arrêter pour manger. Ça peut être dix heures non-stop. En plus, il est bien plus léger qu’un tracteur, ce qui est bénéfique pour le sol », témoigne Gil Grevisse. Pour autant, pas question de laisser le robot seul et sans surveillance. « Sur le dévers notamment, il montre une certaine limite. On se doit donc d’être présent car on ne peut pas permettre la moindre déviation. » Progressivement, la technologie embarquée dans ce robot Oz va s’améliorer grâce aux retours permanents faits par les agriculteurs. « En trois ans, la machine a évolué de manière impressionnante. C’est d’ailleurs un point essentiel à avoir à l’esprit : pour que ce type d’outil soit adopté par le plus grand nombre, il faut que cela soit simple à utiliser, et que cela corresponde aux besoins des utilisateurs. » Même si ce robot allège la pénibilité du désherbage, l’attrait pour le tracteur est toujours là pour les plus grandes surfaces. « Cela nous semble encore être la meilleure option dans ce cas-là. La vitesse de travail du robot reste pour l’instant un frein pour une utilisation plus importante. » Mais même plus rapide, le robot ne pourra pas se passer de l’humain poursuit l’agriculteur belge. « On peut avoir tous les capteurs qu’on veut, toutes les informations qu’on veut, mais sans le savoir-faire et l’expérience du paysan, cela ne vaut rien. Si on oublie cela, on risque en effet d’aller vers des dérives avec des exploitations de taille industrielle. Et ça, les consommateurs n’en veulent pas. Ils peuvent comprendre qu’on utilise des robots dans nos fermes, mais cela doit rester à une échelle familiale et locale. Ces outils devront collaborer avec les paysans, pas devenir les paysans de demain », conclut Gil Grevisse.   [Ils l'utilisent?] «En plus de désherber – ce pour quoi il a été acheté -, nous utilisons Oz pour la plantation des... Publiée par Naïo Technologies sur Lundi 23 novembre 2020      

Publié le 14/12/2020

Si la « ferti » en bio se raisonne comme en conventionnel, selon un bilan, le poste « fournitures » est en revanche très différent, ne serait-ce que par l’importance des cultures de légumineuses dans les rotations bio, mais également par l’extrême variabilité des matières organiques épandues.

« L’objectif est de rechercher l’autonomie. Et pour y arriver, le premier fertilisant naturel, ce sont les légumineuses, rappelle Benoît Gassmann, conseiller technique bio à la Chambre d’agriculture Alsace. Un agriculteur bio, c’est donc quelqu’un qui cultive des légumineuses. » Soit en culture, soit en interculture. La méthode du bilan « La fertilisation en bio se raisonne, comme en conventionnel », par la méthode du bilan. On établit d’un côté les besoins : « Il est important de hiérarchiser les cultures les plus exigeantes en azote comme le blé, le colza, le maïs… Quand on fait de l’avoine à cornflakes, il faut de l’azote, de même pour le blé dur (3,5 unités par quintal pour un blé par exemple), à la différence des céréales secondaires - triticale, épeautre seigle - où il faut de 2,1 à 2,2 kg d’azote par quintal. » Quant à la luzerne, pois, féverole, soja, « les légumineuses sont complètement autonomes en azote. Ce n’est donc pas sur ces cultures qu’il faut épandre des digestats et des engrais azotés. Ça peut même être contre-productif », prévient Benoît Gassmann. Dans le bilan, on prend en compte les fournitures : elles intègrent l’apport par la minéralisation du sol, avec la prise en compte du type de sol, et la gestion de la matière organique (MO), les effets du précédent et de l’interculture. À ce point, l’agriculteur dispose de l’outil Merci, un tableur en libre accès permettant d’évaluer les restitutions potentielles des différentes biomasses de couverts. Toujours côté fournitures, le bilan prend en compte d’éventuels apports de fumure complémentaire. « Du fait qu’en plaine d’Alsace, on est en zone vulnérable, le plan de fumure doit pouvoir être présenté pendant cinq ans. Le principe, c’est de déterminer la fumure complémentaire à apporter pour couvrir les besoins des cultures et qui ne seraient pas capables d’être fournis par ce que le sol est capable de produire par lui-même. » En matière d’apports organiques d’effluents d’élevage, tout n’est pas permis en bio, et en particulier les effluents d’élevages industriels de porcs et de volailles, sont proscrits. On entend par « industriel » les élevages sur caillebotis intégral avec des effectifs supérieurs à 3 000 emplacements pour les porcs à l’engraissement et 900 emplacements pour les truies ; pour la volaille, si les animaux sont en cage ou avec des effectifs de plus de 60 000 poules. Dans ces cas, même les digestats de ces effluents ne pourront être épandus sur parcelle bio. Les évolutions des fertilisants Les produits se caractérisent par leur composition, mais pas que… « Chaque MO a une façon différente d’évoluer dans le sol », c’est-à-dire que le profil de minéralisation (fourniture d’azote minéral) dans le temps est différent d’une MO à une autre. « Certains produits évoluent très vite, comme les fientes, d’autres ont une évolution constante comme les vinasses, d’autres peuvent même avoir un effet dépressif comme les composts de déchets verts. Ce sont des produits riches en carbone et pauvre en azote. » Les produits à rapport carbone sur azote (C/N) faibles, donc avec peu de carbone et beaucoup d’azote, vont évoluer rapidement, tels que les lisiers de porc, de vache laitière, les fientes de poules pondeuses, mais également les digestats. Ils sont à utiliser le plus près possible d’une période d’absorption d’une culture exigeante, souligne Benoît Gassmann. À l’inverse, la paille (C/N de plus de 100) ou des fumiers de bovins compostés (C/N de 12 à 17) évoluent lentement dans le sol. Ils présentent donc un effet amendement plutôt que fertilisant. Enfin, les utilisateurs pourront se référer à l’indice Ismo (indice de stabilité de la matière organique) qui permet de mieux cerner le type de matière organique entre les celluloses, lignines.

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