Publié le 20/11/2020
Deux unités de méthanisation sont en cours de construction à Gommersdorf et à Traubach-le-Bas. 34 professionnels représentant quinze exploitations agricoles se sont associés dans ce projet. Malgré la crise sanitaire, les travaux avancent. Les deux sites devraient être opérationnels en août ou septembre 2021.
Porté dès 2017 par la Chambre d’agriculture Alsace, ce dossier a rapidement intéressé les professionnels. « Nous produisons de l’alimentaire, du lait, des céréales. Nous fabriquons logiquement des déchets. La méthanisation est donc pour nous une solution pour créer une énergie positive et pour valoriser nos effluents d’élevage », explique François Ellerbach, agriculteur à Balschwiller. Cette possibilité de produire cette énergie, à savoir du biogaz, à partir des déchets agricoles (fumier, lisier et autres effluents d’élevage et résidus de cultures), séduit la profession agricole. « On y pensait depuis quelques années. Mais les coûts étaient importants. Seuls, chacun de nos côtés, nous n’avions pas les moyens d’investir et de nous lancer dans un tel projet. Les éleveurs, notamment, travaillent déjà assez à s’occuper de leurs cheptels. Le seuil de rentabilité était trop haut. Et puis, il faut de la surface pour espérer pérenniser un tel site. Du coup, à force d’échanges, nous avons décidé de nous regrouper. Notre force aujourd’hui, c’est le groupe », ajoute Vincent Dietemann, éleveur à Traubach-le-Bas, président de la FDSEA du canton de Dannemarie. Il est aussi le président d’une Cuma (coopérative d’utilisation de matériel agricole). Le collectif, c’est son credo depuis longtemps. Tout comme les autres professionnels. Les associés de ce projet sont d’ailleurs adhérents de cinq Cuma du secteur qui sont donc partiellement concernées par ce projet. « C’est un projet d’avenir. Et l’union fait la force. Nous avons pu investir et recevoir le soutien de nos banques précisément parce que ce projet est collectif. En tout, il y a 34 professionnels qui se sont associés et qui représentent quinze exploitations agricoles », se félicite Mathieu Ley, éleveur à Gommersdorf. Deux projets pour réduire les transports Ils se sont scindés en deux groupes pour deux projets indissociables : « Hopla-Gaz » à Gommersdorf et « Métha-Gaz » à Traubach-le-Bas. Ces deux unités de méthanisation actuellement en cours de construction sont proches l’une de l’autre. Et c’est volontaire. « Nous voulons garantir un moindre impact sur le territoire. L’idée est de miser sur des petites unités avec des distances à parcourir réduites et donc moins de transport. À savoir, 1,9 km pour un site et 3,2 km pour le second (ce sont des moyennes de distances entre les fermes et les unités de méthanisation). C’est un projet vertueux. Nous ne voulions pas rentrer dans Dannemarie et on ne pouvait pas traverser le canal. Ces deux sites ne vont donc pas augmenter le trafic routier et les chemins d’accès seront situés à l’extérieur des villages », précise Vincent Dietemann. Ces sites de méthanisation ne vont pas générer davantage « d’odeurs » qu’une ferme. L’engrais organique produit à la sortie, le digestat, est inodore. « On emmène sur les sites notre fumier et nous le récupérons sous forme de digestat dans un circuit interne qui est propre, respectueux de l’environnement et valorisant pour nos exploitations. D’autant plus que les unités de méthanisation sont proches de nos fermes. Ici, à Traubach-le-Bas, par exemple, il y a trois exploitations juste à côté et donc zéro kilomètre de transport. Concernant le digestat, il est moins odorant que le lisier et le fumier. C’est un produit plus disponible et riche pour la plante. On souhaite en mettre plus souvent, mais à de petites doses et aux moments opportuns », note Mathieu Ley. « En fonction de nos besoins » Malgré la situation sanitaire et une météo parfois compliquée, les travaux avancent bien. La mise en route théorique est programmée pour fin août, début septembre 2021. « Le confinement du printemps a posé des problèmes d’approvisionnement pour des pièces. Les délais étaient plus longs. Mais le travail est effectué en même temps sur les deux sites. C’est un avantage. Cela permet de partager la technique. Et les entreprises travaillent ensemble. Les réunions de chantier sont également optimisées. Une fois ouverts, les deux sites nécessiteront de la main-d’œuvre pour le fonctionnement et l’entretien au quotidien. Il y aura une personne à temps plein au minimum par site », assure Vincent Dietemann. Sachant que, tant à Gommersdorf qu’à Traubach-le-Bas, ces deux unités de méthanisation fonctionneront 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Des panneaux photovoltaïques seront également installés. Ils permettront de produire de l’électricité qui sera ensuite vendue tout comme le gaz, dont 47 % provient des effluents d’élevage qui eux représentent 77 % des matières méthanisées. Les jus de choucroute, les feuilles de choux et les différents produits de la choucrouterie Claude à Chavannes-sur-l’Étang seront également traités. La choucrouterie étant l’exploitation la plus éloignée par rapport aux autres partenaires. « La taille de ce projet a été réalisée en fonction de nos besoins. Nous avons visité d’autres sites avec notre bureau d’études Opale avant de nous lancer. Nous avons travaillé avec la Chambre d’agriculture Alsace et la communauté de communes. C’est un superbe travail collectif que nous sommes désormais impatients de voir se concrétiser. Si notre collectif est bien constitué, que les autres agriculteurs sachent que nous sommes ouverts à la discussion pour accueillir leurs propres marchandises. La méthanisation, c’est une belle opportunité pour nous tous », conclut Vincent Dietemann. Un vrai projet de développement et une manière innovante de répondre aux enjeux sociétaux d’aujourd’hui et demain dans ce territoire d’élevage.












