Technique

Publié le 13/11/2020

Sans surprise, le gagnant du concours général agricole (CGA) agroforesterie 2021 pour le Grand Est est Ernest Hoeffel, sélectionneur de bovins charolais à Walbourg. Il représentera la région à Paris, cet hiver, au national. Quatre Bas-Rhinois étaient en lice.

Lors de cette deuxième édition du CGA des pratiques agroécologiques – catégorie agroforesterie, le Bas-Rhin a été choisi pour porter les couleurs du Grand Est à Paris et, plus précisément, Ernest Hoeffel, qui se consacre depuis trois ans, à mettre l’arbre au cœur de son exploitation et de ses pratiques agricoles. À Walbourg, en lisière de forêt de Haguenau, il profite de son implantation. S’il entretient les anciennes essences présentes sur ses 180 ha de SAU depuis des siècles pour certaines, il les bouture aussi pour reboiser ses haies et en plante de nouvelles… ou laisse faire les oiseaux ! La clé de sa victoire : l’arbre est indissociable de la vie de l’exploitation. Les bovins, 288 charolais inscrits au Herd Book, mangent les feuilles et branchettes des arbres coupés, au printemps et à l’été, puis s’étalent l’hiver dans la paille mélangée aux plaquettes de bois, obtenues à partir de ces mêmes arbres. La litière devient un compost qui peut ensuite être épandu sur les prairies et cultures, destinées à alimenter le troupeau. La boucle est bouclée. Point de bois d’œuvre à vendre ! Les arbres sont totalement intégrés au système d’exploitation et reviennent à la terre, qui stockera mieux le carbone. Le compost de litière paille/bois favorisera la mycorhization (l’association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes). Il en résulte une meilleure redistribution de l’eau aux cultures et un apport d’humus de qualité, explique Corinne Bloch, la compagne d’Ernest, formatrice en agroécologie. « On espère faire des émules » Ernest et Corinne racontent le cercle vertueux dans lequel s’épanouit l’élevage de charolais. « Planter un arbre, ce n’est pas pour soi, c’est pour la planète, l’humanité, le bien-être animal. On espère faire des émules », s’enthousiasme Corinne Bloch. Le couple est « super surpris » d’être lauréat Grand Est du CGA agroforesterie 2021, d’autant plus qu’il a été appelé à participer in extremis parce qu’il manquait un quatrième concurrent, et il en est heureux. « On ne demande pas mieux », se réjouit Ernest. « Il retourne à son travail plus courageusement qu’avant, confie Corinne. C’est une fête, une aventure, un partage. On nous appelle chaque jour, depuis que la nouvelle est tombée (le 4 novembre, dans les DNA, N.D.L.R.), pour nous féliciter. » Nombreux sont les bénévoles à avoir participé à la gestion des haies. En janvier 2021, le jury national devrait visiter l’exploitation et rendre son verdict. Ernest Hoeffel sera-t-il plus chanceux que les Vosgiennes qui ont représenté le Grand Est l’an dernier ? Le Gaec des Orchidées à Suriauville, qui élève des blondes d’Aquitaine, est passé à deux doigts du podium en 2020. Travailler pour la biodiversité et gagner de l’argent Le jury « local » (lire encadré) de la première phase du concours est unanime. « Ernest Hoeffel est premier car son système est cohérent, de bout en bout ; de la conduite d’élevage à la valorisation économique du bois, qui a lieu sur l’exploitation même. Le projet est imprégné du territoire et intégré dans celui-ci. L’exploitant sait tirer parti d’une contrainte locale », apprécie Véronique Stangret, ingénieure agronome enseignante au lycée agricole d’Obernai, en charge des « missions carbone ». Ernest Hoeffel « jardine », comme dit Corinne, une dizaine de kilomètres de haies et de linéaires d’arbres. Chaque année, il fait broyer 500 m2 de bois. Pour ce faire, près de 120 heures de travail sont nécessaires, au total. Il dépense, avec les charges sociales, environ 3 000 euros de main-d’œuvre et 1 700 euros de broyage, effectué par l’entreprise Trautmann de Pfaffenbronn. Il économise ainsi l’achat de 600 bottes de paille, et donc entre 6 000 et 7 000 euros, par an, selon ses calculs. « Je gagne de l’argent, je travaille pour la biodiversité, j’ai de quoi refaire mes clôtures et je ne paille que tous les trois jours, moins qu’avant, pour des bovins qui vivent mieux », résume-t-il. L’exploitation est passée en bio en avril. C’est la seule à avoir concouru dans la catégorie « Gestion », réservée aux exploitations dont les parcelles d’agroforesteries concernées ont plus de dix ans. Protéger les sols et les plantes Les trois autres fermes participantes étaient inscrites dans la catégorie « Implantation » avec des parcelles en concours âgées d’au minimum quatre ans. Lundi 2 novembre, les jurés ont sillonné l’ouest et le nord du Bas-Rhin, pour toutes les évaluer. L’EARL Schweitzer, représentée par Clément Schweitzer, est deuxième du classement régional du CGA agroforesterie 2021. Le jury lui décerne le prix de « l’exploitation pionnière », ainsi qu’il l’a baptisé : rien d’officiel mais de quoi expliquer sa deuxième place. Clément est, en effet, le seul des environs, à Schleithal, à planter des arbres. Éleveur de porcs bio (naissance de 5 000 porcelets par an ; il en engraisse 1 200), sur 96 ha en non-labour, il plante chaque année des arbres sur sa ferme, depuis six ans. Il en compte environ dix à l’hectare, aujourd’hui : 800 m de linéaire. Pour le plaisir des yeux, des oreilles et du goût (il y a des fruitiers), et la biodiversité - les auxiliaires - utile à ses cultures de maïs, de colza, de blé, d’orge, de triticale, de pois, de féverole, qui nourrissent les animaux de la ferme, il plante. La haie retient aussi la terre sur ces sols qui « lessivent ». « Ça coule moins », certifie Clément Schweitzer. L’entretien lui prend une semaine par an. « Je ne verrai pas le bois d’œuvre mais ce n’est pas grave », ajoute-t-il. D’intérêt général L’EARL Terre et vie de Julien Scharsch - à la tête de Bio en Grand Est, par ailleurs - est troisième régionale. Les jurés lui attribuent le prix, non officiel, de « l’exploitation dans son territoire » pour l’inclusion de la commune de Saessolsheim et de ses habitants dans son projet. « C’est presque d’intérêt général, collectif, s’exclame François Scharsch, le père de Julien. Lors des chantiers de plantation, nous sommes une vingtaine, de tous horizons. On déjeune tous ensemble. L’été, dans la haie, il y a des prunes, des groseilles. Nous contribuons au bien-vivre dans nos campagnes. Même les agriculteurs les plus réticents se posent la question de planter des arbres, maintenant. » 2,5 km de haies, 3 000 plants, ont été alignés ces quatre dernières années, sur les 45 ha de l’exploitation en grandes cultures et maraîchage. François loue les mêmes bienfaits des haies et des arbres que ses concurrents et aussi l’effet coupe-vent. Il estime le temps de travail à dix jours par an sur ces bois, dont l’EARL n’attend pas de « retour sur investissement » financier. Si Roland Wendling de Knœrsheim, cuniculteur à la retraite, est un des premiers à avoir pratiqué l’agroforesterie en Alsace, il n’a engagé qu’1,10 ha bordé d’arbres dans le concours : « un échantillon », a estimé le jury, pas assez significatif. C’est qu’il faut rivaliser avec des actifs en pleine expansion, de toute la France.    

Publié le 11/11/2020

Le cobot Toutilo était en démonstration dans les serres de maraîchage de la ferme Saint Blaise à Valff : une solution contre la pénibilité des travaux en maraîchage.

Mais au fait, un cobot c’est quoi ? « C’est un robot qui ne remplace pas mais qui assiste l’homme », explique Aurélien Bouchet chez Touti Terre, l’entreprise savoyarde qui a inventé le Toulilo. Ce cobot donc, assiste les maraîchers dans leurs taches pour les cultures en planche. Planter, désherber, récolter, c’est l’objet de cette machine qui soulage des tâches répétitives et sujettes aux troubles musculo squelettiques. Fini les flexions, génuflexions à répétition. En pratique, les opérateurs sont allongés dans une position ventrale étudiée spécialement pour ne pas avoir de douleurs musculo-squelettiques. « La position a été étudiée avec des spécialistes à la MSA, et les sièges ont été fabriqués par un constructeur français de table de massage et de lits d’hôpitaux. » « Le Toutilo assiste dans la plantation d’ail, de mâche, de tous les minibulbes. On peut récolter de la mâche, des haricots verts, des radis, des fraises. Il peut servir de porteur pour les courgettes. Et nous prévoyons d’y associer des outils de désherbage. » La machine peut admettre 2 ou 4 opérateurs de front. Ils sont protégés par une voile d’ombrage qui les protège aussi contre la pluie et le soleil : « C’est une voile de bateau avec une bonne tenue au vent. Dessous il n’y a pas d’effet de serre, c’est idéal en cas de canicule. » Pas d’obsolescence Le Toutilo s’autoguide soit avec un joystick, soit automatiquement par caméra ou bientôt par GPS : « Nous proposons une technologie par strates, du plus simple au plus technologique pour des usages très spécifiques. C’est une machine très évolutive, et nous nous soucions de la compatibilité entre les modèles les plus récents et plus anciens. » L’engin est mû par quatre moteurs. Un mode stop-and-go séquencé régule l’avancement. La batterie assure une autonomie de 20 h et est rechargeable en quatre heures. « Ça coûte 40 centimes d’électricité pour 20 heures, je vous laisse comparer à un tracteur maraîcher qui tourne 20 heures soit environ 120 litres de fioul », commente Aurélien Bouchet. Il faut compter 25 000 € d’investissement pour ce cobot qui permet de gagner 50 % de temps par rapport à du travail entièrement manuel. « Généralement le retour sur investissement est de 3 ans ».       Publiée par Ferme Saint Blaise sur Dimanche 27 septembre 2020    

Publié le 06/11/2020

Des vaches de l’Association lorraine pour la promotion en agriculture (Alpa) ont révélé une grande capacité à générer des anticorps contre le coronavirus, après avoir reçu des injections de protéines. Le laboratoire Genclis a ainsi été en mesure de formuler des protocoles d’immunisation qui ne sont pas des vaccins, mais qui permettent de produire des antisérums. Les essais cliniques de ces antisérums pourraient se dérouler avant la fin de l’année. S’ils sont efficaces, ils devraient réduire les besoins de réanimation, et donc la mortalité, et les séquelles graves pour les malades atteints de Covid-19.

Le directeur de la ferme du centre de formation de l’Alpa, Joris Erzen, se souviendra longtemps de l’appel téléphonique reçu dans la seconde quinzaine de mars, en pleine période de confinement. Son interlocuteur n’est autre que le technicien de Sodiaal, dépêché par Bonilait, la filiale spécialisée dans la poudre de lait du groupe coopératif. Le message est ciblé : le laboratoire de recherche médicale Genclis de Vandoeuvre recherche un troupeau proche de Nancy pour mener un essai clinique sur le coronavirus, en lien avec les hôpitaux universitaires de Strasbourg. Le délai de réponse est court, car plusieurs options ont été envisagées, comme celle d’utiliser le cheptel d’un exploitant à la veille de la retraite. La réponse doit intervenir dans les trois heures. Il faut mesurer l’enjeu de l’expérimentation qui porterait sur quelques vaches. Même si l’indemnisation est prévue, le « risque équarrissage » n’est pas exclu. Joris Erzen consulte rapidement la présidente de l’Alpa, Lydie Saunier, le responsable de la commission « ferme », Jean-Philippe Thomassin et le directeur, Pascal Girard. La décision est unanime : « On y va. » Injection par la voie intrapéritonéale Et l’homme-orchestre de la ferme va être placé au centre de la course contre la montre qui s’engage. Il entre immédiatement en contact avec le professeur Bernard Bihain, patron de Genclis, qui va conduire personnellement les opérations. Il sélectionne neuf vaches laitières plutôt en fin de carrière. Il s’agit de leur pratiquer une injection par la voie intrapéritonéale (dans le péritoine) de protéines soigneusement sélectionnées par Genclis, dans le but de faire fabriquer des anticorps aux animaux. Les bovins sont exposés régulièrement à des coronavirus autres que le Covid-19, aux effets souvent délétères, notamment chez les veaux. Le vétérinaire sanitaire de la ferme, Jean-Pierre Bailly, est à la manœuvre, en présence de Bernard Bihain. Un des avantages du troupeau de l’Alpa pour la recherche est qu’il ne pratique aucune vaccination, en dehors de la prophylaxie obligatoire. L’autre intérêt est la présence du robot de traite qui peut détecter en continu les réactions des vaches. Les injections de protéines seront répétées à trois reprises à la même dose, à une semaine d’intervalle. La plupart des animaux enregistrent une légère montée de température, phénomène normal lors d’une immunisation. Le risque de rejet est redouté à la deuxième intervention, mais aucun souci n’est relevé. Des prises de sang et d’échantillons de lait ont été pratiquées « à l’état zéro » avant le début de l’opération, puis tous les sept jours. Les vaches ont bien identifié le « corps étranger » et montrent une capacité à créer des défenses immunitaires. Genclis vérifie le dosage en anticorps qui s’avère « exceptionnel » à la fois dans le sang et dans le lait, à l’issue de la troisième injection. Le 7 avril, ces anticorps sont qualifiés « d’hyper-affins », c’est-à-dire très présents en quantité, toniques et actifs. Éviter toute controverse Très satisfait de ces résultats, Bernard Bihain songe à fabriquer des sérums. Il faut prélever pour cela 2 litres de sang et 10 litres de lait sur les deux vaches les plus remarquables du lot sélectionné. Si le travail sanguin est aisé, Genclis butte sur la matière grasse du lait, gênante car ne contenant pas d’anticorps. Il faut écrémer pour isoler le lactosérum porteur des précieux anticorps. Mais le laboratoire ne dispose pas de l’équipement indispensable à ce traitement du lait. Il fera alors appel au groupe Ermitage, rompu à l’exercice dans le périmètre de sa tour de séchage. Le fromager coopératif vosgien ira jusqu’à installer un mini-labo, dans les locaux de Genclis. Bernard Bihain est persuadé qu’il est sur la bonne voie, mais il veut en acquérir la certitude définitive et éviter toute controverse. Sa quête est celle d’une sérothérapie* ciblant les malades graves liés au Covid-19. « Les 85 % de patients qui récupèrent en quatre jours, n’ont pas besoin de nous. Nous visons les patients âgés, hospitalisés et victimes de comorbidité », affirme le chercheur. Il ne croit pas à la vaccination prophylactique de masse, telle que l’envisagent les grandes firmes du médicament. Il en redoute au contraire des effets dramatiques, à la lumière de ce qui s’est passé pour la vaccination contre la dengue. Le 2 mai, le comité scientifique de Genclis lui demande de poursuivre l’expérimentation avec dix nouvelles vaches, en utilisant un protocole différent. Les élus de l’Alpa donnent leur feu vert. 19 VL sur un effectif de 71 sont donc entrées dans l’étude. Le premier groupe est placé « en lait off », le but est d’observer pendant combien de temps les anticorps demeureront. « Fusil puissant » Les injections sur le second groupe se déroulent les 14, 21 et 28 mai 2020. Bernard Bihain fait effectuer des « neutralisations virales » au CHU de Strasbourg. Les résultats sont impressionnants. Les anticorps produits par les bovins capables de détruire le Covid-19 sont cent fois plus puissants que ceux générés par les humains ayant contracté la maladie. Le chercheur est désormais certain d’avoir découvert un antidote capable de neutraliser les effets du poison. Un mois après la dernière injection, le premier lot de vaches dispose toujours autant d’anticorps. Parmi les laitières retenues pour l’expérience, une a vêlé. « Nous avons conservé le colostrum », raconte Joris Erzen. Depuis le 28 mai, Genclis a testé des processus d’immunisation sur une population de souris, à laquelle le Covid-19 a été inoculé. « Les anticorps qui en résultent détruisent le virus, affirme Bernard Bihain. Pour les administrer à des patients, nous disposons d’un fusil puissant, mais il nous faut régler la mire pour déterminer la quantité à administrer à la première injection ; car si le seuil est dépassé, il peut faire plus de mal que de bien. » Pour affiner cette recherche, à partir du 7 juillet, un nouvel essai a concerné quatre vaches, auxquelles des doses différentes du mélange protéinique ont été injectées. Pour déterminer la quantité d’anticorps produite et sur quelle durée de temps. À la mi-septembre, Bernard Bihain envisageait de renouveler les prélèvements à l’Alpa, pour sécuriser encore un peu plus le procédé voué à être utilisé chez l’homme. Il place « la rigueur scientifique » au-dessus de tout. Le « professeur » ne tarit pas d’éloges sur le site de l’Alpa qui constitue, selon lui « la structure ad hoc, dans un environnement fermier… La vraie vie. Notre expérience commune devrait être étendue et renouvelée sur d’autres maladies », appelle-t-il de ses vœux. Conserver le sens des priorités On sait aujourd’hui qu’il ne sera pas réglementairement possible d’utiliser des produits d’origine bovine en thérapeutique humaine, mais les retombées de cette expérimentation sont d’importance capitale, explique Bernard Bihain. « Les vaches sont, comme l’homme, confrontées aux coronaviroses. L’induction d’anticorps exclusivement neutralisant dans ce contexte valide notre choix d’immunogène, sa sécurité, les doses efficaces et le calendrier des injections. Mais cela n’est pas le plus important ; sans les vaches de l’Alpa, nous n’aurions pas compris les mécanismes qui protègent la très grande majorité des formes sévères de Covid-19. Nous avons aussi appris que les anticorps neutralisants le virus ne durent pas en absence d’immunisations répétées. Ça, c’est pour la mauvaise nouvelle, la bonne nouvelle est que leurs précurseurs, eux, perdurent et il devrait être possible de les augmenter. Il convient de conserver le sens des priorités qui sont de prévenir et traiter les formes graves en réduisant les besoins de réanimation, prévient le gérant de Genclis. Les progrès réalisés par les médecins et les anesthésistes réanimateurs en moins de six mois sont spectaculaires. Même si pas mal de molécules se sont révélées décevantes, les corticoïdes et les anticoagulants ont réduit la mortalité. Nous avons attendu 15 ans pour voir ce type d’effet dans le cadre du HIV, le virus responsable du Sida », conclut Bernard Bihain.

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