Technique

Publié le 30/09/2020

Le sursemis permet de remettre en état une prairie épuisée ou envahie d’espèces indésirables. Encore faut-il le pratiquer au bon moment, avec le bon matériel et choisir les espèces qui vont s’installer sans être concurrencées par la flore en place.

De nombreuses prairies ont souffert de trois étés secs successifs. D’où l’inquiétude d’une partie des éleveurs alsaciens, contraints d’attaquer de plus en plus tôt des stocks de fourrage de plus en plus réduits. Face à cette problématique, la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) a organisé deux demi-journées consacrées au sursemis. Prévues courant mars, elles ont finalement eu lieu les 14 et 15 septembre, au Gaec des Hussards à Singrist pour le Bas-Rhin et au Gaec du Hohneck à Stosswihr pour le Haut-Rhin. À Singrist comme à Stosswihr, de nombreux agriculteurs se sont déplacés, confirmant l’intérêt pour cette technique de rénovation sans destruction de la végétation en place. Avant de se lancer dans le sursemis, il faut dresser un diagnostic de sa prairie, a d’abord expliqué Laurent Fritzinger, conseiller spécialisé en fourrage à la CAA : voir si elle comporte des trous, des espèces indésirables, de la mousse. Si la situation n’est pas trop grave, une première réponse consiste à jouer sur la fertilisation. « En apportant de l’engrais sur une prairie peu fertilisée au départ, on donne du pep’s aux bonnes graminées présentes, explique le conseiller. Mais cela ne suffit pas toujours. » Si la parcelle comporte des espèces indésirables, l’utilisation de désherbant peut être envisagée. Mais elle a des contraintes, notamment en termes de délai avant récolte, avant remise en pâture ou ressemis. Pas question, par exemple, de ressemer du trèfle avant plusieurs mois si l’on a traité avec des hormones. Dans les cas extrêmes - lorsque la prairie est complètement dégarnie et comporte beaucoup d’espèces indésirables - le sursemis constitue un bon moyen de remettre sa parcelle en état. « Si on n’a pas des trous de la taille d’une assiette par m2, on a peu de chance de succès », prévient tout de même Laurent Fritzinger. Il faut alors soit désherber soit passer à la herse étrille pour faire de la place aux graines et leur permettre de lever dans un environnement qui ne soit pas trop concurrentiel.   ?‍???‍? [JOURNÉE TECHNIQUE] Suite aux trois étés caniculaires, les prairies ont fortement souffert. Face à ce constat,... Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mardi 1 septembre 2020   En sortie d’hiver ou à la fin de l’été Deux périodes sont recommandées pour pratiquer un sursemis. La première est la sortie d’hiver-début du printemps lorsque la végétation en place commence à pousser et qu’il y a un peu d’humidité dans le sol. À ce moment-là, le seul risque est la sécheresse : c’est ce qui s’est produit cette année. La deuxième période possible est la fin de l’été et jusqu’au 15-20 septembre. Si l’on privilégie cette deuxième période, « plus tôt c’est levé, mieux ça repart au printemps », indique Laurent Fritzinger. Dans cette optique, pour que les espèces semées supportent un gel hivernal, il faudrait qu’elles atteignent le stade 3 feuilles pour les graminées et le stade 3 feuilles trifoliées pour les légumineuses. Une fois la période déterminée se pose la question du choix des espèces à semer (cf. tableaux). Le conseiller de la CAA recommande de choisir un mélange de quelques graminées et d’une ou plusieurs légumineuses, adaptées au sol et à la destination (fauche ou pâture). « Il faut des choses qui s’implantent vite pour éviter la concurrence : des espèces agressives comme du ray-grass, que ce soit du ray-grass italien, du ray-grass hybride ou du ray-grass anglais. » Attention aux espèces qui n’aiment pas les terrains séchants et à celles qui présentent une pérennité insuffisante. « Semer quelque chose qui tient trois quatre ans maximum, ce n’est pas ce qu’on recherche pour une prairie naturelle. » Le dactyle aime les sols séchants et tient entre cinq et huit ans, mais il met du temps à lever. La fétuque élevée est la graminée la plus pérenne, elle est plus adaptée à la fauche qu’au pâturage mais les semenciers ont fait des efforts pour proposer des fétuques à feuilles plus souples, qui conviennent pour le pâturage. La fétuque des prés a une très bonne valeur alimentaire, mais elle est plutôt adaptée aux fonds de vallée qu’aux sols séchants. La fléole, quant à elle, convient bien aux terrains frais et en altitude. Dans la famille des légumineuses, même si les trèfles n’ont pas une durée de vie très longue - deux trois ans pour les trèfles incarnat ou violet, un peu plus pour le trèfle blanc - « ils ramèneront toujours quelque chose dans un mélange », assure le conseiller de la CAA, citant à la fois les bénéfices pour la qualité du fourrage et la fourniture d’azote. La luzerne, quant à elle, est plus délicate que le trèfle car elle met du temps à s’installer et risque donc d’être étouffée par les espèces en place. Semis à pleine dose Le semis se fait à pleine dose, exactement comme sur un sol nu, soit entre 25 et 30 kg/ha, « car on a beaucoup plus de pertes à la levée ». Il se fait sur une végétation rase. « On peut travailler la prairie avec une herse étrille pour gratter d’abord, puis on sème avec un semoir à disque ou à la volée et on rappuie une ou deux fois au rouleau pour mettre la graine en contact avec la terre », indique Laurent Frintzinger. On peut aussi remettre les vaches sur la parcelle pendant deux à trois semaines après le sursemis pour favoriser le piétinement et les ressortir quand les graines commencent à germer. « Dans tous les cas, on ne fertilise pas, insiste le conseiller. Car on boosterait la végétation en place et on augmenterait la concurrence. » Autre conseil : récolter tôt, pour remettre de la lumière dans le couvert le plus tôt possible.    

Publié le 29/09/2020

Les Instants Experts Armbruster, le vendredi 11 septembre, à Heidolsheim, avaient autant valeur de restitution des expérimentations conduites sur le site que de présentation commerciale des multiples solutions novatrices pour la céréaliculture alsacienne. Pas moins de 250 agriculteurs ont participé à cette journée fort instructive par l’éclectisme des solutions proposées en semences, matériels, fertilisation, agriculture de précision.

Sur une dizaine d’hectares, le parcours entrecoupé d’étapes et de stands permettait de se restaurer - les Jeunes agriculteurs assuraient l’intendance et le service - tout en abordant avec les techniciens les questions des semences maïs, colza, les traitements dédiés, le matériel des semis, la fertilisation avec de nouvelles approches, le digital, l’agriculture de précision, les OAD (outils d’aide à la décision). Le tout, bien sûr, avec la patte qui caractérise le négoce Armbruster Frères : pragmatique, centrée sur les objectifs de performance agronomique et de rentabilité, soucieuse de l’environnement. Sans politisation de la technique, et avec néanmoins le souci de défendre tous les outils de l’agriculture. « Et faire progresser en douceur. » Passons donc en revue plusieurs stands où les techniciens ont été très questionnés par les agriculteurs. Du côté de chez Pioneer, Julien Bernhard présentait de nouvelles variétés et les services de conseils associés au semis : Sem'Expert. En résumé, choisir la bonne densité et le bon hybride, le tout étant de trouver la meilleure combinaison avec également la date de semis idéale. « Typiquement en zone irriguée à beau potentiel, la variété P9978 arrive en premier, le P9985 répond également aux objectifs. En performance pure on s’orientera sur un P9757 ». En zone non irriguée, Pioneer a développé une sélection Aquamax qui vise l’optimisation des ressources en eau avec le nouveau P9300, « intéressant et sécurisant ». Et en bio, le P9234 ou le P9074… « Si le désherbage et l’implantation sont maîtrisés, le potentiel peut être quasi équivalent. »   La préparation se termine ! Dans 1h on vous accueille sur notre Ferme Agronomique à Heidolsheim ?? On vous attend nombreux ! Publiée par Groupe Armbruster sur Vendredi 11 septembre 2020   Maïs Pioneer en 2e culture Pour les maïs en deuxième culture, « nous avons une bonne expertise avec l’Alterna, sujet que l’on creuse dans le Sud depuis sept à huit ans. La deuxième culture répond à différents objectifs : soit de rechercher une deuxième marge en grain ou fourrage, soit pour de la méthanisation. Nous préconisons alors des conduites spécifiques en fonction de l’objectif visé ». « En Alsace, avec nos étés plus chauds, précise Julien Bernard, la clef de voûte de la réussite de la deuxième culture repose sur l’irrigation ou sur l’humidité résiduelle à l’implantation. S’il y a un démarrage lent, on perd vite quinze à vingt jours de cycle. Et chaque jour perdu au démarrage, c’est trois à quatre jours de plus à la récolte. Les cycles sont tellement courts qu’on ne peut pas se permettre de perdre du temps au démarrage. En somme de température, les premiers maïs sont à 1 450°, alors que les demi-tardifs habituels sont à 1 900-1 950°. » LG Semences : le colza Chez LG Semences, Denis Masson parlait volontiers de colza, dont les emblavements régressent en France, en raison des conditions séchantes d’arrière-saison, et de la grosse pression en méligèthes, altises et charançons. En Alsace, en revanche, quoiqu’encore marginales, les surfaces augmentent à la faveur notamment du bénéfice de l’irrigation pour lancer la levée des semis. « En général, on peut espérer quarante quintaux dans le Kochersberg et le Sundgau. En Alsace Bossue, avec des conditions de type plateau lorrain, une baisse est observée. Ceci également en raison des rotations classiques qui intègrent le colza, pratiquées depuis longtemps. Les variétés LG sont TPS phoma et cylindrosporiose, notamment la variété Ambassadeur. » LG propose également des variétés TULV, tolérantes à la virose transmise par les pucerons et avec une bonne vigueur au départ. Ce caractère apparaît comme essentiel pour résister à la pression des insectes, précise Denis Masson. Au final, l’agriculteur peut espérer de gros PMG qui limitent les pertes liées aux aléas climatiques. Bayer Agri : du nouveau contre les renouées Petit tour ensuite avec Marc Jaudel de Bayer Agri. Citons dans la gamme d’herbicide maïs : MerlinFlexx, un antidycot, et AdengoXtra, un produit complet, en pré-levée et post-précoce jusqu’à trois feuilles. « L’Adengo peut être appliqué en zone de captage. Ce n’est ni un chloroacétamide, ni un nicosulfuron. Il est composé d’isoxaflutole et de thienecarbazone-méthyl, une nouvelle molécule. Le spectre graminée et dycot permet en particulier la maîtrise des renouées grâce au thienecarbarzone-méthyl. » La nouvelle solution c’est Equip, composée notamment de foramsulfuron et qui est un anti-graminée. L’efficacité du produit est renforcée sur mercuriales. Appliqué à 1,8-2 litres/ha, il peut remplacer les nicosulfurons en zone de captage. « L’Equip s’applique entre les stades deux et huit feuilles. Veillez cependant à l’appliquer sur graminées jeunes, avant le tallage bien évidemment. Après il est de toute façon difficile d’en venir à bout. En complément si renouées, il peut être associé à du Mondine ». Chez BASF, on misait sur le désherbage du soja, avec une gamme pré et postlevée. Un produit comme le Corum à spectre large sur les dicotylédones, s’applique en postlevée au stade une feuille trifoliée. Le produit est cependant déconseillé en situation de faible taux de matière organique (moins de 1,7 %) et sur les sols sensibles aux transferts. Syngenta : Quali’Cible limite les risques environnementaux Chez Syngenta, l’accent est mis Quali’Cible pour aider à l’utilisation des désherbants sur céréales par rapport aux prosulfocarbes et des produits tels que Defi, Spow, Minarix et Daiko. Et d’aider à l’application de pré-levées comme le S-métolachlore. Il s’agit de minimiser le risque de résidu dans les eaux. Quali’Cible identifie les situations à risque par géolocalisation. Principalement en maïs avec les chloroacétamide, et en céréales avec le prosulfocarbe, QualiCible permet de prévenir la présence de cultures voisines d’automne sensibles (pomme, maraîchage) qui ne sont donc pas récoltées au moment du désherbage céréale. « Globalement, on appuie là où on peut aller sans risques avec certaines molécules. L’appli ludique supprime par exemple le S-métolachlore dans certaines situations et géolocalise les situations à risques pour l’environnement. Chez Syngenta, on ne fait pas mystère que certaines molécules sont dans le collimateur, l’idée c’est donc de les utiliser là où les risques environnementaux sont moindres. Au final, l’importance de la fréquentation de cette application ultraprofessionnelle démontre que la profession agricole agit avec responsabilité, consciente des enjeux environnementaux. » Ferti Innovante avec Fertiberia Chez Fertiberia : des solutions adaptées à la sécheresse. Les établissements Armbruster conduisent un programme d’essais « nutrition innovante » sur l’exploitation. En cas de fertilisation dans des conditions de disponibilité réduite en eau, le principe est d’enrober les engrais avec une matière organique gélifiante en présence d’humidité. C’est la technologie C-Pro. Les éléments fertilisants sont ainsi à la fois piégés dans la maille organique gélifiée, mais néanmoins disponibles progressivement. L’intérêt est d’éviter la salinisation engendrée par l’engrais minéral. Les Espagnols préfèrent d’ailleurs les engrais les moins salins possible en fertigation. L’engrais se présente sous forme de grains calibrés, permettant de la précision du dosage à l’hectare. « Nous conseillons cependant de le positionner précocement toujours au premier passage afin d’assurer une bonne « soudure » avec le deuxième passage. Sur ce printemps sec, le produit a fait la différence. En Alsace, on positionne également le produit au premier passage. Il est associé à du soufre. Et pour le deuxième passage, nous proposons le Fertisûr additivé d’un dérivé d’amidon de maïs en enrobage. Là, il s’agit de ralentir l’activité des uréases, nitrosomonas, et nitrobacter de façon à ralentir le processus de nitrification. Donc on n’agit pas que sur la volatilisation de l’urée en ammoniaque, mais également sur le lessivage lié à la transformation de la forme ammoniacale en forme nitrique », indique un technicien de Fertiberia. L’objectif, avec un programme de fertilisation intégrant C-ProAzote (Azote soufré) et Fertisur en deuxième passage, est de « réduire les doses d’azote, d’optimiser la fertilisation, de déplafonner les rendements tout en diminuant les impacts environnementaux (lessivage, volatilisation) ». L’expérimentation conduite sur le site vise à comparer notamment deux stratégies innovantes à 185 et 139 unités/ha.     Au pôle 4 agroecologie découvrez les couverts par drone ! Publiée par Groupe Armbruster sur Vendredi 11 septembre 2020

Rencontres Agrosphère du Comptoir agricole

Des solutions pour lutter, des idées pour se diversifier

Publié le 25/09/2020

Le Comptoir agricole a organisé ses rencontres Agrosphère le 11 septembre dernier, à Herrlisheim. Malgré les contraintes sanitaires liées à l’épidémie de Covid-19, la manifestation a tenu ses promesses par la qualité de son contenu et les thématiques abordées. Première partie cette semaine avec les moyens de lutte contre la pyrale du maïs et la diversité des filières céréalières proposée aux adhérents de la coopérative.

Comment lutter efficacement contre la pyrale du maïs, ce ravageur qui peut impacter les rendements comme la qualité de grains récoltés ? Pour répondre à cette question, le Comptoir agricole teste, compare et analyse les différentes solutions actuellement disponibles, qu’elles soient conventionnelles, homologuées en bio ou en biocontrôle. Mais avant de mesurer l’efficacité de tel ou tel traitement, il est essentiel de bien connaître le cycle de vie de l’insecte. Cette année, les premiers vols étaient plus précoces qu’à l’accoutumée, dès le 2 juin. « On a eu un hiver doux et des mois d’avril et mai chauds. Ce qui a favorisé l’apparition des premières pyrales », explique Brigitte Poitout, technicienne au Comptoir agricole. Et c’est justement dès le début des vols que doivent être répandus les trichogrammes, la solution de bioncontrôle qui affiche une efficacité comprise entre 60 et 90 % en fonction de la pression de l’insecte. « Quand elle est trop forte, on ne conseille pas cette solution qui devient insuffisante. » Si la pyrale apparaît de manière plus précoce sous l’impulsion du réchauffement du climat, on commence aussi à la voir plus souvent dans certains secteurs. « Historiquement, on avait une génération de pyrales par an en Alsace. Depuis 2018, et cela a été confirmé en 2019 et 2020, on voit apparaître des pyrales bivoltines qui forment deux générations par an. Pour l’instant, le Bas-Rhin n’est pas concerné, seule une petite zone au sud de Neuf-Brisach l’est. S’il n’y a pas de raison de s’inquiéter pour le moment, il faut néanmoins rester vigilant », poursuit Brigitte Poitout. Coragen et Karaté Zeon, le combo gagnant Pour diminuer la pression des pyrales pour la campagne suivante, il existe un moyen simple à mettre en œuvre rappelle la technicienne : le broyage fin des cannes de maïs à l’issue de la récolte. « On sait que les chenilles de la pyrale hivernent à l’intérieur. C’est donc un levier intéressant à utiliser. » Si le broyage et les trichogrammes s’avèrent insuffisants pour diminuer efficacement la pression, il y a bien entendu toujours la possibilité d’appliquer des traitements plus conventionnels comme le Coragen et le Karaté Zeon. Par rapport à une parcelle témoin non traitée où l’on dénombre 0,4 larve par pied, une parcelle traitée avec le Coragen fait diminuer la pression à 0,03 larve par pied. Le Karaté Zeon est encore plus efficace et s’avère, en outre, assez sélectif vis-à-vis des auxiliaires présents dans la parcelle. « Il fait un tri au niveau des insectes présents sur et dans le sol. » D’ici deux à trois ans, une nouvelle solution combinant le Coragen et le Karaté Zeon pourrait voir le jour. Les premiers essais démontrent déjà des efficacités « très bonnes ». « L’avantage, c’est que ce sont deux produits avec des persistances relativement longues. On peut par exemple traiter lors du premier passage avec le tracteur et que cela reste efficace jusqu’au vol de la pyrale. »   Essais variétaux, solutions de désherbage, alternatives, la culture du #maïs sous toutes les coutures aux rencontres #ComptoirAgrosphere @comptoir_agri @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/wJHFothU6t — Germain Schmitt (@germain_schmitt) September 11, 2020   Des solutions « prometteuses » et « intéressantes » en bio et biocontrôle En agriculture biologique, on peut utiliser le Spinosad, un produit comparable au Success. « Il est issu de la fermentation bactérienne. Par contre, il peut être néfaste sur les organismes aquatiques. Il ne peut donc pas être labellisé biocontrôle. Ce traitement affiche de bons résultats dans nos essais en Alsace, un peu moins au niveau national. Il faut l’appliquer au pic du vol, d’où l’intérêt de faire des suivis précis avec des pièges. » Le Comptoir agricole teste aussi le Spinosad avec des pendillards comme pour le traitement du liseron dans le maïs. « On est installé sur des enjambeurs avec deux buses à 110° d’angle. Cela permet d’être plus près du sol et de mieux répartir le produit. Dans nos essais, c’est aujourd’hui la meilleure modalité. La technique est testée par Corteva actuellement. Elle est très prometteuse. » Le Dipel, en revanche, est homologué bio et bioncontrôle. Lui aussi doit être appliqué au pic du vol. Sa persistance reste moindre qu’un produit plus conventionnel, mais les résultats obtenus restent quand même bons avec au moins 60 % d’efficacité sur les plantes attaquées. Enfin, on peut encore parler des traitements au saccharose qui sont expérimentés par le Comptoir agricole. Une lutte par le sucre donc qui n’élimine pas les insectes, mais qui les perturbe. « Du coup, la pyrale pond moins. » Là encore, si la pression est élevée, le traitement n’est pas recommandé. « Par contre, il peut être intéressant de l’utiliser en deux passages au début du vol et au pic du vol en cas de pression faible », indique Brigitte Poitout. La moutarde, rémunératrice mais compliquée à cultiver Si le maïs reste toujours la culture dominante en Alsace, des nouvelles filières se créent chaque année pour répondre à des exigences réglementaires, environnementales et économiques. Une diversité de solutions que propose le Comptoir agricole à ses adhérents. Certaines sont un peu plus confidentielles que d’autres, comme la moutarde qui permet d’alimenter l’entreprise Alélor en matière première. Seul souci, et pas des moindres, cela reste une culture qui a « d’énormes problèmes » avec les insectes, reconnaît Marc Muller, responsable commercial Nord au Comptoir agricole. « Notre plus grand souci est de maintenir une pression faible pour conserver un rendement acceptable. Ces dernières années, on était aux alentours de 15 quintaux rémunérés à environ 900 euros la tonne. À côté de ça, il y a aussi des problèmes de qualité dus aux mauvaises herbes. Nous avons de moins en moins de produits pour maintenir une pression acceptable. Et puis c’est une culture de printemps qui doit être semée le plus tôt possible. Ce n’est pas toujours simple quand on n’a pas eu de gel. » « Forte demande » pour l’épeautre et l’orge brassicole Deux autres cultures sont un peu plus simples à cultiver en terre alsacienne : l’épeautre et l’orge brassicole. Pour l’épeautre, il faut savoir qu’il y a une forte demande des consommateurs pour sa farine. Son principal atout, d’un point de vue cultural : il a besoin de bien moins d’intrants et d’eau qu’un blé. En revanche, c’est une céréale qui s’appuie sur des variétés plus anciennes, certes rustiques, mais aussi plus sujettes à la verse car plus hautes. « On essaie quand même d’en planter une centaine d’hectares cette année », souligne Marc Muller. Concernant l’orge brassicole, il n’y a pas vraiment de débat : « il nous en faut » appuie-t-il. « Dans une région comme la nôtre, c’est une évidence. Par contre, les brasseurs souhaitent des bières qui tiennent mieux les mousses. Et pour ça, il faut impérativement des orges de printemps plutôt que des orges d’hiver. C’est vrai que ce n’est pas la culture la plus simple à implanter. Mais la demande est là, et nous devons y répondre. Sinon, d’autres iront à notre place. » Apache, la variété qui a la cote Vient ensuite le blé qui se divise en trois filières : le blé conventionnel, classique, le blé qualité certifié ou BQC et le blé dur. Le BQC est ainsi très demandé par les Grands Moulins de Strasbourg, la variété Apache notamment, populaire et robuste, qui délivre une farine très blanche, donc très recherchée. « Oui, c’est une variété qui a plus de dix ans et qui fera vingt quintaux de moins qu’une variété Filon. Mais sachez que n’importe quel meunier sera acheteur, souvent à un prix défiant toute concurrence, pour cette variété Apache. Et puis avec les primes qui sont versées par ailleurs, on s’y retrouve au final. » À noter que les surfaces de BQC augmentent chaque année au sein du Comptoir agricole : de 300 ha en 2018 à plus de 1 000 pour la prochaine campagne. Il existe aussi des demandes pour des blés « améliorants », c’est-à-dire qui feront office de stock tampon à mélanger avec la récolte principale, lorsque celle-ci est moins bonne. « Aujourd’hui, c’est tout de même 300 ha, soit 2 400 tonnes », fait remarquer Marc Muller. Le blé dur, un potentiel à creuser Il y a enfin le blé dur, assez récent dans le paysage alsacien. « Il y a cinq/six ans, personne ne pariait dessus en Alsace, ce sont en effet des variétés très sensibles au gel. Mais depuis huit ans, on n’a plus eu vraiment de gel. Donc, pour l’instant, c’est bon. Même si cela peut revenir, naturellement. » En termes de filière, un contrat a été passé avec les Pâtes Grand-Mère qui aimerait d’ailleurs avoir plus de blé dur alsacien à utiliser. « C’est un souhait de leur part. Par contre, il faut que la qualité soit au rendez-vous, tout comme le tonnage. Ce qui veut dire que sur le terrain, on ne peut pas faire ce qu’on veut. Le blé dur étant très sensible à la fusariose, le précédent maïs est interdit. Il faut, de préférence, un colza ou un tournesol. » Incontournable maïs La dernière filière, et non la moindre, c’est le maïs. Le corné est toujours très demandé, et « on y tient » rappelle Marc Muller. « Elle présente encore beaucoup d’avantages en plus d’être éligible à une petite prime. Au final tout le monde s’y retrouve. » Le maïs waxy garde lui aussi un réel intérêt malgré des « hauts et des bas ». « Son plus gros problème, c’est l’isolement. Il faut qu’il soit à 100 ou 200 mètres minimum d’une parcelle plus conventionnelle pour ne pas la perturber. »    

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