Technique

Publié le 11/03/2020

Pour ses quinze ans, l’entreprise spécialisée dans les solutions alternatives à la nutrition des plantes, AB2F Concept, a proposé, le 13 février, à Sigolsheim, une après-midi animée par des spécialistes des plantes.

Gérard Ducerf est un ancien agriculteur en polyculture élevage originaire du sud du département de la Saône-et-Loire. À la suite d’un grave accident, il abandonne ses charolaises pour revenir à sa première passion : la botanique. Il travaille désormais avec Rémi Geneston, du bureau d’études floristique Abf-biosphère. 7 000 plantes existent en France, environ 80 dans les parcelles agricoles et ils en font l’inventaire en photo, écrivent des livres, animent des conférences. Lorsqu’il a entamé cette nouvelle vie, Gérard Ducerf a redécouvert un critère « laissé de côté » : la levée de dormance. « Cela permet de résoudre plein de problèmes et de questions que je me posais en tant qu’agriculteur. » Rémi Geneston confirme : « Une plante bio-indicatrice est une plante qui indique quelque chose de biologique autour d’elle. Elle ne pousse pas par hasard. Les mauvaises herbes sont une lecture du sol. » « Si on arrive à déterminer ce qui lève la dormance d’une plante, elle nous indique ce qui se passe dans le sol, le climat, la géologie, poursuit l’ancien agriculteur. Chaque espèce a ses propres critères de levée de dormance. Le premier critère est le choc sur le sol. Ce qui explique que le passage d’un rotavator lève la dormance de milliers de graines. » Pour comprendre ce phénomène, Gérard Ducerf revient sur la morphologie du sol : « Le sol est la symbiose de différents éléments : minéraux de la roche-mère, de la matière organique et des plantes, animaux, micro-organismes. Quand tout fonctionne bien, les racines peuvent descendre très profondément et aller chercher des éléments jusque dans la roche-mère. Quand il pleut, l’eau amène le sol à saturation. Normalement, si tout fonctionne bien, les excédents d’eau vont s’infiltrer pour alimenter les nappes phréatiques. Pendant les périodes de sécheresse, l’eau prend le chemin inverse. Pour la fertilisation, c’est la même chose. Des bactéries déconstructrices permettent de rendre les nutriments de la roche-mère (phosphore, potasse, le magnésium) utilisables dans les plantes. Ce qui enraye le bon fonctionnement est le climat, la géologie, les pratiques agricoles… Si le dysfonctionnement est grave, on arrive à une anaérobiose : il n’y a plus d’oxygène dans le sol. Les plantes cherchent l’oxygène ailleurs que dans l’air : sur les nitrates, sur l’argile. Une frontière infranchissable composée d’aluminium se constitue entre les racines et la roche-mère. » « Il n’y a que vous qui pouvez sauver l’humanité » L’une des conséquences pour Gérard Ducerf est « notre grand problème en agronomie aujourd’hui : la disparition de la matière organique (MO) carbonée du sol ». Il s’adresse aux agriculteurs : « Votre travail est très important. Il n’y a que vous qui pouvez sauver l’humanité. » Rires dans l’auditoire. Sans se laisser distraire, il passe aux résultats d’une étude du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) sur les résidus de pesticides dans le vin, à laquelle il a participé. « Nous avons comparé 500 vins de parcelle avec 5 % de MO et 500 vins de parcelle avec une MO à 1 %. Sur les 500 lots riches en MO, 499 lots n’ont aucun pesticide dans le vin. Dans les parcelles pauvres en MO, il n’y a pas de lot sans pesticides, même en bio. » Sa conclusion : la MO, « c’est une pierre trois coups : fertilité, salubrité, qualité gustative ». Rémi Geneston cite des exemples de pratiques pour mobiliser la MO dont le domaine Léon Barral à Cabrerolles dans l’Hérault qui a planté des graines enrobées de bouse de vaches pour revégétaliser ses parcelles et arrêter l’érosion du sol. En hiver, des vaches pâturent dans les vignes. « 200 kg/ha améliorent de manière considérable le sol », assure Gérard Ducerf. Enfin, la présence d’arbres dans ou près des parcelles permet aussi cet apport en MO. C’est ce qui est pratiqué en agroforesterie, avec le bocage, le jardin forêt ou la Terra Preta en Amazonie. La solution de Gérard, pour tenir le sol au frais et pour lutter contre la sécheresse, est le couvert végétal permanent : « Le problème de l’enherbement permanent est plus social qu’agronomique. En attendant que tout le monde ait compris que l’engrais vert idéal est celui qui pousse tout seul, semez-le. Avec un coup de bouse de vache, ça pousse tout seul ! » Pour lui, peu importe qu’il soit fauché ou roulé. Mais il met le doigt sur une autre problématique : « L’échec de l’enherbement permanent en vigne ou en céréale a toujours lieu lorsqu’il y a moins de 3 % de MO ». On est loin de la réalité des sols alsaciens. C’est ce que relève un viticulteur présent, qui considère que le résultat des engrais verts d’aujourd’hui, « ce ne sera peut-être pas pour mes petits-enfants, toujours pas pour mes arrières petits-enfants, mais ensuite, et encore… ».    

Plan bâtiment : bilan et perspectives

Une nouvelle dynamique

Publié le 24/01/2020

Introduite en 2019, l’éligibilité des hangars et des silos de stockage de fourrage en plaine a convaincu de nombreux éleveurs d'investir. Le nombre de dossiers déposés a battu tous les records. Alors que le Plan bâtiment 2015-2020 entre dans sa dernière année, l'heure est au bilan.

Jamais le Plan bâtiment n’a connu un tel succès. Pour Daniel Brua, conseiller d’entreprises à la Chambre d’agriculture Alsace et responsable du dossier IMBE, deux nouveautés sont à l’origine de cet engouement. « Pour la première fois en Alsace, les bâtiments et silos de stockage en plaine étaient éligibles à l'aide aux investissements pour la modernisation des bâtiments d’élevage (IMBE). C’était une attente des éleveurs qui souhaitaient augmenter leur capacité de stockage pour améliorer leur autonomie fourragère. » Par ailleurs, les éleveurs qui avaient déjà déposé un dossier par le passé pouvaient en présenter un deuxième, à condition d’avoir soldé le premier dossier. Conséquence de ces décisions, un bilan très dynamique. « Nous avons déposé 87 dossiers, le plus fort nombre depuis le début du plan actuel en 2015. » Sur ces 87 dossiers, 47 sont liés au stockage de fourrage, précise Daniel Brua. 61 dossiers ont été recensés dans le Bas-Rhin, 26 dans le Haut-Rhin. Les bovins lait constituent toujours le gros des troupes, avec 42 dossiers. Mais les investissements dans les poulaillers continuent, principalement dans le Bas-Rhin. Les autres dossiers concernent les ovins, les porcs et les bovins viande, avec là aussi de nombreux projets de stockage de fourrage. Montant moyen d'investissement : 261 000 € « Sur les deux ou trois premières années, on déposait de nombreux dossiers proches de 1 million d’euros. Tous ceux qui voulaient investir dans le lait l’ont fait à ce moment-là, explique le conseiller. Aujourd’hui, les projets concernent plutôt l’installation d’un robot de traite, la construction d’une nurserie, d’un bâtiment vaches taries et de silos ou bâtiments de stockage des fourrages. On est plutôt dans l’amélioration des conditions d’élevage. » Le montant moyen des investissements le prouve. Il s’élève à 261 000 €, générant 53 200 € d’aides. Au total, les investissements prévus atteignent 22,70 M€, soit un montant d’aides de 4,60 M€. La répartition de ces aides est inchangée : 53 % proviennent des fonds européens (Feader), 47 % étant abondés par l’État, la Région Grand Est et l’Agence de l’eau. 2019 a connu deux périodes de dépôt des dossiers : du 7 février au 11 mars, le comité technique chargé de leur validation s’étant réuni le 28 mai, et du 17 juin au 31 juillet, la réunion du comité technique ayant eu lieu le 12 novembre 2019. « Tous les dossiers complets ont été retenus. Il en est ainsi depuis 2015, date d'entrée en vigueur du plan IMBE actuel, précise le conseiller. Mais ce ne sera peut-être pas le cas en 2020, dernière année du Plan bâtiment. »   Lire aussi le dossier Bâtiment de 2019, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Publié le 24/01/2020

2020 est la dernière année du plan IMBE, qui court sur 2015-2020. Une seule période de dépôt des dossiers est prévue en 2020 : du 15 janvier au 29 avril, et jusqu’au 28 mai pour les jeunes agriculteurs (JA). A quelle sauce les éleveurs seront-ils mangés en 2021 ?

Première bonne nouvelle, le montant des aides reste inchangé, de même que les taux de subvention. Les différents postes éligibles sont identiques, eux aussi, y compris l’extension stockage de fourrage en plaine. Le montant minimum d’investissement éligible est fixé à 50 000 € HT, excepté pour les filières d’élevage ovin, caprin, porcin AB, volaille AB et lapin AB pour lesquelles le montant minimum est abaissé à 15 000 € HT. Les montants et les taux d’aide sont fixés en fonction du montant éligible du projet, de la présence ou non d’un JA, de la localisation du projet (montagne ou plaine) ou de l’engagement que prennent les candidats à mettre en œuvre des actions améliorant la durabilité de l’exploitation en matière de gestion des effluents, d’autonomie fourragère, de transformation, et de bien-être animal. Pour sa dernière année, le plan bâtiment connaît un certain nombre d’adaptations. « En raison des contraintes budgétaires, les financeurs ont limité le dépôt des dossiers à une seule période car toutes les demandes d’aides doivent être bouclées avant le 31 décembre sur le plan administratif. » La période de dépôt des dossiers a débuté le 15 janvier et s’achèvera le 30 avril, avec une prolongation pour les JA jusqu’au 28 mai. Il n’y aura donc pas de possibilité de déposer un projet en été ni en automne. Les éleveurs intéressés doivent donc réagir rapidement car la sélection se fait sur la base d’un dossier complet, comprenant notamment l’accord de permis de construire, les devis et une étude globale d’évolution de l’exploitation. Un budget plus contraint, mais une certaine souplesse Face à ces nouvelles contraintes, la Chambre d'agriculture d’Alsace a réussi à négocier plusieurs aménagements. Les dossiers concernant l’installation d’un jeune agriculteur disposeront d’un délai supplémentaire d’un mois, la date limite étant reportée au 28 mai. Par ailleurs, pour les projets qui nécessitent l’octroi d’un permis de construire, il suffira de joindre au dossier le récépissé du dépôt de demande en mairie, l’accord définitif devant être joint au dossier avant le 30 juillet. Daniel Brua attire l’attention sur un élément fondamental. « En cette fin de plan, le contexte financier est plus compliqué. Certains financeurs ont pioché dans l’enveloppe financière au cours des années précédentes pour honorer tous les projets présentés. Aussi se réservent-ils le droit de fixer des ordres de priorité si cette enveloppe s’avérait insuffisante. » Dans ce cas, précise Daniel Brua, les dossiers qui concernent les jeunes agriculteurs, l’environnement (élevage biologique, exploitations herbagères, gestion des effluents), ainsi que les éleveurs qui déposent un projet pour la première fois devraient être prioritaires. Le comité technique se réunira en septembre prochain. « Nous lui présenterons tous les dossiers complets qui nous seront soumis, mais nous préviendrons les éleveurs qu’ils devront attendre le feu vert des autorités pour être sûrs de bénéficier des subventions. » La délibération des financeurs interviendra avant la fin de l’année, avec éventuellement une grille de priorisation des demandes. Une fois la décision d’attribution des aides accordée, les travaux doivent impérativement commencer dans les douze mois suivants et être achevés dans un délai de 24 mois à compter de la date de déclaration de démarrage des travaux. « Nous nous attendons à un nombre de dossiers proche de celui de 2019 », estime Daniel Brua. Les éleveurs souhaitant déposer une demande de subvention peuvent bénéficier de l’accompagnement d’un conseiller. Ils peuvent contacter les conseillers d’entreprise des Adar dans le Bas-Rhin ou téléphoner à Irène Bronnenkraut (03 89 20 97 30) dans le Haut-Rhin. À noter que la Chambre d’agriculture propose une prestation bâtiment, qui comprend la réalisation du permis de construire. Un régime transitoire Que se passera-t-il après 2020 ? « Normalement, un nouveau plan IMBE Grand Est aurait dû voir le jour en 2021. Mais comme les négociations sur la réforme de la PAC s’enlisent, et que l’avenir du plan bâtiment est étroitement corrélé à celui de la PAC, il ne sera pas prêt à temps. On se dirige vers une reconduction du système actuel, comme ce fut déjà le cas en 2014, à l’issue du précédent plan. En toute logique, nous allons vers un système transitoire qui reprendra les conditions du plan IMBE actuel. » Pour Daniel Brua, il n’est pas concevable que tout s’arrête brutalement. « Il n’y aura pas d’année blanche, estime-t-il. personne ne sera laissé au bord du chemin. »   Lire aussi le dossier Bâtiment de 2019, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

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