Ferme Dephy à Galfingue
Moins de phytos, plus de marge
Ferme Dephy à Galfingue
Publié le 27/09/2019
À Innov & moi, Olivier Bischoff, agriculteur à Galfingue, a fait part de son retour d’expérience au sein du réseau des fermes Dephy. En trois ans à peine, il a réussi à réduire fortement son utilisation de produits phytosanitaires, tout en améliorant sa marge brute sur la culture et sa marge nette.
Au départ, il y avait la volonté forte de diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires, tant pour des raisons environnementales qu’économiques. Alors Olivier Bischoff, agriculteur à Galfingue, s’est lancé dans l’aventure et s’est demandé comment réduire ses doses avec son système de cultures : maïs, blé, luzerne, prairie. Comment adapter les outils présents sur la ferme pour atteindre cet objectif ambitieux ? Il décide très logiquement de rejoindre le réseau des fermes Dephy, un dispositif phare du plan Écophyto qui a comme ambition de tester, évaluer et promouvoir les techniques et systèmes agricoles économes en produits phytosanitaires. Favoriser le retour des auxiliaires Trois ans après le début de cette aventure, il le confirme : oui, il est possible de réduire fortement ses IFT sans rogner sur sa marge. Au contraire même. Durant cette période, il a diminué de 50 % l’utilisation de produits phytosanitaires tout en améliorant sa marge brute d’environ 15 %. Des chiffres intéressants certes, mais qui ont demandé pas mal d’efforts et de remise en question dans la manière de conduire les cultures. Fini le désherbage chimique en blé avec un seul passage. Maintenant, c’est deux passages de désherbage mécanique avec la herse étrille ou la houe rotative en fonction de la densité du sol. « Si le sol est plus tassé, j’utilise la houe rotative, moins large que la herse étrille, mais plus agressive. De cette manière, on recrée cette couche de surface qui empêche les mauvaises herbes de repartir. » Ces outils, il les utilise également dans ses parcelles de maïs, mais de manière légèrement différente. « Je fais un premier passage en aveugle, au début de la culture. Cela nettoie la parcelle. Ensuite, j’utilise l’un ou l’autre outil en fonction du sol jusqu’au stade 5 ou 6 feuilles. À partir du stade 8 feuilles, j’utilise la bineuse. Les autres outils sont trop dangereux pour la culture. On peut alors en profiter pour incorporer de l’engrais ou pour semer des cultures intermédiaires. » En luzerne, il n’a rien à faire de plus dans la mesure où la plante étouffe suffisamment le sol pour empêcher les mauvaises herbes de se développer. Enfin, le triticale se traite comme le blé. Pour les interventions insecticides, les doses sont réduites à leur strict minium. Surtout, elles sont mieux localisées, appliquées à des moments clés de la journée, mais nécessitent aussi plusieurs passages. Et l’utilisation des auxiliaires naturels a été favorisée avec la plantation de haies, nécessaires au développement de ces insectes utiles aux cultures. L’importance du collectif C’est grâce à cette alternance entre réduction de doses et utilisation accrue d’outils mécaniques qu’Olivier Bischoff réussit à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. La contrepartie est que cela lui demande plus de travail qu’auparavant, sans oublier les conditions climatiques qui l’obligent à se remettre en question tous les ans. « C’est vrai, cela demande des efforts, et c’est plus simple de prendre le pulvérisateur. Mais personnellement, je n’en tire que de la satisfaction. J’obtiens de meilleurs résultats, la biodiversité se développe, je vois de nouveau des vers de terre. Et les quelques mauvaises herbes qui se développent ne me dérangent pas. Certes, elles pompent un peu de nutriments, mais en parallèle, elles ameublissent les sols. » Pour l’agriculteur, cette (r) évolution des pratiques a été conditionnée par son appartenance à une Cuma. Grâce à cette structure, il a accès à une grande diversité de matériels qu’il n’aurait pas pu acquérir en restant seul dans son coin. Pour lui, une évolution des mentalités est en cours. « On va être obligé de mutualiser de plus en plus de choses. On ne pourra plus gagner de l’argent autrement. La France ne représente plus que 2 % du marché mondial agricole, ce n’est rien. Si on veut pérenniser nos exploitations, il faudra nécessairement réduire nos charges. » Cet aspect collectif est d’ailleurs l’un des gros points forts du réseau Dephy qui permet aux uns et aux autres de partager leurs expériences. « Certaines choses fonctionnent, d’autres non. C’est donc indispensable de le faire savoir car ce n’est pas la peine que tout le monde se plante. De toute façon, on ne peut plus se tromper aujourd’hui. »












