Technique

Publié le 11/07/2019

Le salon Agritechnica aura lieu du 10 au 16 novembre prochain à Hanovre, en Allemagne. En avant-première, Kuhn présentait 30 nouveaux matériels à 80 journalistes internationaux la semaine passée près de Saverne.

L’édition 2019 d’Agritechnica s’annonce comme celle des records pour Kuhn, avec 30 nouveaux matériels exposés du 10 au 16 novembre prochains à Hanovre en Allemagne. Le constructeur de machines agricoles a présenté ces nouveautés à 80 journalistes de 18 pays, réunis les 4 et 5 juillet au Center Kuhn for Progress de Monswiller et à la ferme expérimentale du Willerholtz, près de Saverne. Les deux demi-journées ont été émaillées de démonstrations dynamiques de matériels de fenaison, de grandes cultures et de polyculture-élevage et d’ateliers animés par les commerciaux de la marque. Cet élan de nouveauté s’inscrit dans un contexte de marché plutôt difficile, a expliqué Thierry Krier, président du groupe Kuhn. Les conditions climatiques, les fluctuations des prix agricoles et les événements politiques influent largement sur l’activité des fabricants de machines agricoles. Au point que Kuhn s’attend à un marché en stagnation pour 2019. Pour autant, le pessimisme n’est pas de mise : la production de fibres et de biomatériaux offre de nouvelles perspectives à l’agriculture, indique le président de la firme qui voit dans ces opportunités « le début d’une nouvelle ère ». D'ici 2050, elle devra en outre nourrir 9,7 milliards de personnes, ce qui nécessitera une augmentation de la production agricole de 50 %. « La réponse est dans la mécanisation et la technologie, il n’y a pas d’alternative », estime Thierry Krier. Chez Kuhn, cette conviction se traduit par la mise sur le marché de matériels plus productifs afin d’abaisser les coûts, la généralisation de l’agriculture connectée et l’essor des machines autonomes, secteur sur lequel le constructeur est « déjà actif ».     Avec ses 11 usines en France et dans le monde, le groupe Kuhn fabrique 60 000 machines annuellement à partir de 1 500 modèles de base. 40 % de la production est fabriquée selon les ordres du client, souligne Thierry Kuhn. Les investissements en recherche et développement - 47 millions d’euros en 2018, soit 4,5 % du chiffre d’affaires - sont en constante augmentation depuis 2008, ajoute Rolf Schneider, vice-président de Kuhn. Ces investissements visent à mettre sur le marché des produits innovants, mais aussi de nouveaux services tels que l’application Kuhn EasyMaps ou l’espace digital MyKuhn. Une façon de rester à la pointe dans un marché appelé à devenir de plus en plus concurrentiel.

Comptoir agricole de Hochfelden

Blé dur : le défi est relevé

Publié le 28/06/2019

À la demande de la société Heimburger (pâtes Grand’mère), le Comptoir agricole a lancé une micro-filière blé dur. Pour la troisième campagne, 70 hectares ont été semés. Ils seront bientôt récoltés.

Tout est parti d’une sollicitation de Philippe Heimburger, PDG des pâtes Grand’mère à Marlenheim : soucieux de lancer une gamme de pâtes fabriquées à partir de blé cultivé en Alsace, il prend contact avec le Comptoir agricole. Alain Weissenberger, précédemment en poste à la Chambre d’agriculture Alsace, a déjà mené quelques essais de blé dur. À l’automne 2016, la culture est lancée sur une quarantaine d’hectares des proches environs de Marlenheim, où est située l’usine Heimburger. « Pour nous, c’était un véritable défi car les variétés de blé dur ne sont pas adaptées à notre climat, raconte Marc Muller, chef des ventes au Comptoir agricole et chargé de la filière. Elles sont relativement sensibles au froid et à la fusariose, maladie qui génère des mycotoxines. » Pour limiter les risques, le choix se porte sur deux variétés censées mieux résister à ces deux aléas : Envergur et Karur. Le Comptoir demande en outre aux producteurs concernés de respecter certaines précautions. D’abord, il recommande de les semer trois semaines à un mois après les variétés de blé tendre conventionnelles, soit début novembre. Il s’agit d’éviter que les plantules ne soient trop développées à l’entrée de l’hiver et ne gèlent. Ensuite, il interdit le semis derrière un maïs, en raison du risque fusariose, qui est plus élevé. « Un précédent betterave à sucre ou tournesol est bien plus adapté », indique Marc Muller. Enfin, pour mettre toutes les chances de son côté, la coopérative prévoit l’application de deux fongicides contre la fusariose. 7 t/ha au lieu des 5 t/ha attendues Toutes ces précautions visent à garantir un certain tonnage à la société Heimburger. Pour la récolte 2017, l’objectif de rendement est fixé à 5 t/ha, soit l’équivalent de 200 t. Les cinq agriculteurs concernés jouent le jeu. Par fierté de produire une matière première identifiée localement (lire encadré), mais aussi parce que les pâtes Grand’mère acceptent de payer un prix suffisamment incitatif. Si l’incertitude est grande durant cette première campagne, le résultat final est positif. « Nous n’avons pas eu de problème de maladie et nous avons même fait un excellent rendement : 7 t/ha au lieu des 5 t/ha attendus. C’était une grosse surprise. » De plus, la qualité est au rendez-vous. Fort de ce succès, le Comptoir agricole reconduit la culture de blé dur en 2018, en portant les surfaces à 70 ha. L’objectif est de doubler la quantité récoltée pour atteindre 400 t. Un essai de blé dur bio est même lancé sur 2 ha, avec cette fois, moins de réussite qu’avec le blé dur conventionnel. « Le blé dur bio reste un challenge car même si on fait attention au précédent, on n’a aucune possibilité d’intervenir chimiquement par la suite. » Comme en 2017, la campagne se déroule bien pour le blé dur conventionnel et les 7 t/ha sont à nouveau atteints. Dès lors, le Comptoir agricole et les pâtes Grand’mère décident de reconduire les surfaces à l’identique pour la campagne 2019. Une troisième variété, plus ancienne, est semée : Voilur. « On verra si elle tient la route côté productivité », indique Marc Muller à quelques jours de la récolte. Fractionner les apports d’azote « Contrairement au blé tendre, où l’on recherche un maximum d’amidon, en blé dur, on cherche un maximum de semoule et une semoule de bonne qualité », explique Marc Muller. Or, ces deux critères sont conditionnés par le choix des variétés et la conduite de la culture. Le blé dur a ainsi besoin de plus d’azote qu’un blé tendre, en moyenne 40 à 50 unités fertilisantes supplémentaires. « Mais comme on a des reliquats azotés plus importants que derrière un maïs, on n’a pas forcément besoin d’un apport externe », précise Marc Muller. La dose d’azote doit impérativement être fractionnée : on peut faire jusqu’à quatre apports contre 2 à 2,5 apports pour un blé tendre. « Mais sur les trois campagnes, on n’a jamais dépassé trois apports », nuance le chef des ventes. Le fractionnement de l’azote permet de ramener des protéines supplémentaires : un blé dur affiche en moyenne 13 % de protéines, soit deux points de plus qu’un blé tendre. Pour la campagne en cours, le Comptoir agricole a proposé à quatre agriculteurs d’Ebersheim de rejoindre la filière. Le blé dur étant sujet à l’échaudage en cas de forte chaleur, il semblait judicieux d’avoir deux zones de production, pour garantir au transformateur les 400 t souhaitées. Cela augure-t-il d’une augmentation des surfaces dans les années à venir ? Marc Muller reste prudent à ce sujet. « Pour l’instant, le blé dur représente une goutte d’eau par rapport aux 140 000 t de blé collectées par le Comptoir. » Il ne s’attend pas à ce que la petite filière blé dur bas-rhinoise dépasse les 1 000 t de production. Mais tout dépendra des projets de la société Heimburger.

CAC - Modulation intraparcellaire de semis de maïs

« Nous permettons à nos petites fermes de gagner en compétitivité »

Publié le 20/06/2019

Les premiers pas officiels de la modulation intraparcellaire de semis de maïs ont eu lieu lundi dernier sur une parcelle de Weckolsheim. Proposée en exclusivité par la Coopérative Agricole de Céréales, cette solution baptisée Mod-IP va, dès cette année, permettre à une trentaine d’agriculteurs du département de gagner en compétitivité sur chacun de leurs hectares de maïs.

Après la théorie, la pratique. Lundi dernier, la Coopérative Agricole de Céréales a convié la presse à assister aux premiers pas officiels de la modulation intraparcellaire de semis de maïs, deux mois après une première présentation en salle organisée à Blodelsheim (voir PHR du 5 février). Baptisée Mod-IP, cette innovation unique en France va, dès ce printemps, profiter à une trentaine d’agriculteurs du Haut-Rhin pour leur semis. Au total, ce sont 2 000 ha de parcelles situées en zones irriguées (Hardt et Plaine de l’Ill) qui vont bénéficier de cette technique pour cette année de lancement. « C’est plutôt encourageant quand on sait que le maximum qu’on pourrait atteindre au sein de notre coopérative est 8 000 ha », se félicite le président de la CAC, Jean-Michel Habig. Tous les agriculteurs qui se sont engagés avec Mod-IP devraient tous terminer leur campagne de maïs 2019 avec un gain supplémentaire de 100 euros à l’hectare. « Avec ce système, nous permettons à nos petites fermes de gagner en compétitivité tout en étant plus proche de l’environnement », poursuit Jean-Michel Habig. Cet argument « environnemental » a beaucoup séduit le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68) qui a mis à disposition de la CAC ses cartographies topographiques du territoire. « On est partis de là pour établir une expertise fine des sols. Sont-ils argileux, limoneux, sableux ou caillouteux ? Chaque sol réagissant différemment en fonction de la densité de semis et de la variété choisie, il était essentiel d’obtenir une image des sols la plus précise possible », explique Christian Jenn, responsable du service innovation, marketing et solutions adhérent de la CAC 68. Il est en effet assez courant de trouver dans le Haut-Rhin deux, trois ou quatre types de sols différents d’un bout à l’autre d’une même parcelle. Ces différents types de sols ont ensuite été qualifiés grâce à un travail d’analyses et de mesures de terrain géolocalisées. Une fois ce travail effectué, une carte de conseil agronomique est éditée et injectée ensuite dans les équipements d’agriculture de précision. L’agriculteur peut alors adapter ses pratiques en fonction des différences environnementales intraparcellaires et ainsi être au plus près des capacités du sol. Moduler l’ensemble des pratiques Les expérimentations pour mesurer l’efficacité et la viabilité de Mod-IP ont duré trois ans. Une dizaine de variétés ont été testées pour trouver les plus adaptées en fonction des types de sols et, in fine, déterminer la densité de semis la plus pertinente à un endroit donné. « C’est l’une des raisons qui explique que cela n’avait jamais été fait auparavant sur le maïs en France, cela demande beaucoup de travail et de recherches pour parvenir à un résultat concluant », témoigne Christian Jenn. Et puis il y a aussi le simple fait que l’Alsace dispose de sols bien plus hétérogènes que dans les autres régions françaises qui produisent du maïs. « Il y a moins de besoins que chez nous », poursuit-il. En revanche, la modulation intraparcellaire de semis de maïs est déjà utilisée au États-Unis, mais pour un coût bien plus important à l’hectare que celui pratiqué par la CAC, à savoir 40 euros par hectare pour les agriculteurs adhérents à la coopérative, et 80 euros pour les autres. Un coût qui comprend l’analyse et la cartographie du sol qui est faite une fois, et les préconisations de densité de semis qui doivent être faites pour chaque nouvelle variété utilisée. « Et vu que de nouvelles variétés apparaissent chaque année, le roulement est bien plus rapide qu’avant », poursuit Jean-Michel Habig. Cette modulation intraparcellaire de semis de maïs vient compléter l’offre d’agriculture de précision que la CAC proposait déjà à ses adhérents, à savoir la fertilisation azotée sur colza et blé avec un drone. Et c’est loin d’être fini. « Toujours sur le maïs, nous expérimentons la modulation de la fertilisation, ainsi que la pulvérisation localisée avec drone pour lutter contre le liseron. Et dans le courant de cette année, nous allons tester la modulation de l’irrigation. Notre idée, au final, est d’avoir une modulation sur l’ensemble des pratiques pour amener ce qu’il faut, où il faut, et au bon moment », conclut Christian Jenn.

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