Technique

Publié le 20/07/2019

Les 1er et 2 juillet, le Réseau mixte technologique (RMT) Bien-être animal a rassemblé à Strasbourg scientifiques et techniciens œuvrant à l’amélioration du bien-être animal pour un colloque très dense. Du chemin reste à faire, mais les acteurs ont pris le taureau par les cornes.

Le bien-être animal repose sur cinq libertés : absence de faim, de soif, de malnutrition ; absence de peur et de détresse ; absence de stress physique ou thermique ; absence de douleur, de lésions et de maladies, possibilité pour l’animal d’exprimer les comportements normaux de son espèce. Détecter précocement les maladies grâce à la technologie C’est un fait : les éleveurs n’ont pas le temps d’observer le comportement de leurs animaux. Dommage, car cela leur fournirait de précieux renseignements sur le bien-être de leur troupeau. C’est là que les nouvelles technologies interviennent. Plusieurs solutions de suivi du comportement des animaux existent ou sont en cours de développement. Parmi celles existantes, citons le Vel'phone ou le Heat'live de la société Medria.     L’entreprise développe désormais un nouvel outil. Les vaches sont équipées de colliers munis d’accéléromètres qui permettent de détecter l’ensemble des activités (debout, couché, ingestion, rumination, inactivité, suractivité). Objectif : anticiper la détection des troubles de santé. Thomas Aubry, de Medria, est déjà en mesure de livrer quelques recommandations. « L’abreuvement est à monitorer davantage, tout comme la facilité d’accès des vaches à leur aire de repos. Car le temps de repos manqué c’est du temps d’ingestion perdu, donc une perte de productivité. Il faut aussi limiter les temps d’attente debout, car cela entraîne des boiteries… » Pour l’instant, l’outil ne permet pas encore de détecter précocement les maladies, mais de pointer des animaux qui nécessitent une attention particulière. Des vaches sous l’œil des caméras L’entreprise Rhône Conseil Élevage mise quant à elle sur des caméras Time Laps pour scruter à la loupe le comportement des bovins. Alexandre Batia, technicien, a commenté quelques images issues de cette démarche d’analyse baptisée pAnser vaches. Les caméras filment l'étable 24h/24. En accéléré, on voit l’éleveur affourager les animaux, ces derniers se diriger vers les auges ou les abreuvoirs après la traite. Ces images permettent de détecter des éléments qui pourraient être améliorés pour optimiser le cycle de vie des animaux. Par exemple, si ça bouchonne à l’abreuvoir, il gagnerait à être agrandi. Si les animaux mettent du temps à se coucher, c’est que l’ergonomie des logettes est à revoir. « 60 % de vaches couchées une heure après la distribution de la ration, c’est l’objectif à atteindre, explique Alexandre Batia. Et cela s’obtient avec des logettes bien adaptées. » Des ovins équipés de traceurs Les comportements des ovins aussi sont scrutés à travers le prisme des nouvelles technologies. Dans le cadre du projet CLOChèTE, ils sont équipés d’accéléromètre et de GPS émettant une alerte en cas de dépassement de zone de pâturage, indique Anne Aupiais, éthologiste à l’Institut de l’élevage. Problème de ces milieux : il n’y a pas toujours de réseau. Une faille que les chercheurs tentent de combler en mixant les réseaux LoRa et GPRS. En effet, le réseau LoRa convient pour transmettre une faible quantité de données à bas coût énergétique. Alors que le réseau GPRS permet d’accumuler les données avant de les envoyer lorsque le capteur se situe dans une zone de couverture. « Nous travaillons à cumuler les deux solutions, en utilisant des capteurs LoRa qui peuvent basculer sur le réseau GPRS en cas d’alerte », indique Théo Kriszt, de Montpellier SupAgro.

Publié le 11/07/2019

Le salon Agritechnica aura lieu du 10 au 16 novembre prochain à Hanovre, en Allemagne. En avant-première, Kuhn présentait 30 nouveaux matériels à 80 journalistes internationaux la semaine passée près de Saverne.

L’édition 2019 d’Agritechnica s’annonce comme celle des records pour Kuhn, avec 30 nouveaux matériels exposés du 10 au 16 novembre prochains à Hanovre en Allemagne. Le constructeur de machines agricoles a présenté ces nouveautés à 80 journalistes de 18 pays, réunis les 4 et 5 juillet au Center Kuhn for Progress de Monswiller et à la ferme expérimentale du Willerholtz, près de Saverne. Les deux demi-journées ont été émaillées de démonstrations dynamiques de matériels de fenaison, de grandes cultures et de polyculture-élevage et d’ateliers animés par les commerciaux de la marque. Cet élan de nouveauté s’inscrit dans un contexte de marché plutôt difficile, a expliqué Thierry Krier, président du groupe Kuhn. Les conditions climatiques, les fluctuations des prix agricoles et les événements politiques influent largement sur l’activité des fabricants de machines agricoles. Au point que Kuhn s’attend à un marché en stagnation pour 2019. Pour autant, le pessimisme n’est pas de mise : la production de fibres et de biomatériaux offre de nouvelles perspectives à l’agriculture, indique le président de la firme qui voit dans ces opportunités « le début d’une nouvelle ère ». D'ici 2050, elle devra en outre nourrir 9,7 milliards de personnes, ce qui nécessitera une augmentation de la production agricole de 50 %. « La réponse est dans la mécanisation et la technologie, il n’y a pas d’alternative », estime Thierry Krier. Chez Kuhn, cette conviction se traduit par la mise sur le marché de matériels plus productifs afin d’abaisser les coûts, la généralisation de l’agriculture connectée et l’essor des machines autonomes, secteur sur lequel le constructeur est « déjà actif ».     Avec ses 11 usines en France et dans le monde, le groupe Kuhn fabrique 60 000 machines annuellement à partir de 1 500 modèles de base. 40 % de la production est fabriquée selon les ordres du client, souligne Thierry Kuhn. Les investissements en recherche et développement - 47 millions d’euros en 2018, soit 4,5 % du chiffre d’affaires - sont en constante augmentation depuis 2008, ajoute Rolf Schneider, vice-président de Kuhn. Ces investissements visent à mettre sur le marché des produits innovants, mais aussi de nouveaux services tels que l’application Kuhn EasyMaps ou l’espace digital MyKuhn. Une façon de rester à la pointe dans un marché appelé à devenir de plus en plus concurrentiel.

Comptoir agricole de Hochfelden

Blé dur : le défi est relevé

Publié le 28/06/2019

À la demande de la société Heimburger (pâtes Grand’mère), le Comptoir agricole a lancé une micro-filière blé dur. Pour la troisième campagne, 70 hectares ont été semés. Ils seront bientôt récoltés.

Tout est parti d’une sollicitation de Philippe Heimburger, PDG des pâtes Grand’mère à Marlenheim : soucieux de lancer une gamme de pâtes fabriquées à partir de blé cultivé en Alsace, il prend contact avec le Comptoir agricole. Alain Weissenberger, précédemment en poste à la Chambre d’agriculture Alsace, a déjà mené quelques essais de blé dur. À l’automne 2016, la culture est lancée sur une quarantaine d’hectares des proches environs de Marlenheim, où est située l’usine Heimburger. « Pour nous, c’était un véritable défi car les variétés de blé dur ne sont pas adaptées à notre climat, raconte Marc Muller, chef des ventes au Comptoir agricole et chargé de la filière. Elles sont relativement sensibles au froid et à la fusariose, maladie qui génère des mycotoxines. » Pour limiter les risques, le choix se porte sur deux variétés censées mieux résister à ces deux aléas : Envergur et Karur. Le Comptoir demande en outre aux producteurs concernés de respecter certaines précautions. D’abord, il recommande de les semer trois semaines à un mois après les variétés de blé tendre conventionnelles, soit début novembre. Il s’agit d’éviter que les plantules ne soient trop développées à l’entrée de l’hiver et ne gèlent. Ensuite, il interdit le semis derrière un maïs, en raison du risque fusariose, qui est plus élevé. « Un précédent betterave à sucre ou tournesol est bien plus adapté », indique Marc Muller. Enfin, pour mettre toutes les chances de son côté, la coopérative prévoit l’application de deux fongicides contre la fusariose. 7 t/ha au lieu des 5 t/ha attendues Toutes ces précautions visent à garantir un certain tonnage à la société Heimburger. Pour la récolte 2017, l’objectif de rendement est fixé à 5 t/ha, soit l’équivalent de 200 t. Les cinq agriculteurs concernés jouent le jeu. Par fierté de produire une matière première identifiée localement (lire encadré), mais aussi parce que les pâtes Grand’mère acceptent de payer un prix suffisamment incitatif. Si l’incertitude est grande durant cette première campagne, le résultat final est positif. « Nous n’avons pas eu de problème de maladie et nous avons même fait un excellent rendement : 7 t/ha au lieu des 5 t/ha attendus. C’était une grosse surprise. » De plus, la qualité est au rendez-vous. Fort de ce succès, le Comptoir agricole reconduit la culture de blé dur en 2018, en portant les surfaces à 70 ha. L’objectif est de doubler la quantité récoltée pour atteindre 400 t. Un essai de blé dur bio est même lancé sur 2 ha, avec cette fois, moins de réussite qu’avec le blé dur conventionnel. « Le blé dur bio reste un challenge car même si on fait attention au précédent, on n’a aucune possibilité d’intervenir chimiquement par la suite. » Comme en 2017, la campagne se déroule bien pour le blé dur conventionnel et les 7 t/ha sont à nouveau atteints. Dès lors, le Comptoir agricole et les pâtes Grand’mère décident de reconduire les surfaces à l’identique pour la campagne 2019. Une troisième variété, plus ancienne, est semée : Voilur. « On verra si elle tient la route côté productivité », indique Marc Muller à quelques jours de la récolte. Fractionner les apports d’azote « Contrairement au blé tendre, où l’on recherche un maximum d’amidon, en blé dur, on cherche un maximum de semoule et une semoule de bonne qualité », explique Marc Muller. Or, ces deux critères sont conditionnés par le choix des variétés et la conduite de la culture. Le blé dur a ainsi besoin de plus d’azote qu’un blé tendre, en moyenne 40 à 50 unités fertilisantes supplémentaires. « Mais comme on a des reliquats azotés plus importants que derrière un maïs, on n’a pas forcément besoin d’un apport externe », précise Marc Muller. La dose d’azote doit impérativement être fractionnée : on peut faire jusqu’à quatre apports contre 2 à 2,5 apports pour un blé tendre. « Mais sur les trois campagnes, on n’a jamais dépassé trois apports », nuance le chef des ventes. Le fractionnement de l’azote permet de ramener des protéines supplémentaires : un blé dur affiche en moyenne 13 % de protéines, soit deux points de plus qu’un blé tendre. Pour la campagne en cours, le Comptoir agricole a proposé à quatre agriculteurs d’Ebersheim de rejoindre la filière. Le blé dur étant sujet à l’échaudage en cas de forte chaleur, il semblait judicieux d’avoir deux zones de production, pour garantir au transformateur les 400 t souhaitées. Cela augure-t-il d’une augmentation des surfaces dans les années à venir ? Marc Muller reste prudent à ce sujet. « Pour l’instant, le blé dur représente une goutte d’eau par rapport aux 140 000 t de blé collectées par le Comptoir. » Il ne s’attend pas à ce que la petite filière blé dur bas-rhinoise dépasse les 1 000 t de production. Mais tout dépendra des projets de la société Heimburger.

Pages

Les vidéos