Technique

Fertigation des fraises sous serre

Garantir un minimum de récolte

Publié le 13/04/2019

Pour sécuriser leur récolte de fraises après une campagne 2017 désastreuse avec zéro kilo récolté, Clarisse Sibler et sa fille Pauline Klément ont décidé de cultiver une petite partie de leur production sous une serre en hors-sol, le tout alimenté par un système de fertigation goutte-à-goutte.

Des gelées, de la grêle et zéro fraises récoltées à l’arrivée. C’était en 2017. Une année que Clarisse Sibler et sa fille Pauline Klément, agricultrices à Sigolsheim, préféreraient oublier. Le moral « dans les chaussettes », elles se demandaient quand est-ce qu’elles pourraient produire à nouveau des fraises, avec la garantie du résultat cette fois. Une seule possibilité à leurs yeux pour y parvenir : cultiver les fraises sous serre en utilisant la fertigation. Une pratique peu courante en Alsace où le plein champ est privilégié, mais utilisé depuis de nombreuses années par les producteurs du sud de la France.     À la différence près que le système choisi par Pauline et Clarisse n’est pas suspendu comme on le voit habituellement dans les serres. « On a choisi un système hors-sol proposé par une entreprise allemande. L’idée est de créer des buttes sous la serre dans lesquelles on y plante les fraises. Elles ne sont donc pas suspendues, mais ne sont pas non plus au contact direct du sol. Le gros avantage est qu’il n’y a pas désherbage à faire. Reste les ravageurs comme les pucerons ou les petits acariens contre lesquels j’envisage de faire de la lutte intégrée », explique Pauline. Comme les fraises produites dans un système hors-sol classique, le bon développement de ces fraises est lié à ce que le producteur va leur apporter via le réseau d’irrigation. Dans le cas présent, un réseau goutte-à-goutte qui distille l’eau et les engrais (chaux, calcium, fer) à chaque pied de fraises. Le tout pilotable à distance via une application dédiée sur smartphone et ordinateur. Ce qui n’empêche pas Pauline de se rendre deux fois par jour dans sa serre pour contrôler l’arrosage et ajuster la fertigation si besoin. « Pour une première, j'ai voulu faire au plus simple » Elle ouvre également les portes latérales de la serre s’il fait trop chaud pour les fraises (à partir de 18-19 °C) comme cela a pu être le cas lors de certaines journées très douces et ensoleillées du mois de mars. Pour le moment, ce sont seulement 50 ares de fraises sur 4,5 ha qui sous cultivés sous cette serre. Elles ont été plantées pour la première fois en février dernier et pourront être récoltées, si tout va bien, dès la fin du mois d’avril. Pour la variété, Pauline a opté pour la Clery, qui est précoce. « Pour une première, j’ai voulu faire au plus simple avec une seule variété. Mais c’est vrai que si on veut étaler sa production plus longtemps dans l’année, on peut semer des variétés avec des indices de précocité différents et plus tardifs. » Mais passé les risques de gel du mois d’avril, cela n’a plus vraiment d’intérêt d’un point de vue économique considère-t-elle, pour l’instant en tout cas. « Est-ce vraiment rentable au mois de juillet avec des fraises de plein champ à côté ? Je ne suis pas sûre. » Et puis la tradition du plein champ - et de la libre cueillette - reste bien ancrée en Alsace, contrairement au sud de la France où cette pratique n’existe quasiment plus. De toute façon, l’idée est de voir dans un premier les résultats de cette culture de fraises sous serre en mode hors-sol sol. Entre dix et onze tonnes devraient être récoltées. Un bon début. Ou du moins l’assurance de ne pas terminer la saison avec un zéro pointé.

Publié le 12/04/2019

L’EARL Pfister s’est lancée dans l’irrigation au goutte-à-goutte du houblon en 2017, sur 9 ha qui combinaient deux risques : une variété sensible au stress hydrique, le strisselspalt, et des terres sableuses. L’efficacité du système a fait ses preuves. Reste à améliorer le pilotage.

À l’EARL Pfister, l’irrigation n’est pas une nouveauté : maïs et luzerne sont arrosés depuis plusieurs années par aspersion. Avec des enrouleurs ou de la couverture intégrale. Mais la crise houblonnière a rebattu les cartes chez les frères Pfister de Wingersheim. La variété strisselspalt - sensible au stress hydrique - a dû être implantée sur 9 ha de sols sableux, « des parcelles qui posaient déjà des problèmes de rendement par le passé, avec des petits cônes et des bas de lianes dégarnis », note Yves Pfister. La décision d’irriguer est donc prise. Mais il a d’abord fallu investir dans un groupe d’irrigation. 5 000 € environ. Ce qui a repoussé la mise en service d’un an. La première année d’irrigation, 2017, a été très sèche, ce qui a confirmé la pertinence du projet. « Nous avons gagné 5 q/ha par rapport à ce qu’on obtenait habituellement, rapporte l'agriculteur. Ça représente un gain de 1 500€/ ha pour un houblon à 300 €/q. » Cerise sur le gateau, la teneur en acide alpha était aussi meilleure. Ces 9 ha se répartissent entre deux parcelles de 4,5 ha chacune. L’une est équipée d’un hydrant à proximité, ce qui permet d’accéder à l’eau du réseau. Pour l’autre, les agriculteurs ont une autorisation de prélever jusque 6 m3 d’eau par heure dans un fossé. Une solution qui présente deux inconvénients : « Il a fallu investir dans un filtre à sable, et il peut y avoir un arrêté préfectoral d’interdiction de prélèvement. » Ça n’est encore jamais arrivé, mais Yves Pfister voit les années sèches s’enchaîner avec une pointe d’inquiétude. Le reste du système d’irrigation est similaire dans les deux parcelles : une veine principale amène l’eau de la pompe aux gaines de goutte-à-goutte jetables posées sur chaque rangée de houblon. Pour la parcelle de 4,5 ha équipée d’un filtre à sable, Yves Pfister estime l’investissement de 3 000 à 4 000 €/ha, dont 100 à 110 €/ha de gaines jetables, à renouveler chaque année. Un pilotage empirique, mais pragmatique Bien que les Pfister ne soient pas des néoirrigants, ils ont tout à découvrir en matière d’irrigation du houblon. « C’est très difficile de savoir quand commencer à irriguer, car il n’y a pas d’outil fiable à disposition. Il faudrait équiper les parcelles de tensiomètres, mais lesquels ? » Le houblon a en effet un système racinaire bien plus développé que la plupart des cultures annuelles, ce qui lui permet d’accéder à une ressource en eau plus importante. Du coup, Yves Pfister a mis au point son propre critère de décision, empirique certes, mais qui a le mérite d’être pragmatique. « Quand le maïs commence à faire le poireau, j’attends encore quatre à cinq jours et, s’il ne pleut pas durant ce laps de temps, je commence à irriguer le houblon. » À raison d’un passage de 20 mm, tous les 8 à 10 jours sans pluie. Avec le système actuel de goutte-à-goutte, Yves Pfister arrive à irriguer 1 ha en 24 h. Et il ne compte pas en changer. Car comme il y a moins d’évaporation qu’avec l’aspersion, la consommation d’eau est modérée. En outre, le feuillage n’est pas mouillé, donc le risque cryptogamique n’est pas exacerbé. Et comme les gaines sont positionnées sur la butte, elles ne gênent pas les interventions. « Enfin, comme je suis limité à 6 m3/h de prélèvement, ça restreint les choix », constate-t-il. C’est aussi cette restriction qui l’oblige à irriguer de jour comme de nuit, pour tenir la cadence, mais « comme la houblonnière crée de l’ombre, ça modère l’évaporation », estime-t-il. Même la manutention liée au système goutte-à-goutte ne lui semble pas si chronophage. « Il faut compter 1 à 2 h/ha pour la pose et le raccordement, et autant pour enlever le tout. Après, il y a de la surveillance au quotidien : je passe tous les matins dans les parcelles pour vérifier qu’il n’y a pas eu de fuite, d’acte de vandalisme… » Confortés dans le bien-fondé de l’irrigation, les houblonniers vont passer en 2019 de 9 à 15 ha de houblon irrigués, surtout des variétés tardives (strisselspalt, aramis, mistral, barbe rouge…), qui valorisent le mieux l’irrigation. Même si, constate Yves Pfister, « quelle que soit la variété, l’irrigation représente une sécurité, car cela permet de sauver une récolte, donc de couvrir les charges ».        

Publié le 18/03/2019

La filière poulet label rouge continue à se développer en Alsace, mais aussi en Moselle où les premières bandes de poulets cou nu noirs sont sorties récemment. Une quarantaine d’éleveurs a assisté dernièrement à la réunion technique annuelle organisée par Lorial à Dorlisheim.

Pour la deuxième année consécutive, des éleveurs mosellans assistaient à la réunion technique annuelle organisée par Lorial au restaurant de la ferme Maurer à Dorlisheim. Une quarantaine d’éleveurs alsaciens et mosellans ont pris part à cette réunion, axée sur la présentation des résultats technico-économiques de l’année précédente. Lorial, qui possède deux sites de production dans le Grand Est (Molsheim dans le Bas-Rhin et Sorcy dans la Meuse), assure le suivi technique des éleveurs de poulets label, auxquels elle fournit également les aliments. L’entreprise a dû faire face, en 2018, à un renchérissement du coût des matières premières en raison de la sécheresse notamment, a expliqué Rémy Foret, responsable des monogastriques chez Lorial. Le surcoût se chiffrait à 6,6 % sur l’ensemble des matières premières entre janvier 2018 et janvier 2019. Du poulet local pour la filière locale La filière poulet label rouge se développe depuis quelques années dans la région en réponse à la demande de l’abattoir Siebert, dont les ventes sont en progression. Ce développement se traduit par des plannings de mise en place très serrés pour le poulet blanc, qui constitue « le cœur historique » de la production, indique Mario Troestler, responsable des productions avicoles chair chez Lorial. Mais aussi par le lancement de nouveautés telles que le poulet jaune, très demandé par les consommateurs du Grand Est et à l’export, et le poulet noir, pour l’instant cantonné aux élevages de Moselle. « Alors que le poulet label stagne ailleurs, notre poulet local pour la filière locale se porte bien », relève Mario Troestler. S’agissant de poulets sous signe de qualité, ils doivent respecter un certain nombre de critères figurant au cahier des charges : l’âge minimum d’abattage, par exemple, est fixé à 84 jours pour le poulet blanc et à 81 jours pour le cou nu jaune et le cou nu noir. Sur les trois quarts de la production suivis en gestion technico-économique en 2018, l’âge réel d’abattage était compris entre 84 et 85 jours pour le poulet blanc et à 83 jours pour le poulet jaune, ce qui témoigne d’une demande soutenue. Pour les poulets blancs, la mortalité était en hausse, bien qu’il n’y ait pas eu de problème sanitaire particulier. Le poids était supérieur au poids de référence et en hausse par rapport à 2017 : il s’établissait à 2,314 kg à 84 jours. Cette hausse du poids est liée à l’amélioration génétique des animaux, indique Mario Troestler, précisant qu’il va falloir jouer sur l’alimentation pour le maîtriser. Réduire la quantité d’aliments distribués au démarrage semble être la piste la plus pertinente pour avoir des animaux moins lourds à quatre semaines. L’indice de consommation, en baisse de 0,4 point, était de 3,01. Autrement dit, pour produire 1 kg de poulet blanc, il a fallu 3,01 kg d’aliment. Les jaunes plus nerveux et moins gourmands Pour les poulets jaunes, dont les premières bandes sont sorties en mai 2018, les performances technico-économiques ont été enregistrées et comparées à celles des poulets blancs de juillet à décembre 2018. Le poids - ramené à 84 jours - était de 2,23 kg, avec des variations sensibles entre l’été, où le poulet jaune mange nettement moins, et l’hiver. Le gain moyen quotidien (GMQ) était légèrement supérieur à celui du poulet blanc et l’indice de consommation (2,98) était comparable. « Globalement, les jaunes sont plus nerveux, plus vifs », constate Mario Troestler, qui s’interroge sur la possibilité de leur donner des miettes toute l’année pour stimuler leur appétit. La marge poussin-aliment (MPA), critère économique largement utilisé dans la filière, est très voisine en poulets blancs et jaunes. « C’est une bonne année, dans la continuité des deux trois dernières années », commente Mario Troestler. La MPA est en hausse de 2 ct/kg par rapport à 2017 pour le poulet blanc, ce qui s’explique par l’amélioration de l’indice de consommation et du taux de saisie. La MPA par m2 et par an progresse également, ce qui s’explique par l’augmentation des rotations, qui génère aussi plus de travail pour les éleveurs. Cette hausse de la MPA, finalement, ne fait que compenser le renchérissement des coûts du bâtiment, de l’énergie et de la prophylaxie, mais elle n’améliore pas la marge de l’éleveur qui reste stable. « Il faut trois bâtiments aujourd’hui pour gagner la même chose qu’avec deux bâtiments il y a quinze ans », constate le représentant de Lorial.

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