Technique

CAC - Modulation intraparcellaire de semis de maïs

« Nous permettons à nos petites fermes de gagner en compétitivité »

Publié le 20/06/2019

Les premiers pas officiels de la modulation intraparcellaire de semis de maïs ont eu lieu lundi dernier sur une parcelle de Weckolsheim. Proposée en exclusivité par la Coopérative Agricole de Céréales, cette solution baptisée Mod-IP va, dès cette année, permettre à une trentaine d’agriculteurs du département de gagner en compétitivité sur chacun de leurs hectares de maïs.

Après la théorie, la pratique. Lundi dernier, la Coopérative Agricole de Céréales a convié la presse à assister aux premiers pas officiels de la modulation intraparcellaire de semis de maïs, deux mois après une première présentation en salle organisée à Blodelsheim (voir PHR du 5 février). Baptisée Mod-IP, cette innovation unique en France va, dès ce printemps, profiter à une trentaine d’agriculteurs du Haut-Rhin pour leur semis. Au total, ce sont 2 000 ha de parcelles situées en zones irriguées (Hardt et Plaine de l’Ill) qui vont bénéficier de cette technique pour cette année de lancement. « C’est plutôt encourageant quand on sait que le maximum qu’on pourrait atteindre au sein de notre coopérative est 8 000 ha », se félicite le président de la CAC, Jean-Michel Habig. Tous les agriculteurs qui se sont engagés avec Mod-IP devraient tous terminer leur campagne de maïs 2019 avec un gain supplémentaire de 100 euros à l’hectare. « Avec ce système, nous permettons à nos petites fermes de gagner en compétitivité tout en étant plus proche de l’environnement », poursuit Jean-Michel Habig. Cet argument « environnemental » a beaucoup séduit le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68) qui a mis à disposition de la CAC ses cartographies topographiques du territoire. « On est partis de là pour établir une expertise fine des sols. Sont-ils argileux, limoneux, sableux ou caillouteux ? Chaque sol réagissant différemment en fonction de la densité de semis et de la variété choisie, il était essentiel d’obtenir une image des sols la plus précise possible », explique Christian Jenn, responsable du service innovation, marketing et solutions adhérent de la CAC 68. Il est en effet assez courant de trouver dans le Haut-Rhin deux, trois ou quatre types de sols différents d’un bout à l’autre d’une même parcelle. Ces différents types de sols ont ensuite été qualifiés grâce à un travail d’analyses et de mesures de terrain géolocalisées. Une fois ce travail effectué, une carte de conseil agronomique est éditée et injectée ensuite dans les équipements d’agriculture de précision. L’agriculteur peut alors adapter ses pratiques en fonction des différences environnementales intraparcellaires et ainsi être au plus près des capacités du sol. Moduler l’ensemble des pratiques Les expérimentations pour mesurer l’efficacité et la viabilité de Mod-IP ont duré trois ans. Une dizaine de variétés ont été testées pour trouver les plus adaptées en fonction des types de sols et, in fine, déterminer la densité de semis la plus pertinente à un endroit donné. « C’est l’une des raisons qui explique que cela n’avait jamais été fait auparavant sur le maïs en France, cela demande beaucoup de travail et de recherches pour parvenir à un résultat concluant », témoigne Christian Jenn. Et puis il y a aussi le simple fait que l’Alsace dispose de sols bien plus hétérogènes que dans les autres régions françaises qui produisent du maïs. « Il y a moins de besoins que chez nous », poursuit-il. En revanche, la modulation intraparcellaire de semis de maïs est déjà utilisée au États-Unis, mais pour un coût bien plus important à l’hectare que celui pratiqué par la CAC, à savoir 40 euros par hectare pour les agriculteurs adhérents à la coopérative, et 80 euros pour les autres. Un coût qui comprend l’analyse et la cartographie du sol qui est faite une fois, et les préconisations de densité de semis qui doivent être faites pour chaque nouvelle variété utilisée. « Et vu que de nouvelles variétés apparaissent chaque année, le roulement est bien plus rapide qu’avant », poursuit Jean-Michel Habig. Cette modulation intraparcellaire de semis de maïs vient compléter l’offre d’agriculture de précision que la CAC proposait déjà à ses adhérents, à savoir la fertilisation azotée sur colza et blé avec un drone. Et c’est loin d’être fini. « Toujours sur le maïs, nous expérimentons la modulation de la fertilisation, ainsi que la pulvérisation localisée avec drone pour lutter contre le liseron. Et dans le courant de cette année, nous allons tester la modulation de l’irrigation. Notre idée, au final, est d’avoir une modulation sur l’ensemble des pratiques pour amener ce qu’il faut, où il faut, et au bon moment », conclut Christian Jenn.

Agriculture de précision

Moduler pour mieux semer

Publié le 20/06/2019

Soirée spéciale chez Kuhn. Mercredi 19 juin, une centaine d’agriculteurs se sont retrouvés à Saverne pour une conférence autour de la modulation de semis. Les commerciaux du constructeur alsacien ont ensuite présenté leur dernier semoir monograine.

« L’Alsace est la deuxième région avec le sol le plus hétérogène de France. » On trouve souvent deux, trois voire quatre types de sol sur une même parcelle, avec des potentiels de rendements très variés. Christian Jenn, responsable innovation à la Coopérative agricole de céréales (CAC), est parti de ce constat pour lancer une offre de modulation de semis de maïs, l’an dernier dans le Haut-Rhin. Mercredi 19 juin, il a vanté les mérites de cette technique devant des agriculteurs alsaciens et mosellans, lors d’une soirée organisée par l’entreprise Kuhn. En quoi consiste la modulation intraparcellaire ? Semer plusieurs variétés de maïs à différentes densités selon les structures du sol dans une même parcelle. « On cherche à optimiser les rendements et à diminuer les pertes », explique Christian Jenn. L’agriculteur ne sème plus de manière homogène d’un bout de son champ à l’autre. À la clé, une meilleure productivité. Jusqu’à 30 q/ha en plus et 230 €/ha supplémentaires. Intéressant. Une pluie de données Ce système repose sur un outil central : la carte de modulation. Intégrée à la console du tracteur, cette cartographie virtuelle de la parcelle commande le semoir de manière automatique. Elle lui indique quelle variété semer et à quelle densité dans une zone donnée. Pour établir cette carte, il faut collecter une grande quantité d’information. « La carte de rendement ne suffit pas pour déterminer une modulation efficace », indique l’expert de la CAC. Le système requiert d’amasser de nombreux paramètres. Comme la structure du sol, son pH, les données climatiques ou l'itinéraire technique. Cela tombe bien, « de la donnée, on en trouve de partout. » GPS, stations météos, outils de pilotage de l’irrigation… La carte se nourrit des moindres détails pour dresser un portrait-robot de la parcelle et livrer ses recommandations. Une fois la carte au point, l’agriculteur peut commencer les semis. À condition d’être correctement équipé. Le top du top : un signal GPS, une console et une transmission hydraulique. « Ce qui freine la modulation, c’est le matériel inadapté », reconnaît Christian Jenn. C’est là que les salariés de Kuhn entrent en scène. Un tracteur recule dans la salle d’exposition. Il déploie le Maxima 3. Un semoir monograine commercialisé depuis l’an dernier. Selon le constructeur, la machine répond à tous les impératifs de la modulation… et bien plus encore.     Un auxiliaire pour la modulation « Le Maxima 3 vous fait entrer dans l’agriculture de précision », commence David Hild, responsable produit chez Kuhn. On cherche à respecter une distance graine à graine la plus régulière possible. » Pour cela, le sélecteur a été reconfiguré pour chasser les graines en trop dans le disque. Et ainsi éviter les doublons. Autre particularité, les réglages s’opèrent sans outils. Grâce à des poignées amovibles qui s’insèrent dans tous les éléments de la machine. Ainsi, « on change la pression au sol en une minute », vante le commercial. Enfin, les rangs peuvent s’espacer selon les besoins du terrain. Illustration : le semoir en exposition compte quatre rangs séparés de 50 cm et quatre espacés de 75 cm. Comptez une quinzaine de minutes pour changer les réglages. Bref, l’outil se veut être un bon auxiliaire pour tout agriculteur désireux de se lancer dans la modulation intraparcellaire. À vos chéquiers.

Publié le 21/05/2019

Pierre Weinstein et Felix Haget ont décroché un appel à manifestation d’intérêt de l’Eurométropole pour construire une ferme aquaponique sur une friche du port autonome de Strasbourg. 9 000 m2 de serres produiront du poisson, des fruits, des légumes et autres végétaux exotiques en récupérant la chaleur résiduelle d’une centrale à biomasse.

La méthanisation présente une vertu étonnante et inattendue : elle stimule la créativité et l’esprit d’entreprise des agriculteurs. Ils sont poussés par la recherche de valorisation de la chaleur co-générée en parallèle de l’électricité. Certains font du séchage en prestation, d’autres chauffent des bâtiments, d’autres encore s’en servent pour produire de la spiruline, une algue aux grandes vertus nutritives. À Butten, en Alsace Bossue, la mise en service de l’unité de méthanisation de Jean-Philippe Weinstein et Rémy Gilgert a incité Pierre Weinstein, frère de Jean-Philippe, à réfléchir à de nouvelles valorisations de la chaleur. Cette réflexion l’a conduit à répondre à un appel à manifestation d’intérêt (AMI) de l’Eurométropole et du Port autonome de Strasbourg. Il propose un projet de ferme aquaponique, combinant l’aquaculture et la production végétale en hydroponie (voir encadré). Pour l’aider dans son chantier, Félix Haget, de la société Bioponi, consultant et formateur en aquaponie. L’appel à projet formulé par l’Eurométropole vise à reclasser la friche industrielle des anciennes forges navales de Strasbourg, qui jouxte la centrale à biomasse d’Électricité de Strasbourg sur le Port autonome. D’un côté une réhabilitation de friche. De l’autre, la valorisation de « chaleur fatale », issue des déperditions de la centrale à biomasse qui chauffe le quartier de l’esplanade à Strasbourg. Trois autres projets étaient en lice : la production de microalgues pharmaceutiques, la production végétale et d’insectes et un autre projet d’aquaponie.   < iframe src = » https://www.google.com/maps/embed?pb=!1m18!1m12!1m3!1d3835.1647780338544!2d7.797086566661263!3d48.55049626275653!2m3!1f0!2f0!3f0!3m2!1i1024!2i768!4f13.1!3m3!1m2!1s0x0%3A0xa2794e4f54791b3c!2sES + Centrale + Biomasse + de + Strasbourg ! 5e1 ! 3m2 ! 1sfr ! 2sfr ! 4v1558427298763 ! 5m2 ! 1sfr ! 2sfr » width = » 600 » height = » 450 » frameborder = » 0 » style = » border : 0 » allowfullscreen >    La ferme aquaponique couvrira 9 000 m2 de serres. Elle produira 130 tonnes de productions végétales et 60 t de produits aquacoles par an, à partir de 1 500 MWh/an récupérés. Soit 3 500 t de CO2 économisés. L’investissement devrait oscilller entre 1,4 et 2,2 millions d’euros. La production devrait occuper 12 emplois à temps plein. Plusieurs fermes aquaponiques de cette envergure se montent en Europe, indique Félix Haget, de la société Bioponi. Citons : 4 000 m2 à Berlin, 4 000 m2 à Bruxelles où l’implantation se situe dans un ancien abattoir, 3 ha (soit 30 000 m2) dans les Flandres. « La demande explose », souligne l’expert. L’agriculture regagne des terres Plusieurs aspects vertueux ont retenu l’attention des représentants de l’Eurométropole. Le volet pédagogique, l’aspect développement du marché local de produits d’aquaculture et la récupération de chaleur fatale liée à l’exploitation de la centrale de biomasse d’ÉS. « Nous sommes dans l’avant-projet sommaire ; il reste à finaliser le protocole d’accord. Il faut regarder le marché, valoriser les circuits courts », indique Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg. Autre point fort du projet : la réhabilitation d’une friche industrielle en zone d’activité agricole. « C’est assez rare pour être souligné quand l’agriculture regagne des terres », a observé Denis Ramspacher, président de la Chambre d’agriculture Alsace, dont les services accompagnent le projet. Parce qu’elles sont hors sols, les deux productions aquacoles et végétales ne sont pas certifiables en bio. Toutefois, par sa nature en circuit fermé utilisant des productions généralement bioindicatrices de la qualité de l’environnement comme le cresson, et donc sensibles aux pollutions, les conditions de productions en aquaponie s’avèrent plus exigeantes. Le cycle aquaculture/hydroponie apporte aux cultures une fertilisation naturelle à partir des déjections de poisson et ne nécessite aucun produit phytopharmaceutique. Une marque « produit d’aquaponie » est en cours d’élaboration. On notera que les productions sous serre entre 15 et 18°C autorisent des cultures à forte valeur ajoutée (vanille, gingembre, fruits de la passion, fraises, physalis, aloe vera…). Si tout va bien, la ferme aquaponique devrait produire ses premiers saumons de fontaine en 2020.  

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