Technique

Kitty Lienhard, « chuchoteuse »

Parler cheval et galoper sans entrave

Publié le 20/08/2020

À Munster, Kitty Lienhard murmure à l’oreille des chevaux. Accompagnatrice de tourisme équestre, elle s’est orientée, il y a quinze ans déjà, vers l’équitation naturelle ou éthologique. L’objectif est de « faire faire les choses au cheval en liberté ». Ici, on monte sans mors et on tisse d’abord une complicité avec le quadrupède, à pied.

Qui n’a jamais rêvé de partir au galop sur un cheval en totale liberté ? Kitty Lienhard, cavalière depuis ses 6 ans, a découvert l’équitation naturelle en 2005. Celle qui a créé son centre de tourisme équestre en 2014, monte à cru, en cordelette, sans mors ni rêne, saute ainsi des obstacles. Comment guide-t-elle son cheval ? « C’est l’intention qui compte, à 80 %. Si je suis claire dans ma demande, si je veux aller à droite, le cheval est assez fin et sensible pour le sentir », dit-elle. Kitty intime la direction à prendre à sa monture d’un mouvement souple du bassin. Si le cheval ne répond pas d’emblée, elle utilise alors un langage corporel plus marqué. « Je me tourne vers la droite », illustre-t-elle. À l’espace Kit’équit, à Munster, on utilise les rênes en dernier recours. « C’est une action mécanique qui oriente la tête du cheval. On essaie de s’en passer au maximum. Les rênes sont là, quand on part en balade pour la sécurité. On monte sans mors, avec rien dans la bouche », insiste Kitty Lienhard. « Donner du confort » « L’équitation naturelle ou éthologique découle du travail des éthologues qui ont observé les comportements des chevaux à l’état sauvage, leurs interactions. On en tire des méthodes pour dialoguer avec le cheval dans son langage à lui. On devient son partenaire », explique Kitty Lienhard… voire un congénère, mais pas n’importe lequel : le leader, celui qui apporte la sécurité au troupeau, et le confort. Ici, le confort, ce sont des caresses et des carottes. Le travail en équitation naturelle, chez Kitty, commence donc par plusieurs séances à pied, pour établir une confiance et un respect mutuels. Il s’adresse aux cavaliers et à tous ceux qui veulent tisser un lien avec un cheval. Les séances, qui coûtent 30 € de l’heure pour un adulte et 27 € pour un enfant, se font en solo ou à deux, maximum. Les plus jeunes se placent d’instinct comme il faut face aux chevaux, s’émerveille Kitty Lienhard. « Avant tout, il faut se détendre, détendre son diaphragme. Les chevaux perçoivent la moindre contraction. Ce sont des proies et nous sommes des prédateurs, livre Kitty. Nous avons tendance à nous contracter au moindre stress. Les chevaux le sentent et restent alors en alerte, à l’affût de tout », sauf des humains qui cherchent à « se connecter » à eux, à entrer en relation. Le tout premier exercice est de capter l’attention du cheval. Pour cela, Kitty exerce une légère pression sur son poitrail. Comme le ferait un autre cheval qui l’enjoindrait à reculer. Si le cheval ne s’exécute pas, Kitty monte alors en intensité, avec une petite tape. Aucune réponse de la part de l’animal ? Kitty crée une gêne, elle tape plus fort : « Si c’était un cheval qui lui demanderait de se pousser, il se serait pris un coup de sabot. » Quand Kitty obtient ce qu’elle veut de l’animal, « son pas de reculé », en l’occurrence, elle lui « donne du confort ». C’est l’instant câlin. La cavalière est bienveillante, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, dans tous les sens du terme. Si l’objectif de l’équitation éthologique est « faire faire les choses au cheval en liberté », avec le moins d’équipement équestre possible, elle sert aussi à pratiquer son activité de loisir en toute sécurité, à instaurer des distances spatiales garantissant la sûreté de chacun. Les hommes et les chevaux n’ont jamais été aussi proches spirituellement, pour ainsi dire. De l’assurance « J’éduque des chevaux sans les contraindre par la force », résume Kitty Lienhard. Et ce n’est pas une mince affaire puisque les chevaux sont plutôt naturellement paresseux, révèle-t-elle. Alors pourquoi se prêtent-ils si volontiers à ses demandes, pourquoi interagissent-ils avec l’homme ? « Les chevaux sont aussi naturellement joueurs. Une fois que leurs besoins physiologiques sont comblés et s’ils sont en sécurité, ils jouent. À l’état sauvage, ce type d’interactions sociales peut être de deux heures par jour », dévoile Kitty. Ses dix chevaux et les douze qu’elle a en pension vivent d’ailleurs ensemble, en troupeau, et en plein air autant qu’ils le souhaitent. « Ils règlent leurs comptes entre eux et se défoulent au paddock. Ça évite que ça explose quand un cavalier est dessus », pointe Kitty. La cavalière qui a tous ses galops, un BEP élevage du cheval et son diplôme d’accompagnateur de tourisme équestre, insiste : « Les chevaux font les choses parce que ça les amuse, parce qu’ils y prennent du plaisir. » Son Folio, « un cheval de Barbie » à la longue crinière blanche, a beau être un cheval de dressage, ce qu’il aime, c’est la randonnée. Elle l’emploie donc essentiellement à cela. D’autres chevaux adorent les « bêtises », comme elle dit. Kitty les fait se coucher, s’asseoir, tourner sur eux-mêmes, faire la révérence, munie d’un simple stick pour prolonger son bras, pour que le cheval le voit mieux, et d’une carotte. Seule, à pied, sans corde, au milieu du paddock, elle embarque un « partenaire » dans une chevauchée circulaire dont elle donne le rythme, au trot, au galop. Lorsqu’elle expire, le cheval, à plusieurs mètres d’elle, ralentit jusqu’à s’arrêter. Elle s’approche alors pour faire la course avec lui. Elle détale, il embraye. Elle le berne en changeant de direction. « Sinon, impossible de gagner ! » Les deux s’amusent. Quand ils ont fini, le cheval la suit comme un chien suit son maître. De cette complicité entre l’homme et l’animal est née l’equifeel, « une nouvelle discipline de la fédération française d’équitation (FFE) » à pied. Kitty participe à des championnats où elle fait, par exemple, slalomer son cheval, en totale liberté. Elle engrange ainsi un maximum de points, par rapport à ceux qui utilisent une longe. Être dans le moment présent, juste dans ses actions sont ses maîtres mots. À 22 chevaux « L’équitation naturelle permet au cheval d’évoluer, comme à l’homme. Ça soigne les deux. Souvent, quand un cheval manque de respect à un cavalier, c’est que le cavalier ne le respecte pas non plus. Ce n’est pas forcément volontaire », a observé Kitty. Parfois quelques heures suffisent à recadrer tout le monde. D’autres fois, la magie n’opère pas. « Certains cavaliers préfèrent changer de cheval plutôt que leurs habitudes car ils ne sont pas prêts à se remettre en question ni à faire l’effort de se mettre au diapason », constate Kitty. Sur sa structure de 1,14 ha, située à la sortie de Munster, direction Stosswihr, 22 chevaux s'épanouissent. Les animaux profitent de 3 ha de prés en location dans les villages environnants : ils y partent « en vacances », chacun leur tour, pour quinze jours. Elle a une trentaine de clients qui la sollicitent autant pour les balades à cheval (elle exige que les cavaliers maîtrisent les trois allures pour le plaisir et la sécurité de tous) que pour apprendre les bases de l’équitation éthologique. Son excédent brut d’exploitation (EBE) ne dépasse pas 4 200 €. « C’est une passion. Si on compte les heures, on laisse tomber », assure-t-elle.  

Publié le 25/07/2020

L’ambroisie à feuilles d’armoise, ou ambrosia artemisiifolia L., est une plante envahissante dont le pollen est très allergisant. Présente dans tout le Grand Est, sa capacité de propagation est très élevée. C’est le moment d’agir, avant que son contrôle ne devienne trop difficile, voire impossible. Des arrêtés de destruction obligatoire sont en vigueur pour chacun des départements du Grand Est.

La gestion de l’ambroisie représente un véritable enjeu de santé publique. Une très faible quantité de pollen (5 grains/m3) suffit à déclencher une réaction allergique. Les symptômes (rhinite, conjonctivite, asthme, eczéma…) apparaissent plus tardivement que les habituels rhumes des foins en raison de sa floraison tardive. Elle débute généralement vers la mi-août et peut se prolonger jusqu’en octobre. François Tischmacher, exploitant à Landser, près de Mulhouse, est confronté à l’ambroisie : « Je me souviens qu’il y a quelques années on ne se souciait pas de ce genre de chose. Mais, depuis que j’en ai vu sur les bordures de mes champs, il y a deux ans, je suis obligé d’y faire attention. » En 2017, une évaluation de l’impact sanitaire en Auvergne-Rhône-Alpes, région la plus infestée, conclut que près de 660 000 personnes auraient été impactées par le pollen de l’ambroisie à feuilles d’armoise, pour un coût sanitaire global de 40,6 millions d’euros, selon l’Observatoire régional de la santé d’Auvergne-Rhône-Alpes. L’ambroisie est capable de se développer rapidement dans de nombreux milieux, que ce soient des parcelles agricoles, des bords de route, des chantiers, des friches… Une omniprésence qui explique qu’elle peut être détectée partout, aussi bien en ville qu’à la campagne. De manière générale, cette plante colonise les milieux perturbés par l’humain et constitue de ce fait une problématique pour de nombreux acteurs : gestionnaires de bords de routes, collectivités, particuliers, mais aussi professionnels agricoles, pour qui l’impact économique peut être considérable. « C’est vrai que cette plante pose problème, notamment à la période des récoltes, souligne François Tischmacher. Le fait qu’elle soit allergène peut même amener à ce que tout ce qui a été fauché soit refusé à la vente. » Perte de rendement (20 à 70 %), semences non conformes, salissure durable des terres sont autant d’autres impacts négatifs liés à la propagation de cette invasive venue d’Amérique du Nord. On la retrouve souvent dans les grandes cultures, notamment celles de printemps. Appartenant à la même famille botanique que le tournesol (astéracées), il est alors particulièrement difficile pour les producteurs de lutter contre ce parasite. Un plan d’actions simple : surveiller, prévenir, agir Si, pour le moment, peu de cas ont été recensés dans la région, le risque zéro n’existe pas. Alors, depuis 2018, Fredon Grand Est est chargée par l’Agence régionale de santé (ARS), dans le cadre du nouveau Plan régional santé environnement, de piloter un plan d’actions à l’échelle du Grand Est et de coordonner la lutte collective contre l’ambroisie pour la période 2018-2021. Ce plan d’actions s’appuiera notamment sur des réseaux de référents au niveau des collectivités, des gestionnaires d’espaces et de linéaires, ainsi que du monde agricole. Les collectivités sont d’ailleurs invitées à nommer un référent auprès de l’ARS Grand Est. Il s’agit en effet de faire prendre conscience des enjeux qui entourent cette problématique par des actions de sensibilisation (réunions, publications sur les réseaux sociaux…) car « tout le monde ne connaît pas cette plante, rappelle François Tischmacher, et je ne parle pas que des agriculteurs, mais aussi des gens qui marchent dans les champs et qui n’ont pas conscience que cela peut être dangereux pour eux. » Parallèlement, des formations sont organisées pour apprendre à identifier l’ambroisie et comment la gérer. Techniquement, en milieu agricole, la lutte contre l’ambroisie est assez simple car il existe des méthodes de lutte chimiques et alternatives. Mais, en milieu urbain ou naturel, les techniques sont plus difficiles à mettre en œuvre. Or, une fois qu’un pied d’ambroisie est observé, il faut rapidement l’éliminer car il est difficile de l’éradiquer une fois qu’il est installé. La lutte passe donc par l’arrachage des plants, de préférence avant la fin juillet, c’est-à-dire avant la montée en graine et l’émission de pollen. D’une part, pour éviter la diffusion de ce pollen hautement allergisant, d’autre part, pour éviter la dissémination de l’espèce. Arracher la plante donc, mais pas n’importe comment.    

Point sur la campagne

L’herbe est plus verte ailleurs

Publié le 15/05/2020

Les premières coupes d’herbe dans les prairies destinées à l’ensilage, fin avril et début mai, ne présagent pas d’une bonne année fourragère, en Alsace. La montagne, le Piémont des Vosges et l’Alsace bossue sont les zones les plus touchées par la sécheresse, et par d’autres facteurs défavorables à la pousse de l’herbe.

« Les rendements sont en net recul par rapport à une année normale mais, pour avoir de la qualité, il fallait faucher, fin avril et début mai, puisque le stade épiaison était atteint, avec quinze jours d’avance environ », commente Laurent Fritzinger, conseiller en cultures fourragères à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). Mis à part la première semaine de mars, la pousse de l’herbe a été faible. En cause, principalement : la sécheresse. Il manque 50 % à deux tiers du rendement en herbe, pour cette première coupe, par rapport à une année normale, table le conseiller. Et la première coupe de l’herbe, c’est la moitié, voire les deux tiers du rendement annuel. Elle ne présage donc pas d’une bonne année fourragère. 2020 cumule les facteurs défavorables à la pousse de l’herbe. « On conjugue l’effet d’avance de la reprise de la végétation, après un hiver doux durant lequel les prairies n’ont même pas grillé, avec six semaines sans pluie de mi-mars à fin avril, un vent de nord-est qui dessèche, des gelées matinales jusqu’à Pâques et des températures élevées en journée, donc de grandes amplitudes thermiques », énumère Laurent Fritzinger. Tous ces phénomènes additionnés expliquent que certaines semaines l’herbe n’a pas « bougé », dixit Laurent. « Les prairies ont reverdi très tôt. 2020 est une des années les plus précoces qui soient. Sur la majorité du territoire alsacien, le cumul de 200 °C jour a été atteint le 11 février, soit une avance de dix à plus de vingt jours, selon les secteurs. À cette date de reprise de la végétation, on préconise de sortir les engrais mais il pleuvait tellement en février que personne n’allait se risquer à faire des traces dans les prés. Mi-mars, dès que le sol a été assez portant, les engrais minéraux et le lisier ont été épandus mais il n’a pas plu. Il faut 15 mm de pluie après l’épandage pour que l’azote soit utile. Beaucoup de prairies n’ont pas eu ça depuis les apports d’engrais », ajoute le conseiller basé dans le Bas-Rhin. Les prairies naturelles sont les plus à la peine. Les prairies temporaires bénéficient, en effet, de réserves plus importantes dans le sol, d’un « historique », puisqu’elles ont été mieux fertilisées par le passé, et il y pousse plus de légumineuses qui amènent l’azote au sol. La qualité, certes, mais pas la quantité Au moins, cette année, pour ceux qui ont fauché à temps, au bon stade, la qualité sera au rendez-vous, même si l’herbe n’est ni haute, ni dense. « Les conditions de préfanage et de récoltes étaient très bonnes. L’herbe n’a pas été souillée avec la terre », précise Laurent Fritzinger. Il a l’espoir que la seconde coupe, début juin, pour ceux qui ont fauché tôt, soit bonne. Pour cela, il faudrait qu’il pleuve régulièrement et que les températures soient douces, ce qui n’a malheureusement pas été le cas la première quinzaine de mai, non plus. « En mai, on peut encore espérer de la pousse mais, en été ou à l’automne, il ne faut pas compter dessus : s’il y en a, c’est un cadeau », rappelle le conseiller de la CAA. Au 15 juin, on peut considérer que les stocks sont faits, en plaine. « Ceux qui font du foin attendront le stade fin épiaison, qui arrive en avance aussi, en mai, cette année. C’est sûr que les rendements seront aussi impactés », dit Laurent Fritzinger. « Pour ceux qui font pâturer, il faut qu’ils tournent plus vite sur les parcelles pour ne pas user l’herbe, lui laisser un temps de repousse minimum. Ils peuvent aussi laisser pâturer des prairies qui étaient initialement prévues pour la fauche et le stock, ou affourrager à l’auge. Dans les systèmes très herbagers, comme en montagne, cela fait deux ans que l’herbe souffre beaucoup. Les stocks de sécurité sont déjà consommés. Mais, en plaine, il y a encore du maïs ensilage », nuance Laurent. Jusqu’à moitié moins de rendements Jean-François Strehler, conseiller en cultures fourragères à la CAA, basé dans le Haut-Rhin, est moins alarmiste sur les rendements. En ce qui concerne les prairies dérobées, de courtes durées, récoltées d’avril à début mai, pour l’ensilage, il estime de moins 10 à moins 30 % le rendement, par rapport à une année normale. Pour les prairies naturelles, fauchées en juin, il manquera entre 30 et 50 % de la production, pour le foin. Fin avril, à Saint-Bernard, dans le Sundgau, on mesurait entre 40 à 70 kg de matière sèche par hectare et par jour (MS/ha/j) au pâturage, selon les parcelles. L’herbe dans les pâturages, selon Jean-François Strehler, a bien poussé jusqu’à fin mars, puis elle a poussé de manière variable selon l’exposition et l’humidité. Le sec prolongé, ensuite, puis le retour du froid, l’ont freinée. La pluie de retour en mai, quelques jours, permet, certes, de réguler une partie de ces prairies mais les précipitations ont été très hétérogènes, la première semaine de mai : de 30 mm, sur une semaine, dans le Jura alsacien, à 15-20 mm dans le Sundgau et 5-10 mm seulement dans le Piémont. « Dans le Ried, on peut irriguer, heureusement, car il y a plu 5 mm seulement, début mai », détaille Jean-François Strehler. C’est le début de la saison et la situation est déjà tendue. « On démarre l’année avec un handicap pour l’herbe. On va être gêné aux entournures », lâche-t-il. Au contexte général morose qui engendre moins de revenus pour les éleveurs, s’ajoute le manque d’herbe, et donc des dépenses à prévoir pour les plus mal lotis. « On demande aux éleveurs laitiers de produire moins de lait car il n’y a pas assez de personnel en laiterie pour le transformer, depuis mi-mars et le confinement lié à l’épidémie de Covid-19. Le prix du lait est à la baisse », recadre Jean-François Strehler. Malgré cela, il va falloir acheter. Et compléter la ration avec du maïs ensilé, des céréales immatures, « qui ne compenseront pas tout étant donné qu’elles sont assez courtes sur pattes aussi », prévient le conseiller, et des intercultures d’été (méteils, sorgho multicoupes) installées après des céréales à paille, avec lesquelles « il y a une carte à jouer », assure Jean-François. En méteil, d’ailleurs, « on a bien ramassé, on a bien rempli les silos. Tout n’est pas noir, non plus », souligne-t-il (lire pages 22 et 23). Jean-François Strehler sait que, depuis deux ans, la météo est favorable à une seconde coupe d’herbe sur dérobée, « avant le maïs ». Il faut juste espérer que le maïs trouve ensuite assez d’humidité pour se développer et s’implanter… Il faut espérer des pluies, donc, car le ray-grass laisse le sol très sec. En plaine, où les systèmes sont moins herbagers, où il y a du maïs et de la luzerne irrigués aussi, les éleveurs seront moins fragilisés, assure le conseiller de la CAA : « Le plus critique, c’est la montagne. » Double, voire triple peine, en montagne « La fauche est dramatique », pose d’emblée Marie-Joëlle Bellicam, conseillère en fourrages et prairies de montagne à la CAA. Concernant les prairies mono-espèces et précoces, l’épiaison est déjà faite et les rendements seront faibles ; pour les prairies diversifiées et les fauches tardives, si les pluies sont soutenues au mois de mai, le rendement sera certes inférieur à une année « normale » mais pourra encore être assuré. « Pour l’instant, il n’y a même pas de quoi assurer une pâture suffisante. Il faut taper dans les parcelles prévues pour la fauche pour faire pâturer les animaux », ajoute Marie-Joëlle. À Lapoutroie, qui est une station de montagne précoce et productive, Cécile Hary, de la CAA, a enregistré les valeurs suivantes : 22 kg MS/ha/j au 3 avril, 53 kg MS/ha/j au 17 avril, mais plus que 24 kg MS/ha/jour au 1er mai. Le manque de pluie a été fatal, conclut-elle. Pour preuve, au 7 mai, la dernière valeur de pousse de l’herbe à Lapoutroie était de 84 kg MS/ha/j. « Il y a eu une belle progression grâce aux précipitations passées par là », éclaire Cécile. Au manque d’eau, qui a des conséquences, en montagne, sur le fourrage et l’abreuvage des animaux (sources taries), s’ajoutent les dégâts de sangliers et de cervidés. « Après les dégâts de sangliers, les prairies ont été remises en état mais il n’a pas plu, donc il n’y a pas eu de repousses. Les cervidés, il y en a de plus en plus. Ils sont passés avant les vaches et ont tout raflé », enchaîne Marie-Joëlle, prolixe. À cause du confinement, les dégâts de sangliers n’ont pas été évalués et les agriculteurs ne seront donc, a priori, pas indemnisés. Pas d’herbe, pas d’indemnisations pour en acheter… Les éleveurs de montagne, qui dépendent tous d’un système herbager, sont bien les plus impactés par cette nouvelle année peu propice à l’herbe, en Alsace. Le confinement dû à la pandémie de Covid-19 ne les aide pas, non plus, pour la vente. « C’est la double peine : la pluie qui n’arrive pas et entraîne un manque de fourrages, et la difficulté à vendre les produits transformés. Les exploitants n’ont pas le moral. Ils sont inquiets », confie la conseillère de la CAA. Certains d’entre eux finissent les stocks de l’an passé quand d’autres achètent déjà du fourrage ! « C’est dur, ils cumulent tout », compatit Marie-Joëlle Bellicam. Des fermiers-aubergistes qui n’ont pas d’impératifs à monter leurs vaches, attendent pour la transhumance. Les animaux sortent en moyenne dix jours plus tard que d’habitude, cette année, en montagne, avec l’espoir qu’ils trouvent des prairies plus fournies. « Des éleveurs feront un tri plus important au niveau des veaux, se sépareront de génisses. D’autres de vaches laitières, même. Ils vont décapitaliser à cause du manque de fourrages. Mais auront-ils encore assez de vaches pour prétendre à l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) ? », anticipe la conseillère.  

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