Conservation des sols
L’ortie au service du blé
Conservation des sols
Publié le 21/05/2021
Encore double actif, Jean-François Basler a repris l’exploitation familiale, en 2000, à Kappelen, et compte à l’avenir travailler à plein temps comme agriculteur. Pour y parvenir, il diversifie son activité et s’intéresse à l’agriculture de conservation. Pour « booster » son blé, il utilise notamment de l’ortie.
Originaire d’Altkirch, Jean-François Basler, 44 ans, s’occupe de sa ferme, à Kappelen, où il exploite 14 hectares de céréales et, depuis peu, un champ de légumes. Dans le même temps, il est conducteur d’engins de travaux publics. « Mais je ne compte pas aller jusqu’à ma retraite en exerçant ces deux responsabilités professionnelles. J’ai également deux enfants. L’aîné s’intéresse de plus en plus au monde agricole. Il faut donc réfléchir à l’avenir de l’exploitation. Cet atelier de légumes peut être une source de diversification et le début d’un projet pour une installation viable dans le futur », explique Jean-François Basler. Aidé de Martine, son épouse, il a donc installé une petite serre pour cultiver différents légumes. L’atelier existe depuis deux ans. « Nous faisons un peu de tout. Des salades, des pommes de terre nouvelles, des courgettes, des tomates, des aubergines, ou encore des poivrons. Les débuts sont encourageants même si la saison était courte l’année passée en raison des conditions météorologiques », ajoute l’agriculteur. Il propose ses produits dans des paniers qu’il écoule sur commande. Il les livre lui-même à ses clients. Il se félicite de se construire un réseau de clients de plus en plus important. Dans le même temps, ses céréales (maïs et blé essentiellement, mais également colza et soja) continuent d’être livrées à la coopérative agricole de céréales dont il est adhérent, ou chez Lucien Walch. Ortie macérée dans de l’eau tiède Depuis trois ans, il s’intéresse à l’agriculture de conservation. « Je travaillais de façon classique et je faisais appel à une entreprise de travaux agricole. Mais j’ai commencé à me documenter et à m’interroger sur ma façon d’exercer mon métier. J’ai souhaité évoluer, produire différemment. Un technicien de chez Walch m’a informé des techniques existantes. Et j’ai commencé à appliquer sur mes terres cette agriculture nouvelle pour moi. Depuis, j’ai le sentiment de faire davantage attention à mon sol. Je pratique désormais le semi direct. J’ai implanté un vrai couvert végétal qui fait de la biomasse en faisant un véritable suivi de culture. Pour le blé, c’est la même chose. J’applique certains principes qui existaient déjà dans le passé. J’utilise du purin d’ortie que l’on trouve en bordure des forêts », précise Jean-François Basler. Cette ortie est ensuite macérée dans de l’eau tiède jusqu’à ce qu’elle fermente. Il faut qu’elle fasse de la mousse sans aller jusqu’à une odeur de putréfaction. Le purin d’ortie est un répulsif naturel contre les pucerons et les acariens. En effet, une macération d’orties sert aussi d’engrais naturel, car il stimule la croissance des plantes et en fortifie ainsi les défenses naturelles. Ainsi le purin d’ortie sert également en prévention de certaines maladies. « J’utilise 10 kg d’ortie pour 100 litres d’eau. C’est la base. Ensuite, je l’applique avec le pulvérisateur sur le blé en le diluant pour activer la photosynthèse du blé. Depuis que j’utilise cette technique, je constate que mon blé se porte bien. Il y a moins de maladies. La seconde étape sera ensuite le jus de luzerne. Je compte appliquer 10 kg de luzerne pour 100 litres d’eau passés au karcher pour décoller la matière active et renforcer le blé. Cela permet de diminuer la présence des ravageurs », insiste l’agriculteur. Pas de fongicide de synthèse Pour lui, c’est cette année un essai qui lui permet de ne pas utiliser de fongicide de synthèse. Il est convaincu que cela va également permettre l’amélioration de l’état des sols de ses parcelles. « Je tente de travailler selon les méthodes de l’agriculture de conservation. Si mes sols sont en bonne santé, mes plantes le seront également. Ce changement de pratique peut surprendre au début. Mais je constate déjà que mes sols sont plus vivants. C’est une suite logique de mon parcours. J’ai toujours été respectueux au niveau des traitements. Si je ne suis pas obligé d’en faire, je n’en fais jamais », assure Jean-François Basler. Avec les intempéries de ces dernières semaines, il reconnaît cependant que ces nouvelles techniques sont plus difficiles à appliquer. Les résultats ne sont pas assurés. Pour autant, il compte continuer à s’intéresser à cette agriculture de conservation qui, il en est convaincu, va lui permettre à l’avenir d’évoluer encore davantage dans son travail au profit de ses sols et de ses cultures.












