Publié le 05/06/2021
Après un début de printemps particulièrement froid et humide, les cultures affichent toutes un certain retard. Mais elles sont en place, bien pourvues en eau, et généralement encore peu inquiétées par les maladies et ravageurs. La tendance est donc plutôt à l’optimisme.
En mai, fais ce qu’il te plaît, par exemple remettre un gilet ! Cette année, le printemps a fait mentir les dictons les plus établis, avec des précipitations soutenues et des températures pour le moins frisquettes : « Il manque cent degrés jour avec une température de base de 6 °C pour le maïs par rapport à une année normale, soit une semaine à 10 jours de retard », pose Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace. « C’est déstabilisant car c’est très différent de ce qu’on a connu ces dernières années, mais lorsque l’on considère les moyennes sur les dix dernières années, c’est loin d’être catastrophique », tempère-t-il. Les maïs ont été semés dans de bonnes conditions, entre le 15 et le 20 avril, après une période très froide, et avant une longue période de précipitations. Les levées ont été correctes et, actuellement, les maïs atteignent le stade cinq feuilles, en moyenne. Un retard de croissance surtout lié au froid. Les précipitations soutenues, elles, ont plutôt limité les interventions, comme les désherbages. Résultat : « Dans les parcelles qui n’ont pas été désherbées au moment du semis, les adventices se sont bien développées, et les agriculteurs profitent des quelques jours de beau temps pour intervenir. » La croissance lente des maïs a fait craindre des dégâts de ravageurs du sol. Finalement, ils sont assez limités. « Les dégâts les plus importants sont causés par les corvidés », pointe Jean-Louis Galais. Enfin, parfois, des orages de grêle ont lacéré des feuilles. S’ils affichent un léger retard, les maïs vont aborder l’été avec des sols bien pourvus en eau, ce qui, avec des températures plus estivales, peut permettre de rattraper cette lenteur au démarrage. Maïs : du retard au démarrage Les conditions fraîches et humides ont particulièrement impacté le travail des producteurs de maïs semences, qui doivent semer les lignées mâles et femelles avec des décalages précis afin de favoriser la production de semences. « Ça a parfois été très difficile d’arriver aux bons stades, mais les multiplicateurs s’en sont très bien sortis », résume Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole. Autre obstacle à surmonter : les quantités importantes d’eau qui sont tombées ont localement entraîné la formation de croûtes de battance. Résultat, si la levée des femelles s’est globalement déroulée sans encombre, celle des mâles - dont les semis ne sont pas encore achevés - est parfois plus hétérogène. En lien aussi avec le vent du nord, qui « assèche les surfaces ». Mais là aussi, Alain Weissenberger souligne le professionnalisme des agriculteurs qui ont mis en place les mesures correctives qui s’imposaient, comme des passages d’écroûteuse. « C’était stressant, mais ça aurait pu être pire », résume-t-il. Au moins le recours à l’irrigation sera-t-il sans doute un peu plus léger cette année ! Blé : du soleil pour du rendement Les blés affichent aussi un léger retard. Avec toutes ces précipitations, la crainte de voir les maladies cryptogamiques exploser était vive. Mais finalement, les blés restent sains : « Le froid a aussi freiné le développement des champignons », constate Jean-Louis Galais. Le risque lié à la fusariose n’est pas encore écarté. Les contaminations devraient être ponctuelles, liées aux précipitations orageuses. Ce qui fait le plus défaut aux blés, c’est l’ensoleillement : « Pour faire leur cycle, les plantes ont besoin d’azote, qu’elles trouvent dans le sol, et de carbone, qu’elles assimilent via la photosynthèse. Actuellement, nous arrivons au stade épiaison-floraison, une période délicate, car une fois que la fécondation est terminée, une grande part du rendement est déterminée », rappelle Jean-Louis Galais. Il est donc de bon présage de voir la météo revenir à des journées plus ensoleillées et plus douces afin que les blés puissent passer cette étape cruciale dans les meilleures conditions possible. « Avec davantage d’ensoleillement, les plantes seront plus actives et cela écarte le risque de constater des problèmes de fertilité d’épis. » Si la moisson s’annonce un peu plus tardive cette année, en termes qualitatif et quantitatif, elle devrait être correcte. Colzas : une floraison dans le froid Avec une floraison qui s’est déroulée dans le froid, avec peu de rayonnement lumineux, les colzas sont la culture pour laquelle Jean-Louis Galais est le moins optimiste : « Le nombre de siliques risque d’être impacté, et il ne faut pas écarter le risque de voir du sclerotinia se développer. » En effet, cette maladie se propage lorsque, du fait de l’humidité, les pétales restent collés sur les feuilles après être tombés à la fin de la floraison. Une situation qui a été fréquemment observée. Mais, là aussi, le froid a pu avoir un effet protecteur en limitant la croissance du champignon. Par ailleurs, l’année a été marquée par une forte pression en charançons de la tige, et « toutes les parcelles n’ont pas été protégées à la hauteur de la pression constatée », rapporte Jean-Louis Galais. Betterave : après le gel, c’est reparti de plus belle Après avoir été semées à la bonne période dans des sols bien évolués, rendus faciles à travailler par des labours d’automne et un hiver rude, les betteraves avaient levé rapidement et de manière homogène. Avant d’être brisées dans leur élan par l’épisode de gel de début avril. « Nous avons posé rapidement les diagnostics et décidé de retourner et de resemer toutes les parcelles où le peuplement était inférieur à 50 000 pieds/ha, soit quelque 200 ha. Pour soutenir les planteurs concernés, Cristal Union a pris en charge une dose de semences par hectare », indique Michel Butscha, technicien au service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein. Dans certaines parcelles, touchées par le gel mais pas resemées, le peuplement reste un peu limité, à 60-70 000 pieds/ha, mais « rien de dramatique », estiment les experts de la sucrerie. En outre, les resemis ont très bien pris et désormais, « le décrochage se voit à peine ». La période fraîche qui a suivi le gel intense n’a pas trop pénalisé les betteraves qui, dès qu’il fait plus de 0 °C, poussent lentement mais sûrement. La fraîcheur printanière se traduit par un retard de 12-13 jours en somme de température, soit 5-6 jours en termes de végétation. Les désherbages ont pu être effectués entre les gouttes et les rafales de vent, « avec une très bonne efficacité des produits racinaires, qui va se traduire, dans la plupart des cas, par une intervention de moins que ne le préconise le calendrier habituel ». En effet, les betteraves vont bientôt fermer les rangs. « Actuellement, certains planteurs effectuent des binages, mais plus pour aérer le sol, qui s’est parfois refermé suite aux précipitations, que pour éliminer des adventices », précise Michel Butscha. Si des croûtes se sont formées, il n’y a par contre eu que très peu de ravinements, de phénomènes de stagnation d’eau : « Comme les sols étaient très secs en profondeur, l’eau s’est bien infiltrée, et c’est de très bon augure pour le rhizoctone. » La phase de sensibilité à la cercosporiose approche, aussi le modèle de prédiction du risque va bientôt être enclenché, annonce Michel Butscha. Côté ravageurs, les limaces ont fait peu de dégâts malgré les conditions humides. Les ravageurs du sol ont profité de la pousse ralentie des betteraves pour causer plus de dommages que lors des campagnes précédentes, mais rien de catastrophique. Sachant que 59 % des surfaces de betteraves ont été semées avec des graines non traitées aux néonicotinoïdes, les planteurs sont très vigilants quant à l’évolution des populations de pucerons : « Ils étaient présents très tôt, mais la fraîcheur et la pluviométrie ne leur ont pas été favorables », résume Michel Butscha. Ainsi, la moitié de la sole betteravière a été traitée contre les pucerons vers la mi-mai. Et la surveillance se poursuit pour juger de la nécessité d’une nouvelle intervention. Globalement, les responsables de la sucrerie sont donc plutôt optimistes pour la suite de la campagne : « La plaine est homogène, le peuplement est parfois un peu limité, mais le développement racinaire est prometteur », résume Michel Butscha. De quoi séduire de nouveaux producteurs de betteraves sucrières ? Les responsables de la sucrerie l’espèrent, car ils sont toujours en quête de nouveaux producteurs pour optimiser le fonctionnement de la sucrerie d’Erstein. Herbe : des chantiers entre les gouttes Pour la production d’herbe et de méteil, l’eau tant attendue a fini par devenir gênante. En effet, les créneaux permettant de faucher dans de bonnes conditions ont été rares en mai : « Il y a eu un créneau vers le 8 mai, puis un vers le week-end de la Pentecôte », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace. Pour résumer, les éleveurs ont été confrontés à deux options. Soit récolter du fourrage avec une bonne valeur alimentaire sur pied mais dans de mauvaises conditions donc avec le risque de voir cette valeur alimentaire se dégrader. Soit attendre d’avoir de bonnes conditions pour récolter de l’herbe un peu trop âgée mais dans des conditions permettant un bon préfanage. Entre les deux, Laurent Fritzinger préconise de loin la seconde option : « Au moins le fourrage obtenu est valorisable, il y a moins de refus, donc moins de pertes économiques. » Le beau temps du week-end dernier et du début de la semaine a permis de mener à bien certains chantiers, mais difficile de tout faire en trois jours ! Surtout pour les méteils, qui requièrent trois bonnes journées de préfanage. Les éleveurs qui ont fauché tôt récoltent désormais de très belles secondes coupes. Mais certains n’en sont qu’à la première. En effet, l’herbe a mis du temps à pousser à cause des températures fraîches, qui ont entraîné un retard de pousse de presque deux semaines. En outre, les plantes sont restées courtes assez longtemps. Pour Laurent Fritzinger, les craintes sont désormais levées car l’herbe a poussé, mais « ce ne sera pas une année record, les rendements seront bons, mais pas exceptionnels, et disparates selon la pluviométrie locale », estime-t-il.












