Technique

Concours général agricole (CGA) des pratiques agroécologiques prairies et parcours

L’herbe, un trésor de biodiversité

Publié le 22/06/2021

Le CGA des pratiques agroécologiques prairies et parcours du territoire des vallées de la Bruche et de Villé s’est déroulé les 10 et 11 juin, sur le thème des prairies humides. Son principe reste inchangé : valoriser l’équilibre agroécologique des prairies, faire le lien entre la qualité des produits et des pratiques agricoles.

Cette année, le jury du Concours général agricole (CGA) des pratiques agroécologiques prairies et parcours du territoire des vallées de la Bruche et de Villé a arpenté 11 parcelles issues de 11 exploitations agricoles. L’objectif de ce concours étant de récompenser les pépites qui présentent le meilleur équilibre agroécologique, son jury est composé d’experts capables de juger des qualités d’une prairie (lire en encadré), et plus particulièrement cette année d’une prairie humide, puisqu’à chaque édition, le thème tourne entre les prairies sèches, humides, et mixtes. Diversité d’animaux et de prairies Le caractère humide de la prairie qu’elle a présenté cette année a d’ailleurs été le principal critère de choix de Julie Diette, de la ferme Humbert - Gaec Les Aviats à Urbeis. Sont aussi entrées en ligne de compte « la flore présente, les pratiques, comme la fauche tardive, et puis comme je participe depuis quatre ans j’essaie de présenter une parcelle différente à chaque fois », sourit la jeune femme. Elle présente succinctement son exploitation, un Gaec créé par son grand-père en 1984, qui était carreleur et qui s’est reconverti en agriculteur alors que la montagne se vidait de ses habitants. Julie est la quatrième associée de ce Gaec aux nombreuses activités : un élevage de 30 vosgiennes laitières dont les veaux mâles sont élevés pour la viande, soit 80 bêtes au total, des poules pondeuses, du maraîchage, des petits fruits et des vergers pour la production de yaourts. À la transformation du lait et de la viande s’ajoute la vente sur les marchés et dans les magasins de producteurs. En plus de ses associés, le Gaec emploie donc aussi un salarié. La parcelle présentée, située à Fouchy, fait partie des 120 ha de prairies, dont 45 ha de fauche, composés aussi bien de landes que de prairies de fond de vallée. Cette prairie, remise en état il y a 40 ans par son grand-père après une période d’abandon, fait aujourd’hui l’objet d’une MAE prairie humide, ce qui se traduit par une fauche tardive, après le 15 juin, et une fertilisation très modérée. « Nous réalisons en général deux coupes puis un pâturage à l’automne par les génisses. Il y a deux ans, nous avons apporté du compost de fumier », détaille Julie Diette. Elle enchaîne avec son ressenti sur la prairie : « Comme elle est située en zone humide, ce n’était pas forcément la prairie sur laquelle nous misions le plus. Mais, depuis quelques années, nous sommes très contents de l’avoir, car elle résiste bien à la sécheresse, c’est là qu’elle exprime le mieux son potentiel. Elle est productive, avec une bonne qualité fourragère, et le foin se sèche bien ». Elle conclut : « Le mot d’ordre sur notre ferme, c’est la diversité, que ce soit en matière de prairies ou d’animaux. Les moins productifs ont leur place, ils apportent d’autres choses. » « La pimprenelle, ça a un goût de concombre, j’en mets dans les salades » Le décor planté, le jury s’enfonce dans la prairie. Chacun la regarde d’un œil différent selon sa spécialité. Les botanistes égrainent les noms des espèces au fur et à mesure de leur détection : « du plantain, et de la flouve odorante, c’est bon pour le côté aromatique des fourrages, car la flouve contient de la coumarine, des grandes marguerites, des gaillets, achillea ptarmica, ou herbe à éternuer, une espèce rare, trèfles, silènes, myosostis, attention au fossé, carex, angélique, fenouil, salicaires, saule trèfle, oseille, pimprenelle - ça a un goût de concombre, j’en mets dans mes salades… » En bruits de fond, les eaux du Giessen bruissent, les oiseaux chantent, les insectes crissent. Le soleil tape de plus en plus fort, soulevant les odeurs d’herbe et de terre mouillée. Car, arrivés au milieu de la parcelle, son caractère humide s’affirme : les pieds des jurés s’enfoncent dans une terre gorgée d’eau. Après avoir franchi trois fossés, vestige des limites d’anciennes parcelles qui servent aujourd’hui à la fois à irriguer et à drainer la parcelle, les jurés se regroupent. C’est le moment de débriefer. Les fossés, vecteurs d’une microtopographie favorable aux insectes Sylvain Plantureux décrit une parcelle « à la productivité importante toute l’année, mais caractérisée par une prédominance des graminées, houlque laineuse, fléole et fétuque rouge, sur les légumineuses. Il y a beaucoup de diversité dans cette prairie, mais qui n’est pas très présente ». Il souligne aussi un problème de portance, et le manque d’ombrage. Par contre, il apprécie les fossés qui fonctionnent. Aussi, la prairie décroche un 6 (la meilleure note) en productivité, contre un 4 en valeur alimentaire : « Il y a beaucoup de tiges, peu de feuilles et de légumineuses, cela donne de la fibre, de l’énergie, mais pas beaucoup de PDI », argumente Sylvain Plantureux. Néanmoins, 63 espèces ont été trouvées sur cette parcelle, contre 30 en moyenne, ce qui illustre bien la diversité du milieu. Les botanistes décrivent aussi « une distribution homogène des espèces, ainsi qu’une bonne structuration des écosystèmes pour la faune et la flore ».  « Les fossés apportent beaucoup de biodiversité, avec une flore spécifique et sa faune associée », soulignent-ils encore, rejoints par Adrien Boillot, animateur Natura 2000 : « Les fossés créent une microtopographie qui fait que la barre de coupe va couper l’herbe plus haut, au-dessus de la ponte de Damier de la succise (papillon) ». Il précise : « En matière de protection des insectes, on ne peut pas préconiser un mode de gestion des prairies. Ce qu’il faut, c’est une diversité des pratiques, car les insectes ont tous des besoins différents ». De la végétation, oui, mais avec des trous ! Les jurés apprécient aussi la strate buissonnante qui entoure la parcelle, ainsi que la ripisylve, même s’il y a de la Renouée du Japon, car l’espèce, invasive, est maîtrisée. Seul Régis Ambroise, spécialiste des paysages, émet une objection : il aimerait voir quelques trouées dans la ripisylve et le talus qui bordent la parcelle, afin d’avoir plus d’ouvertures et de points de vue. Et, s’il apprécie les arbres isolés sur le coteau qui surplombe la parcelle, il aimerait en voir davantage au sein même de la prairie. Enfin, même s’il y a relativement peu de fleurs au sein de la parcelle, la prairie décroche une bonne note en valeur apicole, car elle est entourée de fruitiers, d’acacias, qui permettraient d’y laisser des ruches toute l’année. La restitution à l’éleveuse lui permet de confirmer certaines observations du jury : le côté très graminéen de la prairie peut s’expliquer par un historique de pâturage ovin. Quant au petit carré de rumex et d’oseille, il correspond à l’ancien emplacement de l’abreuvoir, donc à une zone qui a été passablement piétinée et fertilisée !

Publié le 13/06/2021

Les semis de soja se sont terminés en retard cette année en Alsace, mais la culture démarre bien. Alors que le Plan protéines, visant à accroître l’indépendance de la France en protéines végétales est mis en œuvre, la Chambre d’agriculture Alsace et Terres Inovia ont organisé une réunion à destination des producteurs alsaciens.

Positionner les semis des sojas n’a pas été une mince affaire cette année. Certaines parcelles ont été semées dès le 20 avril, un peu tôt au regard des températures, puisque les sojas ont ensuite patiné durant plusieurs semaines. « Il y a eu une fenêtre fin avril-début mai puis il a plu durant trois semaines », rappelle François Lannuzel, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). Résultat : un quart à un tiers des sojas a été semé tard, fin mai-début juin. Un retard au démarrage qui a posé la question de la nécessité de changer de variété afin d’être sûr d’atteindre la maturité. Classiquement, ce sont des variétés 00 à 000, donc assez précoces, qui sont semées en Alsace. Pour les variétés du groupe 000, « même si elles sont semées tard, elles pourront être récoltées vers fin septembre - début octobre », assure Aurore Baillet, ingénieure développement à Terres Inovia. Pour les variétés 00, il peut s’avérer plus compliqué d’atteindre la maturité, c’est pourquoi les techniciens ont parfois préconisé, dans certains secteurs, de changer de variété pour passer du groupe 00 au groupe 000 : « Le risque c’est d’avoir des gelées au moment du remplissage, donc un arrêt du cycle du soja. Mais, par ailleurs, c’est une plante qui se rattrape très bien », indique François Lannuzel. Une particularité qui s’explique par la photosensibilité du soja : « Plus on le sème tard, plus il raccourcit son cycle, ce qui limite le risque de récolte tardive », souligne Aurore Baillet, qui précise que c’est d’autant plus vrai pour les variétés 00, qui peuvent réduire leur besoin en somme de température jusqu’à 100 degrés jours (DJ), contre 50 DJ pour les variétés 000. Le risque de gelée au remplissage est donc limité, car le décalage des dates de semis ne se retrouvera pas à la récolte, il sera plus restreint. « Tout dépend donc du niveau d’acceptation du risque », résume Aurore Baillet, et de la disponibilité des semences ! Ces semis tardifs auront-ils un impact sur le rendement ? Difficile à affirmer pour le moment, mais il est probable que le potentiel de rendement soit plafonné, parce qu’« il y aura peut-être un peu moins de nœuds, donc d’étages de gousses ». Inoculation : indispensable mais inutile de forcer Alors que tous les sojas sont désormais semés, la Chambre d’agriculture Alsace et Terres Inovia ont organisé une réunion sur une parcelle de Fabien Metz, à La Wantzenau, afin de faire le point sur les aspects techniques, et de présenter les travaux menés dans le cadre du Plan protéines (lire en encadré). Une des particularités du soja, c’est l’inoculation des semences avec des bactéries symbiotiques indispensables à la mise en place des nodosités. « L’offre commerciale est vaste, et tous les produits ne se valent pas », pose Aurore Baillet. L’institut technique a donc testé les différentes spécialités. Les résultats de ces investigations sont disponibles en ligne sur le site de Terres Inovia. Certains aspects sont toujours valables : plus l’inoculation est réalisée proche du semis, mieux c’est, et la quantité d’inoculum se raisonne au poids de graines. « Nous n’avons jamais constaté de plus-value à réaliser une double dose d’inoculum dans nos essais, y compris dans les primo sojas », souligne Aurore Baillet. Quant au délai de retour, il dépend du contexte : « Dans les terres favorables, les bactéries vont rester efficaces jusqu’à 5 ans, mais dans les sols squelettiques, il faudra réinoculer les semences chaque année. Lorsque deux sojas se suivent, l’inoculation n’est pas nécessaire pour le second soja. Mais on peut faire une inoculation à demi-dose pour sécuriser le rendement ». Généralement les agriculteurs réalisent l’inoculation à la bétonnière, mais il existe aussi des semences pré-inoculées, qui ont également été testées par Terres Inovia : « La qualité des nodosités obtenues est moins bonne, ce qui ne permet pas d’aller chercher tout le rendement », rapporte Aurore Baillet. Un résultat à mettre en regard de leur coût par rapport à des semences fermières inoculées manuellement. Quelle que soit la technique utilisée, il faut toujours vérifier la qualité de la mise en place des nodosités au moment de la floraison. D’autant plus cette année dans les semis précoces, soumis au froid et à la pluie, des conditions peu propices à leur formation. Si 30 % des plantes ne présentent pas de nodules, ou s’il y a moins de cinq nodules par plante, alors il est possible d’apporter de l’azote, de l’ordre de 80 à 100 unités, fractionnées en deux apports, à partir de la floraison, y compris en zone vulnérable. Désherbage : gare à la sensibilité du soja Le désherbage est un point délicat de la conduite du soja car la culture est sensible à certaines matières actives et peu de produits sont autorisés. Effectuer des faux-semis permet de réduire le stock d’adventices avant d’implanter la culture. Puis, dans le contexte alsacien, où le soja suit souvent un maïs, les techniciens préconisent d’effectuer un désherbage de prélevée, sachant que tous les produits autorisés (Mercantor Gold, Prowl…) présentent des restrictions d’usage, et qu’il vaut mieux les associer pour gagner en efficacité. Quand la protection de prélevée n’a pas été effectuée, la stratégie de post-levée se fonde sur le Pulsar, qui est phytotoxique pour le soja, mais qu’il détoxifie sans impact sur le rendement s’il est bien portant. Pour améliorer l’efficacité de l’opération, il est conseillé d’appliquer Pulsar dans des conditions humides, sur des adventices peu développées et en conditions poussantes. La stratégie préconisée est « d’intervenir à la sortie de la première feuille trifoliée à demi-dose avec une huile, puis de revenir 10 jours après ». D’autres spécialités sont autorisées, mais sont spécifiques de certaines adventices, à utiliser en rattrapage, ne peuvent pas être mélangées au Pulsar, présentent des risques par rapport à la ressource en eau, ou encore sont plus chères au regard de leur efficacité que Pulsar, considèrent les techniciens. « Je préfère avoir un peu de phytotoxicité que des adventices qui profitent d’un défaut de sélectivité », résume Aurore Baillet. Dernier point d’attention au niveau du désherbage : certains produits utilisés sur maïs (Dicamba…) engendrent des problèmes de phytotoxicité sur soja, il est donc primordial de bien nettoyer les pulvérisateurs entre ces usages, sachant qu’un lavage à l’eau ne suffit pas. Irrigation : économiser en début de cycle « L’irrigation du soja se gère en fonction de sa sensibilité au stress hydrique, qui évolue au cours de son cycle », pose Jonathan Dahmani, conseiller en irrigation à la CAA. Aussi, irriguer avant l’apparition des premières fleurs ne sert à rien, ni après le moment où les premières gousses sont mûres. Entre ces deux stades, l’irrigation se raisonne en fonction du type de sol, un peu comme pour un maïs, sachant que pour un même niveau d’ETP, le maïs consomme plus d’eau que le soja, de l’ordre de 40 mm. Jonathan Dahmani préconise d’économiser cette eau durant la première partie de la campagne d’irrigation, mais surtout pas en juillet, car c’est là que se construisent les principales composantes du rendement. Freiner l’irrigation au début de la campagne permet d’éviter d’aller vers une culture luxuriante, dont les besoins en eau iront croissant, ainsi que d’éviter de rallonger les entre-nœuds, donc le risque de verse, sans pour autant favoriser la formation des gousses. Par ailleurs, il est conseillé d’arrêter d’irriguer suffisamment tôt, en septembre, pour favoriser la maturation des gousses. Enfin, Jonathan Dahmani conseille de privilégier des buses de calibre modéré pour obtenir une précipitation instantanée atténuée, et éviter la verse.   Une vue qui montre des différences importantes de vigueur entre les variétés de #soja . Sur cet essai variétés 000 de #terresinovia en Lorraine, Paradis (surtout) et Sirelia apparaissent en retrait. pic.twitter.com/CKBU6kCSOB — Laurent JUNG (@laurentjung54) June 8, 2021    

Publié le 12/06/2021

Le printemps froid et humide a impacté les producteurs de cultures spéciales. Les plus durement touchés sont les producteurs d’asperges, dont la saison a été complètement gâchée. Pour les autres productions, rien n’est encore joué : si le reste de la campagne se déroule sans heurts, les conséquences du retard au démarrage seront minimes.

Plus de peur que de mal ! L’épisode de gel des 7 et 8 avril 2021 a finalement assez peu impacté les vergers alsaciens, même si le caractère de calamité agricole a tout de même été reconnu pour certaines parcelles. « Il s’agit surtout de vergers isolés, essentiellement situés dans le Haut-Rhin, qui étaient très chargés l’an passé », décrit Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d’agriculture Alsace. Un chargement important qui a pu se traduire, cette année, par une induction florale de moindre qualité, et un débourrage plus précoce, qui a rendu les fleurs plus sensibles au gel. Suite à l’épisode de gel, les précipitations soutenues ont imposé une cadence de traitement importante, pour contenir les contaminations par les champignons pathogènes. Philippe Jacques rappelle qu’en arboriculture, la protection fongicide se traduit par des traitements préventifs, curatifs et « stop », qui ont lieu pendant la pluie, pour bloquer la germination des spores de champignons. Comme il a plu souvent, ces traitements se sont enchaînés. Et comme en plus il faisait froid, certains produits, qui nécessitent une température minimale pour être efficace, n’ont pas pu être utilisés. Les arboriculteurs ont donc été sur la brèche pendant près d’un mois. « Actuellement, nous sortons de la période de haute sensibilité, avec un bilan plutôt pas mal, et c’est une très bonne nouvelle », souligne Philippe Jacques. Mais déjà, une autre difficulté se profile. Et celle-là risque d’être difficile à contourner. Les températures fraîches entraînent un décalage de maturité de deux à trois semaines pour les variétés les plus précoces de cerises et d’abricots. Un décalage qui ne serait pas si dommageable en soi s’il ne s’accompagnait pas d’une très importante hétérogénéité de la maturité des fruits sur un même arbre, qui s’explique par une floraison très étalée. « Ça va être très compliqué à récolter et ça va amplifier le coût de la récolte », annonce le conseiller agricole. Les températures fraîches ont en outre entraîné un bouleversement du calendrier de récolte : « Toutes les variétés précoces de cerisiers arrivent à maturité ensemble. Mais à partir de la variété Summit qui marque la jonction entre les variétés hâtives et les suivantes, les choses devraient rentrer dans l’ordre. » La situation des abricotiers ressemble à celle des cerisiers, avec des arbres peu chargés, et un décalage de maturité sur les variétés précoces qui s’estompe avec les variétés plus tardives. Pour les pêchers qui ont été correctement protégés contre le gel, la production s’annonce normale. La protection contre la cloque du pêcher a été arrêtée un peu trop tôt : « Nous pensions que le risque était passé, donc le rythme des traitements s’est relâché, or l’agent pathogène s’était développé plus tardivement », explique Philippe Jacques. Pas de quoi impacter la récolte, qui s’annonce normale. La récolte de mirabelles s’annonce belle en Alsace. Les arbres y sont chargés, contrairement aux Vosges ou à la Meurthe-et-Moselle. Les quetschiers sont plus chargés au sud qu’au nord de l’Alsace. Pour les poiriers c’est l’inverse, une particularité de l’année puisque ces deux espèces ont d’ordinaire des comportements assez similaires. Enfin, pour les pommiers, hormis deux producteurs qui déplorent des dégâts de gel significatifs, la récolte s’annonce normale. Enfin, plusieurs orages de grêle ont éclaté dans la région, provoquant des impacts, heureusement modérés, qui ne devraient pas déprécier la qualité des fruits. Asperges : la douche froide Après une très belle campagne 2020, c’est la douche froide pour les producteurs d’asperges. « La campagne a démarré dans les temps, mais avec un niveau de production très faible, qui n’a pas décollé, ni en avril, ni en mai », résume Philippe Sigrist, conseiller en production d’asperges à Planète Légumes. En cause, le froid, mais surtout le manque d’ensoleillement qui fait que les films plastiques, censés réchauffer les buttes, n’ont pas fonctionné, d’autant plus que la terre était refroidie par des nuits fraîches, voire des gelées. Les précipitations soutenues n’ont pas arrangé les choses. Résultat, la production est en baisse, de l’ordre de 30 à 50 %, estime Philippe Sigrist. Ce petit millésime côté production s’est traduit par des difficultés à gérer le volume de main-d’œuvre nécessaire, qui s’est avéré moins important que prévu. Par contre, les prix se sont tenus, car la récolte n’était pas meilleure dans les autres bassins de production. Philippe Sigrist constate aussi : « Si la production avait été normale, il y aurait peut-être eu des difficultés à l’écouler, car la restauration était encore fermée, et nous sommes toujours en concurrence avec les autres bassins de production. Quand les asperges d’Alsace arrivent sur le marché, ils en sont déjà à la moitié de leur campagne de production, et les prix baissent. En outre, depuis la fin mai, la demande s’est écroulée », rapporte Philippe Sigrist. Triste paradoxe : alors que les aspergeraies pourraient commencer à produire, les asperges ne trouvent plus preneur. Résultat : « Certains producteurs débâchent les buttes car ils n’arrivent plus à vendre leur production… » Choux : des plantations resserrées par les précipitations Les plantations de choux à choucroute ont été effectuées entre les gouttes, donc dans un calendrier plus serré que la normale : « Les producteurs n’ont rien pu planter pendant deux semaines, indique Mathilde Doubrere, conseillère choux et navets salés à Planètes Légumes. Comme les plants sont restés stockés serrés en plaque, qu’il faisait froid et humide, il y a eu un peu de développement de mildiou, mais qui s’est résorbé à la plantation. » Désormais, les plantations sont terminées partout et la sole dédiée aux choux à choucroute reste relativement stable. Peu de dégâts de ravageur sont à déplorer, les traditionnelles attaques d’altises sont gérables, mais une parcelle de 3 ha a dû être complètement replantée suite à des dégâts de corbeaux, rapporte Mathilde Doubrere. Au final, après une plantation compliquée et stressante, les conditions sont réunies pour une bonne reprise des plants, ce qui laisse augurer un début de campagne plutôt serein. Tabac : une très bonne reprise suite au retard de plantation Les plantations de tabac se sont terminées il y a un peu plus d’une semaine, début juin, donc avec deux bonnes semaines de retard par rapport à une année moins fraîche. « Ce retard est dû à l’accumulation d’une pousse lente des jeunes plants dans les serres, liées aux températures fraîches, suivi d’une impossibilité de rentrer dans les parcelles pour effectuer les plantations à cause des précipitations », relate Thomas Lux, technicien à la Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F). Le retard au démarrage des jeunes plants s’est aussi traduit par des attaques de botrytis, qui ont été bien gérées « en aérant les serres autant que possible, et en appliquant des traitements protecteurs ». Résultat, les producteurs qui avaient perdu quelques plants en ont trouvé chez leurs confrères, et toute la surface annoncée en tabac a pu être plantée. Celle-ci affiche un léger retrait, en lien avec des départs en retraite de producteurs historiques qui ne sont pas compensés par l’arrivée de jeunes planteurs. « La culture souffre d’un manque de visibilité à long terme », analyse Thomas Lux. À court terme, les signaux sont plutôt positifs pour la consommation du tabac virginie produit en Alsace, quasiment exclusivement destiné à la production de tabac à chicha : l’allègement des mesures de restrictions destinées à endiguer l’épidémie de Covid-19 devrait se traduire par une hausse de la consommation de tabac à chicha. Cela tombe bien : dans les champs, les jeunes plants de tabac ont très bien repris : « Si le reste de la campagne se déroule sans heurts, les conséquences de ce léger retard au démarrage seront minimes », estime Thomas Lux. Houblon : du retard, du travail et du mildiou Le froid a ralenti la croissance des lianes de houblon au démarrage, ce qui s’est traduit par une mise au fil plus tardive et plus longue. Le vent a ensuite donné du fil à retordre aux producteurs qui ont dû intervenir pour remettre les lianes au fil. « Le mois de mai a été éprouvant pour les producteurs de houblon », constate Michèle Dauger, technicienne houblon au Comptoir agricole. Par ailleurs, les buttages ont été retardés par les précipitations. Actuellement, les houblons affichent une dizaine de jours de retard de croissance, mais les sols sont pourvus en eau, et « si les températures augmentent ils pourront rattraper ce retard », indique Michèle Dauger. Enfin, en lien avec les précipitations et les amplitudes thermiques importantes, « nous observons un important développement de mildiou, qu’il s’agit de suivre et de traiter », conclu la technicienne. Pomme de terre : les primeurs pour juillet Après des plantations précoces et dans des conditions optimales, l’épisode de gel de début avril a ponctuellement touché des parcelles de pommes de terre primeur, « mais sans occasionner trop de dégâts », rapporte Denis Jung, conseiller en production de pommes de terre à Planète Légumes. Désormais, elles affichent un retard de 2 à 3 semaines, ce qui conduit à décaler le lancement officiel de la saison à début juillet, dans la perspective d’atteindre les plus gros volumes de production mi-juillet. « Il y a déjà des petits volumes qui arrivent sur le marché, récoltés en verts, c’est-à-dire non défanés, mais le défanage devrait intervenir fin juin, pour une production maximale mi-juillet », estime Denis Jung. Les pommes de terre de conservation ont mis plus de temps à lever que d’ordinaire, en raison de la fraîcheur et de l’humidité, ce qui s’est traduit par des maladies telluriques, type rhizoctone, des pourritures des tubercules et de la tige. Les pucerons sont présents, et la pression s’intensifie. Les doryphores sont en retard puisque les premières larves viennent d’être observées. Le mildiou est entré en phase contaminatrice, et les plants doivent donc être protégés pour éviter l’apparition de taches. Au rayon des incidents, Denis Jung cite aussi des orages de grêle qui ont localement fragilisé certaines parcelles. Globalement, la végétation affiche un léger retard « mais plus qu’un retard de stade, c’est plutôt lié à une végétation peu vigoureuse, assez tassée. Cette météo plutôt nordique ne réussit pas bien au feuillage, par contre on a pas mal de tubercules par pied, qui grossissent lentement », décrit le conseiller.

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