Technique

André Roesch, le « magicien du poste à souder »

Pimp my matériel agricole*

Publié le 19/08/2021

Chez les Roesch, à Breitenheim, un hameau de Mussig, on préfère mettre la main à la pâte que la main à la poche. Aussi, on ne se satisfait pas du tout venant. Pour adapter ses outils à ses désirs et l’activité la plus rentable de la ferme, le maraîchage, André, le père, bricole depuis son installation en 1985. Il customise presque tout.

« Le plus important a été créé aujourd’hui. Reste à entretenir le parc de matériel et ça, mes fils savent faire. Ils ont appris. Ils bricolent mais ils sont moins inventifs que moi », cadre André Roesch, à l’aube de la retraite. Le maraîcher et céréalier de Breitenheim, près de Mussig, va bientôt transmettre son exploitation à ses aînés, Baptiste, 26 ans, et Jean-Thomas, 25 ans, actuellement salariés. Il aura customisé, près de quarante années durant, toutes les machines agricoles et outils qu’il aura eus entre les mains, principalement achetés d’occasion. André récupère tout : « Ça peut toujours servir. » Baptiste est sidéré mais admet que son père a raison sur ce point précis. « La seule fois où on a jeté une broyeuse à pommes de terre, on en a eu besoin juste après et on a dû s’en procurer une nouvelle », se souvient-il. Un homme curieux Sous le grand hangar équipé de panneaux photovoltaïques, André a posé à droite les racks avec les outils traînés, « pimpés », et à gauche la poinçonneuse, la scie à cloche, la perceuse à colonne, la ponceuse à bande fixe, les cisailles, le poste à souder, etc. Au milieu de l’atelier trône une charpente métallique « home made » (fabrication maison), en acier, qui a été galvanisée à Baccarat. C’est la structure du futur poulailler mobile, que les Roesch sont en train de construire et qui permettra de sortir les volailles. « J’aurais pu investir dans un poulailler mobile de marque mais, pour le prix d’un, j’en fabrique deux », relève André qui pense aussi que le sien tiendra plus longtemps. Il a commencé à réfléchir à ce projet en hiver 2020. Il ne s’est lancé dans sa réalisation qu’au printemps. « La gestation d’un projet est souvent longue. J’ai mon idée en tête. Je l’améliore, la peaufine. Je suis curieux de nature. Je visite beaucoup d’autres exploitations. Je regarde ailleurs. C’est comme ça que mûrissent mes projets », explique André Roesch. Du matériel dédié Il montre quatre planteuses, perchées sur des racks. « Cette planteuse à pommes de terre travaille une fois par an. À deux personnes, on plante un hectare en une journée », précise André. Le père Roesch est fier de ses inventions. « Pour les poireaux, j’ai aussi adapté une planteuse. Celle-ci a 36 pinces, implantées sur la base d’une planteuse classique. Le socle, en forme de cœur, descend plus profondément dans la terre, puisque ce qui est recherché dans les poireaux, c’est le blanc. Ainsi, on le plante plus profondément, sans avoir besoin de le butter », enchaîne-t-il. André ne cultive pas beaucoup de poireaux : 40 000 par an. La création de sa planteuse dédiée se justifie aussi par le gain de temps sur le montage et le démontage d’une planteuse classique. Cela prendrait une demi-journée pour arranger une planteuse classique à une culture. Ses outils dédicacés, il les descend et les remise, avec le chariot élévateur, en quelques minutes. Ils sont déjà équipés et réglés quand il faut les atteler. Pour le maraîchage et même les grandes cultures Pour ventiler les récoltes de soja, ou de méteils, André a aussi fabriqué un système de ventilation maison, à partir d’un ancien fond de silo à grains, qu’il pose sur une rehausse, dans une benne vide. Il arrive à sécher 12 t de soja, en une fois, grâce à cela. « L’air va entrer dans la grille, percée, par le haut. On a démonté un séchoir à maïs et récupéré le ventilo. On met un générateur au bout et en une nuit, c’est sec. Le fond, quand on lève la benne, reste accroché grâce à une goupille », détaille André Roesch. Le poste à souder, dans cette ferme ultra-diversifiée de Breitenheim (lire l'encadré), fonctionne chaque jour ou presque. « J’ai agrandi les marchepieds et fait en sorte qu’ils soient antidérapants. J’ai ajouté une poignée et une jonction entre la roue et la cabine pour qu’on ne glisse pas entre les deux ; pour la sécurité et le confort. En une après-midi, c’était fait, déroule André Roesch, à propos d’un Kubota. Et on a modifié la distrib’hydraulique du tracteur pour que la manette soit accessible depuis la cabine, par le haut, et par le bas ». Quelques mètres plus loin, André s’arrête : « On a imaginé une machine entièrement, pour aller vite et bien, adaptée à nos petites surfaces de maraîchage : un robot de désherbage, dont on a fabriqué les lames de binage. » L’as de la récup Baptiste et Jean-Thomas, les deux aînés des huit enfants, veulent cacher le « bric-à-brac », qui s’étend au fond de l’atelier. De vieux tracteurs entre autres, s’entassent. André est sans-gêne. « Un ami a acheté un vieux moulin. On a récupéré les renvois d’angle, les transmissions », dit-il en marchant. Le sexagénaire a acquis des machines d’usines bradées, d’un revendeur. A-t-il appris à s’en servir ? « J’essaie et je vois ce qui fonctionne », confie André. « Papa est autodidacte », rebondit Baptiste, en aparté. Il regarde des vidéos sur YouTube mais surtout, tente. À partir d’une ancienne lame de scie pour les arbres, il a conçu un outil pour les faux semis, une lame scalpeuse qui évite les remontées d’adventices. « L’avantage, c’est qu’elle ne laisse passer aucune herbe entre les dents. Quand c’est usé, on dessoude et on remplace. On en est déjà à la quatrième lame », compte André. Et c’est un client d’une Amap qui régale. Avantages et inconvénients du DIY** « Mes fils soudent mieux que moi maintenant, car j’ai des troubles de la vue », admet André. « Il y a un juste milieu à trouver, place Jean-Thomas. Le bricolage, c’est bien, mais il a ses limites. C’est grâce à lui qu’on s’en est sorti, en maraîchage, avec nos petites surfaces. Mais c’est déjà arrivé qu’on perde deux jours sur un bricolage et qu’au final, l’outil ne fonctionne pas. » Son père acquiesce : « Il y a des échecs aussi. » Il sait qu’avec l’agrandissement récent de la ferme, ses fils se tourneront volontiers plus vers du matériel neuf, mais il a transmis à ses garçons le goût de la débrouille. En tout cas, Jean-Thomas est catégorique : il préfère investir dans un appartement, que dans un tracteur neuf tous les cinq ans. « L’idée, c’est de vivre de mon métier. Si on achète tout neuf, on ne gagne plus de sous ! », s’exclame-t-il. « Ici, on fait tout nous-mêmes, parce qu’on aime aussi, ajoute André. La ferraille se recycle à l’infini ! » « C’est économique et écologique, conçoit Baptiste. C’est un état d’esprit. On est libre. » Un divertissement André a appris à souder, lorsqu’il avait 25 ans et qu’il a travaillé un hiver dans une entreprise de construction métallique. Mais il avait déjà des bases. « À 12 ans, mon père a acheté son premier poste à souder. J’ai essayé tout de suite. Je trouvais ça magique. J’ai sympathisé avec un homme du village confirmé qui m’a enseigné ce qu’il savait. Puis au lycée agricole d’Obernai, en 1976-1978, on a soudé quand on préparait le BEP. J’avais ça dans les mains », raconte André. Le premier objet qu’il a fabriqué est une petite benne trois points. « Elle a 48 ans aujourd’hui, et ramasse tous les légumes de la ferme », assure André. L’Atelier paysan, une coopérative d’autoconstruction du Grand Ouest, est déjà passé par sa ferme. André Roesch n’a jamais rien vendu mais prête volontiers son fer à souder. Il aime le partage de connaissances et se changer les idées. « Bricoler, c’est une manière de me divertir. Je joins l’utile à l’agréable. Je fais de l’art et c’est utile », conclut André. Jean Becker, maraîcher à Ingwiller, qu’il a rencontré au CFPPA d’Obernai, l’a surnommé le « magicien du poste à souder ». « Je ne suis pas le seul », nuance-t-il, humblement.    

Démonstration de désherbage des maïs à Beinheim

Agriculture de précision et désherbage mécanique : un duo efficace

Publié le 24/06/2021

C’est dans le cadre de la convention de partenariat Ermes qu’était organisée une matinée de démonstration de matériel de désherbage mécanique de maïs à Roppenheim, lundi 14 juin. Une trentaine d’agriculteurs concernés par les captages sur les bans de Beinheim, Roschwoog et Herrlisheim, et sur le bassin-versant du Seltzbach, sont venus observer quatre matériels : la houe rotative, la rotoétrille, et deux bineuses.

Et pour bien guider les machines entre les rangs, les attelages étaient équipés d’un double système de guidage : un système GPS – RTK pour les tracteurs et une caméra embarquée pour l’auto-centrage des bineuses. Cette démonstration soutenue par les partenaires de la convention Ermes (l’Agence de l’eau, le SDEA, le ministère de l’Agriculture et la Région Grand Est), avec la Chambre d’agriculture en maître d’œuvre, a pour objectif d’optimiser les pratiques de désherbage et de réduire l’utilisation des herbicides. « Plusieurs molécules sont sur la sellette, a indiqué Patrick Rohrbacher, conseiller de la Chambre, telle le S-Metolachlore. On a des solutions, mais l’objectif est de les conserver pour éviter les impasses techniques. » Dans cette perspective, la plupart des agriculteurs présents, ainsi que les techniciens conseils de la Chambre, souhaitent considérer le désherbage mécanique comme une solution additionnelle au désherbage chimique, et non pas comme une solution de substitution. Toutefois pour inciter au désherbage mécanique, la Chambre d’agriculture a développé une carte interactive du matériel disponible. « On a recensé le matériel disponible sur les zones où la problématique de l’eau est sensible, et les exploitants qui pourraient le mettre à disposition dans le cadre d’entraide, de prêt ou de prestation d’entreprise. » * Un point essentiel ressort de cette matinée : en matière de désherbage mécanique, il faut le matériel approprié au stade de développement du maïs. Il apparaît donc délicat pour un maïsiculteur de s’équiper des différents matériels : compter environ 20 000 € par outil, plus 20 000 € pour le guidage GPS et encore autant pour la caméra embarquée d’autoguidage – centrage de l’outil. La houe et la herse, en plein à l’aveugle Avant la levée des plantules et après le semis de maïs, le désherbage mécanique consiste à passer plusieurs fois « en plein » sur la parcelle. « Je réserve la herse étrille pour les passages à l’aveugle en prélevée », explique pour sa part Vincent Schmitt, entrepreneur à Niederroedern. Entre le stade pointe verte et deux feuilles, il ne vaut mieux pas intervenir, poursuit David Kraemer, conseiller technique de la Chambre d’agriculture. La houe rotative est plus pénétrante. Son principe repose sur la projection des mottes qui en retombant s’éclatent et se séparent de l’adventice. Il faut donc rouler assez vite pour obtenir l’effet escompté. « Je l’utilise sur soja et maïs. Les graines sont terrées à 5 cm, permettant ensuite un passage de houe en plein, efficace sur les premières adventices qui sortent avant la culture. Il faut l’utiliser sur sol ressuyé obligatoirement. Je l’utilise également sur blé, triticale et pois », indique Christian Wollenschläger de Seltz. Il souligne l’efficacité de la houe pour casser les croûtes de battance coriaces. L’outil étant relativement agressif, il ne peut être utilisé sur les stades jeune plantule à 4 feuilles du maïs. Au-delà, pour le maïs, le matériel ne convient plus. La parcelle d’Arthur Rieffel en était au stade 7-8 feuilles, trop avancée donc pour la houe. Néanmoins, sur « un soja bien envahi, je ne voyais même plus les rangs, je suis passé à 22 km/h, et ça a été efficace », témoigne l’agriculteur. Même observation pour la rotoétrille, « un outil hybride entre la houe et la herse étrille », estime Patrick Rohrbacher. Le désherbage s’est avéré trop agressif sur le maïs à 8 feuilles. Une fois ces stades plus avancés, la solution est alors d’avoir recours à la bineuse autoguidée. Vincent Schmitt et Cédric Stoehr présentaient deux matériels de marque Einböck et Carré. Grâce aux systèmes de guidage, les débits de chantier peuvent atteindre 35 ha/jour, témoigne Cédric Stoehr et ce, grâce à une vitesse élevée de 15 km/h obtenue avec les systèmes d’autoguidage. À des stades plus avancés, lorsque la caméra discerne/matérialise difficilement le rang de maïs, la bineuse est centrée avec un palpeur. Considérations générales D’une manière générale, mieux vaut biner un maïs propre que très sale, prévient Freddy Trommetter, agriculteur à Niederrodoern. Le désherbage mécanique présente cependant le double enjeux de traiter le salissement direct, mais également indirect, avec les montées à graine qui rechargent le stock semencier d’adventices. « Il faut prendre conscience que biner représente un coût additionnel qui doit être rémunéré à sa juste valeur », observe Vincent Schmitt qui se déclare défavorable aux principes des subventions et préférerait une plus ample rémunération sur la production. Par ailleurs, les exigences techniques de cette pratique sont telles qu’elles présentent des inconvénients. Citons le risque accru de coulée de boue en cas d’orage violent, confirme Patrick Rohrbacher. Par ailleurs, sur vivaces et liserons, attention à leur bouturage qui aboutit à l’effet inverse de celui escompté. Néanmoins, au chapitre des avantages, le binage peut être combiné à d’autres opérations tel qu’un apport de fertilisant. Il présente alors l’intérêt de l’enfouissement, sachant que la problématique de la volatilisation de l’azote est également sous surveillance.

Concours général agricole (CGA) des pratiques agroécologiques prairies et parcours

L’herbe, un trésor de biodiversité

Publié le 22/06/2021

Le CGA des pratiques agroécologiques prairies et parcours du territoire des vallées de la Bruche et de Villé s’est déroulé les 10 et 11 juin, sur le thème des prairies humides. Son principe reste inchangé : valoriser l’équilibre agroécologique des prairies, faire le lien entre la qualité des produits et des pratiques agricoles.

Cette année, le jury du Concours général agricole (CGA) des pratiques agroécologiques prairies et parcours du territoire des vallées de la Bruche et de Villé a arpenté 11 parcelles issues de 11 exploitations agricoles. L’objectif de ce concours étant de récompenser les pépites qui présentent le meilleur équilibre agroécologique, son jury est composé d’experts capables de juger des qualités d’une prairie (lire en encadré), et plus particulièrement cette année d’une prairie humide, puisqu’à chaque édition, le thème tourne entre les prairies sèches, humides, et mixtes. Diversité d’animaux et de prairies Le caractère humide de la prairie qu’elle a présenté cette année a d’ailleurs été le principal critère de choix de Julie Diette, de la ferme Humbert - Gaec Les Aviats à Urbeis. Sont aussi entrées en ligne de compte « la flore présente, les pratiques, comme la fauche tardive, et puis comme je participe depuis quatre ans j’essaie de présenter une parcelle différente à chaque fois », sourit la jeune femme. Elle présente succinctement son exploitation, un Gaec créé par son grand-père en 1984, qui était carreleur et qui s’est reconverti en agriculteur alors que la montagne se vidait de ses habitants. Julie est la quatrième associée de ce Gaec aux nombreuses activités : un élevage de 30 vosgiennes laitières dont les veaux mâles sont élevés pour la viande, soit 80 bêtes au total, des poules pondeuses, du maraîchage, des petits fruits et des vergers pour la production de yaourts. À la transformation du lait et de la viande s’ajoute la vente sur les marchés et dans les magasins de producteurs. En plus de ses associés, le Gaec emploie donc aussi un salarié. La parcelle présentée, située à Fouchy, fait partie des 120 ha de prairies, dont 45 ha de fauche, composés aussi bien de landes que de prairies de fond de vallée. Cette prairie, remise en état il y a 40 ans par son grand-père après une période d’abandon, fait aujourd’hui l’objet d’une MAE prairie humide, ce qui se traduit par une fauche tardive, après le 15 juin, et une fertilisation très modérée. « Nous réalisons en général deux coupes puis un pâturage à l’automne par les génisses. Il y a deux ans, nous avons apporté du compost de fumier », détaille Julie Diette. Elle enchaîne avec son ressenti sur la prairie : « Comme elle est située en zone humide, ce n’était pas forcément la prairie sur laquelle nous misions le plus. Mais, depuis quelques années, nous sommes très contents de l’avoir, car elle résiste bien à la sécheresse, c’est là qu’elle exprime le mieux son potentiel. Elle est productive, avec une bonne qualité fourragère, et le foin se sèche bien ». Elle conclut : « Le mot d’ordre sur notre ferme, c’est la diversité, que ce soit en matière de prairies ou d’animaux. Les moins productifs ont leur place, ils apportent d’autres choses. » « La pimprenelle, ça a un goût de concombre, j’en mets dans les salades » Le décor planté, le jury s’enfonce dans la prairie. Chacun la regarde d’un œil différent selon sa spécialité. Les botanistes égrainent les noms des espèces au fur et à mesure de leur détection : « du plantain, et de la flouve odorante, c’est bon pour le côté aromatique des fourrages, car la flouve contient de la coumarine, des grandes marguerites, des gaillets, achillea ptarmica, ou herbe à éternuer, une espèce rare, trèfles, silènes, myosostis, attention au fossé, carex, angélique, fenouil, salicaires, saule trèfle, oseille, pimprenelle - ça a un goût de concombre, j’en mets dans mes salades… » En bruits de fond, les eaux du Giessen bruissent, les oiseaux chantent, les insectes crissent. Le soleil tape de plus en plus fort, soulevant les odeurs d’herbe et de terre mouillée. Car, arrivés au milieu de la parcelle, son caractère humide s’affirme : les pieds des jurés s’enfoncent dans une terre gorgée d’eau. Après avoir franchi trois fossés, vestige des limites d’anciennes parcelles qui servent aujourd’hui à la fois à irriguer et à drainer la parcelle, les jurés se regroupent. C’est le moment de débriefer. Les fossés, vecteurs d’une microtopographie favorable aux insectes Sylvain Plantureux décrit une parcelle « à la productivité importante toute l’année, mais caractérisée par une prédominance des graminées, houlque laineuse, fléole et fétuque rouge, sur les légumineuses. Il y a beaucoup de diversité dans cette prairie, mais qui n’est pas très présente ». Il souligne aussi un problème de portance, et le manque d’ombrage. Par contre, il apprécie les fossés qui fonctionnent. Aussi, la prairie décroche un 6 (la meilleure note) en productivité, contre un 4 en valeur alimentaire : « Il y a beaucoup de tiges, peu de feuilles et de légumineuses, cela donne de la fibre, de l’énergie, mais pas beaucoup de PDI », argumente Sylvain Plantureux. Néanmoins, 63 espèces ont été trouvées sur cette parcelle, contre 30 en moyenne, ce qui illustre bien la diversité du milieu. Les botanistes décrivent aussi « une distribution homogène des espèces, ainsi qu’une bonne structuration des écosystèmes pour la faune et la flore ».  « Les fossés apportent beaucoup de biodiversité, avec une flore spécifique et sa faune associée », soulignent-ils encore, rejoints par Adrien Boillot, animateur Natura 2000 : « Les fossés créent une microtopographie qui fait que la barre de coupe va couper l’herbe plus haut, au-dessus de la ponte de Damier de la succise (papillon) ». Il précise : « En matière de protection des insectes, on ne peut pas préconiser un mode de gestion des prairies. Ce qu’il faut, c’est une diversité des pratiques, car les insectes ont tous des besoins différents ». De la végétation, oui, mais avec des trous ! Les jurés apprécient aussi la strate buissonnante qui entoure la parcelle, ainsi que la ripisylve, même s’il y a de la Renouée du Japon, car l’espèce, invasive, est maîtrisée. Seul Régis Ambroise, spécialiste des paysages, émet une objection : il aimerait voir quelques trouées dans la ripisylve et le talus qui bordent la parcelle, afin d’avoir plus d’ouvertures et de points de vue. Et, s’il apprécie les arbres isolés sur le coteau qui surplombe la parcelle, il aimerait en voir davantage au sein même de la prairie. Enfin, même s’il y a relativement peu de fleurs au sein de la parcelle, la prairie décroche une bonne note en valeur apicole, car elle est entourée de fruitiers, d’acacias, qui permettraient d’y laisser des ruches toute l’année. La restitution à l’éleveuse lui permet de confirmer certaines observations du jury : le côté très graminéen de la prairie peut s’expliquer par un historique de pâturage ovin. Quant au petit carré de rumex et d’oseille, il correspond à l’ancien emplacement de l’abreuvoir, donc à une zone qui a été passablement piétinée et fertilisée !

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