Technique

Publié le 07/12/2021

Pour mieux valoriser la laine de leurs moutons, les adhérents du syndicat ovin du Bas-Rhin envisagent d’investir dans une unité de pelletisation qui doit leur permettre de produire un amendement biodégradable et renouvelable. Mais le projet exige des investissements financiers et humains.

Il y a belle lurette que la laine de mouton ne vaut plus grand-chose. Du moins la laine issue des brebis prolifiques élevées en Alsace, de qualité moyenne. Jusqu’à présent, elle était encore cherchée par des négociants, qui l’achetaient pour l’exporter en Asie, au Moyen-Orient, « au mieux 30 cts/kg, plutôt 15 cts/kg », rapporte Jean-Pierre Saulet Moes, conseiller ovin à la Chambre d’agriculture Alsace. Désormais, la laine est parfois donnée, quand les négociants viennent. Parfois, ils ne viennent plus. En tout cas, la laine ne rémunère même plus la tonte, et les perspectives ne sont pas meilleures, notamment parce qu’il y a de la laine en stock. Dommage, car la laine constitue une matière première renouvelable, qui présente de nombreuses propriétés intéressantes : grâce à ses fibres, qui emmagasinent l’air, elle est isolante, elle absorbe l’humidité, elle est ignifuge… Des projets qui fleurissent Aussi, les initiatives pour mieux valoriser la laine fleurissent. En Alsace, Isabelle Norboge a créé une filière et une marque « Fleur de laine », en Moselle, le projet coopératif Mos-Laine vise à investir dans une unité industrielle de transformation de la laine en feutre, et le syndicat ovin du Bas-Rhin envisage de transformer la laine en pellets, valorisés en tant qu’amendement. Un projet qui a été présenté aux éleveurs le 23 novembre en présence de Lahcène Charrouf, directeur des ventes pour la France de la société Ecokraft, une société allemande, créée en 2013, spécialisée dans l’élaboration et la commercialisation de solutions de pelletisation. Pour illustrer le procédé, il fait circuler des bocaux : l’un comprend de la laine brute, issue de la tonte, le suivant de la laine broyée, à l’aspect peluché, et le dernier des bouchons de laine granulés et pressés, soit le produit fini attendu avec ce procédé. Il précise un point important qui conditionne la faisabilité du projet : « Nos outils peuvent presser toutes sortes de matières, notamment des produits connexes de l’agriculture, de la sylviculture (copeaux, sciure… ), moyennant des réglages qu’il s’agit de déterminer en nous envoyant des échantillons des matières à compresser. » L’une des missions de Lahcène Charrouf pour Ecokraft est d’ailleurs la suivante : prospecter les entreprises alsaciennes pour identifier les activités qui produisent des coproduits qui gagneraient à être pelletisés. « Plus la laine est sale, mieux c’est » La laine des moutonniers alsaciens en fait partie. Même si elle présente un inconvénient : « La laine est une matière très difficile à broyer, du fait de ses fibres longues, qui risquent de coincer les rotors. » La société Ecokraft a donc développé un procédé spécial afin d’obtenir un produit homogène malgré ces spécificités. La laine broyée est ensuite stockée dans un conteneur, où elle doit être mélangée à un autre composé. En effet, « la laine se décompose très lentement, sur plusieurs mois. Elle libère très progressivement les éléments fertilisants qu’elle contient. Elle gagne donc à être mélangée à une substance qui libère des nutriments directement assimilables par les plantes », argumente Lahcène Charrouf. Cette étape sert aussi à amalgamer la laine, avant qu’elle ne soit granulée dans une presse, qui produit des granulés de différentes tailles, et des particules fines. Ces dernières, ainsi que les plus petits granulés, sont récupérés grâce à une étape de tamisage, et réinjectés dans le processus de production. En bout de chaîne : des granulés bien calibrés, prêts à être conditionnées en big bag, en sacs, ou à être commercialisés en vrac. « Dans la presse, la température monte à 90 °C, il faut donc prévoir une phase de refroidissement avant le conditionnement. C’est aussi durant cette phase que les granulés durcissent », prévient Lahcène Charrouf. Autre point d’attention : « Pour que les granulés se tiennent, ils doivent être formés avec des produits présentant une humidité de maximum 20 % ». Cela écarte d’office certains produits, comme le lisier, le fumier. Par contre, bonne nouvelle : pour que les granulés se tiennent, « plus la laine est sale, mieux c’est ». Ce qui dispense d’une étape de lavage. Saturer l’outil avec d’autres intrants D’un point de vue pratique, Lahcène Charrouf précise qu’il est possible de s’équiper de tout ou partie de ces outils, qui bénéficient d’une garantie d’an après leur mise en service. L’unité de pelletisation entière, telle que décrite ci-dessus, requiert un local de 150 à 200 m2. Pour la laine, le rendement horaire attendu est l’un des plus faibles : 150 kg/h. « Si on la mélange à d’autres intrants, il est possible d’améliorer la cadence », précise Lahcène Charrouf. Mais pour lui, pas de miracle à attendre, elle ne dépassera pas 200 kg/h. D’après les estimations de Lahcène Charrouf et de Jean-Pierre Saulet Moes, la production de laine alsacienne mobiliserait l’unité environs sept semaines par an, ce qui permettrait de produire 40 t de pellets par an. Or l’outil est en capacité de produire 248 t de pellets par an. La rentabilité de l’investissement est donc assujettie à la pelletisation d’autres intrants, que ce soit en mélange avec de la laine, ou en alternance. Jean-Pierre Saulet Moes insiste : « Il faudra trouver des moyens de saturer l’outil. » Pour Lahcène Charrouf, ce ne devrait pas être un problème, puisque les machines sont capables de pelletiser toutes sortes d’intrants, comme de la luzerne, pour l’alimentation du bétail, de la paille, pour les litières, du miscanthus, du bois. Ainsi, il est possible de proposer l’élaboration de granulés de bois en prestation de service aux agriculteurs qui ont des haies à entretenir. Un amortissement plus ou moins long selon les scénarios D’un point de vue financier, Lahcène Charrouf chiffre cette unité de pelletisation à 250 000 €, un tarif qui comprend aussi l’hygiénisation de la laine. En effet, l’apport de laine non hygiénisée dans le sol est interdit par la réglementation. « La laine doit être exposée à plus de 100 °C durant plusieurs heures afin d’obtenir l’agrément pour pouvoir exploiter le produit fini. En Allemagne, les autorités sont plus souples, les producteurs peuvent profiter de la chaleur produite par les unités de méthanisation pour le faire. Pour répondre aux exigences réglementaires françaises, il va falloir créer un outil spécifique », annonce Lahcène Charrouf. Ce qui va inévitablement renchérir le coût de l’unité. Avec une hypothèse de commercialisation des pellets en vrac et en circuit long, l’investissement peut être amorti sur 10 ans. Lorsque les pellets sont conditionnés, le prix de vente augmente, tout comme le coût de la main-d’œuvre et des consommables, mais la marge est plus intéressante, donc la durée d’amortissement passe à 4,5 ans. Lorsque les pellets sont conditionnés et en partie commercialisés en direct, la marge augmente encore et l’amortissement passe à 1,4 an. Autre hypothèse simulée : la production de vrac à laquelle s’ajoute trois mois de prestation de granulation de laine pour d’autres éleveurs que les adhérents au syndicat. Un scénario qui ramène aussi de la marge brute par rapport à l’hypothèse de base, et qui permet d’amortir la ligne de production en 5 ans. Des producteurs se sont déjà lancés dans la production d’amendements à base de laine de mouton, comme Markus Hofmann, en Allemagne. Sur internet, des références existent, notamment sous les marques Molly, Compo, vendues à des tarifs de 10 - 15 €/kg. Il reste désormais aux adhérents du syndicat ovin à peser le pour et le contre, à s’accorder sur une stratégie, avant de se lancer, ou pas, dans l’aventure. Sachant que d’autres pistes pour mieux valoriser la laine sont envisageables, comme la fabrication d’isolant pour les bâtiments. Mais cette fois, elle doit être propre.

Publié le 22/09/2021

Les Instants Experts d’Armbruster ont réuni de nombreux agriculteurs, le 8 septembre, à Heidolsheim. Pour une rencontre centrée sur l’innovation et les pratiques agricoles de demain.

Présenter les innovations, les services et les savoir-faire de demain : telle était l’ambition des Instants Experts d’Armbruster, organisés le 8 septembre, à Heidolsheim. Plus de 300 personnes ont participé à cette journée technique, mais conviviale, puisque le parcours proposé incluait une balade gourmande sur le site, avant d’accéder aux résultats des parcelles d’essais, aux stands et aux conférences animées par les partenaires de l’entreprise de négoce. Sur ce site de 10 ha, mis à disposition par Alex Jehl, un agriculteur d’Heidolsheim déjà précurseur en nouvelles techniques, Armbruster teste depuis trois ans différents systèmes de culture innovants dans le but de les comparer aux systèmes de production en place par ailleurs. Les expérimentations sont organisées en quatre « items » : agriculture de conservation, fertilisation innovante, itinéraires techniques 2025 et agriculture biologique. Pour chacun de ces systèmes, « plusieurs indicateurs sont pris en compte, explique Aymé Dumas, du service Recherche, agronomie, innovation et développement d’Armbruster. Le temps de travail, le coût de production, la pénibilité, l’IFT (indice de fréquence de traitement), la marge brute à l’hectare et depuis cette année, le bilan carbone. » Ces indicateurs restent les mêmes d’une année sur l’autre pour pouvoir établir des comparaisons et juger de la performance des différents systèmes dans le temps. L’idée étant, au final, de voir si les systèmes testés sont créateurs de valeur ajoutée, et donc viables ou pas.     « Voir si la flore passe à travers » Après avoir passé les stands consacrés aux filières (le blé destiné à la farine Alsépi, le soja rentrant dans la fabrication des produits Alpro) et les essais variétés, on entre dans le vif du sujet avec les itinéraires techniques innovants. « Il s’agit d’anticiper tous les changements réglementaires qui vont impacter la façon de produire », indique Aymé Dumas. Les services techniques d’Armbruster testent, par exemple, des programmes de désherbage adaptés, sans S-métolachlore, pour anticiper une éventuelle interdiction de ce produit utilisé pour désherber le maïs. « Il s’agit de voir si la flore passe à travers, si elle s’installe sur quelques années, s’il y a besoin de faire des passages combinés. » Au chapitre agriculture de conservation, Armbruster expérimente le semis de couverts dans le maïs. Plusieurs mélanges d’espèces ont été semés au drone durant la deuxième quinzaine d’août. L’objectif est de couvrir au maximum le sol, tout en limitant le travail du sol. La parcelle a été déchaumée superficiellement avec un déchaumeur Rubin avant l’implantation du maïs, le reste de l’itinéraire - semis, gestion des adventices, fertilisation azotée et lutte contre la pyrale - est le même que sur la parcelle labourée qui sert de témoin. L’effet des couverts sera évalué selon la grille de notation Étamines. Cette notation sera complétée par une estimation des restitutions des couverts et un suivi de la vie du sol. Un peu plus loin, Pierrick Uttard, expert service OAD, présente les offres et les outils en agriculture de précision. « Beaucoup d’agriculteurs sont équipés en matériel dernier cri, que ce soit des semoirs de précision ou des moissonneuses qui récoltent des données, explique l’expert. Mais pour qu’ils en retirent un bénéfice, il faut pouvoir stocker les données à un seul endroit, les analyser, ce qui permet de prendre les décisions pour l’année suivante. » À cet effet, Armbruster commercialise le logiciel de gestion agronomique Fieldview et propose un accompagnement permettant à l’agriculteur de définir un projet agronomique en fonction de ses priorités. L’accompagnement prévu va de la mise en route du matériel au bilan de fin de saison en passant par la définition et la mise en œuvre du projet agronomique. L’ensemble est proposé sous forme de package, avec trois niveaux de services différents. Des couverts semés par drone Depuis cinq ans, Arnaud Sohler lâche des trichogrammes au-dessus des champs pour lutter contre la pyrale du maïs. Ce pilote et concepteur de drones, à la tête de la société Aero Vision, a couvert cette année environ 9 000 ha de maïs, dont la moitié en Alsace-Lorraine, grâce à une flotte de huit pilotes. Il ajoute une autre corde à son arc avec le semis de couverts végétaux par drone. L’intérêt est de pouvoir semer alors que la culture précédente, du blé par exemple, est encore en place. « Non seulement on limite le tassement du sol, en intervenant par voie aérienne, mais on gagne du temps par rapport à la levée des graines qui bénéficient de l’humidité du sol. Le couvert vient concurrencer les mauvaises herbes, il aère le sol naturellement et quand on détruit le couvert avant semis, on a un potentiel de matière organique qui permet de limiter les apports d’azote. » Un cercle vertueux, résume Arnaud Sohler, qui a semé environ 250 ha de couverts cette année.    

Publié le 14/09/2021

La société autrichienne Pöttinger, dont le siège français est au Bonhomme, fête actuellement ses 150 ans. Elle a bouclé l’exercice 2020-2021 avec un chiffre d’affaires record de 405 millions d’euros. Et de belles promesses pour l’avenir avec de nombreuses nouveautés dans son parc matériel.

Née en 1871, cette entreprise dont le siège social est situé à Grieskirchen dans le land de Haute-Autriche a toujours défendu des valeurs familiales. « Nous poursuivons notre développement en investissant dans notre pays tout en nous déployant partout dans le monde. Ici, à Grieskirchen, notre usine historique a été régulièrement modernisée. Pas loin, à Sankt-Georgen, nous construisons un nouveau complexe. Un premier bâtiment de 6 000 m2 est déjà utilisé. Il s’agit d’un centre de mise en peinture et d’une chaîne de montage supplémentaire. Un second de la même grandeur est actuellement en terrassement. À terme, ce nouveau site aura une grandeur de 45 000 m2. Nous avons investi 25 millions d’euros (M€) dans cette première tranche. Pöttinger investit entre 12 et 15 % de son chiffre d’affaires dans de nouveaux moyens de production », explique Gregor Dietachmayr, porte-parole de l’entreprise et responsable commercial, marketing et service après-vente. Pöttinger compte pas moins de 17 filiales dans le monde. « Pöttinger France a été la première filiale. La Suisse a suivi deux années plus tard. Aujourd’hui, nous nous développons au Canada, en Australie, en Chine, en Ukraine ou encore aux États-Unis. Depuis un an, on a progressé de 90 % dans notre chiffre d’affaires aux États-Unis. Si cette croissance se pérennise, il nous faudra construire une usine là-bas. Aujourd’hui, ce sont 1 929 personnes qui représentent l’entreprise dans 36 pays dans le monde », ajoute-t-il. La crise sanitaire en 2020 a bien évidemment freiné cette dynamique. « Nos activités étaient restreintes. Nous avons épargné, investi et préparé la reprise. Nous avons été forcés d’augmenter nos prix pour faire face à l’augmentation de nos charges. Nous avons demandé à tout le monde de faire des efforts : l’entreprise, les concessionnaires, les agriculteurs. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous poursuivons notre belle croissance », se félicite Gregor Dietachmayr. L’export tire la croissance L’exercice financier qui s’est terminé le 31 juillet dernier, laisse finalement apparaître un chiffre d’affaires record de 405 M€ pour l’exercice 2020-2021 contre 366 M€ en 2019-2020. « Nous vivons une situation paradoxale depuis 16 mois. Une absence de vision sur l’avenir en raison du Covid-19 et des ventes à l’export qui se poursuivent », remarque le responsable de l’entreprise. Avec un pourcentage du CA réalisé en dehors de l’Autriche de 88 %, la part d’internationalisation du constructeur de machines agricoles reste à un même niveau élevé. L’Allemagne, avec 18 %, et la France, avec 15 %, sont les premiers marchés de Pöttinger à l’export. Point positif à relever : malgré la situation sanitaire, le CA de ces deux marchés a progressé. Derrière ces deux pays et l’Autriche elle-même, on trouve ensuite la Pologne, la Suisse, la Grande-Bretagne et la Russie. Avec une part de 69 % les matériels de fenaison représentent la plus grande partie du chiffre d’affaires. Le travail du sol et des semis atteignent 31 % des ventes machines. Les chiffres de l’ensemble des gammes de matériel ont évolué positivement. Dans le même temps, les ventes de pièces détachées et pièces d’usure originales ont progressé de 8 %. « Il faut souligner l’efficacité et les performances du centre de logistique pièces ainsi que du service après-vente, particulièrement mis à l’épreuve par les défis imposés par la pandémie de Covid-19. Par ailleurs, on note un effet très positif de la disponibilité à long terme des pièces ainsi que de la segmentation avec de nouvelles gammes. À chaque fois que nous venons sur un marché avec un nouveau produit, ce dernier a au minimum un point de différenciation avec ce qui existe déjà chez nous ou nos concurrents. L’innovation est une valeur ajoutée de l’entreprise », assure Gregor Dietachmayr. Innover et produire davantage Cette innovation a été mise en avant devant la presse française et internationale début septembre. Toute la gamme pour l’entretien des cultures a tout d’abord été représentée. À savoir : la houe rotative Rotocare, la bineuse Flexcare et la herse étrille Tinecare. Mais également les presses à balles rondes Impress et le semoir Aerosem VT. Des innovations qui devaient être présentées à Inno-Agri tout comme d’autres nouveautés qui seront officiellement présentées début octobre. « La recherche et l’innovation demeurent nos axes de travail pour les années à venir. Ils constituent notre axe de développement et la pérennisation de nos activités pour l’avenir. Nous avons besoin d’augmenter notre capacité de production, notamment en matériel de fenaison. C’est la raison pour laquelle nous misons sur différents projets d’agrandissement de nos usines ici en Autriche, mais également partout dans le monde. Le marché français est pour Pöttinger un axe fort de travail puisque notre croissance est constante sur tout le territoire », conclut Gregor Dietachmayr.

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